Les “Elles” du Métal

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Dark Sarah

Behind the Black Veil, Episode II

autoproduction

2014

 

En mars dernier, la chanteuse Heidi Parviainen (ex-Amberian Dawn) faisait paraître la première partie de son nouveau projet solo, Dark Sarah. L’album, nommé “Behind the Black Veil“, doit être publié en trois parties, nommées «épisodes», et financées via Indiegogo, donc par une campagne participative où la contribution des fans fait toute la différence. La réponse ayant été aussi positive que lors de la première levée de fonds, voici que nous parvient le deuxième épisode.

Avant de passer à la musique, il convient de se placer dans le contexte de l’histoire racontée, détail que j’avais volontairement éludé lorsque j’avais parlé de l’épisode 1 (lire ma critique ici). Dark Sarah raconte l’histoire d’une jeune femme, nommée Sarah (bien sûr!), qui vit une humiliation le jour de son mariage. S’ensuit un traumatisme psychologique qui l’amène à côtoyer le côté sombre de sa personne, révélé sous les traits de sa moitié, Dark Sarah. L’épisode I s’occupait d’introduire le sujet, où l’on assiste à l’éveil du désir de vengeance. Dans l’épisode II, le personnage décide de pleinement sombrer dans la noirceur. Ceci dit, nous voici prêt à plonger dans ce nouveau matériel musical.

Dès les premières notes de “Evil Roots“, on peut rapidement constater que la musique suit la progression du personnage de Sarah, c’est-à-dire que l’on s’engage en territoire plus noir. En effet, si Dark Sarah était présenté comme un projet de «metal cinématique», l’épisode I portait peu de trace de l’aspect metal annoncé. Le changement est donc perceptible ici, alors que Sarah fait la rencontre de la «Queen of No Good», qui incite la jeune femme à mettre à exécution ses sombres desseins. La reine est ici interprétée par Inga Scharf (du groupe allemand Van Canto), dans un duo où les intonations plus rock de la voix de l’Allemande viennent se greffer avec brio au timbre très lyrique de la Finlandaise. La musique, elle, se fait lourde, plus rythmée, et met en vedette une guitare qui avait été un peu laissée en plan lors de la première phase du projet.

Vient ensuite “Violent Roses“, morceau très théâtral où Sarah découvre que les roses de son jardin, son endroit de repos et de bonheur, ont été détruites. La destruction étant l’oeuvre de plantes vénéneuses, le personnage sombre définitivement du côté du mal en croyant que son ancien fiancé est derrière la disparation des attributs favoris de son jardin. Ayant pour fond une très habile orchestration, appuyée par une rythmique entraînante, la chanson relate le «dialogue» entre les maléfiques créatures horticoles et Sarah, qui ne tarde pas à élaborer son plan, ayant de toute façon perdu tout contact avec la réalité. C’est la chanteuse qui vole en vedette sur cette deuxième chanson, montrant toutes les couleurs qu’elle peut donner à sa voix.

C’est ainsi que sur “Hunting the Dreamer“, elle met en place l’exécution de son plan, aidée bien sûr par les plantes mortelles qui ont maintenant pris place dans son jardin. Sarah s’affaire à cuisiner une tarte aux pommes empoisonnée (le plan était relaté dans la chanson “Poison Apple“, sur l’épisode I) afin de mettre fin aux jours de cet homme cruel, qui non seulement l’a humilié, mais qui a également détruit tous ses rêves. Très symphonique, “Hunting the Dreamer” combine l’orchestration toujours luxuriante et raffinée de Mikko P. Mustonen et la voix fantastique de Heidi Parviainen, comme à l’habitude très expressive et d’une puissance à faire frissonner. Ce titre renforce surtout notre impression que les musiciens qui accompagnent la divine cantatrice ont été beaucoup mieux mis en valeur: la batterie est bien présente et la guitare prend la place qui lui revient dans un projet metal.

Le dernier titre de ce deuxième épisode, “Fortress“, nous conduit au réveil à la réalité de Sarah. Cette dernière reprend ses sens et est terrifiée, voyant du sang sur le sol de sa maison. A-t-elle mis son plan à exécution? Ne se reconnaissant plus dans ce qu’elle semble être devenue, elle se rend devant le miroir et demande à sa moitié diabolique, Dark Sarah, de la libérer de la «cage» dans laquelle elle s’est laissée enfermer. La tension est à son comble et passe parfaitement à travers la musique et l’interprétation vocale dramatique, où l’on assiste à une belle démonstration, autant de la part de la guitare, des fantomatiques harmonies vocales, ainsi que par l’excellent solo de claviers qui jalonne la dernière partie de la pièce.

Si le premier épisode était sans conteste une très jolie entrée en matière, les amateurs de metal pouvaient toutefois être restés sur leur appétit devant ces quatre pièces fort bien écrites et interprétées, mais qui avaient plus à voir avec la musique de film qu’avec le metal. Toutefois, sur ce deuxième épisode, on découvre que le plan musical de Heidi Parviainen était échafaudé à l’image de son dualiste personnage: l’histoire se développe au gré des humeurs sinistres amenées par la thématique, la tension monte, et la musique suit la parade en entrant pleinement dans le vif du sujet en explosant de belle façon. D’ailleurs, il est maintenant intéressant de revenir sur les chansons de l’épisode I et de les coller à ces quatre nouveaux titres; on y découvre une architecture musicale bien pensée et le récit y prend tout son sens, en huit parties!

La chanteuse avait d’ailleurs promis que cet épisode II serait plus lourd et plus «punché»: la parole a été tenue. La grande révélation ici vient surtout de son équipe de musiciens, très solide, qui a la chance de jouer pleinement son rôle et de faire entendre son savoir-faire. Cette donnée s’additionne à une orchestration moins présente que sur la première partie, mais qui est encore bien perceptible et qui demeure la base de l’identité musicale du groupe. Bien sûr, les amateurs de chant lyrique seront encore une fois aux anges, Heidi Parviainen faisant encore une fois la preuve qu’elle possède une grande voix, à la fois claire et profonde, elle qui peut atteindre les hautes notes avec une facilité déconcertante tout en faisant passer les émotions nécessaires aux moments clés.

Il ne reste donc qu’à se délecter de ces nouvelles pièces et à attendre que prenne fin la phase ultime de la campagne de financement qui mènera à l’enregistrement des dernières chansons de ce projet. D’ailleurs, il est prévu qu’en conclusion l’album complet soit publié en copie physique, alors que présentement les huit chansons de Dark Sarah ne sont disponibles qu’en version digitale, et seulement pour les contributeurs. L’objectif financier de cette dernière phase étant déjà dépassé, il ne reste plus qu’à attendre la conclusion musicale de l’histoire. Tout ce que l’on sait pour l’instant, c’est qu’un autre duo sera enregistré sur l’épisode III, cette fois avec le populaire chanteur de Sonata Arctica, Tony Kakko. Sarah retrouvera-t-elle le droit chemin ou a-t-elle déjà commis l’irréparable? La réponse dans quelques mois…

Pour se procurer le CD complet, il suffit de contribuer à la campagne de l’épisode III, qui dure encore quelques jours, en cliquant sur ce lien.

