by Patrick Graham | Fév 1, 2014 | Articles Divers/Primeurs/Annonces, Critiques, Critiques d'Albums, Entrevue, On Arrête Pas l’Prog!
Molt de Molt
-ou-
la mue d’une revue vers une « mail-terview » en bonne et dûe forme
Qu’arrive-t’il lorsque deux musiciens se tannent d’avoir toujours à composer avec les déménagements de ses co-musiciens et membres de groupe, ou encore avec leurs états d’âme et aspirations divergentes? Ils relèvent leur manches, apprennent à jouer d’un autre instrument (la batterie par exemple) et apprennent à jouer en duo sur des séquences. En fait il arrive de très belles choses si on veut bien en croire ses oreilles en écoutant le tout premier LP du groupe Molt.

Quand Lex m’a lancé le lien vers leur bandcamp, en me demandant si je serais intéressé à faire une revue de leur LP, je me suis mis à écouter le deuxième titre, All Ants Are Little Ants. Really, le titre m’attirait. De suite, la musique m’a plu; rythmes saccadés, vitesse endiablé, voix growlée ou clean éthéré, riffs recherchés…ça tombait bien dans mes cordes. Je retourne sur la face de bouc pour lire le dernier message de Lex qui me dit que le duo se fait souvent appeler les Gentle Giant du death.
!wtf? Gentle Giant? Kocé tu m’chante là, Lex? m’écriai-je. « Pattonesque » à la rigueur mais ça rien à voir avec GG, je lui rétorque.
Attends d’entendre les voix polyphoniques, tu va comprendre ce que je dis, rétorque-t’il.
Étant mon moi-même habituel, je m’obstine, persiste et signe,
Voyons ça rien à….
À ce moment arrive la 3e seconde de la 6e minute de toujours le deuxième titre précédemment nommé et mon appréciation modéré mais positive de l’oeuvre s’est vu augmenter d’un exponentiel ou deux. Déjà, j’aimais bien le vocal à Julian mais Kyla alors là! Non seulement elle joue très bien de la guitare, mais en plus elle a une superbe voix. L’effet des deux, ensemble, est tout simplement délectable. D’ailleurs, si vous ne l’avez pas encore fait, je vous conseille fortement de cliquer droit sur le lien du bandcamp qui s’ouvrira dans une nouvelle fenêtre et d’aller presser play afin de comprendre de quoi il en retourne avant de revenir lire le présent article.
Ce premier LP est complètement concept; Molt se traduit par mue et les cinq pièces de cet album (totalisant quand même un respectable 51m08) ont toutes comme thématique les insectes (arthropodes est-il précisé en fait sur leur BandCamp), leur monde ou la perspective que ces derniers pourraient avoir. Les chansons nous font passer par différentes émotions et états d’âme, transitant aisément entre des riffs death à des riffs progressifs ou carrément expérimentaux. Notes de Gentle Giant, oui, surtout du coté des voix polyphoniques mais aussi des bridges et riffs disjonctés qui ne sont pas sans me rappeler Giraffe?Giraffe! ou Hella. Nos deux protagoniste partagent aussi sûrement des atomes crochus avec les Patton et Zappa de ce monde. Je trouve leur art d’une fine intelligence et d’une musicalité certaine. Chapeau Kyla et Julian.
Le titre allongé de cet article vous laissait croire que je digresserais de la forme pour y inclure une entrevue. J’ai en effet voulu en savoir un peu plus sur eux et j’ai contacté Kyla qui ne s’est pas fait prier pour répondre à mes quelques questions. Je lui ai posé les questions suivantes sur la face de bouc:
Faites-vous des concerts et si oui, utilisez vous des séquences ou faites vous appel à des session musicians pour la basse et pour les vocaux additionnels?
Depuis combien de temps êtes vous un band? Aviez-vous d’autres bands avant (lesquel(s))?
Comment en êtes vous arrivés à jouer ce mélange assez particulier de musique? Pourrais-tu nous nommer quelques bands que vous considérez comme une source d’inspiration?
Combien de temps le développement du LP vous a pris?
Pourrais-tu nous décrire un peu votre procédé de composition? Qui vient avec les idées? Est-ce 50/50 ou est-ce qu’un des deux est plus créatif alors que l’autre est plus sur la finition, par exemple?
Comment en êtes vous arrivés à ce concept? Était-ce supposé être un album concept au départ?
Et finalement, avez-vous peur des araignées (lol)?
Kyla a répondu en un temps record sur mon courriel avec ceci :
Merci beaucoup, ce fut plaisant de penser à toutes ces choses tout en répondant à tes questions.
Oui! Molt joue en live. On utilise des séquences de la batterie et des vocaux additionnels. Comme nous n’avons pas à transporter la batterie à nos gigs, et que nous n’avons pas à jouer plus fort qu’elle, nous utilisons des DI pour la guitare et la basse. Comme ça, on peut se rendre à nos différents concerts en utilisant le transport en commun; avoir une empreinte environnementale la plus petite possible est très important pour nous.
Nous avons commencé le projet en 2005, alors que nous étions encore à St.John, Terre-Neuve, mais avons passé 3 ans à chercher un batteur. Ensuite, on a pris un hiatus pendant quelques années, le temps que Julian prennent des leçons de batterie. Nous pourrions dire que Molt fut vraiment créé depuis 2010.
Nous avons tout deux été dans plusieurs bands et nous sommes présentement dans divers projets. Julian (alias Vitrid) joue de la batterie pour Issfen, un groupe de Black Montréalais. Je suis aussi une auteure connue sous le nom de Kyla Tilley et je joue dans un duo folk, Tea & Bread.
Avant Molt, je jouais dans Endearing Pervesion que je ne saurais décrire autrement que par « Newfie Doom« . Julian quant à lui jouait de la basse dans un groupe de metal technique, Dreaming in Numbers et de la guitare dans un groupe black, Squall.
