Du Jazz Fusion au Punk Hardcore en passant par le Reggae, Bad Brains: Portrait Amnesia Petite-Nation Rockfest 2013

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Fondée en 1975 sous le nom Mind Power et évoluant d’abord dans l’univers du Jazz Fusion, la formation originaire de Washington D.C. deviendra de plus en plus intéressée par le Heavy Metal, le Punk Hardcore et le Reggae et changera en conséquence de nom, de style musical et de chanteur en adoptant le nom Bad Brains en 1977. Premier groupe de Punk Hardcore entièrement formé d’Afro-Américains, à intégrer des influences Reggae et à adopter la philosophie Rastafari, les Bad Brains se forgeront rapidement une réputation enviable avec leurs chansons ultra-rapides, agrémentées de rythmiques inusitées, de solos de guitare plus métalliques et des voix variées de H.R.

Le groupe sévira une première fois sur LP en 1982 avec un album éponyme, puis fera état d’une évolution impressionnante vers une intégration de plus en plus poussée de ses diverses influences jusqu’aux albums I Against I (1986) et Quickness (1989). Cependant, après le départ de H. R. (vocal) et de son frère Earl Hudson (batterie) en 1990, la formation connaîtra plusieurs années d’instabilité au cours desquelles ils tenteront un son plus Funk Metal dans la veine Faith No More et signeront avec Epic Records pour le médiocre Rise (1993). En 1995, la formation originale se réunira pour le trop Reggae God of Love et poursuivra l’aventure malgré les frasques répétées de leur chanteur H. R., en retournant vers un son plus près de ses origines avec les  très bons albums Build A Nation (2007) et Into The Future (2012).

Après, plus de 30 ans d’expérience Bad Brains demeure un groupe incontournable de l’histoire du Punk Hardcore et mérite amplement que vous alliez les voir au Amnesia Rockfest. Ces vidéos vous le prouveront!

 

See ya in the pit

Louis-Olivier B. Gélinas

 

Voyage au cœur de la Bête : Le Black Metal Origines III

Je ne pourrais commencer ce texte autrement que par une certaine mise au point à l’attention des lecteurs. Effectivement, il est inhabituel pour moi d’écrire sur un spectacle, qui constitue une œuvre de performance, ou toute autre forme d’œuvre « artistique » lorsque j’y ai moi-même pris part. Mon habitude se situe plutôt dans la distance critique, d’écrire du point de vue du spectateur et non de «l’artiste » (terme à prendre avec un grain de sel) et de critiquer le plus objectivement possible mon expérience avec une œuvre.

Toutefois, lorsque le toujours très enthousiaste et spontané Dave Rouleau m’a demandé d’écrire un compte-rendu de derrière la scène du Black Métal Origines III (29 mars 2013) auquel je participais avec mon groupe Endless Horizon, je ne pus qu’accepter. La sortie de ma zone de confort me semblait vraiment intéressante et faire découvrir aux gens une partie souvent méconnue de la tenue d’un spectacle, c’est-à-dire tout ce qui vient avant, me semblait une très bonne idée. Soyez donc avertis, ce texte sera fortement subjectif et ne représentera que mon point de vue sur le Black Metal Origines III.

Tout d’abord, l’aventure du BMO III ne débute pas la soirée du 29 mars, ce n’en est que l’aboutissement. Le concept même de ce mini festival fait en sorte qu’il s’agit d’un travail de longue haleine pour les groupes qui y participent. Ceux-ci doivent en effet choisir un groupe célèbre de Black Metal, monter des reprises de ce groupe et des compositions originales dans un setlist et les jouer devant un public connaisseur lors de la tenue de l’évènement. Endless Horizon et moi avions le souhait d’y participer dès la première édition en 2010. Nous avions tâté le terrain à la deuxième, mais étions arrivés en retard, les participants étaient déjà choisis. Cependant, Charles Benoit et Max Craig de Metallum Prods avaient gardé notre nom en mémoire et lorsqu’ils décidèrent d’en faire une troisième édition, au milieu de l’été 2012, ils nous proposèrent d’en faire partie. Aussitôt, commença un long processus.

