Critique d’album: Spirit of the Forest – «A Void into the Fields of Silence/La nature oubliée»

Spirit of the Forest - A Void into the Fields of Silence, La nature oubliée cover

SPIRIT OF THE FOREST
«A Void into the Fields of Silence/La nature oubliée»
Scum Productions
Octobre 2016

Liste des pièces:
1 «Into the Deep» (instrumentale)
2 «Crossroads»
3 «Hidden Castle»
4 «Enter the Fields of Silence»
5 «The Dark Era»
6 «La Nuit-Forêt»
7 «Pulsions bestiales»
8 «L’éveil du guerrier»
9 «Tempêtes de neige»
10 «Illumination»

****Scroll down for English version. Translation done by Lex Ivian.
SPIRIT OF THE FOREST
 est une des formations pionnières du Black Metal atmosphérique au Québec, ayant été fondée dès 2005 à Montréal. Après deux premiers efforts montrant une évolution vers une musique plus travaillée et élaborée, le quatuor récidivait fin 2016, avec un troisième opus complet en carrière. J’étais donc curieux de savoir, lorsque vint le moment de faire ma première écoute de ladite galette, si la formation allait poursuivre son évolution vers un Black Metal plus progressif et élaboré.

Je fus donc heureux de constater un premier signe que cette évolution se poursuivait en consultant la liste des pièces et les paroles de ce nouvel album. En effet, pour la première fois de son histoire SPIRIT OF THE FOREST nous présente des compositions francophones. En fait, l’album se divise en une première moitié anglophone et une seconde moitié francophone. Le fait de mélanger les deux langues est parfois risqué, car cela peut briser la continuité d’un opus, mais cette fois SPIRIT OF THE FOREST remporte son pari en ayant justement divisé l’album en deux parties complémentaires et Phobetor (guitares, paroles) y démontre un talent égal pour écrire et en anglais et en français. Lucyber (Chant) nous y fait aussi la démonstration que son vocal râpeux est aussi efficace dans une langue que dans l’autre.

Mon second constat concernant l’évolution de SPIRIT OF THE FOREST sur cet album est le caractère encore plus aéré et élaboré qu’auparavant des compositions qui y sont présentées. Cela nous permet d’apprécier pleinement les mélodies de guitare d’Ekinox (guitares, basse, claviers, chant) et Phobetor, ainsi que leurs superbes solos tranchants ponctuant les pièces d’un caractère épique indéniable. Auster, à la batterie, nous fait aussi pleinement démonstration de son talent immense avec une performance impeccable et variée. De plus, pour la première fois, SPIRIT OF THE FOREST a bénéficié de la collaboration de Doom Berden (Hiverna, Crépuscule) à la flûte, qui rajoute beaucoup au caractère atmosphérique et épique de l’album. Enfin, la production, oeuvre d’Ekinox, est très bien balancée et moderne tout en ayant un petit côté sale typiquement Black Metal. Mon seul bémol est que la basse y manque parfois un peu de présence, ce qui est paradoxal puisqu’Ekinox y excelle à faire des lignes «groovys» qui rajoutent une troisième ligne mélodique entre les guitares.

En conclusion, avec «A Void into the Fields of Silence/La nature oubliée», SPIRIT OF THE FOREST nous offre en quelque sorte son magnum opus, c’est-à-dire son album jusqu’ici le plus élaboré et le plus réussi. Cela n’est pas peu dire compte tenu de la grande qualité de ses deux albums précédents. Il s’agit donc d’un incontournable dans les sorties Black Metal de 2016 et le restera aussi assurément pour 2017!

À consommer d’un bout à l’autre sans modération! 9/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas (Rédaction)
Lex Ivian (Édition)

 

SPIRIT OF THE FOREST is one of the pioneering formations of Atmospheric Black Metal in Quebec, founded in 2005 in Montreal. After two first efforts showing an evolution towards a more worked and elaborate music, the quartet was back at the end of 2016, with a third full length in career. So I was curious to know, when it came time to make my first listening, if the formation would continue its evolution towards a Black Metal more progressive and elaborate.

I was therefore pleased to note a first sign that this evolution was continuing by consulting the list of songs and the lyrics of this new album. Indeed, for the first time in its history SPIRIT OF THE FOREST presents french compositions. In fact, the album splits into an English first half and a French second half. Mixing the two languages is sometimes risky, because it can break the continuity of an album, but this time SPIRIT OF THE FOREST wins its bet by having divided the album into two complementary parts and Phobetor (guitars, lyrics) demonstrates an equal talent for writing in both English and French. Lucyber (vocal) also demonstrates that his raspy vocal is as effective in one language as in the other.

My second observation concerning the evolution of SPIRIT OF THE FOREST on this album is the character even more airy and elaborated than before of the compositions that are presented here. This allows us to fully appreciate the guitar melodies of Ekinox (guitars, bass, keyboards, vocals) and Phobetor, as well as their superb sharp solos punctuating the songs of an undeniable epic character. Auster, on drums, is also fully demonstrating his immense talent with an impeccable and varied performance. Moreover, for the first time, SPIRIT OF THE FOREST benefited from the collaboration of Doom Berden (Hiverna, Crépuscule) playing the flute, which adds much to the atmospheric and epic character of the album. Finally, the production done by Ekinox is very well balanced and modern while having a small dirty side typically Black Metal. My only downside is that the bass sometimes is not present enough, which is paradoxical since Ekinox excels there to perform groovy lines that add a third melodic line between the guitars.

In conclusion, with «A Void into the Fields of Silence/La nature oubliée», SPIRIT OF THE FOREST offers us in a way its magnum opus, that is to say its album so far the most elaborate and the most successful. This is no small saying given the high quality of its previous two albums. It is therefore a must in the Black Metal releases of 2016 and will also remain so for 2017!

To consume from start to end without moderation! 9/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

Chaos total à Montréal

The True Mayhem («De Mysteriis Dom Satanhas» –North America 2017), Inquisition (annulé) et Black Anvil au Club Soda le vendredi 20 janvier 2017, une présentation de Extensive Enterprise.

 

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Pendant que les opposants montréalais à Donald Trump préparaient leurs protestations pour son assermentation, les amateurs de Black Metal du Québec, eux, se dirigeaient vers le Club Soda pour une célébration d’un des albums les plus importants de l’histoire du Black Metal soit «De Mysteriis Dom Sathanas» des terreurs norvégiennes de Mayhem. Effectivement, le quintette de psychopathes s’amenait à Montréal avec la tournée anniversaire dudit effort incontournable qui serait interprété en intégral. Avec un tel programme, que demander de plus? Et bien, la tournée prévoyait aussi un passage du célèbre duo Inquisition ) et de son Black Metal reptilien puissant et chaotique, ainsi que celui du groupe new-yorkais Black Anvil sur lequel les avis sont pour le moins mitigés. C’est donc avec empressement que nous prîmes l’autoroute 20 en direction ouest vers Montréal pour profiter de cette soirée hautement prometteuse.

