Les “Elles” du Metal, mais c’est quoi cette bebitte? Très simple, c’est une chronique pour parler des femmes qui savent se faire remarquer dans le monde du métal québécois et international. Que ce soit des frontwomen ou des musiciennes, elles ont toutes un petit quelque chose qui leur a permis de se démarquer dans ce monde de la musique! Entrevues, présentations d’artistes, biographies, etc. La chronique sera présentée sous plusieurs formes, selon les sujets traités. Vous aimeriez que l’on parle de l’une vos artistes préférées du metal? Envoyez nous un courriel au [email protected] 

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Aujourd’hui, dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, nous vous présentons une entrevue avec la charmante Julie Bélanger Roy, frontwoman du groupe Gone In AprilBonne lecture et en espérant que cette journée aura été à la hauteur de toutes ces femmes! Et merci à chacune d’entre vous de faire partie de ce monde!

Entrevue

Max- Nous sommes présentement avec la fabuleuse chanteuse Julie Bélanger Roy qui va nous parler de son quotidien comme frontwoman et de son band! Comment vas-tu Julie?

Julie– Salut Maxime! Ça va très bien! Un gros merci de m’avoir invitée pour ta chronique!

Max- Ça me fait bien plaisir! Tout d’abord, parle-moi un peu de toi, de ton parcours musical ainsi que de ton band?

Julie- Je suis chanteuse-violoniste et altiste, et frontwoman du groupe Gone in April. En plus de chanter/jouer avec Gone in April, je joue et chante avec plusieurs orchestres symphoniques et opéras, j’enseigne le violon et le chant, et je suis musicienne de studio.

J’ai joint Gone in April lors de sa formation. Le groupe réunit des musiciens de différents styles pour créer un métal à la fois symphonique et death, avec des saveurs de power et de folk métal. Notre motto est “puissance et mélodie”! En automne 2019, nous avons lancé́ notre 3e album, Shards of Light, avant de partir en tournée nord-américaine avec Eluveitie et Korpiklaani. Nous travaillons présentement sur notre 4e album.

Max- Wow, c’est formidable ! Ça dû être une belle expérience de quitter le Québec et faire cette tournée! D’ailleurs, raconte-moi ton quotidien comme frontwoman dans les tournées et les pratiques. J’imagine qu’il doit y avoir des anecdotes assez comiques parfois?

Julie- Dans Gone in April, je suis très impliquée dans la composition, l’écriture de paroles, la gestion du groupe, les décisions artistiques et le marketing. En tournée, les tâches sont différentes, mais encore une fois, beaucoup de gestion entre les spectacles. Si je pouvais, je serais en tournée 10 mois sur 12. J’adore me réveiller chaque matin à un nouvel endroit, sentir l’énergie de chaque scène avant que la foule arrive et durant le spectacle, et rencontrer plein de gens exceptionnels.

Après un mois à vivre à 7 ou 8 dans le même véhicule, on en dit des niaiseries, donc oui, on a définitivement des souvenirs cocasses ! Durant la tournée avec Eluveitie & Korpiklaani, Yanic disait “Hold on! Turning!” à chaque fois qu’il effectuait un virage avec le VR pour éviter que quelqu’un perde l’équilibre. C’est devenu le running gag, et tous les musiciens ont continué́ à imiter Yanic et à répéter “Hold on!” dans toutes les situations possibles et imaginables. L’autre running gag est par rapport à une chanson du 3e album, “Soldiers of the Dawn”. La chanson est un hommage aux artistes qui apportent espoir et création dans un monde pas toujours facile, et elle est construite comme une chanson à boire. Après quelques jours de tournée, on avait notre groupe messenger “Soldiers of the Dawn”, et les gars chantaient les mots “Soldiers of the Dawn” sans arrêt. Sans arrêt… J’ai presque regretté d’avoir écrit cette chanson!

Max- Disons que tu es comme la manager du groupe ? Lors de ton arrivée au sein du groupe, est-ce que ça été́ dur pour toi de t’intégrer? Est-ce que ça été dur aussi de t’intégrer dans l’industrie?

Julie- Oui, Yanic et moi assumons en effet le rôle de manager!

Pour ce qui est de mon arrivée au sein du groupe, je suis très chanceuse je crois. Comme j’étais un des membres fondateurs, mon opinion a toujours compté, et j’ai toujours eu le respect de mes collègues. Les musiciens de Gone in April sont, non seulement d’excellents musiciens, mais aussi des gens extraordinaires que je connais depuis très longtemps et que j’admire beaucoup. Si on prend Yanic et Marc-André par exemple, je les ai tous deux rencontrés lorsque j’ai travaillé́ avec Quo Vadis en 2005 et 2007.

Pour ce qui est de l’industrie, je crois que les femmes sont beaucoup plus acceptées maintenant qu’elles l’étaient par le passé. Il y a définitivement encore du travail à faire, mais c’est sur la bonne piste.

Max- C’est le fun, disons que c’est comme une grande famille! Je vous ai connu justement à travers votre passage dans Quo Vadis. Si je me souviens bien, corrige-moi si je me trompe, tu as travaillé́ sur l’album Defiant Indoctrination? Que penses-tu de la communauté métal dans le moment?

Julie- Oui, en effet ! J’ai chanté́ dans les chœurs pour l’album Defiant Imagination en 2004, j’ai joué́ du violon lors du spectacle au Medley en 2005, lancé à la fois en CD et DVD (Defiant Indoctrination & Live in Montreal), et j’ai aussi chanté́ pour un de leurs spectacles en 2007. C’était mes premiers pas dans le métal!

