Le tout dernier concert métal du Bar-Coop L’Agitée: Seth, HolloW, Délétère et Ordoxe, une présentation de Sepulchral Productions, le vendredi 3 juillet 2015.

 

03-07-15 - Québec - Seth

 

Il y a de ces institutions qui marquent de façon indélébile la scène musicale souterraine d’une ville et il y a de ces évènements qui n’arrivent qu’une seule fois dans une vie. Le Bar-Coop L’Agitée, fondé dans l’ancienne Taverne Dorchester en 2006 aura été le lieu de production et de reproduction par excellence des musiques et des arts dits alternatifs dans la vieille capitale pendant 9 ans et aura accueilli une pléthore d’artistes locaux et internationaux pendant sa trop courte vie. Cependant, le lundi 6 juillet 2015, le conseil d’administration de cette coopérative tenait son assemblée générale de dissolution. Or, l’Agitée ne pouvait pas tirer sa révérence sans briller une dernière fois, tel le phœnix mythique, de tous ses feux. C’est pourquoi lorsque le passage à Québec de la tournée des vétérans français du Black Metal de Seth, organisée par Sepulchral Productions, se retrouva sans salle suite à la fermeture de la Salle Unisson, l’adorable Julie Bernier proposa immédiatement d’accueillir cette visite rare comme chant du cygne de l’institution de la rue Dorchester. Pour faire les choses en grand, un BBQ sur la terrasse de l’endroit avec le DJ métal Sébastien Héon aurait lieu avant le concert et un déjeuner-dîner ultime des survivants se tiendrait l’après-midi suivant. La table était donc mise pour une fin incroyablement épique pour l’Agitée, après un spectacle à l’affiche prévoyant, outre ladite pionnière tête d’affiche, les vedettes montréalaises de HolloW, les brutes sanguinaires locales de Délétère et les barbares trifluviens de Ordoxe.

Après un réchauffement de foie sur la terrasse en compagnie, entre autres, des gars de Seth, de leurs amis français expatriés de la nouvelle formation Dépérir, des gars de Délétère et de l’accueillante Julie Bernier, votre scribe et sa succube métalloïde se dirigèrent à l’intérieur dès les premières notes de la prestation de Ordoxe. Le quintette de Black Metal mélodique infusé d’influences Thrash et Death de la Mauricie est récemment retourné à l’état de quatuor avec le départ inopiné de son batteur. Le chanteur, précédemment batteur, Steve de Cotret a donc repris les rênes des fûts et cymbales tout en poursuivant son rôle de chanteur, alors que le reste de la formation demeure inchangé: Jean-François Jalbert (guitares, choeurs), Samuel Landry (guitares) et JD Bergeron (basse). Bien loin de perdre ainsi de son impact, le groupe qui nous présentait cette année l’album «May Death be my Shepherd», nous livra une prestation enlevante et puissante. Steve De Cotret nous donna la pleine mesure de ses talents avec une prestation aussi impeccable sur la batterie qu’en matière vocale, relevant ainsi ce qu’on pourrait appeler un «défi Absu». Déjà un public bien garni et bien réchauffé marqua son approbation avec une fosse embryonnaire et des hochements de tête approbateurs. De plus, le son, œuvre de François C. Fortin, était d’une qualité irréprochable. La soirée commençait donc de très belle façon.

 

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Après quelques minutes de pause houblonnée sur la terrasse, c’était maintenant au tour des maniaques de Délétère de venir nous offrir leurs hymnes martiaux et moyenâgeux dans la pure tradition du Métal noir québécois. Originaire de Québec et composée en spectacle des très expérimentés Thorleif (voix), Atheos (basse), Anhidar (guitare, choeurs), G. (guitares) et Kaedes (batterie), la troupe a déjà fait une excellente impression sur les amateurs de noirceur musicale de Québec avec la parution de deux excellentes démos et de leur premier album complet «Les heures de la peste» (2015) (dont vous pouvez consulter ma critique ici) et ce ne fut donc pas une grande surprise pour moi de voir la salle se remplir et se compacter dès le début de leur prestation. Leur performance caractérisée par des mélodies de guitares saturées et superbement crasseuses surplombées d’ambiances créées par des bandes de claviers fut un formidable déchaînement d’énergie d’une violence inouïe, soutenue par la batterie précise et variée de Kaedes. Thorleif mena l’assaut avec le charisme d’un fauve déchaîné pendant que ses musiciens se déchaînaient avec une vigueur surnaturelle sur leurs instruments. Malgré la saleté voulue du son de Délétère, la sonorisation experte de François C. Fortin permit une très bonne définition de l’attaque sonore du quintette qui ne laissa personne indifférent. Le feu était donc bien pris dans l’Agitée!

