by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juil 8, 2015 | Critiques, Critiques de Shows
Le tout dernier concert métal du Bar-Coop L’Agitée: Seth, HolloW, Délétère et Ordoxe, une présentation de Sepulchral Productions, le vendredi 3 juillet 2015.

Il y a de ces institutions qui marquent de façon indélébile la scène musicale souterraine d’une ville et il y a de ces évènements qui n’arrivent qu’une seule fois dans une vie. Le Bar-Coop L’Agitée, fondé dans l’ancienne Taverne Dorchester en 2006 aura été le lieu de production et de reproduction par excellence des musiques et des arts dits alternatifs dans la vieille capitale pendant 9 ans et aura accueilli une pléthore d’artistes locaux et internationaux pendant sa trop courte vie. Cependant, le lundi 6 juillet 2015, le conseil d’administration de cette coopérative tenait son assemblée générale de dissolution. Or, l’Agitée ne pouvait pas tirer sa révérence sans briller une dernière fois, tel le phœnix mythique, de tous ses feux. C’est pourquoi lorsque le passage à Québec de la tournée des vétérans français du Black Metal de Seth, organisée par Sepulchral Productions, se retrouva sans salle suite à la fermeture de la Salle Unisson, l’adorable Julie Bernier proposa immédiatement d’accueillir cette visite rare comme chant du cygne de l’institution de la rue Dorchester. Pour faire les choses en grand, un BBQ sur la terrasse de l’endroit avec le DJ métal Sébastien Héon aurait lieu avant le concert et un déjeuner-dîner ultime des survivants se tiendrait l’après-midi suivant. La table était donc mise pour une fin incroyablement épique pour l’Agitée, après un spectacle à l’affiche prévoyant, outre ladite pionnière tête d’affiche, les vedettes montréalaises de HolloW, les brutes sanguinaires locales de Délétère et les barbares trifluviens de Ordoxe.
Après un réchauffement de foie sur la terrasse en compagnie, entre autres, des gars de Seth, de leurs amis français expatriés de la nouvelle formation Dépérir, des gars de Délétère et de l’accueillante Julie Bernier, votre scribe et sa succube métalloïde se dirigèrent à l’intérieur dès les premières notes de la prestation de Ordoxe. Le quintette de Black Metal mélodique infusé d’influences Thrash et Death de la Mauricie est récemment retourné à l’état de quatuor avec le départ inopiné de son batteur. Le chanteur, précédemment batteur, Steve de Cotret a donc repris les rênes des fûts et cymbales tout en poursuivant son rôle de chanteur, alors que le reste de la formation demeure inchangé: Jean-François Jalbert (guitares, choeurs), Samuel Landry (guitares) et JD Bergeron (basse). Bien loin de perdre ainsi de son impact, le groupe qui nous présentait cette année l’album «May Death be my Shepherd», nous livra une prestation enlevante et puissante. Steve De Cotret nous donna la pleine mesure de ses talents avec une prestation aussi impeccable sur la batterie qu’en matière vocale, relevant ainsi ce qu’on pourrait appeler un «défi Absu». Déjà un public bien garni et bien réchauffé marqua son approbation avec une fosse embryonnaire et des hochements de tête approbateurs. De plus, le son, œuvre de François C. Fortin, était d’une qualité irréprochable. La soirée commençait donc de très belle façon.


Après quelques minutes de pause houblonnée sur la terrasse, c’était maintenant au tour des maniaques de Délétère de venir nous offrir leurs hymnes martiaux et moyenâgeux dans la pure tradition du Métal noir québécois. Originaire de Québec et composée en spectacle des très expérimentés Thorleif (voix), Atheos (basse), Anhidar (guitare, choeurs), G. (guitares) et Kaedes (batterie), la troupe a déjà fait une excellente impression sur les amateurs de noirceur musicale de Québec avec la parution de deux excellentes démos et de leur premier album complet «Les heures de la peste» (2015) (dont vous pouvez consulter ma critique ici) et ce ne fut donc pas une grande surprise pour moi de voir la salle se remplir et se compacter dès le début de leur prestation. Leur performance caractérisée par des mélodies de guitares saturées et superbement crasseuses surplombées d’ambiances créées par des bandes de claviers fut un formidable déchaînement d’énergie d’une violence inouïe, soutenue par la batterie précise et variée de Kaedes. Thorleif mena l’assaut avec le charisme d’un fauve déchaîné pendant que ses musiciens se déchaînaient avec une vigueur surnaturelle sur leurs instruments. Malgré la saleté voulue du son de Délétère, la sonorisation experte de François C. Fortin permit une très bonne définition de l’attaque sonore du quintette qui ne laissa personne indifférent. Le feu était donc bien pris dans l’Agitée!


Un bref retour à la brosse proverbiale en cours sur la terrasse et c’était maintenant au tour de HolloW, quatuor de Montréal, de venir nous asséner son Death/Black mélodique et symphonique qui va chercher des influences jusque dans certains aspects de Power Metal. Petite précision d’entrée de jeu, comme je l’ai déjà signalé dans mes revues des deux concerts précédents du groupe à Québec, je ne suis pas nécessairement le meilleur public pour leur genre musical, car je préfère mon Black Metal et mon Death Metal moins polis et moins esthétiques, quoique je sois en mesure d’apprécier leur immense talent de musiciens, même de virtuoses. Il semble que je ne sois pas le seul à penser comme cela à Québec, ville caractérisée par une certaine orthodoxie Black Metal, puisqu’une grande partie des spectateurs présents pour les deux formations précédentes désertèrent malheureusement la salle pour aller festoyer sur la terrasse. Toutefois, la bande, auteure de l’album au succès critique évident «Mordrake» (2014) est d’un professionnalisme sans faille et livra une prestation à l’énergie palpable qui sembla faire le bonheur de ses amateurs présents avec une fosse petite mais infatigable. Leur performance fut aussi musicalement sans faille et les solos de guitare de CaDaver livrés de façon impressionnante. Le chanteur Mott démontra aussi son talent de «showman» et son charisme. Le groupe parvint donc à conserver le niveau d’intensité de la soirée malgré un préjugé défavorable d’une bonne part des métalleux présents et de votre critique, ce qui est tout à leur honneur. Cependant, je crois que le groupe aura pu être plus avantagé sur un alignement moins uniformément Black Metal de la vieille école et plus symphonique/mélodique.