Comme il arrive souvent à Terre-Neuve, les groupes se séparent parce que les gens déménagent. On s’est aperçu qu’on était dans le même bateau alors on a décidé de se faire un groupe ensemble. Puisque notre seul but était d’avoir un groupe professionnel, nous n’avions pas d’idées pré-conçues sur ce que sa musique serait, ce qui a ouvert la porte à toutes nos influences. Nous n’avions pas non plus d’autres membres pour nous dire d’être raisonnable.
À nous deux, nous écoutons une quantité assez phénoménale de musique, alors tous les ingrédients était dans la marmite pour créer Molt. La musique classique et l’opéra du 20e siècle sont cependant des influences majeures; l’album commence avec les accords de Tristan (de Wagner, Tristan & Iseult). Nous aimons tout deux le prog des années 70, et je dirais que King Crimson et Gentle Giant sont de grosses influences sur notre musique, tout comme Rush l’est. Nous écoutons plusieurs sortes de Metal. Nous écoutions beaucoup de Opeth, Enslaved et Fate’s Warning au moment de former le groupe, tout comme du Borknagar, Arcturus ou Atheist. Nous aimons le vieux Death Suédois, le Black Norvégien, le Power , le Stoner et tous les mélanges ou fusions de ceux-ci. Orphaned Land est une grande influence pour les style vocaux et le fait de performer avec les séquences.
L’enregistrement de l’album a été quelque peu délicat. La batterie était faite 2 ans avant toutes autres choses, vu que nous en avions besoin pour les concert. On a enregistré les batteries dans notre local de jam en utilisant un logiciel « open source« , Ardour. Nous avons ensuite enregistré le reste des parties au moins deux fois, mais on n’arrivait pas au but recherché. Notre but était d’avoir un album qui sonne humain, mais que chaque note sonne clairement. Alors il y avait un essai qui était humain et imprécis, et le second qui était concis et clair et avec un manque total d’émotions. Nous avons aussi passé un certains temps à déterminer le meilleurs ton pour l’enregistrement. Puisqu’il y a tant de polyphonie dans la partie guitare (je joue tout au doigt), nous y sommes allés pour un ton très clean et avons ajouté la distortion sur la basse à la place. Après plusieurs enregistrements de pratique, l’enregistrement final qu’on entend sur l’album a été fait dans notre salon, en utilisant les DIs et Ardour , en décembre 2012. Notre procédé est maintenant très méthodique. Nous avons découvert que la façon qui marche pour nous est, du début à la fin; jouant la première chanson, section par section, les reprenant chacune jusqu’à ce qu’on soit content du résultat. Julian a mixé l’album puis nous l’avons envoyé se faire masterer professionnellement. Tout le reste, nous l’avons fait nous-même. Toutes les pièces étaient écrites avant qu’on se lance dans l’enregistrement.
Notre procédé de création est 50/50. Nous nous étions mis d’accord dès le départ que nous ne ferions que des albums concept (nous en avons d’ailleurs deux autres en création et bien des idées pour le futur). Le thème des insectes est venu grâce à la chanson The Roach’s Lament. C’est en fait une de mes compositions de mon duo Folk, mais j’en voulais une version metal. On a jammé la toune un bout, puis Julian l’a ré-arrangée. Une fois que nous avions ce thème (les insectes), toutes les pièces se sont emboitées. Les mois d’après, en écrivant, on est venu avec l’idée de progresser dans une hiérarchie des besoins vu de la perspective d’un insecte. J’avais un sac plein de riffs avec des signatures de temps irrégulier que mes groupes précédents n’avaient pu jouer et Julian avait des progressions et d’autres idées musicales qu’il n’avait pas su utiliser avant. On a donc fouillé nos sacs à malice et on s’est aperçu qu’on avait la base d’au moins quatre chansons. Tout est parti de là.
Notre façon d’écrire est surtout un mélange entre improviser sur des riffs pour voir où ils nous mènent et s’asseoir avec papier et crayon pour jeter nos idées. Parfois, un de nous deux reprend toutes ses notes et les ordonne en une chanson, que l’autre pourra ou non faire des arrangement dessus. Pareil pour les paroles.
La musique que nous écrivons maintenant, nous la faisons avec l’idée d’un album complet. Ainsi, il y a une plus grande cohésion entre chacune, mais encore, nous sommes tout deux venus avec des idées de riffs et de progression et les travaillons ensemble. On s’asseoit ensuite et on brainstorm sur ça, venant très vite avec d’autres idées. Ensuite nous faisons de la recherche, ce pourquoi vous pouvez remarquer une liste d’écrit en suggestion dans les notes sur chaque chanson.
Pour la dernière question, je suis totalement terrifiées par les araignées!!! Je peux même pas googler Molt à cause de toutes les images terrifiante qui risque de popper. Julian, par contre, n’a pas ce problème.
Cheers Kyla
(Ndlr : j’ai traduit du mieux de mes connaissances et en éditant le moins possible le texte original de Kyla, toutes fautes étant alors de ma responsabilité)
J’espère que vous aurez eu autant de fun à lire cette article que j’ai eu à l’écrire, n’oubliez pas d’aller voir leur bandcamp et leur page facebook
Merci, à la prochaine,
PatG
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Jan 31, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Behemoth
The Satanist »
Metal Blade Records
2014
Liste des pièces
Blow Your Trumpets Gabriel
Furor Divinus
Messe Noire
Ora Pro Nobis Lucifer
Amen
The Satanist
Ben Sahar
In The Absence ov Light
O Father O Satan O Sun!
Le Béhémoth, entité biblique dérivée d’un monstre mythique des Babyloniens et mentionnée dans le Livre de Job (40 :15-24), serait une bête dont le nom, sous forme hébraïque plurielle, signifierait qu’elle est la plus grande et la plus puissante des créatures terrestres. Utilisée symboliquement pour évoquer la Bête, l’animal intérieur que l’Homme est incapable de domestiquer ou de contrôler ou encore le Démon et le mal qu’il incarne, ladite créature n’a jamais eu de forme définie. En effet, elle a tantôt été représentée par un hippopotame, un rhinocéros ou une créature marine mâle imaginaire dont la femelle serait le Léviathan.
