Voyage Au Pays des Breakdowns

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The Outborn

 

Je n’ai jamais cru à l’objectivité pure. Pour moi, il est impossible d’atteindre cet idéal philosophique pour la simple et bonne raison qu’il restera toujours des parcelles de goûts, préjugés et autres idées purement subjectives qui orienteront le jugement d’un être humain par rapport à n’importe quel sujet, mais surtout par rapport à l’art. Effectivement, l’art est un domaine où l’irrationnel, le subjectif, prédomine. L’art est une création faite à partir d’émotions vécues par l’artiste pour les transmettre à un public, qui retransmet une énergie émotive à l’artiste en retour. Donc, la seule façon pour une personne qui prétend à « critiquer » une œuvre d’art quelconque de se rapprocher de l’objectivité est d’admettre ses biais d’entrée de jeu : Je ne suis pas un grand fanatique de Metalcore, Deathcore et toutes leurs déclinaisons. Cependant, j’ai toujours été un mélomane ouvert d’esprit qui ne s’impose pas de limites stylistiques et qui se méfie des clichés et des préjugés. Il y a donc quelques groupes de ces courants que j’ai su apprécier au cours des années : Despised Icon, The Faceless, The Agonist et Unfallen en sont des exemples. De plus, étant moi-même issu d’une mouvance plutôt Punk Hardcore (des années 1980-1990) et du Metal extrême en général, je comprends quand même très bien les racines de l’hybridation stylistique qui a mené à l’apparition de ces genres. Ceci étant dit, il y avait longtemps que je n’avais pas fait une incursion dans un spectacle de cet univers peuplé de breakdowns, d’oreilles distendues et de katas pratiqués dans la fosse (allo les clichés!). En fait, ma dernière véritable expérience dans un spectacle entièrement « Core » était celle du spectacle d’adieu de Despised Icon à l’Impérial en 2010. Donc, lorsque le mouvement perpétuel nommé Dave Rouleau me demanda de couvrir ce spectacle dédié à quatre formations québécoises montantes qui officient dans cet univers, je sautai sur l’occasion. Cela allait me donner l’opportunité de sortir de ma zone de confort habituelle et de jeter un œil à l’évolution de cette scène que je savais déjà fort prolifique en ces contrées.

C’est donc à peine remis du « Council of Hell » de la veille que je me dirigeai, accompagné de ma délicieuse compagne vers mon logis d’adoption, l’Agitée, en cette belle soirée de la fin d’avril. Arrivés vers 20 h dans le temple de la musique underground à Québec je bénéficiai avec remerciements de l’accès de la part de Charles Miller, qui organisait ce spectacle en collaboration avec Exofest. Aussitôt, j’aperçus dans la salle un certain Alex Deleon-Cativo armé de sa fidèle caméra et j’en profitai pour piquer une conversation avec lui. Celui-ci était excité quant à la soirée à venir et m’assura qu’on aurait droit à ce qu’il se fait de mieux en matière de Deathcore au Québec en cette soirée. Nous discutâmes aussi du fait que The Aftermath évoluerait à cours d’un guitariste en raison de l’absence de Raphaël Malenfant, qui devait répondre à des obligations professionnelles de soundman (chose que j’avais apprise la veille, puisque Raphaël était le soundman du Council of Hell). Comme la veille, la foule tardait quelque peu à se constituer à l’intérieur de l’Agitée, probablement en raison du beau temps qui régnait à l’extérieur. Les promoteurs décidèrent donc de reporter l’entrée en scène de The Outborn à 21 h. Cela me permit de constater que le public était différent de celui qu’on retrouve lors des spectacles de mes styles de prédilection (Black, Death, Thrash). Généralement plus jeunes, sapés de manière beaucoup plus décontractée, les spectateurs affluaient toutefois de façon régulière dans la salle. Cela entraîna une réflexion sur la segmentation de plus en plus évidente de la scène métal, propos que je partageai avec Maxime Gélinas, guitariste des groupes Unfallen et Black Khox accoudé près de nous au bar.

Vers 21 h, The Outborn (Québec) s’installa sur la scène de l’Agitée devant une centaine de spectateurs et aussitôt le chanteur Max « Viktorr » Martel réclama un pichet d’eau et de la bière au bar pour commencer sa prestation. Cela laissait présager une performance brutale, mais l’effet souhaité par cette manifestation d’attitude fut quelque peu amoindri par le fait que le barman était occupé avec plusieurs clients, ce qui causa un drôle de temps mort où le reste du groupe improvisa des remerciements aux organisateurs et au public qui leur a permis, grâce à leurs votes à un concours, de faire la première partie de The Faceless, à l’Agitée, le 6 juin prochain. Une fois les demandes du vocaliste remplies, la formation composée de : Rick « Bidou » Lepage (guitare rythmique), Gabriel « Gilbert » Joly (guitare soli), Chris « Mika » Peretti (basse) et John « Ninjon » Bourgeois (batterie), entama sa violente performance. Le groupe pratique un Deathcore progressif qui se rapproche des styles développés par Between the Buried and Me, Job For A Cowboy et The Black Dahlia Murder. Leur musique se caractérise par une dominante de motifs Death Metal, des passages progressifs mélodiques très intéressants et une dose modérée et bien utilisée de breakdowns caractéristiques. Par-dessus tout cela, le frontman Viktorr rajoute, en alternance, ses impressionnantes voix gutturales, aiguës et hurlements hardcores. Nous avons donc eu droit à une très solide prestation du groupe qui démontre une grande maîtrise de son matériel d’une complexité technique élevée et une très bonne énergie sur scène. De plus, le groupe a même interprété une chanson à trois vocalistes avec la présence de William Lapointe (The Aftermath) et Francis Naud-Mostert (Unfallen) qui se joignirent avec leurs micros à l’imposant chanteur de The Outborn pour déclencher les hostilités dans la foule. Je fus donc agréablement surpris par le premier groupe qui nous livra une prestation très professionnelle et débordant d’énergie. Allez écouter les trois chansons disponibles sur leur page facebook.

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La prochaine formation à s’amener sur scène était The Aftermath, comme je l’ai mentionné plus haut ceux-ci devaient livrer leur prestation à cours d’un homme avec l’absence du guitariste Raphaël. Toutefois, comme celui-ci m’en avait parlé la veille, cela leur permettrait de jouer des nouvelles pièces encore plus brutales qu’il n’a pas encore eu le temps de travailler. The Aftermath officie dans un style plus près de mes intérêts habituels; une mixture de Brutal/Death Metal et de Grindcore, qui mise sur une forte dose d’agressivité, des rythmiques brutales et des motifs de guitare hautement complexes. En cette soirée le groupe était composé de : William Lapointe (vocal), Stéphane Simard (guitares, aussi dans Deviant Process), Phillip Cimon (basse) et Alexandre Savard (batterie). Encore une fois, je fus impressionné par une performance scénique aussi brutale et violente que la musique du groupe. William, au chant nous fit une démonstration d’agressivité à peine retenue en n’hésitant à brutaliser la foule et même à démolir une cymbale et son pied directement dans la fosse tout en continuant de nous attaquer de sa voix gutturale. Stéphane Simard, encouragé par les invectives de son collègue JD Villeneuve de Deviant Process, livra une solide performance à la guitare en nous faisant même totalement oublier l’absence de son comparse Raphaël. The Aftermath nous présenta certainement une des prestations les plus relevées de la soirée et je vous encourage à surveiller l’ascension de cette formation de Québec. Quelques pièces d’une sortie intitulée, Meurs, sont disponibles sur leur page facebook. Suivez ce lien parce que plusieurs autres groupes partagent leur nom.