Stéphan

 

 

Les “Elles” du Métal

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Voici le retour de ma chronique régulière après avoir cédé la place à mon amie Graciela le temps de mes vacances en Europe durant lesquelles j’en ai profité pour assister pour une 2ème année consécutive au Metal Female Voices Fest en Belgique (où j’ai fait de belles rencontres, vous pouvez d’ailleurs me voir en compagnie ma chanteuse préférée, Heidi Parviainen) et aussi rendre visite au groupe polonais Hegemony qui m’a chaleureusement accueilli dans son local de pratique pour un petit concert privé. Je vous prépare d’ailleurs un petit texte à ce propos. Bref, ce fut de belles vacances et je vous mets ici le lien pour ma revue du festival belge au cas où vous l’auriez manqué lors de sa publication.

 

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Maintenant, comme je disais, voici ma chronique régulière. Deux groupes à découvrir qui nous offre leur première parution. – Stéphan

 

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From Light Rose the Angels

Éponyme (mini-album)

Autoproduit

2014

 

Si vous m’avez suivi tout au long de l’année (je le souhaite bien!) et que votre mémoire ne vous trahit pas trop, vous vous souviendrez possiblement que je vous ai vanté les mérites de la chanteuse américaine VK Lynne. Cette dernière, à la voix solide et riche, a par le passé démontré son large champ d’action, autant en solo avec son Whiskey or Water, à saveur folk-blues-rock, qu’avec Vita Nova où elle démontrait son talent au niveau du rock symphonique, ou bien encore au sein de StOrk, où sa contribution vocale se mariait à merveille avec le prog métal plus lourd.

Cette fois, la sirène à la chevelure rose est de retour au centre d’un tout nouveau projet nommé From Light Rose the Angels, où elle s’est entourée de deux musiciens d’origine finlandaise: le claviériste/guitariste Janne Tamminen et le bassiste Arno Nurmisto, ainsi que de deux de ses concitoyens, soit le batteur Justin Lee-Dixon et le guitariste principal Andrew Faust, qui s’exécute aussi occasionnellement comme chanteur. Récemment, le quintet a décidé de lancer sur le marché un album éponyme, qui est en fait un mini-album composé de sept titres, totalisant une trentaine de minutes.

Traditionnellement, ces mini-albums constituent des cartes de visite, des éléments destinés d’abord à être envoyés à des maisons de disques afin de décrocher une entente: des démos de luxe, en quelque sorte. Surprise ici, le nouveau groupe montre dès ses premiers pas une belle cohésion et offre aux auditeurs une solide introduction. Au niveau du style, ce EP se situe aux frontières du métal et du rock mélodique. Bref, les amateurs de métal pur et dur ne seront peut-être pas séduits par cet essai. Toutefois, tous les éléments en place sont bien maîtrisés et donnent pour résultat un album à la sonorité très avenante.

Ce sont les mélodies qui constituent la grande force du EP, les chansons étant très faciles à assimiler, sans tomber dans la facilité. L’ensemble est bien construit et, comme mentionné ci-haut, se fait attrayant pour plusieurs types d’oreilles. “The Grey Returns” est de signature plus pop-rock et entre immédiatement dans la tête, tout comme “Selfish” et “Proud 2B“, tandis que des pièces comme “Holding Stones” ou “Tear Down the Horizon” sont de nature plus symphoniques et pourraient être classifiées dans ce qu’on pourrait appeler du «métal léger». “Tear Down the Horizon“, en particulier, se révèle comme la pièce la plus substantielle du disque, avec des arrangements de claviers denses qui plairont sans l’ombre d’un doute aux fans de «sympho». Quant à “Blood Roses“, il s’agit d’une jolie ballade acoustique, mettant en vedette la toujours efficace VK. L’album est également agrémenté par une version acoustique fort agréable de “The Grey Returns“.

Quant à l’aspect de l’instrumentation, on ne peut que constater la solidité des composantes. Janne Tamminen a réussi à orchestrer de beaux arrangements aux claviers, les superposant habilement afin de créer une appréciable densité sonore, bien renforcée par la batterie de Justin-Lee Dixon qui se retrouve constamment placée à l’avant, aidant davantage à ingérer les mélodies et nous amenant surtout à taper du pied ou à brasser la tête. L’aspect métal est renforcé par Andrew Faust qui vient semer ici et là des notes gutturales. À mes oreilles, c’est toutefois VK Lynne qui vole la vedette. Je suis une fois de plus épaté par la richesse vocale déployée par la dame. Sans tenter de s’aventurer dans un territoire lyrique, elle réussit encore une fois à offrir une démonstration de chant des plus solides. Parfois, le talent d’une chanteuse ne doit pas être évalué par la force des notes poussées, mais bien par la variété de ces notes. C’est ici la grande force de VK Lynne: se faufiler partout et chanter à merveille tout ce qui lui tombe sous la main, avec un talent remarquable et une voix chaleureuse immédiatement identifiable.

Ce premier pas discographique se révèle somme toute fort agréable, From Light Rose the Angels nous gratifiant d’une musique qui se laisse écouter avec le plus grand plaisir. De plus, voici un disque que vous pouvez faire jouer un peu partout, même lorsque des oreilles sensibles se trouvent dans la pièce, sans vous faire traiter de satanique ou de sanguinaire! Plus sérieusement, ce EP nous éclaire très bien sur le potentiel du groupe; nous ne pouvons qu’attendre la suite avec enthousiasme. Habituée de se promener d’un projet à l’autre, souhaitons que VK Lynne s’accroche plus longuement à celui-ci, la suite à ce départ prometteur pouvant être des plus intéressantes.

 

 

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Innerly

In Praise of Shadows

Démo autoproduit

2012

 

N’ayant pas peur de le dire, dans plusieurs cas les démos ont une valeur plutôt limitée. Ajoutons simplement que ces enregistrements sont davantage des essais qui peuvent nous donner à tout le moins une idée de ce qu’un groupe peut valoir. Il arrive toutefois d’entendre des démos qui sonnent mieux que les autres, c’est pourquoi je me permets de vous parler brièvement du groupe français Innerly et de son démo “In Praise of Shadows“.

Innerly est une de ces découvertes faites par hasard, en flânant sur YouTube. La chanteuse du groupe, Katia Iva, produit des reprises de Nightwish fort intéressantes, elle qui est dotée d’une voix assez vaste et puissante pour interpréter le répertoire des Finlandais, tout en agrémentant le tout d’un instrument que j’ai toujours trouvé intéressant dans l’absolu: le violon électrique. C’est quelques instants plus tard que mon agréable surprise est devenue doublement intéressante lorsque j’ai découvert que la dame faisait partie d’un groupe. Il est en effet plus enthousiasmant comme mélomane de se frotter à du nouveau matériel plutôt qu’à des reprises, aussi bien rendues soit-elles.