 

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Un bref retour à la brosse proverbiale en cours sur la terrasse et c’était maintenant au tour de HolloW, quatuor de Montréal, de venir nous asséner son Death/Black mélodique et symphonique qui va chercher des influences jusque dans certains aspects de Power Metal. Petite précision d’entrée de jeu, comme je l’ai déjà signalé dans mes revues des deux concerts précédents du groupe à Québec, je ne suis pas nécessairement le meilleur public pour leur genre musical, car je préfère mon Black Metal et mon Death Metal moins polis et moins esthétiques, quoique je sois en mesure d’apprécier leur immense talent de musiciens, même de virtuoses. Il semble que je ne sois pas le seul à penser comme cela à Québec, ville caractérisée par une certaine orthodoxie Black Metal, puisqu’une grande partie des spectateurs présents pour les deux formations précédentes désertèrent malheureusement la salle pour aller festoyer sur la terrasse. Toutefois, la bande, auteure de l’album au succès critique évident «Mordrake» (2014) est d’un professionnalisme sans faille et livra une prestation à l’énergie palpable qui sembla faire le bonheur de ses amateurs présents avec une fosse petite mais infatigable. Leur performance fut aussi musicalement sans faille et les solos de guitare de CaDaver livrés de façon impressionnante. Le chanteur Mott démontra aussi son talent de «showman» et son charisme. Le groupe parvint donc à conserver le niveau d’intensité de la soirée malgré un préjugé défavorable d’une bonne part des métalleux présents et de votre critique, ce qui est tout à leur honneur. Cependant, je crois que le groupe aura pu être plus avantagé sur un alignement moins uniformément Black Metal de la vieille école et plus symphonique/mélodique.

 

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L’ambiance était maintenant survoltée et très alcoolisée sur la terrasse et pour cause, après une dernière pause c’était maintenant au tour des pionniers hexagonaux de Seth de venir nous servir une leçon de Black Metal. Ceux qui ont suivi l’évolution internationale du Black Metal depuis les années 1990 sont bien au courant de l’importance de la scène française et par le fait même du rôle de pionnier de ce genre en France joué par Seth à partir de 1995 (vous pouvez consulter l’entrevue-fleuve que j’ai menée avec Heimoth (guitares), leader de la formation ici). Non seulement la formation fut la première à livrer un album Black Metal entièrement francophone avec l’excellent «Les blessures de l’âme» (1998), mais celle-ci évolua sans cesse en intégrant des influences diverses à sa musique, ne livrant jamais la même recette dans sa discographie de cinq albums complets. Le groupe venait donc, pour sa toute première visite à Québec, nous présenter son dernier album «The Howling Spirit» (2013) qui présente un aspect plus dissonant et expérimental de la formation âgée de vingt ans. Aussitôt la première pièce de leur performance entamée, la salle se remplit soudainement à pleine capacité et la folie se déchaîna dans la fosse. Sur scène, autant les pièces de leur plus récent effort que les succès du passé, comme la magique «…À la mémoire de nos frères», du premier album, furent interprétées avec conviction, précision sans faille et puissance énergique. Les spectateurs étaient en état d’extase musicale, alors que Heimoth, Cyriex (guitares), Saint-Vincent (chant-session), Eguil Voisin (basse) et Julien Helwin (batterie-session) détruisaient tout à leurs postes respectifs. Le chanteur se lança même dans un plongeon de scène spectaculaire vers la fin de leur prestation. La foule acclama le groupe en scandant «On veut un autre Set(h)!», le groupe n’eut donc pas le choix de nous livrer un ultime rappel. Ce fut donc une prestation superbe et mémorable pour terminer l’aventure de l’Agitée.

Toutefois, la soirée n’était pas finie et les spectateurs et membres des groupes furent rapidement invités par le personnel de l’Agitée à continuer la fête qui se poursuivit jusqu’au matin et fut plus intense que tout ce que vous pouvez imaginer. Ce fut, en somme une finale épique pour une institution épique. Toutefois, j’avais tendance à croire que le phœnix renaîtrait de ses cendres! Et la nouvelle est tombée. la place rouvrira bientôt sous le nom de l’Anti. Restez à l’affût…

Pour conclure j’aimerais remercier chaleureusement Julie Bernier pour son travail exceptionnel et sa dévotion à faire de la dernière année de l’Agitée, une année tout simplement mémorable avec les Tavernes Métal et concerts explosifs. J’aimerais aussi remercier tout le personnel présent et passé de cette institution formidable qui aura été mon repère obligatoire de fin de semaine des dernières années, mon chalet en quelque sorte: Anna, Zak, Antoine Pellerin, Marylou, Alexandre et tous les autres. Merci aussi à Stéphane Demers de Ondes Chocs pour la photographie et voici le lien pour voir toutes ses photos de la soirée. Enfin, le dernier, mais non le moindre, j’aimerais remercier Martin Marcotte de Sepulchral Productions pour l’accès gratuit à cette soirée de débauche et l’opportunité offerte d’interviewer Heimoth de Seth!

Louis-Olivier «Winterthrone»

 

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