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Sur papier, ç’aurait été maintenant au tour d’Epiphany from the Abyss de faire son entrée sur scène. Cependant, pour éviter un phénomène dont je vous ai parlé dans ma précédente critique, c’est-à-dire la tendance (que je déteste) qu’ont les gens de quitter la salle après les groupes locaux, les organisateurs de la soirée ont eu la bonne idée de faire jouer Obsek avant eux. Toutefois, cela n’empêcha pas de nombreux spectateur de déserter la salle pour aller flâner dehors alors que la troupe de Rouyn-Noranda, qui a fait plus de neuf heures de route pour se rendre à Québec, commençait sa prestation, ce que je trouve hautement irrespectueux. J’en profitai donc pour saluer, de la part de Dave qui les avait rencontrés à Rouyn à la mi-avril, Nicholas Gagné et Simon Turcotte, les deux sympathiques chanteurs de la formation, peu avant qu’ils n’entament leur show. Obsek joue un deathcore qui laisse beaucoup de place aux mélodies de guitares tout en comprenant des beakdowns caractéristiques du genre. Les deux vocalistes échangent des voix plus Death (principalement Nicholas) et plus Hardcore (Simon). Outre ce duo vocal, la formation est composée de : Benoit Breton (batterie, aussi dans Cryptic Howling), Seb Thériault (guitares), Miguel Hunter (guitares) et Guillaume Audet (basse). La troisième formation livra une prestation tout aussi relevée que les deux premières en démontrant tout autant de professionnalisme et d’expérience scénique. On peut d’ailleurs constater en consultant leur page Facebook que les gars ont partagé la scène à maintes reprises avec des formations importantes et que le groupe existe depuis 2004. Ainsi, malgré son attitude réticente du début, la foule se retrouva de plus en plus compacte au fur et à mesure que la prestation avançait et quelques malades, dont le batteur de The Outborn, nous démontrèrent leurs aptitudes au karaté dans la fosse, ce qui plut certainement aux membres d’Obsek. Leur premier album Traumatic Experiment  (2010) est disponible en téléchargement sur Bandcamp et je vous conseille fortement son achat, si vous aimez le genre.

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Après ces trois excellentes entrées en matière, ce fut maintenant au tour d’Epiphany from the Abyss d’entamer son tour de chant. Le groupe officiant dans le domaine du Technical Deathcore fortement inspiré de Despised Icon comprend : Anthony Caron (vocal), Mathieu « L’Inde » Dhani (vocal), Tristan Tremblay (8 cordes), Jamie Roy (guitare), David « Dov » Rousseau (basse, aussi dans Unfallen) et Alexandre « Xander » Delisle-Drouin à la batterie. Visiblement attendue du public qui se pressa devant la scène, la jeune formation née en 2010 vint nous présenter un spectacle tout aussi rodé et énergique que les autres groupes de la soirée. Toutefois, sa musique fortement axée sur les breakdowns à répétition et presque dénuée de véritables motifs de guitares mélodiques me rejoignit beaucoup moins. Cela étant spécifié, je me dois de souligner la performance de Tristan avec sa guitare à huit cordes qui est un véritable virtuose, qui écrit les pièces du groupe, qui présente des soli très bien composés et qui amenait de très bons motifs, malheureusement souvent gâchés par l’abus de cassures rythmiques précédemment évoqué. Cet abus m’a empêché d’apprécier à son plein potentiel la qualité technique et mélodique des compositions du groupe. Le travail des deux vocalistes est aussi à souligner, chacun exécutant des voix complémentaires (Mathieu dans un registre plus aigu et Anthony dans un registre plus guttural) efficaces et bien placées. Malgré mes réserves, la prestation fut très appréciée du public, dont les trois jolies groupies en chef du groupe à l’avant. Vers 1 h du matin, la soirée était donc terminée.

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Pour conclure, je fus donc très satisfait, en prenant le pouls d’une scène que j’avais délaissé depuis trop longtemps, de constater que ladite scène semble regorger de groupe au talent et au professionnalisme incontestables. Malgré certaines réserves qui tiennent plus à mes préférences de métaleux qu’à de grosses lacunes objectives, j’ai été impressionné du foisonnement et de la cohésion entre les membres de ces groupes qui forment une clique qui se soutient. Cependant, cela m’a aussi permis de constater une segmentation que je trouve parfois un brin trop hermétique entre les différents courants de Metal. En effet, j’ai vu de nombreux visages lors de ce spectacle que je ne vois pas dans les spectacles d’autres genres et inversement. Je trouve très dommage que les amateurs d’un style de Metal ne soient pas plus ouverts aux autres courants de ce genre merveilleux. Une plus grande ouverture et une plus grande unité des métaleux seraient sûrement bénéfiques pour tout le monde. En terminant je remercie Charles Miller et Exofest pour l’accès et Alex Deleon Cativo pour les photographies!

Louis-olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Soirée d’Expérience, Soirée d’Émergence

Putamen Insula, Sights of War, Svalbard (lancement d’album), Hell Crucificator et Outre-Tombe le vendredi 26 avril 2013 à l’Agitée

C’est bien connu, la ville de Québec regorge d’excellentes formations dans l’impitoyable genre musical qu’est le Black Metal. Cependant, lorsqu’on pense au True Black Metal, la forme la plus malsaine et agressive du genre, Svalbard est un nom qui devrait immédiatement apparaître dans votre esprit. En effet, le quatuor ayant vu le jour sous sa première incarnation en 2002, a réussi à mener sa barque jusqu’à ce jour, malgré le tumulte et les changements de membres, en produisant une musique fidèle à l’esprit haineux et je-m’en-foutiste requis par le courant en question. Après 11 ans d’existence et de nombreuses sorties auto produites sur le petit label des frères Yan « Zulnoch »Dugas (batterie) et Max « Myth Croth » Dugas (guitare/backvocal) (HSP productions) Svalbard lançait enfin son premier album pleine longueur intitulé, The Fall, à l’Agitée vendredi passé. Pour l’occasion, les frangins avaient concocté un programme varié de groupes émergents. Nous aurions donc droit à du bon vieux Death/Thrash avec Outre-Tombe (Qc), du Death Metal Old-School avec Hell Crucificator (Saguenay), du Crossover Thrash Metal avec Sights of War (Sherbrooke) et au « Disgusted metal » (en fait un amalgame de Crust Punk et de Black Metal d’esthétique plutôt dépressive) de Putamen Insula (MTL). La soirée s’annonçait donc bien malsaine et foutrement intéressante.