Ayant parlé de Nightwish, on doit reconnaître qu’Innerly se tient dans le territoire du célèbre groupe, particulièrement lorsqu’on porte attention aux claviers qui sonnent dans la veine de ceux de Monsieur Holopainen, version Wishmaster. Soyons toutefois clairs, on ne se retrouve pas confrontés à de vulgaires clones, Innerly réussissant tout de même à se forger une identité bien à lui. L’ingrédient le plus intéressant s’avère sans l’ombre d’un doute le violon électrique, que le groupe n’hésite pas à utiliser au coeur des compositions. Le son très coloré de l’instrument rehausse l’ensemble, la partie centrale de “Gaïa’s Awakening“, la première chanson, en témoigne.

“Dark Waters“, même si elle est relativement courte (3:26), nous fait vivre plusieurs changements d’ambiance, et est agrémentée d’une solide performance de la section rythmique. “When Witches are Born” soutient la comparaison dans le même registre: entrée ambiante, guitare bien en avant bien soutenue par les claviers, et ensuite intéressantes variations du rythme et de l’atmosphère. De plus, la voix de Katia Iva, très souple et se déployant sur une large étendue, fait merveille et contribue à ajouter une touche d’inspiration fantastique au tout.

C’est toutefois sur la longue “Regrets and Hope” (8:25) qu’Innerly se laisse pleinement aller. Comme toujours, la durée joue en faveur de la composition, alors que les thèmes peuvent être pleinement développés. Encore une fois, c’est la variation des ambiances qui s’exprime bien ici, alors qu’on se retrouve face à une rythmique purement power metal pour se rendre, sans crier gare ou presque, à des passages plus calmes. De plus, le groupe n’hésite pas encore une fois à judicieusement utiliser cet hypnotisant violon, et surtout il le fait sans avoir peur de s’aventurer dans de grandes envolées instrumentales qui se font au profit de la voix: un groupe plus établi comme Stream of Passion par exemple, n’ose pas à mon grand regret sacrifier quelques parties du divin chant de Marcela Bovio pour la laisser user d’un instrument si original (du moins il l’est dans un univers métal). Innerly sait donc mettre cet élément à profit pour tenter de se dégager du lot, ce qui est extrêmement louable. La longue partie instrumentale de cette pièce de fermeture est d’ailleurs bien pimentée de claviers, de guitare et de violons, faisant de cette séquence musicale un moment réellement mémorable.

Dommage que tout ceci ne s’arrête qu’au bout de quatre chansons, mais on ne peut que s’encourager en se disant que si Innerly est parvenu à présenter un démo de cette qualité (en plus d’être bien exécuté, c’est également très bien produit), le premier véritable album pourrait faire beaucoup de bruit dans le milieu métal. Oui, la relève est là, elle ne demande qu’à être entendue. D’ailleurs, souhaitons que les chansons de ce démo se retrouvent sur le premier album, elles y méritent pleinement leur place.

 

 

Les “Elles” du Métal, hors-série: Metal Female Voices Fest XII

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Metal Female Voices Fest XII: pèlerinage à la grand-messe du metal féminin

Pour les amateurs de voix féminines, le Metal Female Voices Fest est un événement bien connu et établi. C’est pourquoi on peut en parler comme étant une «grand-messe» pour les fans de ce créneau bien spécifique. Au point que l’on peut dire que si les fans d’Elvis doivent faire le pèlerinage à Graceland une fois dans leur vie, les amoureux de metal et de dames qui chantent doivent en faire de même, le lieu de rendez-vous étant Wieze, en Belgique, à un peu plus de 25 kilomètres de Bruxelles.

En bon fan j’ai accompli mon devoir, et ce pour la deuxième fois plutôt qu’une alors qu’après m’être administré un bon coup de pied au derrière pour faire le voyage l’an dernier, le plaisir que j’en avais retiré m’a incité à y retourner encore cette année. De plus, l’Europe a beaucoup à offrir aux touristes, donc aussi bien de joindre l’utile à l’agréable. Ainsi le Metal Female Voices Fest, douzième édition, se tenait les 17, 18 et 19 octobre derniers, avec encore une fois une belle programmation à offrir.

 

Un vendredi en demi-teinte

L’ouverture du festival se fait toujours le vendredi soir, avec quelques concerts pour réchauffer un peu le public. Première constatation: la foule me semble plus clairsemée que l’an dernier, bien que certains fans préfèrent arriver pour les deux grosses journées.

L’ambiance était donc plutôt froide lorsque Diary of Destruction a attaqué la scène. Pourtant, le groupe français a offert une bonne performance, très énergique, avec au-devant la chanteuse Audrey Ébrotié qui en a donné pour leur argent aux amateurs de chant guttural. Ensuite est venue la très particulière Ayin Aleph: voici une artiste qui ne peut faire l’unanimité, avec un jeu scénique et une théâtralité qui défient les conventions. C’est avec l’esprit ouvert qu’il fallait aborder cette prestation, surtout avec la diffusion en boucle d’images de ses vidéoclips, qui sont d’un mauvais goût notoire. Toutefois, pour en rester à la musique, ce n’était pas inintéressant et l’Américaine d’origine russe a vocalement bien performé. J’ajoute que je respecte les artistes qui sortent des sentiers battus, ce que Ayin Aleph sait faire à sa façon. Pas certain toutefois que la foule a pleinement apprécié, ce qui est un peu normal face à l’audace de l’artiste.

À l’instar de l’an dernier, c’était un collectif de chanteuses qui venait clore la marche, regroupé sous le nom de Metal Female Voices United. Ainsi, sept dames nous ont présenté des reprises de plusieurs chansons connues. Encore une fois, on a senti le public hésitant malgré la bonne qualité des musiciens et des chanteuses. De ce côté, Ailyn Gimenez (de Sirenia) m’a agréablement surpris en faisant très bonne figure sur “Fleurs du mal” de Sarah Brightman, tandis que Kassandra Novell a épaté avec une fort jolie reprise de “I Walk Alone” de Tarja Turunen. Lorsqu’il s’agit de Tarja ou de Nightwish, la foule apprécie et on a enfin senti la salle se réchauffer un brin. C’est toutefois Iliana Tsakiraki (de Enemy of Reality) qui a volé la vedette avec de solides interprétations de “Whispers” d’Evanescence, mais surtout de “Bless the Child” de Nightwish. Cette performance n’était qu’un avant-goût, la Grecque allait de nouveau briller plus tard au cours du week-end…

 

 

Départ canon d’une longue journée

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, c’est la journée du samedi qui est la plus substantielle, avec une offre de pas moins de 12 groupes: début à 10h30 le matin, on est en route jusqu’à… minuit, que de musique! Si plusieurs personnes ont plutôt des problèmes à démarrer la machine le matin, ce n’est clairement pas le cas de La-Ventura. Le groupe néerlandais s’était fait déléguer la tâche de réveiller un public plutôt engourdi. Ceux qui étaient bien disposés à les écouter (j’étais du nombre!) ont été ravis, la formation offrant une prestation des plus solides; le jeu des musiciens était bien huilé et la chanteuse Carla Van Huizen affichait une forme splendide.