Premièrement, il fallait choisir un groupe auquel nous voulions nous attaquer. Inévitablement, le choix du groupe donna lieu à certains désaccords en raison des préférences de chacun des membres. Comme dans une famille, il nous fallut régler nos différends avec maints compromis qui aboutirent à Gorgoroth, groupe notoire du Black Metal norvégien. Ensuite, il fallut choisir les pièces de ce groupe que nous voulions monter. Aussitôt je fus confronté personnellement à une tâche très  lourde : Gorgoroth a toujours refusé de publier les paroles de leurs chansons et les pièces de leurs premiers opus, auxquels nous voulions nous attarder, sont souvent en Norvégien, une langue que je ne parle pas. Commença donc un immense travail de recherche de transcription des paroles faites par des amateurs du groupe, de recoupement des transcriptions pour s’assurer de leur authenticité et finalement d’apprentissage de la prononciation. Pendant ce temps, les autres membres d’Endless se concentraient à l’apprentissage de la musique avec tout autant d’assiduité et nous pratiquions ensemble deux fois par semaine. Ce processus s’étendit de la fin décembre, après nos spectacles de lancement d’album (1er décembre à Québec et 22 décembre à Montréal), jusqu’à la tenue du spectacle, vendredi dernier.

Beaucoup de travail donc, mais nous voulions être sûrs de mettre toutes les chances de notre bord pour donner une performance du tonnerre. Chaque année, depuis la première édition, ce spectacle attire la crème des connaisseurs de Black Metal de la Capitale et des environs et nous n’avions pas le droit à l’erreur, même si cette année l’évènement n’avait pas lieu au Complexe Méduse, mais à l’Agitée ce qui signifiait une ambiance plus intime. De plus, nous allions partager la scène avec des groupes à l’excellente réputation ; Ordoxe (Enthroned), Mortuas (Old Man’s Child) et Cryptic Howling (Dark Funeral), et ne souhaitions donc pas être en reste par rapport à eux.

Cela nous mène à la soirée du 29 mars, qui débuta pour moi à 8 h 30 le matin, car avant de jouer le frontman de BM je devais jouer mon rôle de cuisinier pour faire la popote de la journée en ce Vendredi saint. À 13 h 45, ma douce compagne m’attrapa en voiture pour une douche rapide à la maison, puis direction Studios Sonum pour aller embarquer notre cargaison imposante de matériel dans quatre voitures et arriver à 16 h à l’Agitée pour installer ledit matériel et les tests de sons. En arrivant dans cette désormais célèbre salle de spectacle, ce fut le moment de faire connaissance avec les membres des autres groupes invités et l’équipe de la soirée: François C. Fortin au son, Max Craig et Charles Benoit de Metallum Prods à l’organisation, notre gérant Marc Lavoie (merci pour la merch!) et l’équipe de l’Agitée. Après un briefing succinct de Max Craig et Charles Benoit commença immédiatement l’installation du backline, suivie des tests de son. Cela me permit de constater le professionnalisme et l’efficacité des artisans impliqués dans la tenue du BMO, qui réduisent ainsi considérablement l’attente interminable habituellement vécue par les membres de groupes avant un spectacle lorsque les tests de son et l’installation s’étirent en longueur.

Vers 18 h 30, tout était prêt pour la tenue du spectacle et les organisateurs nous offrirent immédiatement le souper qu’ils avaient prévu pour les groupes et l’équipe. Encore une fois démontrant leur professionnalisme et leur attention aux besoins des groupes. Vers 19 h 30, les portes ouvrirent et les spectateurs commencèrent à affluer dans la salle tranquillement. Ce fut alors l’occasion pour Endless Horizon et nos gentilles maquilleuses (ma précieuse Julie Bédard et la compagne de Gangrène (basse), la sémillante Karine Sylvain) de descendre au backstage pour la séance de maquillage avant le spectacle. En effet, le premier groupe de la soirée, Ordoxe, devait entrer en scène vers 20 h 15 et ne jouerait que 35 minutes environ, ce qui est assez juste pour costumer et maquiller les 6 spectres d’Endless Horizon! Pendant que la musique du premier groupe et leurs reprises d’Enthroned débutaient, nous eûmes ainsi l’occasion d’évacuer le trac en blaguant avec Emmanuel Audet, Sébastien Gagnon et Dominic Mongrain Thériault de Cryptic Howling, jusqu’à ce qu’enfin prêts nous montâmes assister à la fin de la solide performance d’Ordoxe en attendant notre tour de chant.