C’est donc avec hâte que nous nous dirigeâmes, ma jolie compagne et moi, vers l’habituelle Agitée. C’est qu’en plus de tout ce qui a été énoncé précédemment, ayant étudié en Science politique en même temps que Zulnoch, j’ai personnellement eu la chance d’assister aux premiers balbutiements de Svalbard lorsqu’ils se formèrent sous le nom Hollow avec Jeff « Cyroth » Metal au vocal et qu’ils donnèrent leurs tout premiers concerts. De surcroît, j’ai eu la chance de partager la scène avec la formation actuelle il n’y a pas très longtemps, le 1er décembre 2012, lorsque mon groupe (Endless Horizon) lança son album à l’Agitée. J’avais donc bien hâte de revoir les sympathiques frères Dugas et leurs collègues Maxime «Goat » Gauthier-Dionne (ex-Herskip) et Void (basse) et d’en profiter pour leur poser quelques questions sur le passé et le futur de la formation. Nous fîmes donc notre entrée à l’Agitée vers les 19h tapantes où nous fûmes accueillis à bras ouvert par Max Dugas, qui semblait très heureux de nous revoir et qui nous encouragea à prendre nos aises et à aller rencontrer les autres groupes de la soirée au sous-sol, ce que nous nous empressâmes de faire. Nous eûmes donc le plaisir de faire connaissance avec les gars de Sights of War, un groupe qui a commencé comme un duo et qui a évolué vers un quintette de Crossover particulièrement efficace. Je saluai aussi Sovannak, Vincent VDM et Jo de Putamen Insula qui sortira un second album intitulé, Souriez, lors d’un spectacle le 3 mai à Montréal. Ce spectacle sera aussi leur dernier en tant que trio, car le bassiste quittera la formation pour se concentrer sur d’autres projets. Ceux-ci continueront en tant que duo d’après les informations que j’ai pu glaner. J’y rencontrai finalement Ulysse « Cobra » Nadeau, guitariste d’Outre-Tombe qui me parla brièvement de l’évolution de ce groupe du Thrash/Speed Metal vers le Death/Thrash de la vieille école. J’eus ensuite la chance de m’entretenir brièvement avec le chanteur et le guitariste de Svalbard sur l’histoire de son entrée dans la formation. Officiant d’abord dans le défunt groupe local de Black Metal Herskip, celui-ci joignit Svalbard peu après leur dissolution intervenue suite à un spectacle au Saguenay qui se termina par l’internement de leur guitariste à Robert-Giffard, vers 2010. Svalbard évoluait à ce moment sous la forme d’un trio, ayant subi la perte de leur chanteur original qui partît en 2006 en voyage en Océanie et en Asie et la perte de leur guitariste Ulroth qui s’était établi à Sept-Îles. Ils furent donc heureux d’accueillir Goat au sein de leur groupe. Nous échangeâmes aussi sur leurs projets futurs, eux qui souhaitent sortir de Québec pour jouer au Saguenay et à Montréal dans un avenir rapproché. À ce moment, je pus constater que plusieurs membres de la scène métal de Québec répondaient à l’appel : Pat Monarque, Fiel (GrimoireForteresse, Csejthe), Yvan Létourneau (Phosphorus), Stan Stefanovski (Phosphorus) ainsi que Haze et Goliatt de Morgue entre autres, mais que la foule restait plutôt maigre, ce qui poussa les organisateurs à retarder l’entrée en scène d’Outre-Tombe de 20 h 30 à 21 h 30. Nous continuâmes donc de faire le plein de houblon jusqu’à ladite entrée en scène.

C’est donc devant un public assez intime de connaisseurs, d’amis et de membres de la scène qu’Outre-Tombe s’installa pour nous livrer leur prestation. Le trio composé Fred « Crachat » Tremblay à la basse (qui officie aussi à la guitare et au vocal dans le groupe Death Kaotik), de Nicholas « Vitesse » Gagné à la batterie (qui est aussi batteur dans Phosphorus) et d’Ulysse « Cobra » Nadeau (ex-Saccage) à la guitare pratiquent une mixture de Death Metal fortement teintée de Thrash Metal qu’on croirait tout droit sortie de l’époque glorieuse de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Autopsy, Death (les premiers opus), Deicide, Entombed, Sepultura et même le Darkthrone de l’album Soulside Journey (1990) sont des noms qui viennent à l’esprit lorsqu’on écoute leur musique. C’est violent, c’est très gras et c’est rapide comme un train sans pilote. Côté scénique, bien qu’il était évident de par la justesse de leur interprétation et de leur son que les gars n’en étaient pas à leurs premières armes, leur représentation souffrit d’une tendance un peu statique. En effet, les membres du groupe, qui ne semblent pas avoir eu la chance de se produire souvent ensemble dans la dernière année, me paraissaient un peu nerveux et figés, à l’exception du batteur plus démonstratif. Quoi qu’il en soit, nous eûmes droit à une solide sélection de chansons du groupe et les réactions de la salle démontraient une bonne appréciation de leur musique, qui nous plongeait dans une époque révolue, mais ô combien électrisante. Outre-Tombe sera donc un groupe de Québec à surveiller à l’avenir et je crois qu’ils ont un énorme potentiel de réussite.

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Le second groupe à faire son entrée sur scène fut Hell Crucificator, un groupe de Death Metal du Saguenay. Ayant déjà joué avec eux le 1er décembre à Québec quelle ne fut pas ma surprise de constater que groupe a subi entre-temps la perte de son chanteur, rôle maintenant exécuté par le bassiste. La formation actuelle comprend donc : Karl Tremblay à la basse et au chant, les solistes Guillaume Simard et Tommy Gilbert aux guitares et Michel Gagné-Bouchard à la batterie (qui est aussi batteur pour Deathroner). Ceux-ci jouent un Death Metal très vintage où on reconnaît des fortes influences de Cannibal Corpse, Morbid Angel (particulièrement, dans les échanges de soli des guitaristes) et Slayer. Leur exécution en ce vendredi soir était très énergique, mouvementée et précise lorsqu’ils nous livrèrent une sélection des pièces de leur album Evil Never Dies (2012). Le bassiste n’a eu aucune difficulté à bien rendre les parties de chant sur scène, mais semblait avoir un peu plus de difficulté dans son interaction avec la foule. En effet, celui-ci semblait parfois ne pas trop savoir quoi dire et s’emmêler dans ses mots. Toutefois, c’est bien la seule faiblesse que j’ai pu relever dans leurs set de compositions originales et je crois que cela s’arrangera avec l’expérience. Les gars d’Hell Crucificator nous réservaient aussi une petite surprise pour la fin de leur prestation. En effet, ceux-ci avaient préparé des reprises avec un chanteur invité. Cependant, le choix de ces reprises était plutôt inusité pour un groupe de Death Metal. Nous eûmes en effet droit à des interprétations très près des originales de « Phantom of The Opera » d’Iron Maiden, « Iron Man » de Black Sabbath et « Ace of Spades » de Motörhead. Quoiqu’en général très bien rendu, le groupe sembla connaître quelques petites ratées au cours de cette finale et le choix des pièces sembla perdre quelques spectateurs qui sortirent prendre l’air. Pour ma part je trouvai cette surprise plutôt sympathique.