La première ombre au tableau se présenta à nous à l’heure du souper, lorsqu’il fut annoncé que Inquisition était encore, pour la seconde fois consécutive suite à leur annulation de cet été au Heavy Montréal, retenu aux douanes par nos sympathiques agents frontaliers. Le concert commencerait donc à 20h30 au lieu de 20h00. De plus, la menace planait que des «antifa» pourraient venir protester contre le concert, puisqu’une bonne part d’entre eux assimilent à tort fascisme et Black Metal et compte tenu des troubles qu’il y avait eu à la dernière Messe Des Morts. Toutefois, lorsque nous arrivâmes devant la salle vers 20h30, aucun trouble-fête n’était en vue, hormis la présence d’une poignée de policiers en rang à côté de la porte qui était bien ouverte pour les spectateurs. Quelques minutes seulement après notre arrivée, Black Anvil amorça la soirée.

Dès les premières notes de leur mélange décousu de pseudo-Black Metal, de rock et de chant clair plaintif à la Emo, faussant horriblement, j’étais fixé dans la négative devant ce groupe qui n’avait absolument rien à faire sur cette soirée. Effectivement, leur musique est un mélange qui à mon sens ne prend pas. Sur leur page facebook, le groupe prétend faire du Black/Heavy Metal, mais il n’en est rien. Leur entrée sur Metal Archives les qualifie de Black/Thrash Metal, mais il n’en est rien. En fait, il s’agit de passages pseudo-Black Metal qui ne semblent aucunement ressentis et axés toujours sur les mêmes trois ou quatre accords, entrecoupés de passages plus posés qui ressemblent à du rock alternatif commercial et sont couverts de voix claires «Emos» sirupeuses, très mal exécutées en concert. Le tout est de plus répétitif au possible, puisque chaque pièce semble suivre le même genre de structure alternée entre passages agressifs et passages doux. Leur prestation me sembla donc extrêmement longue et pénible et s’acheva par un genre de finale préenregistrée qui ressemblait à de la pop-bonbon pour enfants dont on aurait changé les paroles pour «Ave Satanas!» scandé avec une voix ridiculement gentillette. Je ne peux donc m’empêcher de penser que ce groupe n’avait aucune pertinence sur cette tournée et que j’espère qu’ils ont payé pour la faire tellement c’est mauvais. Je peux vous nommer une pléthore de groupes locaux qui auraient mieux fait sur cette affiche.

 

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Après une longue pause, en raison de l’absence de Inquisition, nous pûmes apercevoir la célèbre cathédrale Nidaros de Trondheim en Norvège qui orne la pochette de «De Mysteriis Dom Sathanas» s’illuminer en lumière noire avant d’apercevoir cinq silhouettes encapuchonnées prendre place dans une pénombre bleutée et d’entendre les premières notes et le blastbeat furieux de «Funeral Fog». Bien que la performance médiocre de Black Anvil et l’absence de Inquisition n’aient rien fait pour réchauffer la foule, la réaction de la foule fut immédiate et le chaos se propagea dans la salle comble. Le son fut cependant problématique pendant près de la moitié de la prestation de Mayhem et ce sembla aussi être le cas sur scène ou des échanges de regard entre les membres de Mayhem trahissaient un manque de définition sonore. Le problème s’amoindrit toutefois au fur et à mesure que leur prestation avançait bien que le son ne devint jamais excellent. La batterie caverneuse de Hellhammer était beaucoup trop forte dans le mix, alors que les guitares manquaient de définition. Seuls la basse et le jeu précis de Necrobutcher nous permettaient, comme un pendule, de suivre assurément les motifs ténébreux de l’album-culte. Malgré ces considérations sonores, la théâtralité de Attila, en prêtre satanique et l’ambiance cérémoniale conférée au concert suffirent à rendre la prestation magique, tout comme la qualité des pièces offertes sur le chef-d’œuvre du quintette d’Oslo. La formation avait aussi prévu quelques interludes théâtraux ou Attila se permit de mettre de l’avant son personnage lugubre, notamment avant l’ultime pièce-titre de l’album, où il exécuta un rituel cauchemardesque impliquant un autel, un crâne momifié et de l’encens. Toutefois, cette dernière pièce passée, le groupe se retira rapidement, les lumières s’ouvrirent et la musique d’ambiance se mit à jouer, nous indiquant qu’il n’y aurait pas de rappel. Pourtant, Mayhem interprétait trois pièces de rappel sur la majorité de la partie européenne de cette tournée qui est déjà immortalisée sur un DVD. C’est donc après 55 minutes, interludes inclus que la bande quitta la scène du Club Soda.

 

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En somme, avec une performance honnête de «De Mysteriis Dom Sathanas» devant une salle remplie à pleine capacité, Mayhem aura su facilement ravir le cœur des admirateurs de Black Metal du Québec. Bien que le son aurait pu être moins brouillon et qu’ils auraient pu nous offrir un petit rappel, Attila et sa bande ont réussi sans trop de peine à faire vivre cet album magique devant nos oreilles et nos yeux ébahis. Malheureusement, pour ce qui est de Inquisition, les maniaques québécois du duo devront encore prendre leur mal en patience jusqu’à ce qu’ils règlent enfin leurs problèmes avec les douanes canadiennes pour les revoir sur scène. Enfin, Black Anvil ne m’aura pas convaincu, loin de là de leur pertinence sur la même tournée que Mayhem. Leur sauce musicale disparate ne prend pas du tout avec moi. En terminant, j’aimerais souligner que le vestiaire du Club Soda est vraiment sympathique d’avoir baissé son tarif à 1$. Franchement, il n’y a pas souvent de tarifs qui baissent dans la vie, alors c’est toujours plaisant de voir ça!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

Petite histoire d’une Messe avortée

La Messe Des Morts VI (Genèse (Piranha Bar) : Ulcerate, Zhrine, Phobocosm, Auroch, Outre-Tombe, Psaume I (Théâtre Plaza) : Mgla, Cult of Fire, Morrigan, Blaze of Perdition, Monarque, Moonreich, Cantique Lépreux, Blackscorn, Psaume II (Théâtre Plaza (annulé à la dernière minute) : Graveland, Aosoth, Forteresse, Uada, Mayhemic Truth, Sangus, Ossuaire), à Montréal du 24 au 26 novembre 2016