La balle était ainsi lancée, balle qui a été saisie au bond par les artistes suivants: Season of Ghosts, nouveau groupe de la chanteuse Sophia Sama (ex-Blood Stain Child), en était à ses premières armes sur scène et en profité pour nous présenter son tout premier album, “The Human Paradox“. La performance était convaincante, tout comme la musique du groupe (un mélange intéressant de metal et de musique électro) dont j’aurai la chance de vous entretenir dans une future chronique. Quant à Dark Sarah, le groupe de l’ex-Amberian Dawn Heidi Parviainen, il n’en était qu’à une deuxième prestation devant public, mais on a senti que la machine tournait déjà bien, avec une Heidi en voix qui sera rejointe sur scène pour deux duos (“Evil Roots” et “Memories Fall“) par Zuberoa Aznarez de Diabulus in Musica. Décidément, le réveil fut des plus agréables.

 

 

C’était ensuite au tour des amateurs de power metal d’être ravis, le groupe italien Ancient Bards offrant des hymnes entraînants et énergiques. Question de varier le registre, le groupe grec Jaded Star est quant à lui atterri sur scène avec un metal plus «old school», qui se marie bien à la voix de la chanteuse Maxi Nil (ex-Elysion et ex-Visions of Atlantis). La performance était à la hauteur, surtout que l’on savait plus ou moins à quoi s’attendre, le premier album du groupe se faisant encore attendre. Si l’on se fie à ce qui a été joué ce samedi, on tiendra entre nos mains un des bons albums de 2015.

Représenté pour la première fois l’an dernier au festival, le Japon s’amenait de nouveau, cette fois représenté par deux groupes. Mes écoutes pré-festival m’avaient dévoilé une agréable surprise en Head Phones President, tandis que Magistina Saga m’avait laissé plutôt froid. Curieux paradoxe, les rôles ont été plutôt inversés en spectacle, alors que Head Phones President n’a pas réussi à m’accrocher que tandis que Magistina Saga, qui s’est exécuté le dimanche après-midi, est venu davantage me chercher, impression que j’ai d’ailleurs sentie au sein du public.

D’autres bons moments nous attendaient en cette longue journée de samedi, alors que Skeptical Minds parvenait à faire bouger une foule enfin réveillée; si la musique du groupe belge n’est pas forcément ma tasse de thé, je dois admettre que sur scène, Karolina Pacan et sa bande sont d’une belle efficacité. D’ailleurs, la formation en profitait pour lancer sur place l’album en spectacle “Run for your Live“. C’est toutefois Diabulus in Musica qui devait ensuite m’épater le plus, avec un metal symphonique particulièrement bien troussé – qui flirte d’ailleurs dans les plate-bandes d’Epica – où l’on a pu renouer avec Zuberoa Aznarez, dont la jolie voix se balance parfaitement avec le jeu plus rude de ses compères.

 

 

Quant à la soirée, elle amenait son premier lot de grosses pointures. Les fans de doom metal allaient enfin recevoir leur dû par l’entremise de Draconian, qui est incontestablement l’un des meilleurs groupes du genre. Une présence qui suscitait la curiosité était celle de The Sirens, trio vocal formé de pionnières du metal avec chanteuses: Kari Rueslatten (ex-The 3rd and the Mortal), Liv Kristine (Leaves’ Eyes, ex-Theater of Tragedy) et Anneke van Giersbergen (ex-The Gathering). Si le public était bien sûr ravi de renouer avec ces dames, la performance a toutefois un peu fait baisser le niveau d’énergie qui s’était enfin installé. Si le tout était absolument impeccable vocalement – les trois dames sont clairement attachantes – la musique qui accompagnait le tout était plutôt molle, faisant de ce spectacle davantage un tour de chant qu’un concert metal. Bref, pas sûr que le trio était au bon endroit.

C’est de belle façon que s’est terminé ce long marathon, avec Sirenia et Leaves’ Eyes, le premier groupe s’exécutant devant un public conquis d’avance qui attendait son metal mélodique avec impatience. Si je n’ai jamais été un grand fan de la voix de Ailyn Gimenez, je dois toutefois admettre qu’en spectacle le courant a passé. C’est toutefois la formation germano-norvégienne qui a couronné le tout de la plus belle façon, en offrant une solide prestation en guise de spectacle dixième anniversaire. D’ailleurs, le tout a été filmé pour un futur DVD, et le groupe y avait mis le paquet avec un important dispositif de scène, des effets visuels éclatants et une belle rétrospective musicale des meilleurs moments de leur discographie.

 

 

Gros samedi matin, gros dimanche matin

Si la première matinée du festival avait été éclatante, il faut croire que les groupes qui allaient amorcer la dernière journée avaient pris des notes! En effet, nous en avons encore une fois été quittes pour un bon départ. Aria Flame, de Grand Rapids au Michigan, s’est d’abord amené pour présenter son mini-album tout fraîchement paru, “A World of Silence“. Présentant une musique théâtrale fortement teintée de structures progressives, la richesse des compositions s’est bien fait sentir sur scène, les musiciens montrant de belles habiletés instrumentales tandis que la chanteuse Aziza Poggi faisait preuve d’un charisme envoûtant, armée d’une voix des plus solides. Le groupe avait aussi réservé de belles surprises, avec trois chanteuses invitées.

La journée était bien amorcée, et nous avons eu droit ensuite à un solide coup de tonnerre, gracieuseté de Evenoire. Le groupe italien se présentait au festival avec deux excellents albums sous le bras (“Vitriol” et “Herons“) et avait pour mission de reproduire sur scène cette magie. Mission accomplie pour les Lombards, qui ont littéralement soulevé le public. La cohésion des instrumentistes était absolument parfaite, tandis que la chanteuse Lisy Stefanoni a su charmer avec une voix juste et puissante et son jeu particulièrement habile à la flûte. Il est quand même dommage que plusieurs fans auxquels j’avais parlé depuis deux jours ne connaissaient pas vraiment le groupe (on se reparle des fans plus loin…), sinon l’accueil aurait été encore plus chaleureux, sans l’ombre d’un doute.

 

 

C’est après la sympathique performance de Magistina Saga que LE grand coup de la fin de semaine est arrivé, alors que le groupe grec Enemy of Reality prenait place sur scène. Des riffs dévastateurs, une section rythmique qui détonne, un guitariste d’une dextérité étourdissante, des claviers virevoltants et une chanteuse à la voix toute puissante, c’est ce que la formation nous offre. Si tout ceci se faisait déjà sentir sur disque, la puissance des pièces de “Rejected Gods” est définitivement décuplée sur scène. Les musiciens affichaient leur forme des beaux jours, livrant de manière impeccable un contenu musical où les passages complexes ne manquent pas. Quant à Iliana Tsakiraki, elle est parfaitement en phase avec ses collègues, venant gratifier la musique de sa voix soprano. Un véritable barrage sonore qui m’a jeté au sol!