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Après ces deux entrées en matière de bonne qualité, c’était maintenant aux vétérans de Svalbard de lancer leur album avec une prestation endiablée. Dépourvus de leurs corpsepaints habituels en raison d’un problème d’absence de blanc, les quatre morts-vivants entamèrent leur quart de travail avec la violente et excellente « Viking Raiders » issue de leur tout nouvel opus. Aussitôt, nous pûmes remarquer les points saillants de leur musique : un True Black Metal sans compromis marqué par des motifs cycliques typiques de guitare, des blastbeats sans merci, certaines influences grindcore qui rappellent parfois le vieux Impaled Nazarene (probablement issue de l’époque où les frères Dugas évoluaient dans Matière Fécale) et la dégaine inhabituellement (pour le genre) décontractée de Goat, le chanteur au gigantesque crucifix inversé de bois. Celui-ci fait fi, excepté pour sa ceinture de balles et son immense pendentif, de toutes les conventions stylistiques du Black Metal en se présentant sur scène en jeans baggy et en souliers de skate, ce que je trouve particulièrement rafraîchissant. Son vocal composé de grognements et de hurlements bien malsains convient particulièrement bien à la musique de Svalbard. Poursuivant avec plusieurs pièces de leur nouvel effort, dont la mémorable « For The North », l’éponyme « The Fall » et d’autres pièces tirées de leurs démos et EP précédents, Svalbard parvint sans problème à déchaîner les ardeurs de la cinquantaine de spectateurs présents qui s’en donnèrent à cœur joie dans la fosse. Le bassiste « Void », qui dû jouer sans distorsion en raison d’un problème de pédale, semblait quant à lui être un peu plus stressé et statique qu’à l’habitude, alors que les deux frères Dugas avaient un plaisir évident à nous casser la figure avec leur jeu organique. Ce fut donc un spectacle de lancement bien réussi pour Svalbard, dont le chanteur lança littéralement un cd dans la foule d’ailleurs, qui confirme leur statut de vétérans de la scène Black à Québec. Ma seule réserve est que j’aurais aimé un peu plus de mouvement et de regards agressifs de la part du chanteur et du bassiste durant leur prestation.

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Malheureusement, et c’est quelque chose que je déteste, la salle se vida de beaucoup juste avant l’entrée en scène des Sherbrookois de Sights of War. En effet, c’est une tendance que j’observe souvent à Québec : les gens quittent souvent après le passage des groupes locaux, ce que je trouve vraiment irrespectueux. Ces groupes de l’extérieur se tapent la route et l’organisation pour venir vous livrer leur musique et vous foutez le camp avant leur entrée en scène. Il est vrai que ce spectacle a commencé plutôt tardivement et qu’il y avait cinq groupes au programme, mais on était vendredi soir : donnez-leur une chance s’il vous plaît! Toutefois, Rodolphe « Invocator » Ménard (guitare soliste), JF « Occultor » Ouimet (chant), Marc-Étienne Morin (basse), Martin Bolduc (batterie) et Mathieu Gosselin (guitare) s’installèrent rapidement pour nous présenter leur musique. Ceux-ci pratiquent un mélange habile de Punk, de Thrash, de Black de Speed Metal qui nous rappelle des groupes tels que : Darkthrone, Toxic Holocaust, Inepsy, Discharge, Celtic Frost, Sodom…etc. Leur prestation fut particulièrement efficace et bien rodée. On avait devant nous des musiciens expérimentés qui savent comment donner un bon spectacle. Enlevante, la prestation fut de (trop) courte durée, comme le signala l’insistance des quelques irréductibles de la salle, qui aurait bien souhaité un rappel. Je vous recommande donc d’aller vous renseigner sur cette formation, ils ont deux sorties à leur actif : Anthology of Destruction (Demo 2012) et For I am…(EP 2012), tous deux sur HSP.

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C’est donc devant une foule grandement décimée que Putamen Insula entra en scène vers 1 h du matin. Le trio montréalais existe depuis 2008 et joue un mélange de Punk et de Black Metal qui me rappelle beaucoup la musique de Peste Noire. Dotés d’une énergie et d’une présence scénique hautaine et malsaine très adaptées à leur musique, ceux-ci nous présentèrent un très bon set d’environ 45 minutes. Sovannak, le chanteur et guitariste de la formation nous livra des motifs très violents et entraînants couplés de ses hurlements aigus et disjonctés, tout en ne ratant aucune occasion de se frapper la tête avec une bouteille de bière pour en faire jaillir le sang. Le batteur livra les traditionnels blastbeats réclamés par le Black Metal, entrecoupés de parties plus organiques dans les motifs plus punks. La basse, bien présente et distordue, venait ajouter profondeur et couleur à l’ensemble. Une autre performance de qualité en ce vendredi soir et je dois avouer que j’ai été bien impressionné par la musique de ces Montréalais, qui passe sans problème le test du live. Si vous êtes fanatiques du genre je vous conseille d’aller écouter leurs albums : Putamen Insula (2011) et le futur, Souriez, à paraître le 3 mai 2013. Pour notre part, le spectacle se termina donc peu avant 2 h et nous restâmes encore sur place pour prendre quelques verres en la bonne compagnie des gars de Svalbard!

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En conclusion, HSP productions nous avait préparé un excellent spectacle en cette soirée de lancement de l’album The Fall des expérimentés musiciens de Svalbard. Malgré quelques anicroches reliées au stress et au manque d’expérience de certains des groupes présents, la qualité des groupes présentés varia entre très prometteuse et très élevée. La seule véritable ombre au tableau vient de la participation inégale de la foule, qui aurait dû être beaucoup plus nombreuse et constante à mon avis. Il est vrai que le spectacle a commencé de façon tardive et que l’affiche ne comprenait pas de grosses vedettes, mais la qualité des groupes québécois présents aurait dû attirer beaucoup plus de gens et les faire rester jusqu’à la fin, un vendredi soir qui plus est! Pour terminer, je remercie chaleureusement les frères Dugas pour l’accès au spectacle. Longue vie à HSP productions!

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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J’Adore Les Lundis Métalliques

Vous connaissez sans doute le célèbre chat des bandes dessinées Garfield? Il est de notoriété publique que le félin tigré professe à qui veut l’entendre qu’il déteste les lundis. Cependant, deux faits sont à noter : Garfield n’est pas un métaleux et il ne semble pas connaître Karl-Emmanuel Picard de District 7 productions. Laissez-moi vous affirmer que s’il remplissait ces deux conditions, le chat orangé réviserait sans hésiter son amertume envers les lundis. En effet, faisant fi du jour de la semaine et de tout ce que cela implique, les guerriers de la Colombie-Britannique de 3 Inches of Blood et les satanistes des bayous louisianais de Goatwhore s’amenaient à Québec pour une tuerie en règle en ce lundi de la fin avril. De surcroît, ils seraient accompagnés par deux formations très prometteuses de Québec : les jeunes brutes de Soiled By Blood et les musiciens expérimentés de Meet The Mailman. Ce fut donc avec joie, malgré la fatigue de la journée précédente où votre humble serviteur avait travaillé comme un fou avant d’aller voir Opeth et Katatonia, que ma tendre moitié et moi prîmes le rituel chemin de l’Agitée, pour assister à un massacre annoncé.

Arrivé à ma seconde maison (par les temps qui courent, je suis pratiquement tout le temps là) peu avant 19 h 30, je bénéficiai avec révérence de l’accès à la salle, gracieuseté de Karl-Emmanuel (un gros merci!). Je me dirigeai ensuite vers la table de marchandise de Soiled By Blood pour y saluer Marc Lavoie, Dania Forget et les membres de la formation Death Metal : Alex-Antoine Chamberland (voix), Michael Chamberland (guitare), Charles Côté (basse) et Antoine Pellerin (batterie). Bien entendu, ma conversation avec Dania et Marc dériva sur notre appréciation du spectacle d’Opeth/Katatonia la veille; le mois d’avril 2013, restera certainement dans les annales du métal à Québec quant à la quantité et la variété de spectacles métal offert! Quelques minutes après leur avoir souhaité à tous un bon spectacle et avoir commencé à siroter une boisson rafraîchissante au houblon, Meet The Mailman s’installa sur la scène devant une assistance encore réduite à cette heure précoce.