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La poussière commence à retomber et, au moment de lire ces lignes, la plupart d’entre vous sont probablement déjà très au courant que le Psaume II de la Messe Des Morts a dû être annulé en raison des actions très violentes posées par une quarantaine (d’après mes propres observations) de «militants antifascistes» autoproclamés s’opposant à la venue de Graveland à Montréal et condamnant par association plusieurs autres groupes qui n’ont rien à se reprocher juste avant l’ouverture des portes pour ledit concert final du festival. Loin de moi l’idée d’utiliser Ondes Chocs comme un vecteur de mes propres opinions politiques que je préciserai d’entrée de jeu avoir toujours été de centre tendant légèrement à gauche et favorisant l’indépendance du Québec, mais je crois qu’un rapport équilibré des faits est encore de mise devant la couverture totalement biaisée des médias de masse avant et pendant le seul festival Black Metal en Amérique du Nord. Avant de faire la revue des deux soirs de la Messe Des Morts VI qui ont bien eu lieux, je désire donc faire une mise au point sur ce dont j’ai été témoin cette fin de semaine là.

Tout d’abord, dans les semaines qui ont précédé la Messe des Morts VI, ceux qui passent un peu de temps sur Facebook ont pu constater qu’une organisation se prétendant antifasciste lançait des accusations de racisme, de néo-nazisme et d’antisémitisme contre le groupe Graveland, tête d’affiche principale de la sixième Messe Des Morts. Puisque les paroles du groupe ne traitent pas de politique moderne et se concentrent sur le paganisme, les histoires de batailles médiévales et le Seigneur des Anneaux, ceux-ci s’appuyaient dans leurs accusations sur des propos, disons-le, déplorables de Rob Darken, le leader de la formation polonaise, tenus il y a plus de 15 ans et desquels le principal intéressé s’est distancié dans des déclarations plus récentes. Autre preuve à charge des «Antifas» à l’endroit du groupe, sa participation en avril dernier au «Hot Shower» festival en Italie, festival ouvertement NSBM (National Socialist Black Metal), nommé ainsi en référence aux tristement célèbres chambres à gaz employées par les nazis dans la Seconde Guerre mondiale. Ces accusations étaient semble t’il suffisantes pour associer, dans une campagne de salissage impliquant rapidement La Presse, Le Devoir, le Journal de Montréal, le maire de Montréal Denis Coderre et le député fédéral NPD de Rosemont-La Petite Patrie Alexandre Boulerice: le promoteur Sepulchral Productions, les groupes de la scène Métal Noir Québécois (qui tiennent un discours nationaliste civique qui n’a rien à voir avec le nazisme) et les participants à la Messe Des Morts, au fascisme, au racisme et à l’antisémitisme. Lesdits militants prévoyaient donc de tout tenter pour faire dérailler la Messe Des Morts VI.

C’est donc sans anicroche, mais sous une surveillance policière et des règles de sécurité renforcées (fouille systématique, interdiction de gestes politiques et interdiction de sortir de la salle sous peine de se voir refuser de rentrer à nouveau) que se déroulèrent les deux premières soirées de la Messe. Cependant, le dernier soir une quarantaine de manifestants tous masqués se présentèrent au Métro Beaubien, à un jet de pierre du Théâtre Plaza vers 16h avec la participation du député précédemment nommé pour protester contre le concert. Vers 17h, ceux-ci se dirigèrent avec fracas devant le Théâtre Plaza, bien vite surveillés par quelques dizaines de policiers antiémeutes du SPVM qui fermèrent le quadrilatère à la circulation et en profitèrent pour s’en prendre physiquement aux quelques malheureux qui attendaient devant la salle et à la sécurité du Théâtre Plaza qui tentait d’ouvrir la porte de la salle à l’heure prévue. Brasse-camarade, fumigènes utilisés comme arme, feu dans les plates-bandes, «taxage» de certains items de groupes jugés «louches», humiliation publique drôlement misogyne d’une amatrice de Black Metal: tous ces moyens peu orthodoxes et loin d’être pacifiques furent employés par les «antifas» qui en retour furent simplement repoussés derrière une ligne de cônes orange très près de l’entrée de la salle.

Pendant ce temps, en contrepartie, plusieurs centaines d’amateurs de Black Metal de toutes les couleurs et de toutes les origines (tout comme plusieurs des membres de formations invitées parce que ce festival a une renommée et une portée internationale) qui avaient leurs billets pour cette soirée à guichet fermé se massaient pacifiquement au froid sur le trottoir de la rue Beaubien sous l’œil attentif des policiers et de la sécurité du Théâtre Plaza. Tous pensaient que la situation se calmerait et qu’on pourrait entrer à l’intérieur ou que les policiers finiraient par intervenir contre les agitateurs qui avaient déjà causé des dommages à la propriété publique et attaqué physiquement des gens pacifiques. Toutefois, à l’intérieur, les organisateurs du concert et la sécurité avaient découvert des objets dangereux cachés par des manifestants ayant trouvé des billets pour le concert de la veille et s’étant infiltrés à l’intérieur pour préparer un coup d’éclat le samedi soir. Devant le doute que d’autres «antifas» se faufilent à l’intérieur malgré les fouilles et ne mettent en danger la sécurité et la santé des participants, vers 19h10, les organisateurs décidèrent d’annuler toute la soirée, subissant des conséquences financières désastreuses.

Bientôt, les centaines d’amateurs de Black Metal dépités se dispersèrent relativement très calmement alors que les manifestants, eux, restèrent un moment, obligeant les musiciens et membres de l’organisation à sortir voitures après voiture sous protection policière. Puis, ils se dirigèrent à l’Hôtel Chrome, où logent une bonne part des spectateurs de la Messe Des Morts qui ne viennent pas de Montréal et les musiciens des groupes invités, où ils firent du grabuge pendant la nuit. Fumigènes lancés sur deux étages, déclenchement des alarmes de feu à plusieurs reprises qui força une évacuation de l’hôtel dans le froid (où logeaient aussi des familles et des voyageurs qui n’ont aucun rapport avec le Black Metal et la Messe Des Morts), blocage des sorties de secours; furent les moyens démesurés employés selon plusieurs témoins par les «antifas». D’autres amateurs de Black Metal furent aussi attaqués et taxés dans des bars autour de la Plaza, alors qu’ils consolaient leur peine dans le houblon.

