« Jehovah-Jireh: The Divine Anti-logos »
2013
Ce qui est merveilleux avec le courant Black Metal, c’est qu’il offre des possibilités pratiquement infinies d’exprimer la haine, la misanthropie, la violence, la détresse psychologique, la vénération de la mort et du mal ainsi que tous les autres côtés sombres de la bête humaine. Non seulement les thèmes lyriques ne manquent pas, mais le cadre de ce genre musical est assez ouvert pour permettre une pléthore d’avenues différentes. En effet, il est possible d’opter pour une approche minimaliste comme Darkthrone à ses débuts, une approche extrêmement élaborée frisant le baroque comme Emperor ou encore, d’y aller carrément pour une incarnation musicale du chaos comme Deathspell Omega. Bien sûr, cette liste de variantes est non exhaustive et non exclusive, cependant Panzerfaust a opté pour la dernière recette mentionnée sur son dernier opus occulte paru le 11 février dernier et intitulé : Jehovah-Jireh: The Divine Anti-logos.
« This world could not have been the work of an all-loving being, but that of a devil, who had brought creatures into existence, in order to delight in the sight of their sufferings».–Arthur Schopenhauer
Récidivant pour une troisième fois en format pleine longueur après The Winds Will Lead Us (2006) et The Dark Age of Militant Paganism (2008), la formation de Mississauga en Ontario nous surprend avec un assaut de Black Metal Orthodoxe rappelant étrangement le son élaboré par les français de Deathspell Omega tout en étant plus direct et à la fois plus facile d’approche que ces derniers. Dès l’introduction de ce nouvel opus où l’on entend une voix psychotique hurlant la venue de l’Antéchrist sur un fond sonore de guitares distordues et de roulements de batterie on constate deux faits : que beaucoup de progrès a été accompli par Panzerfaust depuis leur dernier album et que la parenté avec le courant susmentionné est maintenant pleinement assumée. Effectivement, si le deuxième album décevait par une production étouffée qui ne rendait pas justice aux motifs développés par le groupe, cette fois la qualité sonore est au rendez-vous tout en conservant le caractère malsain et violent nécessaire à l’appréciation de la noirceur métallique.
Puis, le groupe enchaîne avec « Ephphatha » et on se retrouve en plein chaos typique du Black Metal Orthodoxe avec une batterie puissante, une guitare basse bien présente et vibrante, des voix démoniaques du chanteur Goliath et du guitariste Kaizer et des motifs de guitare complètement déjantés, mais conservant toujours un certain aspect mélodique amenant un certain côté « accrocheur » à la musique de la formation. Exposant ensuite ses concepts philosophiques occultes, nihilistes et nietzschéens dans un enchaînement nous entraînant toujours plus loin dans leur atmosphère oppressante et effrayante soulignée par des chants grégoriens et des trames sonores mystérieuses, la formation réussit à livrer un album qui ne comprend aucune pièce de remplissage, aucune chanson faible. Panzerfaust réussit donc à égaler les maîtres du genre tout en étant légèrement plus facile d’accès que ceux-ci de par son côté subtilement plus mélodique et structuré qui permettra sans doute aux néophytes ouverts d’esprit de se laisser embarquer dans leur descente aux enfers.
« The Devil has the broadest perspectives for God; therefore, he keeps so far away from God — the Devil being the most ancient friend of wisdom». —Friedrich Nietzsche
S’il faut à tout prix trouver des faiblesses à cet excellent album, elles auront plus à voir avec les goûts personnels de chacun qu’avec d’objectives lacunes que l’on pourrait déceler à l’écoute. En effet, le courant pratiqué par Panzerfaust ne sera pas nécessairement à la portée de toutes les oreilles de par son caractère obscur, occulte et chaotique. Ceux qui trouvent leur plaisir seulement dans la mélodie et les soli de virtuoses ne trouveront pas leur compte avec cet album, mais les fondamentalistes du Black Metal (comme ils plaisent à se nommer eux-mêmes) que sont Panzerfaust ne s’en préoccuperont guère. Soyez donc avertis qu’il vous faudra quelques écoutes pour apprécier cet album si vous n’êtes pas familier avec le genre. En outre, bien que l’album soit étonnamment constant, il sera difficile de distinguer une pièce qui ressort du lot. L’album fonctionne en effet comme tout qu’il faudra plutôt apprécier dans son entièreté que pièce par pièce, autant dans ses aspects lyriques (soulignons ici les excellentes paroles poétiques et philosophiques écrites par le guitariste Kaizer) que musicaux. À vous de décider si vous aimez les albums-concepts ou les simples qui s’enchaînent.
En conclusion, tous les fanatiques du courant BM Orthodoxe incarné par des groupes comme Deathspell Omega, Leviathan et Pseudogod devraient immédiatement porter une oreille au dernier méfait de Panzerfaust. Vous y trouverez une interprétation particulièrement réussie du genre et des atmosphères à vous faire dresser les poils sur la nuque. Les néophytes qui cherchent un point d’entrée dans ce genre devraient aussi y trouver leur compte en raison d’un caractère plus structuré et mélodique que la moyenne, à condition qu’ils aient l’ouverture d’esprit pour se plonger dans le chaos des tourments éternels. De toute façon, comme ils le disent si bien au bas de la pochette de cet album : FUCK YOUR KVLT.






Louis? Excellent début man…