Après cette démonstration éclatante de virtuosité, le ton allait ensuite changer drastiquement, alors qu’une partie de l’après-midi allait être consacrée au thrash metal. Formule brutale qui ne me plaît guère, j’admets bien honnêtement être allé faire un petit tour du côté des kiosques alimentaires situés à l’extérieur de l’aréna. Par contre, les choses étant bien pensées à ce festival, les portes demeurent ouvertes nous permettant de garder l’oreille sur ce qui se déroule à l’intérieur. J’ai donc pu constater que dans le genre, Viper Solfa et Holy Moses ont livré la marchandise, les fans du genre auxquels j’ai parlé ont d’ailleurs été ravis de ces deux concerts.

 

 

Bien rassasié après une petite bouffe et une tournée du côté des kiosques souvenirs à l’intérieur, je me suis fait un devoir de retourner devant alors que se présentaient deux des groupes que j’attendais le plus sur l’affiche: Stream of Passion et Xandria. Dans le genre metal symphonique, ces deux formations sont parmi les meilleures et elles l’ont prouvé de belle façon en offrant des concerts à la hauteur de leur réputation. Les bons moments n’ont pas manqué et j’ai pu vivre de nouveau le plaisir d’entendre Marcela Bovio et Dianne van Giersbergen, deux chanteuses aux voix tout à fait charmantes. Après ces deux performances, le chroniqueur était aux anges.

Si le chroniqueur était satisfait, il était toutefois fatigué et c’est donc sur une note un peu distraite que j’ai terminé mon festival. Tout d’abord, la musique d’Arkona présentait pour moi un intérêt plutôt limité. Ensuite, j’admets mon manque de connaissance face à l’abondante discographie de Therion, qui avait la tâche de nous retirer nos dernières parcelles d’énergie avant de nous renvoyer chez nous (où à l’hôtel, dans mon cas…). Par contre, un spectacle de Therion, ça demeure toujours un événement, et la troupe de Thomas Vikström n’a pas chômé sur scène, démontrant pourquoi elle était le gros nom de l’affiche cette année. C’est ainsi que se terminait une autre fin de semaine qui demeurera longtemps dans ma mémoire.

 

 

Les cinq coups de coeur du chroniqueur

1) Enemy of Reality: en revoyant des images du concert du groupe grec, j’ai été de nouveau secoué par la puissance de la musique du groupe, et surtout par l’incroyable talent déployé par les musiciens. De plus, Iliana Tsakiraki est une chanteuse remarquable, elle l’a démontré deux fois plutôt qu’une, se démarquant le vendredi et le dimanche.

2) La-Ventura: j’ai toujours été charmé par le rock énergique du groupe néerlandais. Bien franchement, ils ont été encore meilleurs que ce dont je m’attendais en spectacle, ayant joué avec cohésion et un haut niveau d’énergie. Tel que mentionné plus haut, Carla Van Huizen était parfaitement en voix.

3) Dark Sarah: bien sûr, comment ne pas être charmé par ma chanteuse préférée? Entendre Heidi Parviainen en spectacle, ça tenait pour moi du rêve et ma sirène a été parfaitement à la hauteur. Son groupe s’en est également fort bien tiré, considérant qu’il ne s’agissait que d’un deuxième concert à vie pour eux ensemble.

4) Evenoire: mes attentes étaient extrêmement élevées, considérant la qualité de la musique du groupe et le fait que “Herons” est mon album favori de 2014 jusqu’à maintenant. Parfois quand les attentes sont hautes, on ne peut qu’être déçus, mais heureusement ce ne fut pas le cas, la performance était décidément d’un très haut niveau. Un groupe à découvrir absolument si vous ne connaissez pas.

5) Xandria: après les avoir vu deux fois plus tôt dans l’année (à Montréal et à Québec), je n’attendais pas nécessairement Xandria avec impatience, l’effet de surprise étant plutôt bas. Après quelques chansons, je me suis toutefois souvenu que les Allemands sont franchement forts sur scène et que Dianne van Giersbergen (aucun lien de parenté avec Anneke, soit dit en passant…) est une chanteuse des plus solides.

On se revoit en… 2016

Voici une nouvelle qui est tombée à notre plus grand regret deux semaines avant le festival: le Metal Female Voices Fest prend une pause en 2015. Le Metal Female Voices Fest XIII se tiendra donc en 2016. Se déroulera-t-il au même endroit? La formule changera-t-elle? Plusieurs questions sont en suspens présentement, on ne peut que laisser l’organisation du festival prendre un repos bien mérité car il faut le spécifier, le Metal Female Voices Fest est une entreprise à but non lucratif traînée à bout de bras par des bénévoles. Monter une bonne programmation variée, convaincre des gros noms de se déplacer, s’assurer du bon déroulement du week-end ainsi que gérer tous les imprévus qui peuvent survenir constitue une tâche colossale. On ne peut donc qu’accepter la décision et attendre le retour de l’événement dans deux ans.

Par contre, je me permets de me questionner sur l’influence qu’a eu le public en général sur la décision qui a été prise. En effet, vous avez lu plus haut que la foule était un peu plus clairsemée cette année. J’ai aussi senti moins d’enthousiasme émanant de la salle que l’an dernier. Pourquoi? En premier lieu, l’affiche présentait moins de gros noms que l’an dernier. Pas de Delain, de Lacuna Coil, de Nightwish, de Within Temptation (le groupe n’a jamais joué au festival), d’Epica, etc. Est-ce que cette édition était moins réussie musicalement pour autant? NON. Les groupes présents ont offert de solides performances et à mon avis, la qualité de la cuvée 2014 n’avait rien à envier à celle de l’an dernier ou des années précédentes.

Au fil des conversations nouées au cours de la fin de semaine ainsi qu’en lisant les commentaires sur la page Facebook du festival, j’ai constaté que les gens étaient extrêmement exigeants, ceux-ci ne demandant que des gros noms. Il faut toutefois tenir compte d’une donnée importante: ce genre de festival constitue une plate-forme de lancement pour plusieurs petits groupes qui ont ainsi la chance de se faire connaître. Mais pour cela, il faut que les gens sur place acceptent de donner une chance à ces plus petits groupes, ce que je n’ai pas pleinement senti. De plus, n’avons-nous pas déjà l’occasion de les voir en tournée, ces gros noms? Un peu d’ouverture d’esprit n’a jamais fait mal à personne, les amis.