Pourtant, le lendemain les grands journaux et médias faisaient simplement état de l’annulation du concert d’un «groupe d’extrême droite», probablement sur la simple foi de témoignages du camp opposé à Graveland, et signalaient même qu’il n’y avait eu aucun accrochage…Et les «antifas» eux se félicitaient de leur «réussite» et se promettaient de récidiver au concert de Mayhem le 20 janvier prochain au Club Soda.

Qu’y a-t-il à conclure de tout ça? Je me contenterai de quelques questions et pistes de réflexion : peut-on accuser tout un groupe de musique en raison de déclarations fâcheuses d’un seul de ses membres qui ne sont pas contenues dans sa musique, mais dans de vieilles entrevues de plus de 15 ans et desquelles il s’est distancié par la suite? Peut-on attaquer un groupe et les fans qui vont assister au concert qu’il donne parmi de nombreuses autres formations en raison de sa participation à un concert passé qui avait une saveur politique qui nous choque? Peut-on par association, salir la réputation d’un promoteur et d’une scène entière parce que Graveland est sur la même affiche qu’eux? Peut-on utiliser des moyens extrêmement violents s’apparentant à du terrorisme amateur envers de simples amateurs de musique de TOUTES origines pour faire dérailler un concert qui n’a rien d’un rassemblement politique parce qu’on est en désaccord avec les positions d’un seul membre d’un des groupes présents? Le fascisme, n’est-ce justement pas de censurer par la violence ce que l’on n’aime pas ou ce qu’on considère immoral? Les médias de masse ne sont-ils pas là pour rapporter les faits de manière objective, c’est-à-dire en allant vérifier des deux côtés de la médaille? Qu’y a-t-il à penser d’un député qui donne son appui inconditionnel à des manifestants aux moyens violents même s’il a quitté les lieux avant que la violence ne soit utilisée?

Comprenons-nous bien, je suis loin d’appuyer le fascisme, ni les idéologies d’extrême droite, mais justement cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille tomber dans un autre extrême qui est celui d’amalgamer tout et d’attaquer violemment pour censurer des gens dont la seule culpabilité est d’avoir voulu assister à un concert unique d’un groupe de Black Metal admiré partout dans le monde pour sa musique et non pour les opinions de son chanteur. Salvador Dali était un communiste stalinien confirmé, est-ce qu’on devient communiste en regardant ses peintures? Louis-Ferdinand Céline était un raciste et antisémite convaincu, devient-on raciste et antisémite en lisant «Voyage au bout de la nuit»? Je ne crois pas…Passons maintenant à la revue des deux concerts du festival qui auront eu lieu.

Genèse

Même si la Messe Des Morts est un festival se concentrant sur le Black Metal principalement, pour plusieurs des éditions précédentes du festival, la présence de quelques formations penchant du côté Death Metal ou du Blackened Death Metal sombre, occulte et crasseux n’a jamais été exclue par Sepulchral Productions. Cependant, cette année, la première soirée du festival était pour la première fois entièrement consacrée à ce type de formations et serait aussi tenue au Piranha Bar de la rue Sainte-Catherine plutôt qu’à la Coop Katacombes du boulevard Saint-Laurent. Après un repas animé au Frites Alors! situé en dessous du Piranha Bar en compagnie d’amis amateurs de Black Metal québécois et états-uniens, ma tigresse métallique et moi nous dirigeâmes au deuxième étage, où se trouve la salle de spectacle intime, peu avant le début du concert.

Outre-Tombe de Québec avait la lourde tâche d’entamer le festival avec son Death Metal de la vieille école européenne qui a déjà fait ses preuves à l’aide de leur album «Répurgation» paru en 2015. Si vous ne jurez que par Asphyx, Morgoth, Pestilence et consorts, Outre-Tombe est en plein dans vos cordes et la foule nombreuse sembla immédiatement captivée par le son vintage du quatuor ravageur. Malgré un son un peu sourd et un vocal inaudible, la situation fut vite arrangée derrière la console et on eut droit à environ une demi-heure de bon vieux Death Metal livré avec conviction et aplomb. Ce fut donc un début de soirée et de festival particulièrement réussi devant une salle comble.

Auroch, un trio de Vancouver, était une formation que j’avais bien hâte de voir sur scène, notamment parce qu’elle est menée par S.M. un ancien membre live de Garotting Deep qui est aussi bassiste et vocaliste dans Mitochondrion. De plus, S.H. qui est guitariste et vocaliste de Mitochondrion est à la basse et au vocal dans Auroch. Mitochondrion et Garotting Deep ont participé aux deux dernières éditions de la Messe Des Morts et j’avais adoré, alors je me préparais à apprécier le Blackened Death Metal fortement influencé par Morbid Angel de Auroch sur scène. Cependant, leur manque de présence scénique, un son assez brouillon qui manquait de définition à la guitare et le manque de différenciation et de variété entre les pièces interprétées m’empêchèrent d’embarquer dans leur prestation. Ce fut donc un moment décevant pour moi.

Phobocosm de Montréal suivait et c’était aussi une formation que j’avais très hâte de voir pour la première fois, dans mon cas. Fort de deux albums en 2014 et 2016, le quintette pratique un Death Metal sombre et extrêmement lourd teinté d’influences Doom et Black. Cette fois, tous les éléments furent réunis pour une prestation réussie: un son puissant (mis à part le chant en début de parcours), des riffs variés et une interprétation à la solidité métronomique. Le tout fut donc très apprécié et la foule démontra son support en déclenchant des hostilités plus intenses qu’auparavant dans la fosse. Ce fut donc une mission accomplie avec brio pour Phobocosm.

C’était maintenant au tour de Zhrine d’Islande de venir nous faire démonstration de leur Blackened Death Metal contenant de nombreux passages acoustiques ambiants. Leur premier album intitulé «Unortheta» (2016) a d’ailleurs été une sortie très remarquée cette année en raison de la grande qualité musicale et atmosphérique des compositions du quatuor, qualités qui sont loin d’être l’apanage de l’ensemble des formations évoluant dans leur genre de prédilection. Sur scène, la troupe bénéficia d’un très bon son et fut la formation la plus expressive et démonstrative de la soirée. Le jeu de guitare varié et les voix malsaines très bien exécutées de Þorbjörn (guitare, vocal) et de Nökkvi (guitare, vocal) furent un de mes éléments de prédilection de leur performance. Je notai aussi le talent impressionnant et démonstratif de Ævar (basse) qui s’exécutait sur une authentique contrebasse électrique avec moult mimiques mémorables à l’appui. Tumi (batterie) livra aussi une excellente performance précise et puissante. Le seul désagrément provint de certains spectateurs un peu trop bruyants et inattentifs dans les passages plus atmosphériques de la musique de Zhrine. Ce fut donc mon moment préféré de la soirée.