Le même constat pourrait s’appliquer au légendaire groupe polonais aussi connu sous le nom de Behemoth. Effectivement, ayant d’abord évolué comme une formation de Black Metal cru de 1991 à 1996 environ (voir les albums Sventevith (Storming Near The Baltic) (1995), Grom (1996) et les EP précédents), Behemoth a ensuite opéré une transformation, à partir de l’album Pandemonic Incantations (1998) qui l’a mené à progresser de plus en plus vers un Death Metal moderne caractérisé par une production léchée, des pièces ultras rapides et des thèmes lyriques sataniques connaissant son aboutissement logique avec l’album Evangelion en 2009. Or, alors que rien ne semblait pouvoir arrêter ces Polonais, Behemoth subit un coup dur lorsque son leader, Nergal, apprit qu’il souffrait de leucémie. C’est donc après avoir vaincu la mort et repris la tournée avec brio que Nergal et ses acolytes nous reviennent, presque cinq ans plus tard, avec un album logiquement intitulé The Satanist. Est-ce que les membres de Behemoth reprendront là où ils nous avaient laissés avec la formule qu’ils avaient peaufinée depuis Satanica (1999) et qui s’est fixée avec Demigod (2004), ou auront-ils opéré un changement dans leur direction musicale? Est-ce que le groupe arrivera à satisfaire les attentes démesurées et contradictoires (désir de changement ou continuité) de ses nombreux fanatiques? Voilà les questions que votre humble serviteur s’est posées lorsqu’il entamait sa première écoute d’une offrande longuement attendue, et auxquelles il tentera de fournir une réponse dans les prochaines lignes.
Tout d’abord, cherchant sans doute à déstabiliser ses auditeurs et à proposer quelque chose de différent, Nergal et sa bande nous accueillent avec l’atmosphérique Blow Your Trumpets Gabriel, rompant ainsi avec les albums précédents qui s’ouvraient habituellement sur une pièce rapide et accrocheuse. Construite sur des motifs de guitare très simples enveloppés de claviers aux textures sombres et guidés par une batterie toujours aussi excellente de Inferno qui entraîne la pièce d’un tempo très lent à un passage rapide au milieu pour revenir à un tempo moyen accompagné de cuivres en finale, la pièce aura tout pour diviser les amateurs de Behemoth. En effet, ceux qui s’attendaient à recevoir un coup de poing sur le visage d’entrée de jeu seront déçus, alors que ceux qui recherchent une atmosphère sombre et quelque chose qui démontre certain retour à un son plus méchant, plus près des origines Black Metal de la formation, seront enchantés. La production jouera aussi un rôle important à cet effet, puisque le groupe a opté pour un son beaucoup moins propre et surproduit que sur Evangelion. Des guitares légèrement plus méchantes et des voix toujours étagées et inhumaines, mais plus naturelles dans leur sonorité que sur les derniers opus sur une batterie qui arrache tout seront les éléments distinctifs de cette production. Celle-ci fera donc ressortir la magnifique performance vocale de Nergal et le talent surhumain de Inferno à la batterie. La première pièce déstabilisera, donc, mais elle ne sera pas nécessairement représentative de ce qui suit et fonctionnera plutôt comme une introduction à l’album, car le groupe renoue brièvement avec son Death Metal typique dès la seconde pièce intitulée Furor Divinus.
Les mots-clés de cet album seront donc la diversité et la richesse des compositions tout en restant dans une certaine forme de simplicité très efficace. En ce qui concerne la diversité et la richesse, on aura droit à des pièces rapides et hyper agressives telles que celle nommée précédemment, Ora Pro Nobis Lucifer qui rappelle fortement l’époque de Satanica de par sa continuité et son rythme stable, Amen ou encore In the Absence ov Light dont le rythme effréné fait bientôt place à un passage de guitare acoustique accompagnée de saxophone et d’une narration en Polonais de Nergal pour ensuite revenir à la tuerie. On aura aussi droit à des pièces plus épiques et atmosphériques telles que Messe Noire, The Satanist et Ben Sahar qui nous montrent une autre facette de ce que peut être Behemoth. Nous sommes donc en présence d’un album synthèse qui présente tous les visages du groupe sans nécessairement totalement réinventer son identité sonore. Toutefois, O Father O Satan O Sun!, la dernière pièce de l’album, présente une toute nouvelle facette du groupe avec une approche musicale plus rock, un tempo moyen, des chœurs de voix claires et de voix gutturales mélangées et des passages ambiants narrés à saveur gothique. Elle laisse transpirer pour la première fois dans l’histoire de Behemoth une très grande influence du célèbre groupe britannique Fields of The Nephilim dont Nergal est un grand fanatique. Enfin, à ce qui à trait à la simplicité évoquée plus haut, Behemoth opte cette fois pour des motifs de guitares relativement simples et des rythmiques beaucoup plus stables que par le passé, misant plutôt sur la diversité des arrangements et des structures pour apporter richesse et profondeur à ses compositions. Cela aura pour effet que les pièces auront peut-être moins d’impact individuellement, mais prendront tout leur sens lorsque l’album sera écouté dans son ensemble, comme une œuvre entière et non une succession de petites œuvres.
En somme, avec The Satanist, Behemoth nous présente un album qui fait la synthèse de tout ce qu’est et ce que peut être leur musique. Misant sur une diversité de structures et d’arrangements, une production aux textures sombres et malveillantes et en gardant une certaine forme de simplicité, la troupe polonaise réussit donc le pari de nous présenter quelque chose de différent, de nouveau tout en restant ancrée dans sa personnalité sonore. Ainsi, l’album pris dans son ensemble plaira très certainement à ceux, comme votre serviteur, qui ont toujours suivi avec intérêt les sorties de Behemoth, mais ne fera peut-être pas l’unanimité auprès de ceux qui s’attendraient à réécouter un Demigod version 2.0 ou encore qui s’attendent à un retour au son du début des années 1990. Behemoth continue donc à évoluer, à changer et à nous présenter de nouvelles facettes de leur musique, ce qui démontre que sa créativité est loin d’être épuisée après plus de vingt ans d’existence.