J’ai aussi constaté que plusieurs personnes arrivaient sur place en ne connaissant que six ou sept groupes (sur 24); n’est-ce pas un devoir de s’assurer de connaître un peu tous les groupes qu’on va entendre? Il faut croire que ce n’est pas une priorité pour tout le monde. Ceci m’amenant à me déclarer plutôt déçu du public sur place, un public parfois indifférent manquant d’énergie, comme si le festival était un acquis auquel on assiste mécaniquement, par habitude. Cette impression générale, je ne suis peut-être pas le seul à l’avoir sentie, et c’est peut-être (je dis bien peut-être) pourquoi les organisateurs ont décidé de tirer sur la «plogue» pour l’année 2015. Bien sûr, les raisons de cette suspension ne sont connues que d’eux seuls et loin de moi l’idée de vouloir parler en leurs noms. Je ne fais que livrer mes impressions…

Finalement, si il y avait moins de pèlerins à cette grande messe, il n’en demeure pas moins que le Metal Female Voices Fest a encore une fois répondu aux attentes et justifié avec brio sa réputation. On ne peut que souhaiter une bonne pause aux organisateurs et on se revoit en 2016!

Stéphan

Les “Elles” du Métal

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Pendant que notre ami Stéphan (et chroniqueur régulier des “Elles” du Métal) continue à s’amuser en Europe après avoir assisté au Metal Female Voices Fest en Belgique, j’ai, une fois de plus, la chance d’utiliser cet espace et j’en profite pour vous parler d’un excellent album. – Graciela

 

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Stream of Passion

A War of Our Own

2014

 

Si vous connaissez Stream of Passion, vous connaissez déjà le son particulier du groupe: des chansons profondes qui nous racontent des histoires touchantes, des guitares majestueuses, une batterie imbattable et des paroles en espagnol qui ajoutent toujours une douceur singulière aux mots. Tous ces éléments se retrouvent bel et bien dans le quatrième album du groupe. Mais il y a plus… il y a une guerre: “A War of Our Own“.

Le voyage commence avec “Monster“. Comme son nom l’indique, c’est une chanson monstre qui nous réveille avec les sons souples et envoûtants du clavier, annonçant la venue des guitares emphatiques et de la batterie qui définissent l’ambiance de l’album dès les premiers accords. “A War of Our Own” nous parle des conflits émotionnels, des moments de la vie où l’on doit affronter tout le monde et leur montrer de quoi nous sommes faits. Si l’album précédent, “Darker Days“, vous a paru sombre, ce nouvel album vous surprendra avec ses histoires.

C’est dans la chanson éponyme de l’album que nous pouvons écouter un bel exemple de la dextérité des musiciens. Johan Van Stratum à la basse marque le rythme vigoureux de la mélodie et est accompagné de la batterie intense de Martijn Peters pour créer des sons enveloppants.

Les chansons “Autophobia” et “Exile” incluent des éléments plus progressifs que le groupe souhaitait aborder. Ces éléments augmentent la complexité des mélodies et leur donnent un accent mélancolique et mystérieux. En parallèle, Marcela Bovio explore sa voix et nous offre des interprétations très émouvantes et dramatiques, différentes de celles qu’elle avait proposées lors de sa collaboration sur l’album “Antagonise” de Mayan, où elle offrait plutôt une performance opératique.

La langue espagnole et les sonorités latino-américaines sont beaucoup plus présentes sur ce disque. L’un des meilleurs morceaux de l’album est sans doute “Delirio“, une chanson entièrement en espagnol qui commence avec le clavier de Jeffrey Revet et le violon de Ben Mathot. Ceux-ci créent une ambiance douce et clairement nostalgique puis, tout d’un coup, les riffs de guitares enflamment la mélodie et la transforment en un véritable volcan en éruption, sans oublier la voix séduisante de Marcela accompagnée des sons sublimes des claves.

Cet album prouve le dynamisme du groupe, l’évolution et la force des membres de Stream of Passion en tant qu’âmes créatives. Il est aussi la preuve que le groupe a réussi à produire un album comme il le voulait, selon ses propres règles et en toute liberté artistique. Le projet Indiegogo leur fut très profitable: avec la participation des adeptes de la formation, la somme initiale requise pour enregistrer l’album souhaité par le groupe a été doublée, ce qui a permis l’enregistrement de versions acoustiques, comme “The Curse” qui se démarque admirablement.

C’est un album à écouter avec les yeux fermés et le cœur ouvert. Un travail remarquable, imprégné de passion. Avec un album comme celui-ci et des musiciens aussi talentueux, espérons que la musique de Stream of Passion se répande de plus en plus à l’échelle mondiale – et surtout, espérons que ce succès se traduise par des concerts à l’extérieur des frontières de l’Europe, car nous sommes nombreux à avoir hâte de les écouter en direct.

 

 

Les “Elles” du Métal

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«Le cœur mène où il va» – proverbe français

Je me souviens très bien d’une conversation que j’ai eue par Facebook en mars avec l’ami Dave Rouleau. Nous discutions de son futur passage à Wacken et de la grande possibilité qu’il soit durablement marqué par ce premier voyage en Europe tout comme je l’ai été l’an dernier. Une de mes paroles fut : «Une partie de mon cœur est en Europe, je dois y retourner!». Dave de rétorquer : «À cause d’une fille?». Avoir été plus vif d’esprit ce jour-là, je lui aurais répondu que ce n’est pas une fille, mais bien une trentaine qui ont volé des fragments de mon cœur! Ces dames, ce sont les chanteuses qui ont envahi la scène de l’Oktoberhallen de Wieze, en Belgique, lors du Metal Female Voices Fest XI. Me souvenant encore de ce week-end avec beaucoup d’émotions, j’ai décidé de suivre mon cœur là où il veut aller, c’est-à-dire au Metal Female Voices Fest XII! Un rendez-vous paradisiaque qui se tient les 17, 18 et 19 octobre. – Stéphan

 

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Vent de changement et spectacles spéciaux

La clé d’un événement, pour pleinement satisfaire les spectateurs, c’est d’être en mesure d’offrir une programmation variée et surtout de savoir attirer une brochette de nouveaux groupes. De ce côté, les organisateurs peuvent déjà se féliciter, eux qui ont opéré de beaux changements à la carte, nous ramenant seulement deux groupes qui étaient de la partie l’an dernier. Si la programmation de la onzième édition était extrêmement relevée, il aurait été inopportun de nous offrir de nouveau la même cuvée. Ainsi, seuls Stream of Passion, toujours parmi les favoris de la foule, et Leaves Eyes se produiront pour une deuxième année de suite sur la scène de l’aréna pouvant accueillir environ 5000 fans.

Leaves’ Eyes, qui a déjà filmé sur place en 2007 le DVD “We Came with the Northern Winds“, récidivera cette année en nous offrant le concert “Hymns of a Decade“, rétrospective de ses dix années d’existence. Liv Kristine, charmante voix du groupe germano-norvégien, sera également en vedette lors du spectacle du trio The Sirens, formation temporaire qui offrira une série de concerts cet automne et au début de l’hiver. Si le nom est plus ou moins cliché, le concept n’en est pas moins intéressant, réunissant trois chanteuses qui ont fait leur place au début des années 90, lorsque c’était beaucoup moins habituel de retrouver une femme à l’avant-plan d’un groupe métal. Liv, qui s’était d’abord fait connaître avec Theatre of Tragedy, unira ses forces avec Kari Rueslatten (ex-The 3rd and the Mortal) et Anneke van Giersbergen (ex-The Gathering) pour nous offrir des chansons de ces trois groupes.