Après une ultime pause de courte durée, c’était au tour du trio néo-zélandais Ulcerate de venir terminer la soirée avec leur Death Metal technique extrêmement lourd et brutal. Forts de leur excellent cinquième album, «Shrines of Paralysis» la troupe originaire d’Auckland était fortement attendue par beaucoup de spectateurs dont moi, qui n’avais jamais eu l’occasion de les voir sur scène encore. Avec un son dévastateur, le groupe se lança dans un assaut puissant, consistant et lourd qui me plut de prime abord malgré une présence scénique moins flamboyante que celle de Zhrine. Cependant, leurs pièces ne me firent pas autant d’effet en concert que sur album peut-être en raison du fait que la constance de Ulcerate est à la fois une qualité et un défaut. Effectivement, les pièces me semblèrent se mélanger en un seul tout manquant quelque peu de diversité, car toujours axé sur la lourdeur, la puissance et la technicité. La performance des musiciens fut quant à elle irréprochable. En somme, j’appréciai bien mon premier concert de Ulcerate malgré ma préférence marquée pour la musique et la performance de Zhrine.

C’est donc satisfaits de notre première soirée de Messe des Morts que nous nous dirigeâmes vers le Métro Berri-UQAM pour terminer la soirée avec quelques bières et des herbes hilarantes chez nos amis dans La Petite Patrie.

Psaume I

Après un rapide souper, c’est à l’heure précoce de 17h 20 et des poussières que nous fîmes notre entrée dans le Théâtre Plaza pour ne pas manquer Blackscorn, formation montréalaise roulant sa bosse depuis 2007. Malheureusement, en raison des mesures de sécurité accrues et des fouilles obligatoires à l’entrée nous fûmes contraints d’écouter la majeure partie de la performance du quintette dans l’escalier du Théâtre Plaza et nous entrâmes enfin à l’intérieur à temps pour la toute dernière pièce de leur prestation. Je pus donc constater le départ de Nordet (guitare) désirant se concentrer sur Brume d’Automne (qui devait jouer le lendemain) qui a été remplacé par Lord Draconis qui a passé de la basse à la guitare avec le recrutement d’un autre bassiste dont l’identité m’est inconnue (ni le Facebook, ni l’entrée du groupe dans Metal Archives ne semblent avoir été mis à jour). Enfin, malgré le peu que j’ai pu en voir et entendre, leur prestation sembla être fidèle à leur Black Metal fortement inspiré par les premiers opus de Darkthrone.

Cantique Lépreux de Québec suivait et ils entamèrent rapidement leur prestation après seulement quelques minutes de pause. Si vous ne connaissez pas encore ce quatuor qui a fait paraître un excellent long jeu intitulé «Cendres Célestes» en début d’année 2016, je vous encourage fortement à aller découvrir leur Métal Noir à la fois puissant, mélodique et efficace aux thématiques lyriques poétiques hivernales. C’était mon second concert de la formation que j’avais pu voir à son tout premier passage sur scène l’été passé en compagnie de Forteresse à Québec. Cette fois par contre, le son fut un problème pour la majorité de leur prestation. Les premières notes furent interprétées sans aucun son de la console, ensuite le vocal de Blanc Feu (guitare, vocal) fut inaudible pour près de 2-3 pièces et la basse était trop forte par rapport aux guitares, ce qui nous permit toutefois d’apprécier le talent et le l’excellente qualité du ton de basse de Matrak (basse). Cependant, la performance des musiciens fut au rendez-vous et la dernière pièce de leur prestation bénéficia d’un son enfin bien ajusté.

Moonreich de France était la troisième formation de la soirée qui nous amenait, pour la première fois de ce côté de la grande flaque, son Black Metal aux accents Death, avec quelques touches mélodiques et des thématiques guerrières. Musicalement, la troupe que je connaissais peu auparavant, me ravit avec une approche rappelant Satyricon, le vieux Watain et par moments Marduk. Toutefois, plusieurs passages me parurent laborieux sur le plan de la précision et les patrons vocaux employés par le chanteur de la formation, quant à eux, me semblèrent un peu trop répétitifs et axés principalement sur une livraison rapide qui laisse peu de place aux variations et aux nuances. Enfin, le son fut nettement meilleur pendant leur prestation que pendant celle de Cantique Lépreux. En somme, ce fut un moment de Black Metal assez intéressant, mais sans plus.

La salle était maintenant bien remplie et c’était le moment de faire place à la formation séminale pour le Black Metal québécois qu’est Monarque. En effet, Monarque est certainement un des groupes les plus reconnus de ce genre au Québec comme en font foi ses passages passés et à venir en France et en Allemagne, notamment au «Hellfest» de l’an prochain, ce qui vient d’être annoncé. De plus, la troupe peut compter sur un important répertoire de trois excellents albums complets et une multitude de sorties secondaires. La foule nombreuse attendait donc Monarque avec impatience et fut rapidement ravi par une prestation extrêmement solide à tous les points de vue. La présence scénique et la prestance de Monarque (vocal) et de ses acolytes éclipsèrent d’ailleurs de ma mémoire à court terme plusieurs des formations précédentes et suivantes de la fin de semaine tellement ils nous livrèrent une performance mémorable.

Après ce passage magnifique de Monarque, c’était maintenant le moment d’accueillir une troupe que j’attendais personnellement avec hâte. En effet, Blaze of Perdition est un groupe originaire de Pologne qui a trois excellents albums à son actif et que je ne pensais pas voir un jour au Québec. Malheureusement, leur prestation fut entamée de manière plutôt brouillonne et fut interrompue pour ce qui semblait être un problème de guitare à la deuxième pièce seulement. Après cette interruption de quelques minutes, la formation entama une autre pièce, mais toujours sans grande conviction et malgré un jeu honnête et relativement précis les membres de la formation semblaient «jammer» devant public plutôt que de livrer un véritable spectacle. Malgré quelques bons moments dus à la qualité de leur musique, leur prestation s’étira aussi beaucoup trop longtemps, empiétant inexplicablement de plusieurs minutes sur le temps de scène des autres formations. Ce fut donc une grosse déception pour moi, puisque leur performance scénique et leur présence furent anémiques.