8,5/10
Pièces favorites : Furor Divinus, Ora Pro Nobis Lucifer, O Father O Satan O Sun!
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Dave Rouleau | Jan 30, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Dark Forest
« The awakening »
Cruz del Sur Music
2013
Je dois dire d’entrée que l’album dans sa globalité est fort intéressant. J’ai plutôt été agréablement surpris par l’aspect mélodique des différentes compositions. De plus le récit est constant et progressif, ne faisant pas particulièrement preuve d’originalité mais il se distingue surtout au niveau de son efficacité, partant du thème classique de la quête existentielle.
La première pièce, The Awakening, donne le ton. Précédée d’une introduction qui rappelle à la fois celle de Mc Solaar sur son album Cinquième As (à cause du son de signal radio) adjointe d’un extrait du poème Masque of Anarchy. Écrit en 1819 par Percy Bysshe Shelley, ce poème est une des premières déclarations contemporaines en faveur de la résistance non-violente (Henry David Thoreau et Mahatma Gandhi ont repris ce message par la suite) qui a fait suite au massacre commis par le gouvernement britannique sur son propre peuple, qui manifestait pour faire changer la façon de fonctionner du parlement en matière de représentativité. À cette époque, peu après les guerres Napoléoniennes, le peuple était particulièrement pauvre et affamé. Voici l’extrait sur lequel débute l’album:
Rise like Lions after slumber
In unvanquishable number,
Shake your chains to earth like dew
Which in sleep had fallen on you-
Ye are many — they are few
S’enchaîne ensuite un charmant morceau mélodique qui me rappelle un certain Dio, agrémenté d’une touche de modernité. Le morceau porte bien son nom, The Awakening, compte tenu que l’essentiel du propos semble faire écho au poème de Shelley. C’est l’éveil spirituel qui est mis de l’avant avec le constat que chacun est semblable, nous faisons partie d’un tout, alors nulle raison de s’entredétruire.
La deuxième pièce, Sacred Signs, poursuit dans la même veine. Avec un rythme un tantinet plus rapide conséquent à l’intégration de la pédale double, les mélodies sont encore aussi sublimes, les guitares se mariant parfaitement à la voix du chanteur. Je ne pourrais dire à quelle voix cela me fait penser… peut-être 3 Inches of Blood avec un peu moins d’agressivité et plus de mélodie. Ce morceau est dédié à ces moments particuliers dans la vie qui nous marquent pour l’éternité et qui colorent de façon définitive le reste de notre voyage sur Terre. Des moments que Carl Jung, psychologue analytique contemporain de Freud, a dénommé « synchronicité ». Des moments où une émotion, une pensée et un événement particulier semble parfaitement en phase, d’où le sentiment que ce moment est « sacré ».
Comme on pouvait s’y attendre, la troisième chanson de l’album, Penda’s Fen, s’en va exactement dans la même direction que les deux précédentes avec un soupçon de virtuosité supplémentaire. La composition mélodique est complexe et complète. Des solos entrecoupés de riffs et de roulements bien placés, le tout agrémenté d’une voix claire et limpide. Je dois mentionner qu’il est plutôt rare en matière de metal de pouvoir déceler la plupart des paroles, surtout lorsque l’album est dans notre langue seconde. Mais avec Dark Forest, c’est effectivement le cas. C’est la raison pour laquelle je peux dire qu’encore une fois, on est dans le thème de la spiritualité et de la quête de sens. Des passages comme « l hear the calling, something deep inside », « my mind is worthy to call myself a son, ou encore « to leave all the past behind and walk up to make a step » nous montrent sans équivoque le fond existentiel sur lequel s’appuie les trois premiers morceaux de cet opus.
Mais la lune de miel spirituelle ne saurait durer éternellement et l’adversité était prévisible. Elle apparaît immédiatement au début de la quatrième pièce intitulée Turning of the Tides qui commence particulièrement agressivement, manifestement en contraste avec les trois précédentes. « The skys are falling down on us » représente parfaitement l’esprit de ce morceau et de la progression de l’album. La vie est ainsi faite qu’après un moment relatif de gloire intérieure, la chute arrive inévitablement comme pour tester notre foi en la vie et en l’amour. C’est la noirceur, l’incertitude, l’espoir du changement. Dans ce morceau, on sent un peu mieux la présence de la basse qui, pendant le riff agressif du début, se fait entendre bien pincée, bien corsée avec ce passage contrasté empreint de distorsion lourde. Ce passage revient à deux reprises, une fois au milieu et une fois à la fin. La chanson se termine sur les paroles suivantes qui reviennent en boucle « Dream of the past, remembering who we are, dream of the time, when the sun will shine ».
Après la chute, c’est le moment de se relever dans ce cinquième morceau qui a pour titre: Rise Like Lions (notez le clin d’oeil à l’extrait du poème de Shelley encore une fois…). Poursuivant sur un rythme porteur d’un peu plus d’agressivité, on sent parfaitement la progression logique morceaux après morceaux. « Rise like lions, no, my fear we will not obey » illustre le leitmotiv de ce morceau qui se veut une tape dans le dos pour se relever de la précédente chute.
La sixième chanson aborde le thème de la mort et de l’immortalité. Le dernier souffle et l’espoir ou la conviction que quelque chose perdure à ce moment crucial. Immortal Remains ralentit le rythme et ramène l’aspect plus lent et mélodique propre à la première pièce de l’album. Ce morceau est cependant plus épique que le premier en ce sens qu’on y sent une certaine maturité, ce n’est plus simplement l’éveil, nous en sommes plutôt rendu à la transcendance. Transcendance dans la vie, transcendance de la mort et de nos limites en tâchant d’atteindre des sommets toujours plus élevés. Les aigus qui caractérisent les différents riffs et solos apportent cette petite touche de « hauteur » à ce sixième morceau.