Dès les premières notes de leur prestation, une chose me frappa à propos de ce groupe que je ne connaissais que de nom, même si les membres ont toutes les apparences de ne pas être nés de la dernière pluie : leur originalité. En effet, Meet The Mailman livre un hybride sonore dont la dominante est certainement le Thrash Metal à la Slayer et Testament, mais qui est aussi composé de passages Powermetal et de claviers ambiants tout droit sortis d’un univers plus progressif, ce que m’expliquera Miguel Arsenault (voix) lors d’une conversation après leur performance. Outre leur chanteur à la voix typiquement Thrash entrecoupée de cris aigus à la King Diamond, le groupe est composé de : Martin Robitaille (Guitariste soliste/ voix), Dominique Brillant (guitare rythmique), Mathieu Théberge (basse), Jean-François Durand (claviers) et Vincent Pruneau (batterie). Après une présentation énergique des pièces « Living Dead » (où le chanteur devra changer de micro en raison de problèmes techniques) et « Blood Bath », certains spectateurs audacieux, dont votre serviteur, décidèrent de répondre aux efforts énergiques du frontman et de ses acolytes en déclenchant les hostilités dans la fosse. Le reste de la prestation fut aussi intéressant que son début malgré la réponse plutôt timide de la foule en ce lundi soir et lorsque les dernières notes de la pièce « Mailman » se terminèrent, ma seule réserve était que le claviériste était installé à l’extérieur de la scène en dessous des caisses de son, ce que je trouvais désavantageux pour lui, alors que l’espace ne semblait pas manquer sur la scène. Meet The Mailman m’a donc agréablement surpris en ce début de soirée.

À la suite de cette première prestation réussie, la chaleur typique de l’Agitée commença à se manifester et je décidai de sortir dehors pour décompresser un peu pendant que les psychopathes de Soiled By Blood s’installaient. De retour à l’intérieur quelques minutes avant le début de leur brutale démonstration de Death Metal je constatai avec plaisir que le frontman torse nu se préparait à entamer sa prestation non pas sur la scène, mais directement dans la fosse. Les ayant déjà vus en spectacle en compagnie de Kälter l’année passée, cela laissait présager un passage à tabac digne des maîtres du genre. Aussitôt les premières notes jouées, la fosse se déchaîna et la foule, déjà mieux garnie, s’anima. C’est que Soiled by Blood pratique un Brutal Death Metal particulièrement efficace et précis avec des rythmiques au groove entraînant, idéales pour déclencher l’agressivité du public. Avec des titres tels que : « Evil Mass Murder », « Barbed Wire Beating » et « Mechanical Evisceration », leur setlist n’était pas conçu pour les chochottes et le public s’en donna à cœur joie. La seule chose qui vint assombrir leur performance fut une erreur plutôt bizarre du technicien de son. En effet, celui-ci ouvrit les lumières, ferma le son et mit de la musique sans raison apparente à la fin de « Mechanical Evisceration », alors qu’il restait quatre pièces à la performance de Soiled By Blood. De plus, cela lui prit au moins cinq minutes à se rendre compte de son erreur alors que la foule et les membres de la formation la lui signalaient. Bien loin de calmer les membres de la formation, cela les rendit encore plus intransigeants alors qu’ils livrèrent les dernières pièces de leur manche sous les acclamations des spectateurs. Voilà donc une excellente démonstration de la part de la prometteuse jeune formation et j’attends leur album, dont la sortie devrait être effectuée à l’été, avec impatience.

C’était maintenant au tour de Goatwhore de s’exécuter et je dois dire que je les attendais de pied ferme. En effet, j’avais déjà vu la formation Blackened Death/Thrash en 2009 aux Foufounes Électriques à Montréal et ils m’avaient fait une fort bonne impression. De plus, leur dernier opus Blood for the Master (2012) est certainement le plus abouti de leur carrière. Prenant d’assaut la scène avec « Collapse in Eternal Worth » issu de l’album précédemment évoqué, la formation louisianaise nous démontra encore son savoir-faire en matière de performance enlevante. En effet, succédant ses titres les plus efficaces avec une précision et une puissance sans merci, la troupe menée par Louis B. Falgoust II (voix) réussit à faire lever complètement les derniers spectateurs les plus réticents avec une prestation sans anicroche. Leur set de treize pièces, dont six du dernier album, ne comprenait aucun temps mort et le frontman expérimenté réchauffa la foule de manière efficace avec des interventions bien placées et concises. Il faut aussi noter la brillante performance du guitariste Sammy Duet qui livra ses motifs et soli avec précision et énergie. Je réussis à m’entretenir brièvement avec lui après le spectacle et il me confirma qu’ils étaient comblés par la réception de leur dernier effort et que le spectacle avait été très plaisant pour eux aussi, qui étaient surpris de voir autant de spectateurs un lundi soir. Il me confia aussi qu’ils bénéficieraient d’une journée de congé bien méritée le lendemain pour se diriger vers leur prochain spectacle à l’Île-du-Prince-Édouard. La soirée nous avait donc permis de voir et d’entendre trois excellentes prestations de trois genres différents de métal. Il restait maintenant à la tête d’affiche à se produire.

Mon intérêt envers le groupe 3 Inches of Blood remonte à un certain spectacle de Cradle of Filth au Capitole en 2006, si je ne m’abuse, où ils assuraient la première partie. À l’époque, j’avais particulièrement apprécié leur mixture de Heavy/Powermetal qui comprenait deux types de voix : screams et clean. Cependant, leur direction plus traditionnellement Heavy Metal adoptée sur l’album Here Waits Thy Doom (2009), bien que très bien exécutée, m’avait moins plu. Malgré tout cela, je me rappelais bien de la qualité de leurs prestations scéniques et j’avais donc hâte de les revoir. C’est donc avec joie que je constatai qu’ils n’avaient rien perdu à ce chapitre. En effet, le groupe qui évoluait en cette soirée sous la forme d’un quatuor alors que pour une raison inconnue, le bassiste Byron Stroud était absent de la tournée et remplacé par le guitariste habituel Justin Hagberg (je n’ai pas eu l’occasion de demander aux membres du groupe la raison de cette absence et je ne l’ai pas trouvée sur internet). Qu’à cela ne tienne lorsqu’ils entamèrent leur spectacle avec « Metal Woman » issue de leur dernier album Long Live Heavy Metal la foule était maintenant nombreuse et déchaînée. De plus, le guitariste Shane Clark réussit facilement à nous faire oublier la perte d’une guitare par son jeu précis et efficace. Enchaînant les succès tels que : « Snake Fighter », « Deadly Sinners », « Wykydtron », «Fear On The Bridge», «Destroy The Orcs», « God of the Cold White Silence» et «Battles And Brotherhood», le groupe de Vancouver se permit même de nous livrer un hommage au Black Sabbath de l’ère Dio avec un extrait de «Heaven And Hell » et un autre hommage au légendaire groupe canadien Rush avec un extrait de « Tom Sawyer ». Quelle belle façon de souligner les racines du Heavy Metal et l’intronisation de Rush au Temple de la renommée du rock! 3 Inches of Blood assura donc une quatrième prestation parfaite sur les quatre groupes de la soirée avec une généreuse dose de bon Heavy Metal.