 

 

Vétérans et têtes d’affiche du futur

Si nous avions été particulièrement gâtés l’an dernier avec la présence des Tarja, ReVamp, Lacuna Coil ou Delain, nous ne serons pas en reste cette année alors que de grands noms de l’industrie seront sur place. Fort d’une carrière de plus de 20 ans, Therion est un incontournable et clôturera le week-end comme il se doit avec son métal symphonique haut en couleurs. Dans le même créneau nous retrouvons Xandria, qui arrive avec le solide album “Sacrificium” (lire ma critique publiée en juin) sous le bras, et Sirenia, groupe toujours très en demande. Les amateurs de métal plus musclé seront également bien servis par Arkona, Draconian et Holy Moses, ce dernier groupe faisant figure de patriarche de cette douzième édition avec une carrière qui dure depuis maintenant près de 30 ans (le premier album des Allemands date de 1986).

Parmi les groupes en émergence, appelés à devenir les leaders du mouvement, on saluera la présence de Diabulus in Musica, formation originaire du Pays basque espagnol, qui a frappé un grand coup cette année avec son troisième album, “Argia” (voir critique ici) et d’Ancient Bards, groupe italien qui a aussi fait paraître son troisième album, “A New Dawn Ending“, récemment. Nul doute que ces deux noms ont tout le potentiel pour faire figure de tête d’affiche dans les années à venir. Dans la même classe, mais dans un créneau différent, la présence des Belges de Skeptical Minds assurera au pays hôte un représentant de qualité sur scène tandis que leurs voisins néerlandais de La-Ventura nous présenteront les chansons de l’épatant “White Crow” (ma revue ici).

 

 

Volet international, débuts sur scène et dose d’inusité

Dans cette année riche en parutions de qualité, les candidats étaient nombreux et parmi les heureux élus, certains groupes sont moins connus du public. Notons au passage que plusieurs centaines de groupes font parvenir leur candidature en souhaitant voir leur nom retenu. Avec 5000 personnes sur place, toutes friandes de métal à voix féminines, les musiciens ruent dans les brancards afin de présenter leurs talents à un public prêt à faire de nouvelles découvertes. L’occasion est donc unique pour ces musiciens de se faire valoir.

Si je me fie à la grande qualité de “Herons” (un album extraordinaire qui est mon favori de l’année jusqu’à maintenant, on lit mon petit texte à ce sujet), le public devrait être frappé de plein fouet par Evenoire, qui nous arrive d’Italie et qui possède toutes les qualités pour être la surprise du week-end. D’autres groupes à fort potentiel se trouveront sur place : la Grèce nous délègue Enemy of Reality, avec en tête la superbe voix d’Iliana Tsakiraki, qui nous a offert cette année son premier album, le très solide “Rejected Gods” (j’en parle ici); Jaded Star, groupe très prometteur mené par la chanteuse Maxi Nil, dont le premier album devrait tomber dans les bacs au début de l’année 2015, et Season of Ghosts, projet de la chanteuse Sophia Sama (ex-Blood Stain Child), dont la premier album devrait paraître bientôt.

 

 

 

De Norvège, Viper Solfa attaquera la scène avec une musique agressive qui ravira les fans du genre. Les débuts discographiques de ce groupe formé par Ronny Thorsen (Trail of Tears, Tristania, Blood Red Thrones) sont également prévus pour un futur rapproché. Dans la même veine musicale, le death/metalcore sera à l’honneur avec Diary of Destruction, groupe lillois qui nous brassera la cage lors de la soirée du vendredi. La journée du samedi marquera également les débuts scéniques de Dark Sarah, projet de la chanteuse Heidi Parviainen, que les fans de métal symphonique ont bien connu avec Amberian Dawn. Étant en plein coeur d’un long processus de financement pour compléter l’enregistrement d’un premier album (Ondes Chocs en parlait en mars dernier sur ce lien), la fantastique chanteuse (oui, c’est ma chanteuse préférée) verra en quelque sorte son projet aboutir en pouvant enfin présenter sa musique devant un public.

 

 

Ce qui fait aussi la beauté d’un festival comme celui-ci, c’est la présence d’artistes provenant de pays dont nous connaissons peu la scène métal. L’an dernier, le Japon avait été représenté pour la première fois, très honorablement, par Eleanor. La formule sera répétée cette année alors que le pays du Soleil-Levant déléguera deux représentants, soit Head Phones President et Magistina Saga. Notre continent sera quant à lui représenté par Aria Flame, qui nous vient de Grand Rapids, au Michigan. Hybride de musique théâtrale et de rock mélodique, la formation américaine amènera une dose de fantaisie à la programmation. De plus, la prestation du groupe sera rehaussée et sans aucun doute très attendue en raison de la présence des invitées Sabrina Cruz (Seven Kingdom), Grace Meridan et Kassandra Novell au chant, ainsi que celle du claviériste Joop De Rooij (ex-Magion).

 

 

Parlant de fantaisie, le public devrait en avoir plein les oreilles d’entrée de jeu avec Ayin Aleph, chanteuse d’origine russe vivant maintenant à Los Angeles. Comment décrire la musique de cette dernière?? Impossible! Il faut voir et entendre pour le croire et j’ai l’impression que nous aurons droit à une performance qui ne laissera absolument personne indifférent. Pour compléter le tableau de la soirée d’échauffement du vendredi, un projet a été monté dans l’esprit du défunt collectif Eve’s Apple. Nommé Metal Female Voices United, le spectacle réunira sur scène sept chanteuses qui interpréterons leurs chansons favorites.

 

 

Tout est en place pour un autre week-end mémorable. Comme j’en serai à mon deuxième festival, je suis davantage en mesure de savoir à quoi m’attendre et l’expérience sera fort possiblement différente. Bien sûr, le compte-rendu de l’événement vous sera gracieusement offert lors de mon retour d’Europe.

Programmation du Metal Female Voices Fest XII
Vendredi 17 octobre
19h45 : Diary of Destruction (France)
20h45 : Ayin Aleph (États-Unis)
22h : Metal Female Voices United (projet collectif)

Samedi 18 octobre
10h30 : La-Ventura (Pays-Bas)
11h20 : Season of Ghosts (Grèce)
12h10 : Dark Sarah (Finlande)
13h05 : Ancient Bards (Italie)
14h05 : Jaded Star (Grèce)
15h05 : Head Phones President (Japon)
16h05 : Skeptical Minds (Belgique)
17h10 : Diabulus in Musica (Espagne)
18h20 : Draconian (Suède)
19h30 : The Sirens (projet collectif)
21h10 : Sirenia (Norvège)
22h40 : Leaves’ Eyes (Norvège)

Dimanche 19 octobre
11h25 : Aria Flame (États-Unis)
12h20 : Evenoire (Italie)
13h15 : Magistina Saga (Japon)
14h15 : Enemy of Reality (Grèce)
15h15 : Viper Solfa (Norvège)
16h20 : Holy Moses (Allemagne)
17h30 : Stream of Passion (Pays-Bas)
18h40 : Xandria (Allemagne)
20h00 : Arkona (Russie)
21h30 : Therion (Suède)