L’ascension se poursuit avec Secret Commonwealth, septième pièce de The Awakening. S’inspirant du thème du Commonwealth (tout pays qui était une colonie britannique à l’époque impérialiste, comme le Canada par exemple), Dark Forest met l’emphase sur le sentiment de communauté secrète qui se dégage d’une personne qui s’est trouvée. Le sentiment particulier qui unit en quelques sortes les personnes qui ont fait des démarches personnelles et existentielles pour savoir qui elles sont réellement, en ayant très bien compris à un certain point que cette quête ne se termine jamais. Il y a cependant un moment particulier où un gap est franchi, et c’est à ce moment que ce sentiment de communauté se fait sentir avec les autres personnes qui l’ont vécu. Ne dit-on par ailleurs « qu’il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » comme pour signifier que cette communauté devrait en quelque sorte être accessible à tous mais qu’au final, elle reste secrète car la plupart des gens sont trop occupés à « réussir dans la vie » plus qu’à « réussir leur vie »?
Avant dernier morceau de l’album: The Last Season. Débutant avec des « triolets galopants », ce morceau nous amène dans un univers musical qui se confirme définitivement l’influence de Iron Maiden, tout en contrepoint comme la plupart des autres morceaux notamment. La nostalgie transpire dans cette pièce qui est une ode à un passé lointain, une époque à laquelle « on profitait encore pleinement de toutes les saisons » et était en contact bien plus intime avec la nature. Les paroles du refrain vont en ce sens: « Long ago, we live for every season, long ago we truly knew this pleasant land ».
Sons of England est le dixième et dernier morceau de The Awakening. L’album se termine sur une pièce en bonne cohérence avec les autres sur le plan musical. Aucun dépaysement, c’est plutôt une constance mélodique qui persiste jusqu’à la toute fin de l’album qui se termine au son de chants d’oiseaux et de cloches d’églises synthétisées pour qu’elles gardent un rythme constant, un peu artificiel cependant. Relativement au propos tenu dans cette finale, je m’avoue vaincu et incapable d’en saisir l’essence. En conclusion, je tire ma révérence à Dark Forest et je dis: bon travail!
Dr Light
by Caro Roy | Jan 30, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

El Drugstore
« Plague Ship »
Nefarious Industries
2013
Liste des pièces :
Tell Them I Said Something
Hipster Tits
Enthusiastic Corruption of the Public Good
Fascinating Underpants
By What Ill-Begotten Means Have You Procured This Meat
The Natives Are Getting Useless
Tokyo Assault
Wheel of Sadness
Pandemonium in the Bronx
Steakback
Si le but est de se détendre ou de décompresser, cet album est très peu approprié. Si toutefois vous cherchez à découvrir une musique disjonctée qui gardera vos oreilles tendues jusqu’à la fin, c’est l’album de prédilection. La formation instrumentale du New-Jersey, influencée entre autre par le groupe Dysrhythmia, est composée de 3 musiciens soit Rolando Alvarado à la basse, Kevin Conway à la guitare et Seth Rheam à la batterie. Formé d’un membre (Rheam) et d’un ancien membre (Conway) de la formation East of the Wall, El Drugstore semble avoir gardé certains aspects plus techniques de East of the Wall pour créer un album unique et différent. Le metal progressif du groupe est unique et mélange beaucoup d’influences diverses. La description qu’ils se donnent eux-mêmes, définissant leur genre musical comme du Instrumental Freak Attack, semble très appropriée. Avec Plague Ship, El Drugstore nous offre un album dissonant, chaotique et dérangeant. Le groupe réussi à capter notre attention en étant aussi très réfléchi, jazzy et technique. Les 45 minutes de l’album sont originales et ne mènent pas vers des patterns redondants d’une pièce à l’autre, passant par des moments plus ambiants, du picking de guitare plus space, des riffs pesants, beaucoup de nuances et d’autres moments intenses qui nous tiennent en haleine.
L’album débute avec Tell them I said something qui définit bien les couleurs de l’album avec des riffs dissonants et répétitifs, de sorte qu’on embarque presque dans une transe. La deuxième pièce, Hipster Tits nous fait voyager d’une atmosphère à l’autre, comme le groupe réussit à le faire tout au long de l’album, alternant entre un riff rapide et pesant pour ensuite tomber dans une atmosphère très spacieuse. La pièce Enthusiastic Corruption of the Public Good est un carnage auditif exquis, surtout vers la fin où l’intensité est très élevée et où le groupe nous démontre sa pleine capacité technique. Le groupe ajoute une touche d’humour à leur œuvre avec les titres originaux de ses pièces, comme par exemple Fascinating Underpants. Tout au long de l’album, El Drugstore mélange la folie et la technique, de façon ingénieuse et bien dosée, de sorte que l’écoute de l’album complet peut mener à la démence ou à l’internement… Je vous aurez au moins prévenu!
\m/ C@w0o0o \m/
by Stéphan Levesque | Jan 29, 2014 | Articles Divers/Primeurs/Annonces, Chroniques, Critiques, Critiques d'Albums, Les "Elles" du Métal

Lorsque l’on demande aux amateurs de musique de nommer un groupe de metal symphonique avec chanteuse, nous avons neuf chances sur dix d’obtenir Nightwish ou Within Temptation comme réponse. La raison en est fort simple, ces deux formations ont su combiner inventivité et accessibilité pour se gagner une légion de fans afin de s’imposer comme les plus gros canons de ce genre musical.
Si c’est l’évolution humaine de Nightwish qui a beaucoup fait jaser ces dernières années (deux changements de chanteuses dans des circonstances relativement controversées), c’est plutôt l’évolution musicale qui provoque des discussions chez les fans de Within Temptation en raison de la tangente de plus en plus commerciale prise par sa musique. Preuve irréfutable de ce virage, la page Facebook officielle du groupe indique que celui-ci se classe dans le style symphonic rock, alors qu’il est d’usage de classer Within Temptation comme étant un groupe de metal symphonique. La publication récente de Hydra, sixième album studio du groupe néerlandais, dont la critique vous sera proposée en fin de dossier, continue d’alimenter la discussion.