Pour ce qui est de la communauté métal, je crois qu’elle réunit des gens de partout qui sont ouverts d’esprit, qui sont passionnés, et qui se supportent entre eux. Quelqu’un tombe dans le pit ? Quelqu’un l’aide à se relever. Quelqu’un ne va pas bien et en parle dans un groupe de métalleux ? Une dizaine de métalleux lui écrivent aussitôt et lui envoient des encouragements. Un groupe sort un nouvel album? Les fans vont non seulement acheter une copie de l’album et un t-shirt, mais ils vont aussi partager les nouvelles chansons et les publications pour aider le groupe à gagner de nouveaux fans et passer le mot. Il y a une entraide que j’ai rarement vue dans d’autres milieux et qui me rend fière de faire partie de cette “grande famille” de métalleux!

Max- Nous sommes très solidaires en effet ! Je suis très fier aussi d’être dans le milieu ! Tu parles de fans. Justement, est-ce que tu aurais quelque chose à dire à tes fans féminines qui aimeraient faire le saut dans la musique mais qui n’osent pas?

Julie– Un band c’est un peu comme être colocs, haha! On travaille tellement ensemble qu’on apprend à se connaitre sous tous nos angles. Le plus important, c’est de trouver une équipe en qui on a confiance et qui va nous supporter. S’il y a un manque de respect répété, que ce soit relié au sexisme ou non, c’est souvent un indice qu’il est temps d’aller vers une nouvelle équipe. L’industrie de la musique est une industrie très difficile. Ça prend des tonnes et des tonnes de travail pour avancer d’une case sur un long échiquier. Mais lorsqu’on a un rêve, il ne faut laisser personne nous arrêter!

Max- Wow, très bien dit !  Est-ce que tu te sens chanceuse de faire partie justement de cette industrie qui était autrefois plus sexiste?

Julie – Si on y pense, il y a à peine quelques siècles, une femme ne pouvait pas monter sur une scène sans être traitée de prostituée. On a définitivement fait du chemin ! Je suis extrêmement reconnaissante envers tous ceux et celles qui se sont battus pour que la femme gagne, elle aussi, sa place dans les arts, et je suis chanceuse d’être arrivée dans l’industrie au moment où j’y suis arrivée!

Je pense qu’il y a encore du travail à faire par contre.

Une des situations que je trouve difficile, c’est que malheureusement, la valeur d’une musicienne est souvent associée à son apparence physique. Par exemple, beaucoup de groupes sur Facebook, Instagram, etc., échangent plus de photos sexy des chanteuses que de chansons. Les commentaires désobligeants sur YouTube sont aussi trop fréquents à mon goût: commentaires sur une prise de poids de la chanteuse, ou commentaires à caractère sexuel pour n’en citer que quelques-uns. Il est important pour n’importe quel musicien métal d’être en forme, on doit avoir beaucoup d’énergie et d’endurance pour être actif sur la scène, mais on voit rarement ce genre de commentaires dirigés vers les hommes…

Max- Effectivement, concernant ces choses dégradantes!  Je sais que souvent des femmes reçoivent du harcèlement au niveau des réseaux sociaux. Est-ce que tu as vu une différence depuis ton arrivée derrière le micro ?

Julie- Pour être honnête, oui, j’ai vu une différence… mais je me compte très chanceuse, car il s’agit d’une minorité, et les fans qui me contactent sont, en grande majorité, polis, respectueux, et inspirants!

Max- Heureusement qu’il y a encore des gens corrects. Qui est ta plus grande inspiration?

Julie- En effet, haha! Ma plus grande inspiration? C’est toute une question! Je ne pourrais malheureusement pas limiter ma réponse à une personne seulement. J’ai été très inspirée par certains de mes professeurs, dont le violoniste Olivier Brault, mais également par des tonnes de musiciens, groupes et compositeurs, incluant Andrew Manze, Nathalie Stutzmann, Philip Glass, John Williams, Rhapsody, Sonata Arctica, Nightwish, Avantasia, Eluveitie et Lacuna Coil, pour n’en nommer que quelques-uns!

Max- Ce sont effectivement de très grands musiciens! Avant de lancer ma dernière question, j’aimerais te remercier pour ta grande générosité et le temps que tu m’as accordé́! Donc, quelles sont tes méthodes de composition et quels sujets aimes-tu aborder dans celles-ci?

Julie- Côté composition, chaque fois que j’ai une idée de mélodie, je l’enregistre le plus vite possible dans mon téléphone sur des “lalala”! Comme c’est enregistré́ dans des lieux publics ou dans la voiture, c’est souvent chanté à voix très basse ou un peu importe comment, haha! J’espère sérieusement que personne ne tombera sur ces enregistrements!

Je les réécoute régulièrement, j’en efface beaucoup, mais ceux qui survivent après plusieurs écoutes sont ceux qui se retrouvent dans nos chansons. Je crée donc la structure de la chanson, ce qui sera instrumental ou chanté, j’inclus mes mélodies et j’envoie le tout aux autres musiciens qui ajoutent leurs instruments et, si nécessaire, apportent des changements à la structure.

En terme de sujets, Yanic et moi sommes les paroliers. On se met souvent dans les souliers d’un personnage, fictif ou non, afin de conter son histoire. Il y a aussi quelques chansons plus personnelles, bien sûr. Nous aimons aborder les sujets du combat intérieur, de l’espoir, de l’histoire et de la nature humaine.

Un grand merci à toi Maxime pour ton temps, et à Ondes Chocs aussi pour tout ce que vous faites pour la scène et la communauté métal! Horns up à tous les lecteurs et fans également!

Max- Wow! C’est très cool! Merci encore!!!

Entrevue réalisé par Maxime Regimbald