Les “Elles” du Métal

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Depuis que j’écris pour Ondes Chocs, vous pourrez constater en faisant le tour de mes chroniques que je parle majoritairement de groupes européens. Ce constat s’établit en toute logique car le mouvement de métal avec chanteuses, s’il est loin d’être inexistant en Amérique, prospère plus particulièrement outre-mer. Conséquemment, j’éprouve toujours beaucoup de plaisir à découvrir des groupes nord-américains, prouvant que le genre de musique que j’aime tant se joue pas trop loin de chez-moi. Cette semaine, nous nous transportons donc au sud de notre frontière, plus précisément dans l’État aux mille lacs, le Minnesota, représenté ici par Heliosaga. – Stéphan

 

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Heliosaga

Towers in the Distance

auto-production

2014

 

Formée en 2010, la formation s’articulant autour du guitariste/claviériste Damien Villareal avait lancé sur le marché le mini-album “Equinox” en 2011, avec à l’avant la chanteuse Christine Schas, avant de nous présenter une nouvelle voix, Chelsea Knaack, lors de la publication de [l’excellente] chanson “The Light of Ardor” au début de 2013. “Towers in the Distance” est donc le premier album longue durée du groupe qui se présente sous forme de trio, Villareal et Knaack étant renforcés par le batteur Jordan Ames. La basse est quant à elle tenue par Chad Novell qui détient le statut d’invité (avis aux musiciens, le groupe se cherche un bassiste, et aussi un guitariste pour pouvoir jouer des spectacles).

Avant d’écouter un groupe, je prends toujours le temps de lire un peu, afin de savoir à quoi m’attendre. Heliosaga se présentant comme une formation de power metal, je dois admettre avoir un peu froncé les sourcils. Oh, ne vous méprenez pas, j’apprécie le power metal, mais je suis bien obligé de me confesser que ce genre génère toujours dans ma tête des images très typiques associées à cette mouvance musicale: des chasses aux dragons, un martèlement incessant de double pédale à la batterie, des gobelins, un rythme effréné augmenté à grands renforts de mélodies pompeuses accompagnées de cinq chorales, et des épées bien tranchantes. Bien sûr, je caricature un brin car il y a des groupes du genre auxquels je me plaît vraiment à donner l’oreille (je pense aux Français de Kerion). Bref, si je suis ouvert au genre, Heliosaga doit définitivement passer par-dessus mes clichés pour me convaincre.

Dès le début de “A Tower so Tall“, je me rends immédiatement compte que je ne serai pas difficile à convaincre. Cette pièce d’ouverture, bien rythmée et menée par une batterie bien pesante, démontre l’habileté de Damien Villareal à fournir des mélodies qui accrochent, tout en ne tombant pas dans les clichés et la répétition. L’exécution musicale s’y fait solide, avec en prime un solo de guitare au centre de la pièce. Mon premier contact avec la voix de Chelsea Knaack s’avère également des plus agréables. Dotée d’une haute voix dans un registre très lyrique, la dame fait preuve de beaucoup de constance et de solidité. C’est d’ailleurs la voix qui vole la vedette sur “Scarlet Sphere“, où la mélodie est clairement transportée par la chanteuse, bien qu’encore une fois nous sommes en mesure d’apprécier les talents du leader à la six-cordes.

Les claviers se voient également donner la belle part. Si les solos à cet instrument se font plus rares, les sons mélodiques sont bien utilisés en renfort, comme on peut s’en rendre compte sur “Lost“, pièce au tempo rapide très symphonique, où plusieurs changements d’ambiance interviennent. N’ayant plus aucun doute sur la qualité des compositions, on découvre ensuite que Heliosaga peut très bien s’en sortir sur les chansons plus calmes: “Hideaway” se fait plus paisible et place à tour de rôle la guitare acoustique et les claviers en vedette, le tout magnifié avec brio par ce chant en état de grâce.

On repart ensuite sur les chapeaux de roues avec “To Heal All Wounds“, pour laquelle la batterie de Jordan Ames se fait solide et vivante et où les sonorités montrent également un penchant pour la musique de Kamelot. Si Heliosaga se définit d’abord comme un groupe de power metal, il ne fait aucun doute que les emprunts au métal symphonique sont fréquents, nous amenant à poser le constat à mi-chemin de l’album que ce groupe a vraiment évité les pièges du genre, offrant une musique colorée et variée. La deuxième moitié du disque s’amorce avec “Memorativa“, pièce centrée sur la guitare où l’on perçoit bien le support d’une chorale de quatre voix. Cette mini-chorale, présente sur toute la longueur de l’album, apporte une dimension supplémentaire à l’ensemble.

Hunter’s Moon“, quant à elle, débute sur une note plus intimiste, avant de monter en intensité pour ensuite faire place de nouveau à un refrain sur un tempo plus lent. Cette pièce démontre encore une fois que Heliosaga n’est pas un groupe unidimensionnel et que sa musique joue sur plusieurs tableaux, comme en font foi la superbe montée vocale et le solo de guitare inspirés qui jalonnent la partie finale de la chanson. La prédilection pour le métal symphonique se fait aussi bien sentir sur “Edenscar“, chanson où claviers et voix en arrière-champ font merveille, tout comme le solo de guitare. D’ailleurs, seul cet élément constitue une donnée qui revient sur toutes les chansons; les amateurs de guitare ne s’en plaindront pas, d’ailleurs.

La batterie est de nouveau bien mise en évidence sur “Luminary“, où Jordan Ames contribue encore une fois à détruire mes idées préconçues sur les batteurs métal. En effet, celui-ci varie son jeu à merveille et même s’il mise beaucoup sur sa puissance, bien mise en évidence par la production, il ne fait pas que «piocher» sur les fûts. Finalement, comme c’est souvent le cas lorsqu’une chanson longue se retrouve sur un album, c’est celle-ci qui se retrouve à attirer davantage l’attention. Ainsi, “All Souls” vient clore le disque avec majesté, ultime preuve de la capacité de Damien Villareal de développer une idée musicale pour en faire un morceau dense et bien structuré. Encore une fois, toutes les forces de Heliosaga y sont bien exploitées, autant les ambiances bien supportées par les claviers, que la dextérité des musiciens et la voix mélodique.

Voici donc un groupe qui réussit, dès son premier album, à livrer un produit qui transcende les classifications et qui réussira sans aucun doute à plaire à plusieurs tranches d’amateurs de métal. “Towers in the Distance” se classera facilement parmi mes 4 ou 5 meilleures parutions de l’année, tous les ingrédients le composant tombant directement dans mes cordes: des mélodies solides bien placées en avant, une exécution instrumentale impeccable et un chant tout ce qu’il y a de plus plaisant à mes oreilles. Non, Heliosaga n’est pas un groupe power metal cliché comme d’autres, constatez-le par vous-mêmes…