Les fans de metal doivent donc se poser la même question que les fans de rock progressif continuent de se poser depuis tant d’année au sujet de Genesis: Within Temptation progresse-t-il artistiquement ou a-t-il simplement vendu son âme de manière opportuniste au nom d’un carriérisme destiné à vendre le plus grand nombre d’albums possibles? Tout comme dans le cas de la troupe de Phil Collins et Peter Gabriel, la réponse à cette question n’est pas si simple. Afin d’y voir plus clair et d’élaborer sur la question, cette chronique des Elles du Metal s’attaque au cas Within Temptation en vous proposant, en deux parties, une discographie commentée de la carrière de ce groupe majeur.
Des débuts gothiques
C’est en 1996, sur les débris du groupe The Circle, qu’est fondé Within Temptation par le guitariste Robert Westerholt et sa conjointe, la chanteuse Sharon den Adel. Se joignent à eux le claviériste Martijn Westerholt (le frère de Robert), le bassiste Jeroen van Veen, le guitariste Michiel Papenhove et le batteur Dennis Leeflang (le premier de huit individus ayant tenu les baguettes chez Within Temptation).
À l’écoute de ce que le groupe produit aujourd’hui comme musique, il est surprenant de constater que son premier album, Enter, publié en 1997, est grandement imprégné d’une ambiance gothique. Enter est en effet un album typique de ce mouvement musical, misant sur les guitares lentes et lourdes et les ambiances mélancoliques, complété par ce mélange de vocaux clairs et de grunt, plus communément connu sous l’appellation « Beauty and the Beast« . Le rôle de Beast en question est tenu par Robert Westerholt, qui ne s’aventurera guère sur ce terrain dans les années futures (il reprendra ce rôle sur l’excellente Jane Doe, une chute des sessions d’enregistrement de Mother Earth, qui apparaîtra aussi sur une édition limitée de The Silent Force) et par George Oosthoek (ex-Orphanage), invité sur la pièce Deep Within et qui répondra de nouveau à l’appel en interprétant The Other Half (Of Me) paru sur The Dance, EP qui s’inscrit dans la continuité de Enter, lancé l’année suivante.
Sans innover, Enter est bien reçu par la critique et contribue à faire connaître Within Temptation chez lui, aux Pays-Bas. La plus belle qualité de ce dernier est qu’il sait combiner des éléments symphoniques que l’on retrouvera en grande pompe sur ses successeurs à des éléments gothiques similaires à ce que l’on retrouve chez des groupes comme Theatre of Tragedy ou Tristania. Malgré la présence de bons moments comme Restless et Candles (ce titre resurgira sur certaines rééditions de Mother Earth), Within Temptation ne fait pas preuve d’un talent ou d’une originalité particulier. Il faut donc approcher ce premier pas discographique pour ce qu’il est, c’est-à-dire la première brique d’un édifice dont l’architecture n’est pas encore bien définie.
L’explosion symphonique
L’année 2000 ne marque pas seulement un changement de siècle pour Within Temptation, elle s’avère surtout une [première] transformation de fond en comble de sa sonorité. Les claviers, discrets mais efficaces sur Enter, explosent sur Mother Earth. Fini les nappes ambiantes et le piano en accompagnement de la voix, Within Temptation passe au mode symphonique et s’affaire à reproduire un son qui se rapproche le plus possible de celui d’un véritable orchestre. Le résultat saute aux oreilles dès le début de l’album, la pièce-titre s’avérant une entrée grandiose et un brin pompeuse, caractéristique typique au metal symphonique. Ayant fait preuve de la belle étendue de sa voix sur le premier album, on constate aussi que les capacités vocales de Sharon den Adel seront utilisées à meilleur escient sur ce deuxième essai; si elle ne possède pas la puissance d’une Heidi Parviainen (Dark Sarah, ex-Amberian Dawn) ou d’une Lori Lewis (Therion), elle réussit à s’illustrer grâce à sa voix aigüe et claire et se retrouve destinée, en vertu de sa présence généreuse et charismatique et de ses tenues flamboyantes sur scène (la dame dessine elle-même ses robes), à devenir le visage du groupe.
Au Bénélux, Within Temptation se retrouve presque instantanément propulsé au rang de formation majeure en raison de la chanson Ice Queen – devenue depuis un classique de ce genre musical -, à la fois accrocheuse et très riche au niveau sonore, qui grimpe jusqu’au deuxième rang du palmarès aux Pays-Bas et au troisième rang en Belgique*. Transporté par ce titre, Mother Earth arrivera à se hisser au troisième rang des charts dans ces deux pays. Il faut dire que ce deuxième album ne manque pas de charme et de variété, mélangeant habilement les morceaux plus orchestraux (outre la pièce-titre et la susnommée Ice Queen, Deceiver of Fools, Caged et particulièrement The Promise sont tout aussi explosives) aux morceaux plus doux et relaxants, les très beaux Never-Ending Story, In Perfect Harmony et Our Farewell, ce dernier ayant été lancé en single mais n’ayant pas pu se faufiler dans les palmarès malgré toute sa joliesse.
En conséquence, ce deuxième album est presque généralement acclamé par la critique, Within Temptation parvenant à se tailler une place chez les grands. Ce dernier s’avère non seulement une réussite totale, mais également un album original, défricheur et innovateur. Si l’utilisation des claviers passe au premier plan, ces derniers ne sonnent en rien comme ceux des autres groupes du même style, confirmant que les Néerlandais possèdent un son qui leur est propre. Ce ne serait pas exagéré de prétendre que Mother Earth est un album fondateur dans le sens où une quantité indénombrable de jeunes groupes ont, depuis ce temps, tenté de reproduire – avec un taux de réussite variable – ce son énorme qui nous donne l’impression qu’on se retrouve en présence d’un véritable orchestre symphonique. Bref, Mother Earth est l’exemple sonore parfait de ce qu’est le metal symphonique.