Lorsque notre tour arriva, l’installation de notre matériel fut facilitée par l’efficacité de Jean-François Jalbert et ses acolytes d’Ordoxe à vider la scène et par l’aide de Michael « Aisthem » Mercier, notre ancien claviériste qui aida notre petite nouvelle Countess Darya à s’installer avec rapidité (merci beaucoup Mike!). Puis cette dernière lança l’introduction, je me retournai pour un petit rituel de tapes poing à poing avec LordGore (guitares/vocal), Zéphyros (batterie), Nafarius (guitares), Gangrène et la Comtesse. À ce moment, le trac fit place à une sorte d’engourdissement chez moi où tout ce qu’on avait pratiqué pendant des mois devint naturel et je ne pensai qu’à mon interaction avec la foule en saluant du poing Nicolas Racine de Métal Obscur Blogzine qui arbore un t-shirt de Gorgoroth (wow!). J’entamai ma présentation de la première pièce de la soirée et je hurlai son nom : « Bergtrollets Hevn »! Aussitôt, le temps s’accéléra et la prestation ne sembla être qu’un éclair. Le son de scène était imposant (merci Franky!) Les têtes s’agitaient devant nous, la sensation était orgasmique. Je déployai mes assauts : crâne éclaté au sol, bible déchirée et souillée de bière, grimoire infernal qui prend feu et dégustation de sang. Lorsque nous terminions ce qui devait être la dernière pièce de notre set; « Profetens Apenbaring », les spectateurs en redemandèrent et Jonathan Gauthier, qui fêtait son 26e anniversaire ce soir-là, ne se gêna pas pour saisir le micro et demander un rappel… Quel bonheur! Ce n’était cependant pas prévu, mais nous avions gardé un atout dans notre manche en préparant une quatrième reprise de Gorgoroth pour une certaine vidéo d’Ondes Chocs. « Begravelsesnatt », la première pièce du premier album (Pentagram) des psychopathes de Bergen que nous jouâmes à un rythme fulgurant et les spectateurs furent conquis. Du moins, ils eurent l’air de s’amuser autant que nous en se rentrant dedans comme des possédés! Après quelques empoignades viriles avec les spectateurs de la première rangée nous redescendîmes de la scène avec le sentiment du devoir accompli et l’envie de faire la fête. Le reste de la soirée fut un superbe party au son de Mortuas et Cryptic Howling!

En somme, participer au BMO avec mon groupe fut une expérience inoubliable qui valu amplement tout le travail, le temps et les tergiversations de groupe qu’il implique. Ce spectacle unique nous a donné l’occasion de travailler avec une équipe professionnelle, intelligente et dévouée et de partager la scène avec des groupes et des individus au talent exceptionnel. De plus, ce spectacle nous a permis de nous amuser comme des malades en reprenant des classiques incontournables d’un groupe qui a marqué notre courant musical de prédilection. Je souhaite fortement qu’une quatrième édition de ce petit festival, que nous sommes très chanceux d’avoir à Québec, ait lieu l’an prochain. Merci à toute l’équipe du BMO III et à l’an prochain!

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Critique d’Album: Panzerfaust – « Jehovah-Jireh: The Divine Anti-logos »

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Panzerfaust

« Jehovah-Jireh: The Divine Anti-logos »

2013

Ce qui est merveilleux avec le courant Black Metal, c’est qu’il offre des possibilités pratiquement infinies d’exprimer la haine, la misanthropie, la violence, la détresse psychologique, la vénération de la mort et du mal ainsi que tous les autres côtés sombres de la bête humaine. Non seulement les thèmes lyriques ne manquent pas, mais le cadre de ce genre musical est assez ouvert pour permettre une pléthore d’avenues différentes. En effet, il est possible d’opter pour une approche minimaliste comme Darkthrone à ses débuts, une approche extrêmement élaborée frisant le baroque comme Emperor ou encore, d’y aller carrément pour une incarnation musicale du chaos comme Deathspell Omega. Bien sûr, cette liste de variantes est non exhaustive et non exclusive, cependant Panzerfaust a opté pour la dernière recette mentionnée sur son dernier opus occulte paru le 11 février dernier et intitulé : Jehovah-Jireh: The Divine Anti-logos.

« This world could not have been the work of an all-loving being, but that of a devil, who had brought creatures into existence, in order to delight in the sight of their sufferings».–Arthur Schopenhauer

Récidivant pour une troisième fois en format pleine longueur après The Winds Will Lead Us (2006) et The Dark Age of Militant Paganism (2008), la formation de Mississauga en Ontario nous surprend avec un assaut de Black Metal Orthodoxe rappelant étrangement le son élaboré par les français de Deathspell Omega tout en étant plus direct et à la fois plus facile d’approche que ces derniers. Dès l’introduction de ce nouvel opus où l’on entend une voix psychotique hurlant la venue de l’Antéchrist sur un fond sonore de guitares distordues et de roulements de batterie on constate deux faits : que beaucoup de progrès a été accompli par Panzerfaust depuis leur dernier album et que la parenté avec le courant susmentionné est maintenant pleinement assumée. Effectivement, si le deuxième album décevait par une production étouffée qui ne rendait pas justice aux motifs développés par le groupe, cette fois la qualité sonore est au rendez-vous tout en conservant le caractère malsain et violent nécessaire à l’appréciation de la noirceur métallique.

Puis, le groupe enchaîne avec « Ephphatha » et on se retrouve en plein chaos typique du Black Metal Orthodoxe avec une batterie puissante, une guitare basse bien présente et vibrante, des voix démoniaques du chanteur Goliath et du guitariste Kaizer et des motifs de guitare complètement déjantés, mais conservant toujours un certain aspect mélodique amenant un certain côté « accrocheur » à la musique de la formation. Exposant ensuite ses concepts philosophiques occultes, nihilistes et nietzschéens dans un enchaînement nous entraînant toujours plus loin dans leur atmosphère oppressante et effrayante soulignée par des chants grégoriens et des trames sonores mystérieuses, la formation réussit à livrer un album qui ne comprend aucune pièce de remplissage, aucune chanson faible. Panzerfaust réussit donc à égaler les maîtres du genre tout en étant légèrement plus facile d’accès que ceux-ci de par son côté subtilement plus mélodique et structuré qui permettra sans doute aux néophytes ouverts d’esprit de se laisser embarquer dans leur descente aux enfers.

« The Devil has the broadest perspectives for God; therefore, he keeps so far away from God — the Devil being the most ancient friend of wisdom». —Friedrich Nietzsche

S’il faut à tout prix trouver des faiblesses à cet excellent album, elles auront plus à voir avec les goûts personnels de chacun qu’avec d’objectives lacunes que l’on pourrait déceler à l’écoute. En effet, le courant pratiqué par Panzerfaust ne sera pas nécessairement à la portée de toutes les oreilles de par son caractère obscur, occulte et chaotique. Ceux qui trouvent leur plaisir seulement dans la mélodie et les soli de virtuoses ne trouveront pas leur compte avec cet album, mais les fondamentalistes du Black Metal (comme ils plaisent à se nommer eux-mêmes) que sont Panzerfaust ne s’en préoccuperont guère. Soyez donc avertis qu’il vous faudra quelques écoutes pour apprécier cet album si vous n’êtes pas familier avec le genre. En outre, bien que l’album soit étonnamment constant, il sera difficile de distinguer une pièce qui ressort du lot. L’album fonctionne en effet comme tout qu’il faudra plutôt apprécier dans son entièreté que pièce par pièce, autant dans ses aspects lyriques (soulignons ici les excellentes paroles poétiques et philosophiques écrites par le guitariste Kaizer) que musicaux. À vous de décider si vous aimez les albums-concepts ou les simples qui s’enchaînent.

En conclusion, tous les fanatiques du courant BM Orthodoxe incarné par des groupes comme Deathspell Omega, Leviathan et Pseudogod devraient immédiatement porter une oreille au dernier méfait de Panzerfaust. Vous y trouverez une interprétation particulièrement réussie du genre et des atmosphères à vous faire dresser les poils sur la nuque. Les néophytes qui cherchent un point d’entrée dans ce genre devraient aussi y trouver leur compte en raison d’un caractère plus structuré et mélodique que la moyenne, à condition qu’ils aient l’ouverture d’esprit pour se plonger dans le chaos des tourments éternels. De toute façon, comme ils le disent si bien au bas de la pochette de cet album : FUCK YOUR KVLT.