L’ambiance était maintenant survoltée et très alcoolisée sur la terrasse et pour cause, après une dernière pause c’était maintenant au tour des pionniers hexagonaux de Seth de venir nous servir une leçon de Black Metal. Ceux qui ont suivi l’évolution internationale du Black Metal depuis les années 1990 sont bien au courant de l’importance de la scène française et par le fait même du rôle de pionnier de ce genre en France joué par Seth à partir de 1995 (vous pouvez consulter l’entrevue-fleuve que j’ai menée avec Heimoth (guitares), leader de la formation ici). Non seulement la formation fut la première à livrer un album Black Metal entièrement francophone avec l’excellent «Les blessures de l’âme» (1998), mais celle-ci évolua sans cesse en intégrant des influences diverses à sa musique, ne livrant jamais la même recette dans sa discographie de cinq albums complets. Le groupe venait donc, pour sa toute première visite à Québec, nous présenter son dernier album «The Howling Spirit» (2013) qui présente un aspect plus dissonant et expérimental de la formation âgée de vingt ans. Aussitôt la première pièce de leur performance entamée, la salle se remplit soudainement à pleine capacité et la folie se déchaîna dans la fosse. Sur scène, autant les pièces de leur plus récent effort que les succès du passé, comme la magique «…À la mémoire de nos frères», du premier album, furent interprétées avec conviction, précision sans faille et puissance énergique. Les spectateurs étaient en état d’extase musicale, alors que Heimoth, Cyriex (guitares), Saint-Vincent (chant-session), Eguil Voisin (basse) et Julien Helwin (batterie-session) détruisaient tout à leurs postes respectifs. Le chanteur se lança même dans un plongeon de scène spectaculaire vers la fin de leur prestation. La foule acclama le groupe en scandant «On veut un autre Set(h)!», le groupe n’eut donc pas le choix de nous livrer un ultime rappel. Ce fut donc une prestation superbe et mémorable pour terminer l’aventure de l’Agitée.
Toutefois, la soirée n’était pas finie et les spectateurs et membres des groupes furent rapidement invités par le personnel de l’Agitée à continuer la fête qui se poursuivit jusqu’au matin et fut plus intense que tout ce que vous pouvez imaginer. Ce fut, en somme une finale épique pour une institution épique. Toutefois, j’avais tendance à croire que le phœnix renaîtrait de ses cendres! Et la nouvelle est tombée. la place rouvrira bientôt sous le nom de l’Anti. Restez à l’affût…
Pour conclure j’aimerais remercier chaleureusement Julie Bernier pour son travail exceptionnel et sa dévotion à faire de la dernière année de l’Agitée, une année tout simplement mémorable avec les Tavernes Métal et concerts explosifs. J’aimerais aussi remercier tout le personnel présent et passé de cette institution formidable qui aura été mon repère obligatoire de fin de semaine des dernières années, mon chalet en quelque sorte: Anna, Zak, Antoine Pellerin, Marylou, Alexandre et tous les autres. Merci aussi à Stéphane Demers de Ondes Chocs pour la photographie et voici le lien pour voir toutes ses photos de la soirée. Enfin, le dernier, mais non le moindre, j’aimerais remercier Martin Marcotte de Sepulchral Productions pour l’accès gratuit à cette soirée de débauche et l’opportunité offerte d’interviewer Heimoth de Seth!
Louis-Olivier «Winterthrone»





by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juil 1, 2015 | Critiques, Critiques d'Albums

Délétère
«Les heures de la peste»
Sepulchral Productions
2015
Liste des pièces :
«I. Portepeste»
«II. Credo II»
«III. Exitiabilis venatus»
«IV. Aux thaumaturges égarés, une étoile nécrosée»
«V. Une charogne couronnée de fumier»
«VI. Le lait de l’essaim»
«VII. Architectes de la peste»
«VIII. Une garce vénale en majesté»
*English version follows
Après deux démos couronnées de succès («Inopia et Morbo» (2012) et «Sacrificium Necrothytum» (2013) publiées sur cassette et maintenant disponibles sur un cd: «De Ritibus Morbiferis – Demo Compendium» (2015)), Délétère récidivait au mois d’avril de cette année avec son premier album pleine longueur. Composé des expérimentés et talentueux Thorleif (Valknacht, Aurore, Ex-Angstorm, Ex-Utlagr) (Voix, batterie, claviers) et Atheos (Monarque (live), Forteresse (live), Eos (live), ex-Angstorm, Ex-Pestroyer) (guitares, basse), la formation créée à Québec en 2009 avait donc la lourde tâche de venir ajouter un cran de plus à un héritage de Métal noir déjà impressionnant. Laissez-moi vous préciser d’entrée de jeu que c’est un défi que Délétère releva avec brio!
Tout d’abord, l’album «Les heures de la peste» poursuit la tradition de Métal noir aux atmosphères et aux paroles moyenâgeuses établie sur les deux premiers efforts de la troupe, mais avec une autoproduction nettement plus peaufinée quoique toujours bien malsaine et crasseuse, comme les standards du genre le veulent et l’exigent. Le résultat est près de cinquante minutes de compositions puissantes, malsaines tout en restant mélodiques rappelant en cela l’œuvre des Finlandais de Sargeist, Horna et aussi des aspects des Légions noires françaises exécutées avec autorité. L’homogénéité est aussi au rendez-vous avec une constance d’assaut et de qualité toute à l’honneur du duo.