Un léger vent de changement
Fort du succès de Mother Earth, Within Temptation sera très actif sur scène jusqu’en 2004, date de parution de son troisième album, The Silent Force. À la fin de 2001 deux changements majeurs d’effectifs se sont produits à l’intérieur du groupe: tout d’abord le remplacement de Martijn Westerholt par Martijn Spierenburg aux claviers, et ensuite l’arrivée de Ruud Jolie à la guitare en remplacement de Michiel Papenhove. Si ce dernier n’a pas été revu sur une scène depuis, Martijn Westerholt qui avait quitté Within Temptation en raison de problèmes de santé est depuis ce temps revenu à l’avant-plan en fondant Delain, un groupe dont le succès continue de croître, avec la chanteuse Charlotte Wessels.
Ce changement aux claviers marque une légère transformation de la sonorité du groupe. Même si Spierenburg, pas davantage que son prédécesseur, n’est crédité au chapitre de la composition, il est évident que le nouveau venu s’est amené avec sa propre palette, les claviers se faisant plus luxuriants et rappelant davantage une chorale qu’un orchestre. Celui qui s’attarde à cet aspect spécifique de la musique de Within Temptation constatera une sonorité plus ambiante, mais comme celle-ci est parfaitement contrebalancée par des guitares plus lourdes et une production remarquable, The Silent Force réussit à sonner plus « gros » que son devancier. Grâce à cet album, Within Temptation réussira encore à augmenter son audience et se hissera au top 5 dans le palmarès de quatre pays: #1 aux Pays-Bas, #3 en Finlande, #4 en Belgique et #5 en Allemagne.
La nouveauté la plus notable amenée par The Silent Force, c’est la simplification du propos. En effet, Within Temptation abandonne le format long qui lui a bien réussi depuis ses débuts (Restless, Candles et presque tous les titres de Mother Earth dépassaient les cinq minutes) et rend ses chansons plus potentiellement attrayantes pour la radio en raison de leur plus courte durée et de l’omniprésence de la voix de Sharon den Adel, les passages instrumentaux étant plus limités. Il ne serait donc pas erroné de prétendre que Within Temptation a, à partir du succès surprise de Ice Queen, tenté de reproduire cette formule afin de rejoindre un public plus large.
Malgré cette tentative, il serait toutefois erroné de qualifier The Silent Force de « commercial« , les compositions se faisant complexes dans leur ensemble (particulièrement See Who I Am et Forsaken, deux pièces très puissantes qui n’auraient pas déprécié la valeur de Mother Earth) et n’étant pas délibérément orientées vers la radio, malgré quelques incursions sur ce terrain avec Angels (top 10 aux Pays-Bas et en Finlande) et surtout avec l’incontournable Stand My Ground (un autre classique des Néerlandais, #1 en Espagne et #4 aux Pays-Bas). Reconnaissant le potentiel de cette dernière, Sony BMG l’inclura sur le pressage américain de The Heart of Everything afin d’inciter le public nord-américain à découvrir les trois premiers albums du groupe; Mother Earth et The Silent Force seront d’ailleurs lancés en édition américaine en 2008. Si le début du succès commercial de Within Temptation date de la publication de Ice Queen, c’est véritablement sur The Silent Force que l’on peut trouver les origines du virage des Néerlandais, ceux qui savent lire entre les lignes (ou entre les notes) pourront le constater.
En date de 2004, ayant publié trois albums, Within Temptation est parvenu à combiner habilement musique complexe et musique accrocheuse, lui ouvrant la porte à une popularité de plus en plus notable en Europe de l’Ouest. On peut donc affirmer sans se tromper que la formation s’est alors retrouvée face à un dilemme: revenir aux sources symphoniques et gothiques pour consolider le public en place ou tenter de rejoindre de nouveaux auditeurs (notamment sur l’énorme marché nord-américain) en faisant évoluer sa musique dans une autre direction. Au moment où se termine la première moitié de ce dossier, nous avons donc devant nous des musiciens qui sont conscients de leurs capacités à rejoindre un large public grâce à sa facilité de produire une musique riche et variée. Le mystère plane, quelle direction prendra Within Temptation?
*Les données énumérées dans ce dossier concernant les performances au palmarès sont tirées de Wikipédia.
Stéphan Lévesque
by Stéphan Levesque | Jan 29, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums, Les "Elles" du Métal


Tears of Martyr
« Tales«
Massacre Records
2013
Si je vous mentionne les Îles Canaries, vous pensez à vos prochaines vacances, n’est-ce pas? Toutefois, ici je ne vous parlerai pas de voyage mais bien de musique alors que je vous présente Tears of Martyr, une formation originaire de ces îles situées dans l’océan Atlantique à environ 1500 km des côtes du Maroc. Après avoir lancé son premier album, Entrance, en 2009, Tears of Martyr s’est fait connaître en tournant entre autres avec Epica et Draconian. Plus récemment, la formation maintenant installée à Madrid (les Canaries sont une possession espagnole) s’est produite avec Sorronia et Xandria pour présenter au public son nouvel album, Tales.
Pour les amateurs de comparaisons, Tears of Martyr évoque fortement deux formations néerlandaises: Epica et After Forever. On retrouve effectivement beaucoup d’éléments typiques de ces groupes bien connus, entre autre au niveau du style musical similaire suggéré, c’est-à-dire un metal symphonique très rythmé où l’on peut flairer des influences death. Cette comparaison est renforcée en raison de l’utilisation de la formule vocale beauty and the beast, soit l’imbrication d’une voix féminine claire avec une voix masculine gutturale. Vous comprendrez donc que Tears of Martyr ne réinvente pas le pain tranché (je vous le demande, qui innove encore de nos jours?) en utilisant une formule bien connue, mais le tout est livré avec efficacité et c’est ce qui compte.