Morrigan, duo allemand fortement inspiré, pour ne pas dire calqué, de la période viking de Bathory suivait. Malgré une musique et une voix de bonne qualité, ce fut encore un moment plutôt terne du côté de la performance scénique. Effectivement, le seul élément divertissant de prestation du duo fut leur «corpsepaints» puisque le chanteur-guitariste, le seul membre de la formation qui pouvait se déplacer sur scène semblait dormir debout. L’attention d’une grande partie de la foule sembla donc se porter sur des conversations comme si nous écoutions tous un album dans un salon plutôt que sur le peu de choses qui se passaient sur scène. En conclusion, je restai assez perplexe sur la pertinence de cette formation en concert. C’était potable auditivement, mais très ennuyant scéniquement.

Heureusement, Cult of Fire de la République Tchèque suivait et là je savais que nous en aurions plein les oreilles et la vue. Pour faire un bref rappel, la troupe de Black Metal ritualiste à saveur de cultes de la mort hindous avait déjà fait un passage remarqué à la Messe des Morts IV en avril 2015, mais elle avait alors connu des problèmes d’avions qui l’avait contraint d’être déplacée du Psaume I en toute fin du Psaume II et de jouer très tard sans tout leur célèbre attirail scénique. Malgré tout cela, leur performance avait été des plus mémorables. Bref, si vous n’avez jamais vus Cult of Fire, leurs spectacles sont de vraies cérémonies occultes incluant cloaques, encens, statuaire hindoue et une livraison impeccable de leur musique. Tous ces éléments furent encore une fois au rendez-vous et nous eûmes bien sûr droit à de nouvelles pièces de leur excellent EP «Life, Sex & Death» qui est sorti en septembre. Orgiaque est le mot juste pour décrire la prestation à laquelle nous eûmes droit en ce vendredi de novembre.

Après une performance aussi épique que celle de Cult of Fire, n’importe quel groupe aurait été intimidé de monter sur scène. N’importe qui sauf Mgla! En effet, bien que je n’avais pas eu la chance de voir cette autre troupe faisant partie de l’élite du Black Metal actuel à son premier passage à la Messe des Morts il y a quelques années, je savais à quoi m’attendre avec leurs trois excellents albums et ce que j’avais entendu sur leurs performances en concert. Les quatre musiciens cagoulés s’installèrent sur scène relativement rapidement et se lancèrent dans une interprétation superbe et précise de leur musique délicieuse et simplement efficace. Comme Cult of Fire avant eux, les membres de Mgla purent bénéficier du meilleur son de la soirée et en profitèrent pour nous asséner une sélection de leurs meilleures pièces en carrière, au grand plaisir des quelques centaines de spectateurs présents. Je me dois de souligner en terminant que le rendu des pièces de leur dernier opus «Exercises in Futility» (2015) fut à la hauteur de la qualité incommensurable de ce chef-d’œuvre.

En conclusion, le Psaume I de la Messe des Morts VI se conclut sur un moment parfait de Black Metal. Il est donc d’autant plus dommage que le Psaume II aura dû être annulé en raison des pressions violentes d’une minorité bruyante et mal informée. Je conclurai donc en espérant que Sepulchral Productions saura se relever de cette expérience négative et qu’une Messe des Morts VII aura lieu dès l’an prochain. De plus, j’espère que les «antifas» sauront à l’avenir se concentrer sur le vrai fascisme, le vrai racisme et les vrais tenants de l’extrême droite, soit les organisations politiques qui défendent de telles idéologies et que les concerts de Black Metal présentés à Montréal pourront être tenus en paix. J’aimerais aussi leur rappeler qu’il y a d’autres moyens d’exprimer son point de vue que d’attaquer des gens avec violence.

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

Critique d’album: Sacrilegium – «Anima Lucifera»

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SACRILEGIUM (Pologne)
«Anima Lucifera»
Pagan Records
Mars 2016

Liste des pièces :
1- «Preludium»
2- «Heavenwings Shrugged»
3- «Angelus (Anima Lucifera)»
4- «Mare Tenebrarum»
5- «The Serpent Throne»
6- «…and Soul»
7- «Venomous Spell of Fate»
8- «Desiderium Immortalis»
9- «Anima Lucifera»
10- «Epilog»

***Scroll down for English version. Translation done by Lex Ivian.
Après une absence totale de la scène Black Metal causée par une séparation de 15 ans (2000-2015) et une absence d’album complet ayant duré 20 ans, la formation polonaise SACRILEGIUM nous revenait enfin en mars avec un album pleine longueur intitulé «Anima Lucifera». Ayant été ébloui l’an passé par la réédition remastérisée de leur chef-d’œuvre de Black Metal païen, «Wicher» (lire ma revue en cliquant ce lien), paru originalement en 1996, j’étais donc très curieux de découvrir ce que SACRILEGIUM nous offrirait en 2016. Est-ce que la troupe parviendrait à surpasser ou à rencontrer les attentes après une si longue absence? Telle était ma question de départ en entamant mes écoutes de ladite galette de plastique.

Tout d’abord, la première chose qui me sauta aux oreilles et aux yeux dès les premières écoutes de «Anima Lucifera» fut l’abandon du côté «païen» qui caractérisait autant le son que l’imagerie du groupe à ses débuts. En effet, sur ce nouvel opus, SACRILEGIUM délaisse les mélodies importées du folklore slave accompagné de «blastbeats» mur à mur pour un Black Metal teinté de Death/Thrash mélodique où on sent une forte influence de la célèbre formation suédoise Dissection. De plus, l’imagerie du groupe se veut maintenant plus luciférienne que païenne. Seule «Preludium», l’introduction, un interlude et «Epilog, la conclusion, présentent des sons nocturnes et forestiers qui rappellent le passé «païen» du groupe. Pour terminer cet aspect, je soulignerais aussi que le groupe a abandonné sa langue natale pour utiliser l’anglais et le latin, ce qui marque aussi une coupure avec le côté «folklore païen» de leur musique dans les années 1990.

Cela dit, la transformation sonore est bien opérée avec des motifs de guitare superbes, mélodiques et entraînant surplombant une batterie variée qui alterne entre passages groovys et «blastbeats» furieux. Les claviers prennent aussi du recul par rapport au rôle constant qu’ils avaient sur «Wicher». Si à cette époque les nappes de claviers en fond sonore omniprésentes caractérisaient la musique des Polonais, maintenant ils ont un rôle plus circonscrit à introduire certaines pièces ou à en rehausser quelques passages sporadiques.