Pour conclure, ce lundi soir métallique fut une belle réussite en raison de la participation surprenante des amateurs de Metal de la Capitale, mais aussi principalement en raison du fait que les quatre groupes présents ont livré des performances hors du commun. La seule ombre au tableau sera venue du technicien de son qui a interrompu la performance de Soiled By Blood de manière impromptue. C’est dommage parce qu’il a, par ailleurs, fait un boulot très honnête pour bien faire sonner les groupes présents. Chapeau à District 7, Getaroom et Karl-Emmanuel Picard et merci encore pour l’accès!

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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Progressons Progressivement Vers le Progressif

Opeth et Katatonia au Capitole le 21 avril 2013

C’était vers la fin de 2003, j’avais vingt ans, j’étais étudiant à l’université et j’étais passionné de tout ce qui se faisait de métal et de progressif. Opeth venait de sortir un premier album entièrement composé de pièces acoustiques; Damnation, qui faisait suite à un de ses albums le plus violemment Death Metal; Deliverance. Le nom du groupe était sur toutes les lèvres et n’étant pas familier avec leur musique, j’allai immédiatement télécharger des chansons du groupe. De cette manière, je découvris les pièces du brillant Blackwater Park (2001), des deux albums précédemment évoqués ainsi que des quatre premiers opus du groupe, sortis dans la seconde moitié des années 1990. Je fus immédiatement conquis par leur mixture particulière de Death Metal mélodique et de rock progressif tout droit sorti des années 1970 et je devins un fanatique du groupe. Après les magnifiques Ghost Reveries (2005), Watershed (2008) et le superbe spectacle de la tournée éponyme à l’Impérial de Québec, mon histoire d’amour avec Opeth pris abruptement fin avec Heritage (2011). En effet, mes attentes envers cet album étaient astronomiquement élevées et je fus totalement déçu du fait que Mikael Åkerfeldt et sa bande semblaient avoir oublié le secret de leur recette unique pour nous servir une copie modernisée de ce que King Crimson et Jethro Tull faisaient dans les années 1970. Donc, lorsque l’annonce fut faites qu’Opeth passerait par Québec avec Katatonia pour un concert au Capitole, je tergiversai et je finis par me dire que je passerais mon tour. C’était sans compter sur l’incandescent Dave Rouleau, qui me contacta à un peu plus d’une semaine de préavis pour m’offrir de couvrir le spectacle déjà complet avec accès média! Toutes mes objections tombèrent aussi rapidement qu’elles s’étaient levées et j’acceptai avec grand plaisir!

C’est donc après une éreintante journée au travail et une véritable course afin de me nourrir et me laver, que j’arrivai autour de 19 h 30 en face de l’illustre Capitole de Québec, pour y rencontrer Alain Gagnon de Capitale du Metal, qui me donnerait gracieusement accès à la salle si convoitée en cette soirée dominicale. Avant cette rencontre, j’eus le temps de constater qu’une énorme file de disciples s’était formée le long des murs de défense de la cité de Champlain et que les yeux desdits disciples brillaient d’impatience en vue de la soirée future. J’eus aussi la chance d’assister à la chance incroyable d’un certain Mathieu, un fanatique de Katatonia, qui n’avait pas de billet pour le spectacle, mais qui grâce à la générosité d’un inconnu qui avait un billet de trop et à la présence d’esprit d’une employée du Capitole aura pu assister au spectacle! À 19h30 tapantes, Alain Gagnon et Martin Bouchard de CDM vinrent me chercher et je suivis Alain à l’intérieur par les couloirs de service jusqu’au balcon ou je retrouvai le gérant de mon groupe (Endless Horizon), Marc Lavoie et aperçu un certain Jonathan Gauthier qui me criait des insanités au parterre. Après quelques minutes de jasette, les lumières s’estompèrent et Katatonia fit son entrée sur scène.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la formation suédoise, celle-ci a entamé sa carrière en 1991 et a neuf albums à son actif. Pratiquant un Doom Metal teinté de Black à ses débuts, celle-ci a sans cesse évolué vers un hybride de rock alternatif et de Gothic Doom Metal aux ambiances dépressives et éthérées. Katatonia pratique donc un genre dont je ne suis pas un grand admirateur, mais que j’apprécie énormément sur disque lors de journées maussades accompagnées de l’arôme de mon amie Marie-Jeanne. Profitant d’une scène entièrement décorée aux couleurs de leur dernier album Dead End Kings paru en 2012, ceux-ci entamèrent leur prestation sous un tonnerre d’appréciation de la foule avec « Buildings » tiré de leur dernier effort. Aussitôt, je remarquai deux choses : que le son et la performance musicale du groupe expérimenté étaient de classe mondiale, mais, ce qui m’agacera le plus de leur prestation, que la performance scénique de Jonas Renkse est beaucoup trop réservée et statique à mon goût. En effet, avec les autres membres du groupe qui se déplaçaient, brassaient la tête et faisaient tout pour faire lever la foule et l’utilisation d’un micro sans fil, le chanteur paraissait encore plus endormi avec ses cheveux cachant son visage et ne quittant presque jamais sa position entre les deux guitaristes. Toutefois, lors de ses interventions entre les chansons, il sembla susciter de nombreuses réactions positives en nous répétant qu’il aimait Québec. Le public comptait donc de nombreux amateurs du groupe. Côté musical, leur prestation composée principalement de pièces de leurs trois derniers albums fut particulièrement réussie quoique le choix des pièces rendit le setlist quelque peu monotone. Effectivement, le choix de n’interpréter aucune pièce des albums précédant les années 2000 et une collection de chanson de leur période récente très gothique sur un tempo toujours moyen, donnaient une impression un peu ennuyante à l’auditeur difficile que je suis en raison de l’imminente similarité entre les pièces. Quoi qu’il en soit, la foule démontra sans cesse son appréciation avec tout le bruit dont les métaleux de Québec sont capables. On peut donc affirmer que ce fut mission accomplie pour Katatonia, qui à son précédent spectacle à Québec avait joué à l’Agitée! Voici le setlist de leur performance :

  • Buildings
  • Day And Then The Shade
  • My Twin
  • Burn The Remembrance
  • Teargas
  • The Racing Heart
  • Lethean
  • The Longest Year
  • July
  • Dead Letters
  • Forsaker

 