Les motifs de guitare sont mémorables et suffisamment variés et agressifs pour conserver l’intérêt de l’auditeur tout au long de l’album tout en ne dérogeant pas au genre choisi, ni aux standards de qualité déjà établis au début de l’album. Bien que la majorité de l’album soit constituée de pièces rapides, Délétère peut aussi nous surprendre avec une pièce plus lente et rampante comme «Aux thaumaturges égarés, une étoile nécrosée», tout aussi réussie que le reste de l’album. Les claviers parcimonieux et bien utilisés de Thorleif viennent garnir le tout d’atmosphères inquiétantes et cauchemardesques qui complètent le tout à merveille.
Du côté des voix, les hurlements râpeux de registre moyen de Thorleif dominent la musique avec violence et un côté malsain très intéressant. Toutefois, la formation a aussi recours à des chœurs clairs et hurlés d’où percent parfois des cris hauts perchés délicieusement troublants. En ce qui concerne les paroles, Thorleif s’illustre encore une fois avec une superbe sombre poésie, combinant vieux français et latin, suscitant en l’auditeur des images infernales issues des ténèbres du Moyen-âge.
Il s’agit en somme d’une œuvre majeure pour le Métal noir québécois qui ira se ranger au panthéon du genre aux côtés de Monarque, Forteresse, Chasse-Galerie, Csjethe, Hiverna…etc. J’encourage tous les amateurs de Black Metal en général à jeter une oreille attentive à cet excellent album qui ne connaît pas de véritable faiblesse. En terminant, pour les lecteurs de Québec, je vous invite cordialement à venir voir Délétère se produire sous forme de quintette complété par Anhidar (guitares), G. (guitares) et Kaedes (batterie) le vendredi 3 juillet au Bar-Coop l’Agitée en compagnie de Seth, HolloW et Ordoxe. Ce sera d’ailleurs le tout dernier concert métal en ces lieux.
9,5/10: Un incontournable du genre.
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
After two successful demos («Inopia et Morbo» (2012) and «Sacrificium Necrothytum» (2013) released on tape and now reunited on the CD, «De Ritibus Morbiferis – Demo Compendium» (2015)) Délétère was back in April this year with its first full-length album. Formed in Quebec city in 2009 by experienced and talented Thorleif ((Valknacht, Aurore, Ex-Angstorm, Ex-Utlagr) (Vox, drum, keyboards) and Atheos (Monarque (live), Forteresse (live), Eos (live), ex-Angstorm, Ex-Pestroyer) (guitars, bass), the band therefore had the difficult task of carving their own notch to an already more than impressive legacy of Métal Noir. Let me tell you from the outset that this is a challenge that Délétère fulfills brilliantly!
First, the album «Les heures de la peste» continues the tradition of the Métal Noir atmospheres and medieval lyrical themes established by the first two efforts of the band, but with a much more refined self-production although always unhealthy and filthy as the standards of the style want and require. The result is almost fifty minutes of powerful compositions, unhealthy while remaining melodic, recalling the work of the Finnish Sargeist, Horna and also aspects of Les Légions noires françaises, executed here with authority. Homogeneity is also at the rendezvous with a consistency in assault and quality, all in honor of the duo.
Guitar patterns are memorable and sufficiently varied and aggressive to keep the interest of the listener throughout the album while not derogating from the chosen style, nor the quality standards already established at the beginning of the album. Although the majority of the album is made up of fast songs, Délétère may also surprise us with a slower, creepy song like «Aux thaumaturges égarés, une étoile nécrosée», just as successful as the rest of the album. The parsimonious and well used keyboards by Thorleif brings forth disturbing and nightmarish atmospheres that complete the package perfectly.
As for vocals, the mid-range raspy screams of Thorleif dominate the music with a great violence and unhealthy side. However, the band also uses clear vocals and screams from where sometimes high pitch screams rise and slice in a deliciously disturbing way. As for the lyrics, Thorleif shines again with a superb dark poetry, combining old French and Latin, instilling in the listener hellish images from the darkness of the Middle Ages.
This is in fact a major work for the Métal Noir Québécois that will rank in the pantheon of the genre alongside Monarque, Forteresse, Chasse-Galerie, Csjethe, Hiverna… etc. I encourage all Black Metal fans in general to give a good listening to this excellent album which offers no real weakness.
Finally, for Quebec City readers, I cordially invite you to come see Délétère occur as a quintet completed by Anhidar (guitars ) , G. ( guitars) and Kaedes (drums), Friday, July 3rd at Bar-Coop L’AgitéE sharing the line up with Seth, HolloW and Ordoxe . That will be the last metal concert at this venue.
9,5/10: A must-have album
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juin 26, 2015 | Critiques, Critiques de Shows
La Taverne métal noir II avec Au-delà des ruines et Acédia le 19 juin 2015 à L’Agitée à Québec.

La lumière luciférienne répandait ses chauds rayons sur la terrasse où un jeune barman proposait breuvages et chiens-chauds européens. Les créatures nocturnes encore un peu étourdies par la luminosité commençaient tranquillement à converger vers le débit de boisson pour se désaltérer et se nourrir avant le massacre nocturne qui débuterait vers 21 h 30. Au programme, deux hordes démoniaques seraient invoquées : Acédia et son métal noir dépressif dissonant et complexe et Au-delà des ruines avec un métal noir fortement teinté de métal de mort. Vers l’heure prévue, les créatures nocturnes, y compris la féline métallique et votre scribe, se dirigèrent vers l’intérieur pour le début de la tuerie.
Pour ceux qui ne seraient pas encore au courant de l’existence d’Acédia, il s’agit d’un quatuor formé en 2011 et composé de Pascal Landry (guitare, voix), Julien LeBreux (batterie), Marc Bérubé (guitare) et Chistian Proteau (basse). Ils ont enregistré un premier album sorti en 2012 sous le nom «L’Exil» et un second album intitulé «Les supplices de l’apathie» paraîtra sous peu. Le groupe devait lancer son deuxième album en cette soirée, mais des problèmes avec le master auront rajouté des délais à la réplication dudit disque compact. La troupe se lança donc dans une sélection de pièces se concentrant principalement sur ce deuxième opus à la complexité encore plus poussée que le premier. Avec des structures éclatées, de la dissonance et des accords vraiment inusités, Acédia captiva l’attention de la foule plus modeste qu’à leur passage de mars, mais tout de même de taille raisonnable présente pour leur prestation (fort probablement réduite par le Amnesia Rockfest). Cérébrale, élaborée et puissante, la prestation du groupe de virtuoses fut musicalement sans faille et je remarquai aussi que la basse du très talentueux Chistian Proteau prend de plus en plus d’importance dans les compositions plus récentes de la formation. La troupe termina sa prestation avec «Allez voir le bourreau», une pièce de son premier album, devant des visages encore une fois conquis.
Une petite pause permit aux spectateurs noctambules d’aller se ressourcer à l’extérieur, pendant que les brutes de Au-delà des ruines s’installaient sur scène, avant de revenir à l’intérieur sous l’impulsion de sons d’instruments tapageurs indiquant les derniers tests de son. La formation composée de Blanc Feu (guitare, voix), Cadavre (batterie), Viscère (guitare) et Aquilon (basse) se lança rapidement dans un assaut sans vernis inutile et d’une brutalité extrême. Largement composée de pièces de son excellent et seul album «Psychose des barbelés» (2013) distribué par l’étiquette locale Hymnes d’antan, leur prestation fut d’une précision et d’une puissance impressionnante. Leur métal noir brutal et assaisonné d’influences Death Metal à la Morbid Angel fut donc d’une très grande efficacité avec les spectateurs se signalant par quelques sursauts de violence dans la foule. Après près d’une heure de bastonnade en règle, le groupe se retira sous les acclamations d’un public visiblement satisfait. Le quatuor s’illustra donc de fort belle façon encore à son second passage scénique seulement dans sa ville d’origine.
En conclusion, nous eûmes droit à un duo démentiel dédié aux arts noirs par une belle soirée étoilée de juin, que demander de plus? Félicitations à Acédia et Au-delà des ruines pour leurs prestations orgiaques et un gros merci à Julie Bernier pour les Tavernes Métal dont c’était malheureusement la dernière édition, puisque l’Agitée fermera ses portes le 6 juillet prochain. D’ici là, plusieurs évènements resteront au programme pour terminer les choses en beauté, restez alertes!
Louis-Olivier «Winterthrone» Brassard-Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juin 12, 2015 | Chroniques, Entrevue
Les pionniers français du Black Metal de Seth entameront sous peu une tournée canadienne dédiée à leur dernier album, «The Howling Spirit» (2013) qui les emmènera de Toronto à Jonquière en passant par Montréal, Rouyn-Noranda, Ottawa, Sherbrooke, Trois-Rivières et Québec. De plus, le groupe fondé en 1995 fête cette année ses vingt ans d’existence. Pour l’occasion, Ondes Chocs vous offre cette entrevue menée au téléphone avec Heimoth, guitariste et claviériste de la célèbre formation d’origine bordelaise. – Louis-Olivier «Winterthrone»

Louis-Olivier «Winterthrone»: Tout d’abord, faisons un peu d’histoire. Seth fut parmi les premières formations Black Metal à apparaître en sol français à une époque où la seconde vague du Black Metal scandinave, qui a vraiment cristallisé le genre au début des années 1990, était encore jeune. J’aimerais donc que vous nous retraciez les premiers balbutiements de Seth et qu’elles furent les influences musicales derrière sa naissance? Qu’est-ce qui vous a poussé à embrasser le Black Metal à une époque où il était vraiment un courant d’initiés?
Heimoth: Notre rencontre fut assez fortuite. Notre premier chanteur (Vicomte Vampyr Arkames) et notre batteur (Alsvid) faisaient plus ou moins une émission de radio ensemble de metal extrême. Alsvid était déjà beaucoup dans le Death Metal et faisait partie d’un groupe de ce genre appelé Asgard, mais il désirait faire du Black Metal sous l’influence d’albums comme «In the Nightside Eclipse» (1994) de Emperor et les premiers albums de Marduk. Lui voulait monter un groupe de BM et nous nous sommes rejoint – j’avais 16 ans et nous avons trouvé Faucon Noir, placé à la basse. Nous enregistrions notre première bande de répétition «Apocalyptic Desires» (1996) après 6 mois. Pour ma part, mon évolution vers le Black Metal s’est faite de façon tout à fait logique. J’ai commencé par le Hard Rock, le Heavy Metal, puis le Thrash Metal de groupes comme Metallica et Slayer pour ensuite tomber dans le Death Metal avec des groupes comme Entombed ou Morbid Angel et le Black Metal fut l’étape suivante.
LOW:Dans le même ordre d’idée, quel était l’état de la scène Metal française en général à cette époque où se fixaient des courants dits extrêmes comme le Black Metal et le Death Metal, après les années 1980 marquées par des groupes français inspirés de la NWOBH ou du Speed Metal comme ADX, Trust, Sortilège, Vulcain… etc.?
Heimoth: La scène Metal française, à l’époque de nos débuts, était très «underground» et très extrême. Il y avait peut-être une vingtaine ou une trentaine de formations Black Metal dans toute la France. Cependant, je crois que nous nous démarquions déjà par notre musique plus rapide et plus brutale que les autres formations françaises du genre qui étaient plus dans l’atmosphérique et les tempos moyens. Le «tape-trading» était le principal moyen d’échange et de diffusion de la musique Black Metal. Les spectacles eux étaient très sporadiques. La première tournée d’envergure de Black Metal à passer en sol français fut la venue d’Immortal en compagnie de Rotting Christ, je crois. Les groupes de l’étranger, allemands et scandinaves étaient donc nos plus grandes influences.
LOW: En 1996, Seth sortit sa toute première démo sur cassette intitulée «Apocalyptic Desires » sur l’étiquette naissante et maintenant très recherchée du Black Metal français Drakkar Productions. Comment est née votre collaboration avec ce label alors que Seth en était seulement à sa première année d’existence? Cette démo présentait un Black Metal d’inspiration scandinave très cru et agressif, dans lequel on distinguait tout de même un caractère mélodique qui allait être caractéristique du groupe dans l’avenir. Dans quel contexte fut réalisée la démo et quels étaient les moyens de production à votre disposition à une époque où les studios professionnels étaient tout de même beaucoup moins accessibles qu’aujourd’hui? À quoi ressembla le processus d’enregistrement de cette première sortie en carrière?
Heimoth: La collaboration avec ce label s’est faite par contact, tout simplement; en fait notre chanteur de l’époque connaissait les gens de Drakkar Productions. Comme je disais plus tôt, cet enregistrement n’était qu’un simple enregistrement en répétition, une «rehearsal-tape» produite avec les moyens du bord dans notre local de répétition! Nous n’avions vraiment pas l’intention de la sortir, mais lorsque les gens de Drakkar Productions l’ont entendue, ils ont trouvé le son assez bon pour la sortir sur cassette. Nous n’avions vraiment pas envisagé que cela serait notre première démo.
LOW: Beaucoup d’artistes ayant commencé dans l’underground dans les années 1980 et 1990 parlent du fameux «tape-trading qui leur a permis de diffuser leur musique partout dans le monde et d’échanger leur musique avec d’autres artistes de leur famille spirituelle à une époque où internet n’existait pas ou était difficilement accessible. Tu en as d’ailleurs glissé un mot plus haut. Seth ayant effectué sa première sortie sur cassette au moment où internet se démocratisait lentement, est-ce que vous diriez que le «tape-trading» a joué un rôle au début de votre carrière?
Heimoth: Certainement, notamment par le biais de notre premier chanteur qui était beaucoup dans le «tape-trading», cela nous a permis d’établir nos premiers contacts.
LOW: L’année suivante, ne perdant pas de temps, Seth présentait son premier EP «By Fire, Power Shall Be» (1997) sur l’étiquette défunte A.M.S.G.. Celui-ci comportait trois pièces à développement de Black Metal à tendance mélodique et atmosphérique livrée par un groupe vraisemblablement en pleine possession de ses moyens et avec une production, œuvre de Fred Foulquier qui allait aussi travailler sur votre premier album, qui a peu à envier même à plusieurs sorties Black Metal actuelles. Quelles furent les différences entre le processus de composition et d’enregistrement de la démo précédente et ceux du EP suivant? D’où naquit votre collaboration avec Fred Foulquier? D’après mes recherches, celui-ci n’a travaillé qu’avec vous à l’intérieur du courant Black Metal et a plutôt travaillé comme réalisateur dans l’univers du Death Metal.
Heimoth: En fait, Fred Foulquier était un des seuls producteurs qui faisait dans le Metal à Bordeaux à l’époque. Il avait auparavant enregistré l’album de Psalm, un groupe de Death Industriel dont faisait partie notre batteur Alsvid. Il fut donc naturel de travailler avec lui puisqu’il n’y avait vraiment pas beaucoup de producteurs à l’époque. Nous avons donc procédé à l’enregistrement dans ce qui était en fait un simple local de répétition qui comportait aussi une cabine d’enregistrement à raison d’environ 3 heures par jour. L’enregistrement fut réalisé de manière semi-analogique, semi-numérique et étonnamment le son fut l’un des meilleurs que nous ayons eus sur album.
LOW: Qu’est-ce qui justifia le changement de label pour la seconde sortie de Seth?
Heimoth: Le label A.M.S.G. était une création de membres d’Osculum Infame et de un des gars de Arkhon Infaustus, groupe qui n’existait cependant pas encore à l’époque. La raison de notre passage à ce label fut que Drakkar Productions n’était pas disposé à sortir notre minialbum sur disque compact, alors que A.M.S.G. était prêt à le faire.
LOW: En 1998, Seth toujours sur une lancée très productive lançait son premier album complet en carrière intitulé «Les blessures de l’âme». Celui-ci poursuivait exactement là où le EP précédent nous avait laissés avec un Black Metal rempli d’atmosphère produit de façon moderne. De plus, le groupe délaissait la langue de Shakespeare employée sur ses deux premières sorties pour se consacrer entièrement au français sur ce premier album. Enfin, Seth entamait avec cet album une longue collaboration toujours en vigueur avec le label français très réputé Season of Mist. Un peu dans la même optique que mes questions précédentes, pourriez-vous nous relater comment se déroula le travail autour de cet album? Quelle fut l’impulsion d’utiliser exclusivement la langue de Molière à une époque où ce n’était pas nécessairement une chose courante pour les groupes Black Metal même français? Une fois de plus vous aviez travaillé avec Fred Foulquier, quelles étaient les raisons de la poursuite de cette collaboration? Une composante importante du son de cet album fut les partitions de clavier interprétées par Arkdae connu de la scène Black Metal française pour son rôle dans Bekhira, entre autres, d’où vint cette participation?
Heimoth: Effectivement, ce fut un retour au même studio avec le même producteur que pour «By Fire, Power Shall Be» (1997). Curieusement, toutefois, cette fois nous fûmes tout à fait déçus du son final qui était beaucoup moins clair et atmosphérique que celui du EP, d’où la version remastérisée du premier album publiée en 2012. Les textes furent entièrement le fait de notre premier chanteur qui choisit d’utiliser exclusivement le français suite à des discussions avec le groupe. Cette décision se fit d’abord par un souci d’authenticité, car il aurait dû traduire ses textes francophones en anglais, n’étant sans doute pas nécessairement à l’aise avec l’anglais à l’époque. Ce fut donc par désir d’authenticité par rapport aux textes originaux plus que par une réelle revendication du français. Quant à Arkdae, il participa à l’album parce nous voulions des claviers beaucoup plus élaborés que sur le EP où je les avais faits moi-même. Puisque c’était un très bon pianiste, qu’il avait beaucoup d’équipement et que nous le connaissions, il a accepté et a beaucoup écouté le matériel à la maison. Puis, il est venu de Paris à Bordeaux et à tout enregistré ses claviers en une seule journée.
LOW : Comment commença votre collaboration avec l’étiquette marseillaise Season of Mist?
Heimoth: À l’époque Season of Mist était un petit label débutant de Marseille qui n’avait pas plus de sept ou huit signatures. Je connaissais plus ou moins les fondateurs de l’étiquette puisque je suis moi-même né à Marseille. A. M. S.G. désirait aussi sortir notre premier album, mais leur offre était tout simplement moins intéressante que celle de Season of Mist. Il y avait aussi je pense des différences de taille entre les deux labels: l’un voulait rester ancré dans l’underground par principe, l’autre non. Nous avions dans l’idée de ne pas refuser les interviews de magazines sans réellement se plier à la doxa de l’esprit BM de l’époque. Avec du recul, nous avons été les premiers, je pense, à s’ouvrir à la presse nationale Metal et bien entendu cela a suscité de vives critiques. Maintenant que se passe-t-il? Les groupes de BM se battent pour avoir un petit encadré dans la presse…Des groupes comme Mutiilation jouent au Hellfest…Bref, on voit de tout. Comme quoi l’évolution et le BM ça existe. Dans le bon sens? Cela reste à voir.
LOW: La réception critique très favorable et la distribution internationale de cet opus jetèrent les bases de votre succès futur. Quelle fut votre réaction face à un tel engouement?
Heimoth: Les souvenirs sont lointains, mais je me rappelle qu’une fois dans la voiture, quelque temps après la sortie de l’album, notre premier chanteur avait dit qu’on avait déjà 5000 copies vendues et nous avions peine à y croire. Sinon, ce n’est vraiment pas quelque chose que nous avions envisagé puisque si ça avait été le cas nous en aurions profité pour chercher à faire beaucoup plus de concerts. En fait à l’époque nous n’avions fait que deux concerts, un avec Aura Noir et un minifestival avec Marduk où nous avions fait de la merde sur scène, mais la réception des gens avait été incroyable. Nous avions été ovationnés par une salle comble. Les spectacles réguliers sont arrivés plus tard dans notre carrière.
LOW: Suite à la parution de «Les blessures de l’âme», les choses s’accélérèrent encore pour Seth avec la signature d’un contrat pour deux albums avec Osmose Productions, autre étiquette française extrêmement réputée dans le monde du Metal extrême. Cette collaboration allait mener à deux albums en deux ans, soit «The Excellence» (2000) et «Divine-X» (2002), qui signalèrent des changements dans la musique de Seth avec l’inclusion d’influences de plus en plus diverses, notamment un penchant pour les atmosphères industrielles entamées sur le premier de ces deux opus, ainsi que des guitares aux mélodies plus près que jamais du Death/ Black de groupes comme Dissection. De plus, la renommée du groupe continua à grandir et celui-ci ira même jusqu’à produire un premier vidéoclip pour la chaîne musicale française MCM. Enfin, Seth commença à abandonner les paroles exclusivement francophones de leur premier opus pour un mélange de français et d’anglais. Y avait-il un désir de diversifier le son du groupe et de le rendre en quelque sorte plus accessible, si une telle chose est possible à cette époque? D’où vint la volonté de changer encore une fois de label?
Heimoth: L’influence Dissection était surtout présente sur «The Excellence» et franchement je n’avais aucune stratégie dans ma composition et c’est d’ailleurs encore le cas aujourd’hui. Je n’ai toujours composé que ce que je voulais composer et bien sûr mes compositions reflétaient certainement les groupes que j’écoutais à l’époque. En fait, au début de Seth j’écoutais beaucoup de Black Metal mélodique et mes goûts ont évolué vers des choses de moins en moins mélodiques, ce qui peut expliquer l’évolution de ma musique. Je ne me définis donc pas comme un puriste puisque j’ai toujours composé ce que j’avais envie de composer et que ça a toujours donné des albums très différents pour Seth. Pour ce qui est du passage à Osmose Productions, c’est que nous avions eu des désaccords assez importants avec Season of Mist, notamment au sujet de la pochette du premier album qui nous avait déplu. De plus, Osmose Productions était un label beaucoup plus établi que Season of Mist à l’époque.
LOW: C’est aussi à cette époque que Seth connut ses premiers changements de membres importants. C’est ainsi que Faucon Noir (basse) qui avait eu un rôle dans la composition du premier album quitta la formation en 2000, ainsi que le vocaliste et parolier Vicomte Vampyr Arkames l’année suivante en 2001. Votre carrière semblait toujours rouler à fond de train et votre biographie de groupe sur votre page Facebook signale que votre attitude professionnelle vous démarquait de vos pairs à cette époque, est-ce qu’une activité trépidante pour Seth aurait eu raison de la détermination de certains des membres originaux de la formation ou était-ce d’autres raisons qui expliquèrent ces premiers changements d’alignement?
Heimoth: Ces départs ont eu lieu pour des raisons diverses et aucun départ n’a été forcé par qui que ce soit. Pour ce qui est de Faucon Noir, il était tout simplement insatisfait par l’évolution musicale du groupe vers un son moins mélodique. Il aurait préféré qu’on reste au son de nos débuts, je crois. De plus, il se passait pas mal de choses dans sa vie personnelle qui l’ont poussées à quitter Seth. Pour ce qui est de notre premier chanteur, ses insatisfactions concernaient aussi l’évolution du groupe, mais aussi sur le plan humain. J’imagine qu’il aurait préféré conserver plus de contrôle sur le groupe et il a donc choisi de le quitter.
LOW: À partir de «Divine-X» (2002) jusqu’à aujourd’hui tu as pris aussi en charge le côté atmosphérique du groupe avec l’ajout des claviers, puis de la programmation et des effets à ses tâches au sein de Seth. De plus, Seth n’a toujours pas de claviériste en live, j’imagine que cet aspect est comblé par des bandes préenregistrées? Est-ce un aspect que vous chercherez à combler dans le futur, où est-ce que cette approche vous convient toujours?
Heimoth: Non je ne crois pas que ce serait un bon choix puisque nous avons peu de lignes de clavier musicales. Ce ne serait pas utile. Pour les pièces qui en ont, nous utilisons les bandes enregistrées et cela est très bien comme cela.
LOW: L’album «Era Decay» marqua un nouveau changement de label pour Seth qui se retrouva sur le label italien Avantgarde Music. Aviez-vous des insatisfactions qui vous ont poussées à quitter Osmose Productions?
Heimoth: Non, en fait c’est tout simplement que nous avions signé pour deux albums sur Osmose Productions et que le contrat était arrivé à échéance. Avantgarde Music a embarqué sur le projet.
LOW: Après son quatrième album en moins de dix ans d’existence Seth entra dans une longue pause de six ans qui ne prit fin qu’avec un spectacle-surprise exclusif en compagnie de Bethlehem en Allemagne en 2011. Quelles furent les motivations de ce long hiatus? Était-ce une rupture censée être définitive au début?
Heimoth: L’hiatus n’avait pas été nécessairement planifié. En fait à cette époque j’étais parti vivre à Londres et j’avais préalablement discuté avec le reste du groupe comme de quoi ce serait impossible de continuer nos activités. En même temps c’était un peu un bilan après dix ans au sein de Seth et je pensais personnellement que la pause serait très longue, voire même définitive. Puis, quand je suis revenu en France il y a eu d’autres discussions et je savais déjà que les autres membres désiraient reprendre Seth et c’est donc un retour qui s’est fait petit à petit sans être officialisé avec d’abord le spectacle en Allemagne, puis les choses se sont accélérées progressivement. Si nous avions officialisé le retour, les gens auraient pensé qu’on l’avait fait exprès, cette pause a donc été une parenthèse que j’ai laissée ouverte.
LOW: La suite logique de cette reprise des activités pour Seth fut sa seconde signature sur Season of Mist, une réédition rafraîchie de «Les blessures de l’âme» (1998), puis un nouvel album intitulé «The Howling Spirit» (2013). Le résultat de ce retour fut un album au son résolument moderne qui conserve malgré cela plusieurs des caractéristiques typiques de la musique de Seth tout en étant tourné vers l’avenir. Était-ce le résultat d’une volonté artistique claire de votre part ou le fruit des hasards du travail musical?
Heimoth: Ce qui distingue probablement cet album des autres albums de Seth est probablement son processus de composition beaucoup plus réfléchi et long. En fait, la composition avait déjà commencé au début de notre pause en 2005-2006. Plusieurs des compositions qui se sont retrouvées sur cet album avaient effectivement été composées à Londres pour d’autres groupes (Code, Void) dont j’ai brièvement fait partie là-bas et je les ai réadaptées à Seth, ce qui fait que cet album a encore une fois un son très différent des autres albums de Seth.
LOW: Vous avez récemment connu de nouveaux changements au sein de la formation de Seth avec le départ, l’an passé, de Black Messiah (vocal de 2003-2005, 2011-2014) remplacé par le chanteur Saint-Vincent pour les spectacles. Les deux membres originaux restants du groupe sont Heimoth (guitares, claviers) et Alsvid (batterie), mais ce dernier semble être remplacé en spectacle par Julien Helwin depuis le début 2015. À la veille de votre tournée dans l’est du Canada, comment est-ce de poursuivre l’héritage du groupe avec l’apport de mercenaires, notamment au chant? Quelles sont les raisons pour lesquelles Alsvid ne prend vraisemblablement plus part aux spectacles de Seth? À quoi peuvent s’attendre les amateurs de Black Metal d’ici comme spectacle lors de votre venue en sol nord-américain pour la seconde fois seulement après votre passage à Montréal pour la Messe des Morts II en 2012?
Heimoth: En fait, le départ de Black Messiah est tout récent de quelques mois et Saint-Vincent l’avait déjà remplacé lors de notre tournée européenne de l’an passé alors qu’il faisait toujours partie du groupe, mais ne pouvait prendre part à la tournée. On sait donc plus ou moins à quoi s’attendre pour les spectacles à venir. Pour ce qui est de Alsvid, il a tout simplement un travail trop prenant pour voyager avec nous, ce qui fait que nous lui avons trouvé un remplaçant avec qui nous pratiquons à fond depuis quelque temps et nous verrons ce que cela donnera sur scène. Puis on vient bien entendu avec Cyriex, pilier du groupe à la guitare depuis déjà «Era-Decay», et Eguil notre bassiste avec qui j’avais commencé à jouer dans Reverence. En gros, vous pouvez vous attendre à un spectacle beaucoup plus long qu’à notre passage à Montréal où tous les albums seront représentés à l’exception du premier. Nous aurons aussi beaucoup de marchandise pour vous avec nous.
LOW: Cette entrevue tire bientôt à sa fin, mais avant de vous quitter j’aimerais vous poser une question d’ordre plus général. Seth ayant traversé deux décennies de Black Metal vous avez certainement eu un regard interne et privilégié sur l’évolution de la scène Black Metal française et internationale. Quelle est votre opinion sur l’état actuel de la scène Black Metal que ce soit en France ou à l’international? Vous inspire-t-elle encore? Vous laisse-t-elle indifférents? Y a t-il des artistes établis ou nouveaux venus qui vous impressionnent encore?
Heimoth: Beaucoup d’artistes m’impressionnent, mais quand j’analyse la musique je me concentre sur tous les aspects, y compris l’image, la production, les compositions et je trouve qu’en ce qui concerne l’évolution, une majorité de groupes se contentent de faire comme avant. En somme, je trouve qu’au regard du nombre de formations Black Metal qu’il y a aujourd’hui, les vraies formations de qualité restent peu nombreuses et qu’il y a très peu d’évolution.
LOW: En terminant, je désire vous remercier personnellement et au nom de Ondes Chocs pour cette entrevue gracieusement accordée. Y a t-il quelque chose que vous aimeriez ajouter pour nos lecteurs sur Ondes Chocs?
Heimoth: Nous souhaitons vous voir sur une des dates de notre tournée canadienne! C’est un rendez-vous!
LOW: Merci et on se voit le 3 juillet à Québec!
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 28, 2015 | Critiques, Critiques de Shows
Blackscorn, Idolatry, Putamen Insula et Aversion au Bar La Source de la Martinière à Québec le samedi 23 mai 2015. Une présentation de Death To Peace Productions et HSP Productions.

Le crépuscule tombait sur la glauque banlieue limouloise de Québec, alors que nos protagonistes déambulaient sur un passage piétonnier dérobé qui les amènerait à une taverne à la mine extérieure quelconque. Arrivés sur les lieux alors que l’Astre solaire jetait ses derniers rayons sur la cité décrépie, le scribe et sa sombre fée firent leur entrée à l’intérieur dudit débit de boisson dans lequel s’échauffaient déjà quelques morts-vivants encapuchonnés, revêtus de blasons à l’effigie de leurs démons préférés. Après quelques minutes de consommation de potion de sagesse et de morbides conversations entre adorateurs de la flamme noire, la troupe de démons nommée Aversion faisait son entrée sur scène.
Aversion, de l’infâme ville de Montréal est un quintette Black Metal d’influence scandinave mené par la présence charismatique de sa succube en chef, Vena Kava (chant) derrière son pied de micro ossuaire, originaire de Pologne et vivant un temps aux États-Unis avant de se déplacer vers nos contrées nordiques. La troupe est aussi caractérisée par les hymnes funéraires de ses guitaristes Max Macabre et Nemrod, soutenus par la rythmique changeante développée par Vilain (batterie) et Leather King (basse). Votre scribe assistant à sa troisième prestation du groupe fut agréablement surpris par la progression de ce dernier quant à la précision de sa prestation et à sa présence scénique. Effectivement, le groupe sembla plus à l’aise sur une scène et dans une atmosphère plus intime que lors de sa prestation à la Messe des Morts IV en avril, et ce, malgré quelques problèmes techniques avec le micro de la chanteuse. Il restera donc à la troupe à s’imposer vraiment au public et à prendre pleinement possession des scènes qu’elle foule, car une certaine incertitude semble parfois encore planer par moments sur leurs prestations. Ce fut toutefois, une entrée en matière très réussie pour Aversion. Une critique de leur album éponyme sorti ce printemps sera écrite bientôt par votre serviteur sur Ondes Chocs.
Putamen Insula était la seconde formation à s’amener sur scène avec son Black Metal dépressif teinté de légères influences Punk. Suite à une séparation momentanée après la parution de son second album «Souriez» (2013), la troupe s’est reformée en 2014 avec l’arrivée de Zarathoustra à la basse, se joignant à Sovannak (guitare, voix) et J. (batterie). Comme à son habitude et conformément à son approche artistique, la troupe nous présenta sa musique opprimante avec une présence froide et hautaine, surplombée par un nœud coulant menaçant. Avec un départ très atmosphérique et hypnotisant, la prestation du groupe connut cependant bien vite un raté en raison d’un problème avec l’amplificateur du guitariste-chanteur. La formation reprit cependant rapidement sa vitesse et son aplomb de croisière. Votre scribe remarqua d’ailleurs l’apport des lignes de basse enveloppantes du nouveau venu. La prestation sembla d’ailleurs faire bonne impression sur le public d’initiés qui accueillirent chaque nouvelle pièce avec des acclamations démoniaques. Votre scribe a donc hâte de jeter une oreille au nouvel opus du groupe paru en février et intitulé «Condoléances»(2015). À suivre…
Après quelques minutes de répit, c’était maintenant aux démons de l’ouest de Idolatry de venir nous entraîner dans les profondeurs brûlantes de l’Hadès. Originaire d’Edmonton et formée l’an passé, la troupe pratique un Black Metal particulièrement empreint de méchanceté, notamment grâce aux voix tantôt incantatoires, tantôt criardes et démentes de Lord Matzigkeitus (vocal), alors que Lycaon Vollmond (guitares), Nox Invictus (guitares) et Daemonikus Abominor (batterie) livrent une musique précise, rapide et haineuse. Sur scène, le résultat fut tout aussi probant avec une performance théâtrale empreinte de haine, de blasphème et de violence. Avec son candélabre enflammé, le chanteur nous haranguait inlassablement pendant que les musiciens se déchaînaient avec précision sur leurs instruments tout en échangeant des coups entre eux. Le public se déchaîna, un de ses membres utilisant même son perfecto comme un fouet pour terroriser et éloigner les autres démons s’agitant dans la fosse. En somme, ce fut un premier passage à Québec époustouflant pour la troupe qui présentait, fin 2014, son premier EP éponyme que j’examinerai attentivement pour vous prochainement.
Le moment était maintenant venu d’assister à la prestation des mécréants montréalais de Blackscorn et leurs fidèles têtes de chèvre dépecées. Évoluant depuis 2007 sur la scène Black Metal québécoise, la formation s’est fait connaître pour son Black Metal au son typique de la seconde vague scandinave et ses prestations théâtrales remplies de blasphème et d’horreur. Le quintette formé par Corpse (vocal), Atrocity (guitares), Lord Draconis (basse), Nordet (guitares) et Mass Grave (Drum) ne dérogea pas à son habitude en cette soirée de folie en nous assénant avec méchanceté sa musique nordique crue. La performance fut inévitablement accompagnée desdites têtes de chèvres typiques du groupe qui furent massacrées sans pitié par le chanteur et l’assistance composée de bêtes sanguinaires. Le plancher fut bien vite couvert d’immondices, de verre cassé et de cadavres s’affalant de toute leur longueur au sol avant d’être relancés dans le cercle infernal constitué de psychopathes s’entrechoquant. Ce fut donc une finale à la hauteur des attentes pour un public assoiffé de haine.
Nos protagonistes satisfaits, repartirent donc avalés par la noire nuit nordique non sans avoir salué les responsables du massacre auquel ils avaient assisté. En eux se bousculaient des images apocalyptiques de haine et de chaos. Le calme était revenu, jusqu’au prochain rituel!
Louis-Olivier «Winterthrone» B.Gélinas