Si la première pièce, The Scent No. 13th, est une entrée symphonique somme toute agréable mais conventionnelle, on se laisse pleinement entraîner dans l’album à l’écoute de l’extrait suivant, le « single » Golem; cette pièce réussit à synthétiser en quatre minutes ce que le groupe a de mieux à nous offrir, c’est-à-dire une musique chargée (la comparaison avec Epica prend ici tout son sens) bien agrémentée d’une partie plus calme afin d’installer une ambiance nuancée. Le mélange des voix y est agréable, le growl intense – mais jamais agressant – est bien exécuté par Miguel Angel Marques (il est aussi le guitariste) et se marie parfaitement à la puissante voix de Berenice Musa, qui en raison de sa richesse pourra nous rappeler Floor Jansen ou Tarja Turunen. On découvre ensuite sur la très belle Mermaid and Loneliness que Tears of Martyr sait jouer sur un autre tableau, celui des balades.
Jusqu’à présent, trois chansons, trois ambiances, et c’est là la principale force de cet album: la routine ne s’installe jamais en raison de la grande variété de la musique offerte tout au long de la quarantaine de minutes que dure le parcours. Afin de garder l’auditeur captif, les Espagnols alternent habilement entre des tempos rapides et lents d’une pièce à l’autre, l’insertion de la très belle interlude folk acoustique Ancient Pine Awaits entre deux morceaux plus musclés démontrant la réussite de cette dynamique. Cette dernière pièce vient également démontrer que Marques sait aussi faire preuve d’une belle retenue lorsque vient le temps de chanter de façon « normale ». Tears of Martyr se retrouve donc avec deux chanteurs à la voix souple, permettant de compléter leur variété musicale par une belle variété vocale, comme on peut ultimement le constater sur l’enlevante Of A Raven Born, pièce hautement symphonique ponctuée à la fois de chant de style opéra, de growl et de chant masculin conventionnel.
Tel que mentionné plus haut, Tales n’est pas un album révolutionnaire mais il s’affirme en raison de sa grande variété au niveau des compositions et de la qualité des musiciens et des chanteurs. La production, très claire, permet de distinguer toutes les composantes de la musique. Bref, tous les éléments sont réunis pour une écoute plus que satisfaisante.
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Azylya
« Sweet Cerebral Destruction«
Wormhole Death
2012
Vous est-il déjà arrivé, dans la vie, de penser que vous allez détester une personne pour ensuite l’apprécier fortement? En musique, la même chose peut se produire alors que certains signes nous indiquent que l’on écoutera un album une ou deux fois, pour la forme, et que finalement on se rend contre que ce dernier se retrouve régulièrement dans le lecteur CD car on s’y est attaché contre toute attente. C’est exactement ce qui s’est produit dans mon cas avec le premier album du groupe gothic belge Azylya, Sweet Cerebral Destruction.
Premier élément qui jouait contre l’album nommé ci-haut : le sujet. Sweet Cerebral Destruction, c’est l’histoire de la petite Ginger, presque sept ans, qui à la suite du décès de sa mère est abusée par son père. Ce dernier, pour éviter le scandale, fini par l’abandonner dans un hôpital psychiatrique, nommé Azylya, où règne une atmosphère de terreur et de violence. L’album raconte les tribulations de la jeune fille entre les murs de cet institution où il ne fait pas très bon vivre. Étant porté vers le côté positif des choses et voyant davantage la musique comme un vecteur de rêve, je n’étais pas a priori enclin à vouloir me concentrer sur un tel récit. Pourtant, l’adjonction d’un propos musical en parfaite symbiose avec la trame narrative rend l’écoute de l’album passionnante et on se surprend à se laisser embarquer dans l’histoire.
L’autre élément qui était susceptible de me repousser est la forte présence de growl. Force est toutefois d’admettre que cette composante est ici fort à propos, étant donnée la gravité du sujet abordé. L’histoire est si sombre que la voix de Yohann Gaucher, glauque et sinistre à souhait, – bien qu’enregistrée de manière trop « sale », ce qui peut être parfois agressant à l’oreille – s’avère une nécesssité et complète à merveille la voix fragile et émotive de Jamie-Lee Smit, l’auteure de l’histoire, qui sait exprimer de manière convaincante les peurs et angoisses de la petite Ginger. Vous comprendrez donc que Sweet Cerebral Destruction n’est pas un album conventionnel, c’est un tout que l’on écoute en s’imprégnant de l’ambiance de terreur bien portée par les interprètes, autant au niveau vocal que musical.
Si la complémentarité entre les vocalistes est remarquable, les musiciens ne sont pas relégués au second plan. L’aspect performance n’est pas mis en relief ici, – c’est très rarement l’objectif recherché par les groupes de gothic metal – les instrumentistes mettant leurs talents au service de l’histoire et de l’ambiance dégagée par celle-ci. Les claviers, entre autres, jouent un rôle particulièrement efficace dans la création de cette atmosphère inquiétante. La palette sonore de ces derniers est bien élaborée et l’utilisation judicieuse du piano ici et là contribue à donner une touche lumineuse à certains passages. Les meilleures pièces s’avèrent être Incest, qui avec son tempo lent en début d’album, installe l’ambiance, ensuite Electroconvulsive, pièce rythmée ponctuée d’une belle passe d’armes entre la guitare et le piano, et finalement Rise of the Wicked, à la conclusion plus douce qui nous laisse une touche positive en fin de parcours.
Au final, Sweet Cerebral Destruction s’avère être une belle fresque unitaire qui s’écoute sans ennui d’une seule traite; cet album est surtout une belle réussite pour un jeune groupe à son premier essai. Après avoir eu beaucoup de temps pour préparer son entrée, – les premières ébauches de l’histoire datent de 2007 – il sera intéressant d’entendre comment Azylya réussira à se surpasser maintenant qu’il a réussi à nous surprendre de belle façon et que certaines attentes se sont maintenant installées. La réponse nous viendra plus tôt que tard alors que le groupe est en plein processus de création pour son deuxième album qui, souhaitons-le, tombera dans les bacs d’ici la fin de la présente année.