Pendant l’entracte, j’allai discuter avec Jonathan Gauthier ainsi que quelques autres visages connus sur le parterre et ceux-ci semblaient partager mes impressions quant à la prestation précédente. Vers 21 h 30, ce fut au tour d’Opeth de faire son entrée sur la scène majestueuse de l’impressionnante salle qu’est le Capitole avec « The Devil’s Orchard », qui est ironiquement ma pièce favorite de l’album décevant (pour moi) qu’est Heritage. Aussitôt, le public démontra sa ferveur envers Mikael Åkerfeldt et ses acolytes en chantant en choeur les « God is dead! » du refrain et en hurlant le nom du leader de la formation. Le chanteur et guitariste profita ensuite d’une pause avant d’entamer l’excellent classique « Ghost of Perdition » pour saluer la foule et nous faire grâce de ce qui est devenu sa marque de commerce : son humour pince-sans-rire typique.  Après une autre pièce classique; la superbe « White Cluster » de l’album Still Life (1999), qui permit à la foule de démontrer son agressivité, Opeth passa en mode douceur en enchaînant « Hope Leaves » et « Atonement ». On était donc partis pour un tour de montagnes russes avec la célèbre troupe suédoise, qui alternerait entre les pièces plus violentes, séparées par des pièces plus douces pour le reste du setlist. Le groupe versa aussi à plusieurs reprises dans l’humour avec les nombreuses interventions comiques de Mikael, qui auraient parfois être un peu plus concises. En effet, bien que j’adore l’humour du légendaire chanteur-guitariste, quand les interventions sont presque plus longues que les chansons, ça casse un peu le rythme de la représentation. La prestation d’Opeth suivit donc une dynamique intéressante, nous faisant passer par toute une gamme d’émotions, tout en laissant éclater le formidable talent musical de la formation, qui nous offrit même une surprenante version acoustique de « Demon of The Fall ». La salle remplie à craquer fut donc facilement conquise, si elle ne l’était pas d’avance et marqua son appréciation à grand renfort de cris, de chants et même parfois de violence dans la fosse. Terminant sa prestation avec l’intense et bienvenue « Reverie/Harlequin Forest » et un rappel fort nécessaire; la célèbre « Blackwater Park », Opeth quitta la scène sous un tonnerre d’applaudissements et de cris mérités. Effectivement, Opeth a encore une fois prouvé que malgré un album qui n’a pas fait l’unanimité (comme le nota d’ailleurs Mikael lors d’une de ses interventions), ils sont au faîte de leur gloire et que leur progression vers un son plus près des racines du rock progressif attire un public de plus en plus varié et large. Voici la liste des pièces interprétées lors de ce magnifique spectacle :

  • The Devil’s Orchard
  • Ghost of perdition
  • White Cluster
  • Hope Leaves
  • Atonement
  • Deliverance
  • Hessian Peel
  • Häxprocess
  • Demon of The Fall (version acoustique)
  • Reverie/Harlequin Forest
  • Blackwater Park (Rappel)

 
En somme, les membres de l’équipe de Capitale du Metal peuvent encore ajouter un succès à la longue liste d’incontournables spectacles qu’ils ont réussi à amener à Québec. Bien que j’aie eu mes réserves quant à la prestation impeccable musicalement, mais quelque peu statique et monotone de Katatonia, Opeth a largement surpassé mes attentes de fanatique déçu par leur dernier opus. Ce groupe, qui a traversé plus de vingt ans d’existence en progressant vers un son de plus en plus progressif et en transcendant les catégorisations musicales définitives, nous a encore démontré son incomparable talent sur scène. En terminant, j’aimerais en profiter pour remercier Alain Gagnon de CDM et toute son équipe pour l’accès au Capitole lors de ce superbe spectacle et pour leur travail hautement professionnel comme organisateurs de la soirée.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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Dimanche de Messe Noire à l’Agitée

Il est plutôt rare qu’une tempête hivernale se manifeste si tard qu’à la mi-avril. Pourtant, vendredi et samedi passé nous avons eu droit aux caprices de Mère-Nature en provenance de nos voisins du Sud. Je ne suis pas adepte de croyances populaires, mais d’après moi, c’était un signe. Un signe que les adorateurs du Malin de la Vieille Capitale manigançaient quelque chose. Effectivement, ceux-ci se préparaient à la première venue de l’arrogant trio texan de métal mythologique et occulte dans la plus vieille ville fortifiée d’Amérique du Nord. De plus, en ouverture de soirée, Acédia, un excellent groupe local émergent de Black Metal, donnerait son premier spectacle à vie. Comme si ce n’était pas assez, les bûcherons de Neige Éternelle y présenteraient leur première offrande et les patriotes de Forteresse (après un an d’absence à Québec) participeraient au rituel. Ce dimanche 14 avril s’annonçait donc comme une véritable Messe noire à ne manquer sous aucun prétexte et j’avais extrêmement hâte d’y assister.

Après une journée de travail rocambolesque à nourrir les affamés, un repas rapide et un remplissage de porte-monnaie en vue d’un solide dérapage alcoolique, mon exquise demoiselle et moi prenions le chemin maintenant habituel de l’Agitée. Arrivés sur place peu avant 19 h, nous constatâmes avec plaisir que les disciples de l’innommable de la Capitale étaient aussi excités que nous en vue de cette soirée prometteuse. Une bande de joyeux cadavres avait déjà commencé à se masser des deux côtés de la porte du Temple et de nouveaux morts-vivants affluaient régulièrement malgré le fait que le Soleil n’était pas encore couché. Bientôt nous fûmes rejoints par mes collègues de local de pratique d’Acédia; Pascal « Ascèse » Landry (guitare, voix), Marc « Erebos » Bérubé (guitare), Christian Proteau (basse live) et Julien « Zéphyros » Lebreux (batterie) (que j’ai aussi la chance d’avoir dans mon groupe Endless Horizon, en plus) qui prenaient une pause cigarette et nous firent un brin de jasette. Les gars ne semblaient pas trop stressés et avaient l’air d’avoir très hâte de nous épater avec leur excellente musique, ce qui augurait bien pour leur première prestation à vie. Vers 19 h 10 les portes ouvrirent et aussitôt entrés nous nous dirigeâmes vers le bar pour faire le plein de houblon tout en saluant de nombreux visages familiers : Pat Monarque, François C. Fortin au son, Jeff Plamondon nouvellement guitariste de Riotor, Nicolas Racine de Métal Obscur Blogzine qui venait de réaliser une entrevue avec les membres d’Absu et Max Craig d’Haeres, entre autres. Il est toujours agréable de voir les membres de la scène se déplacer pour prendre une part active aux spectacles! Quelques minutes plus tard nous étions rejoins par Julie « Countess Darya » Drapeau-Renaud, la claviériste d’Endless Horizon et vers 19 h 30 précises les membres d’Acédia prenaient place sur la scène pour leur baptême du feu.

Après une courte introduction orchestrale (la fin du Kyrie du Requiem polonais de Krzysztof Penderecki pour les intéressés), les gars entamèrent le massacre avec « La mort me guette », première pièce de leur album L’Exil qui est disponible en téléchargement gratuit sur Bandcamp depuis novembre 2012. Aussitôt leur immense talent musical nous frappa alors que la foule demeurait circonspecte devant la nouveauté de l’assaut musical qui leur était présenté. Acédia nous livra une prestation sans faille de leur Black Metal suicidaire, dépressif et hautement technique. Ascèse, issu du milieu de la composition jazz, présente des motifs de guitare à la limite du possible sur une guitare rythmique typiquement Black d’Érébos et un tonnerre de batterie de Zéphyros qui ajoute des subtilités jazzées par endroits. Christian, qui n’est pas un membre officiel d’Acédia, mais qu’ils ont recruté pour jouer la basse lors des spectacles, nous fit une belle démonstration de son talent incroyable, lui qui est aussi issu du jazz où il officie comme contrebassiste. Malgré le fait que la foule, excepté Jonathan Gauthier, ma douce et moi, demeurait à quelques mètres de la scène et écoutait attentivement sans bouger, plus la prestation avançait, plus les réactions entre les pièces se faisaient bruyantes et plus la foule approchait de la scène, ce qui est un très bon signe pour les membres du groupe. Bien que leur prestation fut largement réussie sur le plan technique et de la précision musicale, quelques critiques peuvent être soulevées au point de vue de la présence scénique du groupe. En effet, hormis Erebos et Zéphyros qui brassaient la tête comme des damnés, les deux autres musiciens semblaient un peu plus statiques, ce qui peut être en partie dû à la complexité technique de leur musique. En outre, Ascèse est demeuré silencieux entre les pièces tout au long de la performance ce qui m’a un peu déçu. Quelques interventions bien placées auraient pu contribuer à susciter de plus vives réactions de la foule surtout lors d’un premier spectacle, mais on peut tout de même dire que c’est mission accomplie pour Acédia qui clôtura sa prestation de trente minutes avec la superbe « L’Exil ».