L’approche vocale non orthodoxe adoptée par Nantur Aldaron, contribue aussi à distinguer le nouveau SACRILEGIUM du lot. Effectivement, celui-ci place son chant de façon plus viscérale que purement musicale en suivant des patrons non conventionnels par rapport à ce qui se fait habituellement dans ce type de Death/Black mélodique. De plus, comparativement au passé, sa voix râpeuse prend une tonalité sensiblement plus grave que ce qu’on pouvait entendre sur «Wicher».

Enfin, au chapitre de la production, la troupe polonaise nous présente un son très moderne et léché, délaissant le caractère crasseux du Black Metal des années 1990. Bien que cela leur permette de mieux mettre en valeur des compositions plus subtiles et nuancées que leurs œuvres précédentes, l’excès de propreté est peut-être à craindre ici, car j’ai constaté un certain manque de spontanéité et d’atmosphère au cours de mes nombreuses écoutes. Cependant, il va de soi que ce type de production est plus adapté à montrer les fioritures plus élaborées de leurs nouvelles pièces.

En somme, avec «Anima Lucifera», SACRILEGIUM marque un changement de style qui rend toute comparaison avec leurs efforts précédents difficile, délaissant le Black païen typiquement slave pour un Death/Black mélodique rappelant l’école suédoise des Dissection, Dawn, Sacramentum et compagnie. Si le groupe maintient certains aspects propres à lui, notamment en ce qui a trait au vocal, le changement sera sans doute surprenant pour ceux qui s’attendaient à une poursuite de ce qu’ils faisaient il y a quinze à vingt ans et il demeure difficile de se prononcer à savoir si le groupe n’a pas perdu un pan de sa personnalité propre à travers une longue pause et un changement stylistique. Toutefois, des motifs de guitare très intéressants et une production moderne de qualité en appelleront certainement à de nouveaux fanatiques pour SACRILEGIUM, même si certains de leurs aficionados de la première heure descendront peut-être en gare.

Pièces favorites: «Heavenwings Shrugged» et «Anima Lucifera».

7/10

Louis-Olivier «Winterthrone» Brassard-Gélinas (Rédaction)
Lex Ivian (Édition)

After a total absence of the Black Metal scene caused by a separation of 15 years (2000-2015) and a complete absence of album lasting 20 years, the Polish group SACRILEGIUM finally returned in March with a full length album entitled «Anima Lucifera». Having been dazzled last year by the remastered reissue of their pagan Black Metal masterpiece, «Wicher» (click here to read my review), originally released in 1996, I was very curious to discover what SACRILEGIUM would offer us in 2016. Would the troupe manage to surpass or meet expectations after such a long absence? That was my question when starting my listening of the said album.

First of all, the first thing that caught my ears and eyes from the first listenings of «Anima Lucifera» was the abandonment of the pagan side that characterized both the sound and the imagery of the group at its beginnings. Indeed, on this new opus, SACRILEGIUM abandons the melodies imported from the Slavic folklore accompanied by blastbeats for a Black Metal tinged with Melodic Death/Thrash where one feels a strong influence of the famous Swedish formation Dissection. Moreover, the imagery of the group is now more luciferian than pagan. Only the introduction «Preludium», an interlude and the conclusion, «Epilog», present nocturnal and forest sounds that recall the pagan past of the group. To conclude on this, I would also point out that the band abandoned their native language to use English and Latin, which also marks a break with the pagan folklore side of their music in the 1990s.

That said, the sound transformation is well operated with superb melodic and dramatic guitar patterns, overhanging varied drum beats that alternate between groovy passages and furious blastbeats. The keyboards also stand back from the constant role they had on «Wicher». If at that time, the omnipresence of keyboards in the background characteristized the music, now they have a more circumscribed role to introduce certain songs or to enhance some sporadic passages.

The non-orthodox vocal approach adopted by Nantur Aldaron also helps to distinguish the new SACRILEGIUM from the lot. Indeed, he delivers in a more visceral than purely musical fashion, following unconventional patterns compared to what is usually done in this type of Melodic Death/Black Metal. Moreover, compared to the past, his raspy voice takes on a significantly deeper tone than what could be heard on «Wicher».

Finally, in terms of production, the Polish troupe presents a very modern and licked sound, neglecting the filthy character of the Black Metal of the 1990s. Although this allows them to better showcase more subtle and nuanced compositions than their previous works, the excess of cleanliness is perhaps to be feared here, for I have observed a certain lack of spontaneity and feelings during my numerous listening sessions. However, it goes without saying that this type of production is more suitable to show the more elaborate new songs.

In short, with «Anima Lucifera», SACRILEGIUM marks a change in style that makes any comparison with their previous efforts difficult, abandoning the typically Slavic Pagan Black Metal for a Melodic Death/Black Metal reminding the Swedish school of Dissection, Dawn, Sacramentum and als. While the group maintains certain of its specific aspects, particularly with respect to the vocal, the whole change is likely to be surprising for those who expected the pursuit of what they did fifteen to twenty years ago, Difficult to decide whether the group lost a part of its own personality through a long break and a stylistic change. However, very interesting guitar patterns and a modern production of quality will certainly appeal to new fanatics for SACRILEGIUM, even if some of their aficionados of the first hour may jump off the wagon.

Favorite tracks: «Heavenwings Shrugged» et «Anima Lucifera».

7/10

Louis-Olivier «Winterthrone» Brassard-Gélinas

 

Imagination, pilleurs de tombes et chœurs…

Blind Guardian avec invités spéciaux Grave Digger à l’Impérial Bell de Québec le samedi 17 septembre 2016, une présentation de Saint-Roch Expérience, District 7 Production, Capitale du Metal et Impérial Bell.

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Ceux qui connaissent bien les fanatiques de Metal de la ville de Québec savent à quel point le courant Power Metal y a toujours trouvé de très nombreux adeptes. Toutefois, même parmi les formations de ce genre, Blind Guardian a toujours reçu un accueil complètement déjanté dans la Vieille Capitale, comme si ses citoyens étaient tombés dans la potion mise au point par Hansi (chant) et ses comparses dès la naissance. En effet, s’il a fallu attendre près de vingt ans avant que la formation germanique de Speed/Power/Prog aux paroles importées d’œuvres littéraires du genre fantastique ne se présente pour la première fois à Québec en 2006, ce passage fut hautement mémorable pour les spectateurs exceptionnellement bruyants et pour les membres du groupe, tout comme leur seconde visite en 2010. Six ans plus tard, Blind Guardian revenait pour fêter leur album le plus vénéré, le sublime «Imaginations from the Other Side» (1995), maintenant âgé de 20 ans, en le jouant en intégral dans le cadre du tout nouveau festival Saint-Roch Expérience consacré à la musique, à la cuisine et aux arts. De plus, la troupe de bardes s’était adjoint les services d’une autre formation allemande célèbre et qui n’avait jamais visité Québec si je ne m’abuse, soit Grave Digger et leur Heavy/Power Metal dévastateur. Dans ce contexte, nul besoin d’autres formations pour ouvrir cette grande messe du samedi soir qui, sans surprise, afficherait complet bien avant le début du concert. C’est donc avec le sourire aux lèvres et une grande excitation que ma tigresse d’acier et moi nous dirigeâmes vers la salle célèbre de la Basse-Ville.