À peine avions-nous eu le temps de se ressaisir de la performance d’Acédia, que Neige Éternelle prenait déjà place sur scène pour nous livrer une sélection de pièces tirée de leur excellent premier album de Black/ Thrash, parfois à la limite du Punk. Mes attentes étaient particulièrement élevées pour la prestation des originaires de la Côte-Nord les ayant déjà vu sévir lors du Black Metal Origines II en 2012 où ils m’avaient impressionné par leur présence scénique haineuse et blasphématoire. Ouvrant la prestation avec « Cri de guerre », Sti (Voix) et sa bande de damnés eurent droit aux premiers moshpits de la soirée, malheureusement leur prestation allait connaître quelques ratées techniques. En effet, dès la fin de la première pièce, Faüst (batterie, back vocal) se leva en furie et précipita son micro à terre; sa pédale double avait lâché. La prestation fut donc interrompue pour quelques minutes, le temps de la remplacer, mais le batteur qui était par ailleurs excellent, éprouva encore quelques difficultés en raison d’un kit auquel il ne semblait pas familier. Gratifiant la foule de leurs invectives, douches de bière et de sang, attitude haineuse et insultes habituelles, les membres poursuivirent leur prestation qui semblait toutefois un brin moins énergique que ce à quoi je m’attendais et était cette fois dépouillée de flagellation de branches de sapin. Toutefois, il faut comprendre que les gars avaient dû monter de la Côte-Nord jusqu’à Montréal au spectacle de la veille et ensuite se diriger à Québec pour ce spectacle, la fatigue était donc normale. Malgré ces quelques failles, Neige Éternelle reste extrêmement intéressant à voir en spectacle et la foule démontra son appréciation en demandant un rappel. Le groupe s’exécuta avec une toute nouvelle pièce qui n’a pas encore été enregistrée et les gars purent quitter la scène satisfaits de leur prestation malgré les problèmes techniques, ce qui me sera confié par Sti et Faüst lors d’une jasette subséquente, alors que je me procurais leur album éponyme.

Profitant d’une pause un peu plus longue avant l’entrée en scène de Forteresse, nous allâmes dehors dans le double but d’évacuer la chaleur (la salle était maintenant pleine à craquer et la chaleur suffocante) et de partager une cigarette magique avec nos acolytes. La pause terminée nous nous faufilions jusqu’à l’avant afin d’assister au rituel livré par les vétérans du Métal Noir québécois. Là, je me dois d’avouer que mes attentes étaient plutôt modérées, car bien que je reconnaisse le talent, l’influence et la qualité de la carrière de Forteresse, leur matériel qui se situe dans la veine du Black Metal ambiant ne m’a jamais vraiment accroché sur disque. Cependant, quelle ne fut pas ma surprise de constater que leurs pièces prennent une tout autre puissance sur scène! Le caractère ambiant des motifs de guitare développés sur scène par Monarque et Moribond, la basse vibrante de Matrak, la batterie puissante de Fiel ainsi que les hurlements à glacer le sang d’Athros m’ont littéralement emporté dans un état second favorisé par ma consommation d’alcool et de stupéfiants. La performance était précise et les membres du groupe ont eu un plaisir évident à jouer alors que la foule était maintenant totalement réceptive se risquant même à mosher sur une musique beaucoup plus ambiante que violente. La prestation de Forteresse fut donc une excellente surprise pour moi et je devrai donc immédiatement réécouter de leur musique sur disque, parce que j’ai l’impression d’avoir passé à côté de quelque chose.

C’était maintenant à la tête d’affiche de s’exécuter et il était évident que la foule attendait Absu de pied ferme. En vingt-deux ans de carrière, le trio de Dallas, Texas n’avait jamais donné de spectacle à Québec, les métaleux de la ville comptaient donc leur montrer toute la folie dont ils sont capables. La prestation très attendue d’Absu débuta donc sur les chapeaux de roue avec leur attaque sans merci de Thrash/Speed Metal teinté de Black Metal et d’éléments psychédéliques et jazz. Aussitôt la fosse se déchaîna et l’ambiance devint survoltée. Disons les choses comme elles sont, Proscriptor McGovern (Batterie/voix), Ezezu (basse/voix) et Vis Crom (Guitare) sont de véritables malades sur scène. Le batteur martèle ses peaux à une vitesse et avec une technicité incroyable tout en chantant une bonne part des chansons de sa voix typiquement Black, râpeuse à souhait. Le Bassiste utilise sa voix plus thrash le reste du temps avec son attitude sombre et le guitariste est un déchaîné. La prestation de quatre-vingt-dix minutes se déroula à un rythme effréné, à l’image de la musique du groupe, entrecoupée par les interventions bien maléfiques et énergiques du batteur-chanteur qui quitta la batterie, remplacé par un membre de l’entourage d’Absu pour exécuter le rôle de frontman à la dernière pièce du spectacle. Avec son set pleine longueur, Absu nous livra plusieurs de ses classiques dont l’inévitable « Swords And Leather », qui rendit la foule démente et de nombreuses pièces tirées de leur trilogie entamée en 2009 avec Absu et 2011 avec Abzu. Les Texans ont donc démontré à ses fanatiques de Québec que l’attente en avait valu la peine et laissa un champ de bataille jonché de débris de bouteilles en guise de salle, mais les spectateurs continuèrent à en redemander jusqu’à ce que les lumières s’ouvrent sur la foule en délire. C’est signe qu’Absu ne devra pas attendre encore vingt ans avant de revenir nous casser la figure avec sa musique endiablée. Pour notre part nous continuâmes la fête jusqu’aux petites heures du matin, n’ayant aucune obligation à remplir le lundi!

En somme, ce spectacle aura été une réussite totale pour Sepulchral Prods qui nous a amené de la visite rare accompagnée de groupes québécois variés tout en demeurant dans la lignée du métal sombre. En effet, au cours de la même soirée nous avons eu droit à du DSBM, du Black/Thrash à tendance punk, du Black ambiant et du Blackened Speed/Thrash. Ce spectacle a prouvé encore une fois qu’une affiche variée et de qualité garnie de groupes québécois de qualité et d’une tête d’affiche monstrueuse est garante de succès, peu importe le soir de la semaine, dans une scène Black Metal en santé comme celle de Québec. Chapeau à Sepulchral Prods et à tous les groupes invités et un salut particulier à Acédia qui a assuré à sa première présence sur scène.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

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