Arrivant sur les lieux quelque trente minutes avant le début du concert, nous constatâmes qu’une file impressionnante de métalleux s’agglutinait sous la pluie sur la rue Saint-Joseph, fermée à la circulation automobile à l’occasion du petit festival qui promet de prendre de l’expansion dès l’année prochaine. Les portes de l’Impérial étaient déjà ouvertes et, une fois arrivés à l’intérieur, nous pûmes constater que la soirée serait vraiment complète de chez complète (comme disent certains cousins dans leur argot). Environ cinq minutes avant l’heure annoncée du début du concert, soit 20 heures, les lumières s’éteignirent et la mascotte-claviériste de Grave Digger vint nous présenter la renommée troupe germanique.

Semblant surprise par l’immédiate réaction bruyante et enthousiaste de la foule gigantesque, la formation menée par le charismatique Chris Boltendahl (chant) se lança tête baissée dans une interprétation puissante de «Headbanging Man», première chanson de leur premier album «Heavy Metal Breakdown» publié en 1984. Visiblement ravis par l’accueil superbe qu’ils reçurent, les musiciens expérimentés n’hésitèrent pas à s’amuser avec la foule vraiment festive et bruyante, entonnant les plus grands succès du groupe en chœur de manière infatigable. Axel «Ironfinger» Ritt (guitare) et Jens Becker (basse) rivalisèrent en termes de «poses Metal flamboyantes», alors que le premier livrait ses soli avec une conviction mémorable. Marcus Kniep (claviers) se fit lui aussi remarquer sous son costume articulé de squelette barbu en cloaque, notamment lors de son solo de cornemuse dans l’immense classique «Rebellion (The Clans Are Marching)» qui fut précédée par l’incontournable «Excalibur». Stefan Arnold (batterie) ne fut aucunement en reste et le fait qu’il soit placé bien au milieu de la scène et plutôt avancé nous permit d’apprécier son jeu lourd, précis et démonstratif. Ainsi, lorsque Grave Digger acheva son heure de prestation avec l’inévitable «Heavy Metal Breakdown», la foule était en liesse et vraiment bien réchauffée pour affronter Blind Guardian.

Après seulement une vingtaine de minutes de pause, la foule était maintenant aussi compacte qu’une brique et il régnait une chaleur infernale dans l’ancien théâtre fraîchement rénové. C’est à ce moment que les lumières s’éteignirent et que Blind Guardian entra sous un tonnerre d’acclamations avec l’épique «The Ninth Wave», une pièce progressive de plus de neuf minutes qui introduit leur dernier album «Beyond The Red Mirror» (2015). Les choses prirent ensuite une tournure dantesque avec la succession de classiques «Welcome to Dying», «Nightfall» et «Time What is Time» entonnées en chœur par l’ensemble de la foule devant un groupe visiblement ému et ravi par un accueil aussi démonstratif. Après quelques interventions en français et en anglais, Hansi nous introduit ensuite l’intégrale de «Imaginations from the Other Side» ce qui lui valut encore une réaction nucléaire de la foule. Aucune parole de tout cet album ne fut omise par les spectateurs et lorsque le groupe se retira après la finale «And the Story Ends», on aurait cru que l’Impérial s’effondrerait sous le piétinement et les acclamations des amateurs déchaînés. C’est alors que le sextuor revint nous présenter pas moins de cinq pièces (!!!) en rappel, alors que les «setlists» de tournée en annonçaient seulement quatre, nommément «Majesty» du premier album «Battalions of Fear» (1988), «The Holy Grail» de leur dernier effort, l’acoustique «The Bard’s Song-In the Forest» qu’Hansi n’eut point besoin de chanter au complet puisque le chœur de Québec était assourdissant, la puissante «Mirrror Mirror» et l’imprévue, mais toujours appréciée, que dis-je, adorée «Valhalla» de l’album «Follow the Blind» (1989) que la troupe offrit à Québec et que les spectateurs rallongèrent d’au moins cinq minutes en répétant le refrain a capella, accompagné par la batterie de Frederik Ehmke. En somme, ce fut certainement le meilleur des trois concerts que Blind Guardian aura donné à Québec, notamment en raison de la sélection de pièces superbes interprétées en ce samedi soir et ce n’est pas peu dire compte tenu de l’accueil légendaire que reçoit le groupe à chaque fois qu’il passe dans notre cité. Mes deux seules réserves seront modestes. Tout d’abord, j’aurais apprécié que le bassiste (Barend Courbois) et le claviériste (Mi Schüren) de tournée soit moins en retrait et moins réservés sur scène. En effet, leur attitude presque impassible et statique détonnait avec celle très énergique des membres de la formation régulière surtout avec la réaction du public auxquels ils eurent droit. Enfin, j’aurais préféré avoir un vieux classique de plus en rappel que la nouvelle «The Holy Grail», bien qu’elle soit excellente, que j’aurais plutôt placée en début de parcours. Toutefois, c’est un peu se plaindre le ventre plein et cette prestation mériterait une note parfaite de 100% et je pèse mes mots.

En conclusion, ce fut une soirée d’anthologie auquel on eut droit en ce samedi pluvieux de septembre et je suis prêt à mettre ma main au feu que ce passage de Blind Guardian restera gravé à jamais dans la mémoire des très nombreux spectateurs qui y ont assisté. Grave Digger aura aussi été une véritable gâterie pour les amateurs de vieux Metal germanique qui sont légion à Québec et ils n’auront pas fait mentir leur réputation avec une performance généreuse et flamboyante. Enfin, je désire remercier Karl-Emmanuel Picard de District 7 Production et Stéphanie Legros, attachée de presse du festival Saint-Roch Expérience, 3 E évènement expérience émotion, pour l’accréditation gracieusement accordée à votre humble serviteur de Ondes Chocs.

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas