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Dark Forest

« The awakening »

Cruz del Sur Music

2013

Je dois dire d’entrée que l’album dans sa globalité est fort intéressant. J’ai plutôt été agréablement surpris par l’aspect mélodique des différentes compositions. De plus le récit est constant et progressif, ne faisant pas particulièrement preuve d’originalité mais il se distingue surtout au niveau de son efficacité, partant du thème classique de la quête existentielle.

La première pièce, The Awakening, donne le ton. Précédée d’une introduction qui rappelle à la fois celle de Mc Solaar sur son album Cinquième As (à cause du son de signal radio) adjointe d’un extrait du poème Masque of Anarchy. Écrit en 1819 par Percy Bysshe Shelley, ce poème est une des premières déclarations contemporaines en faveur de la résistance non-violente (Henry David Thoreau et Mahatma Gandhi ont repris ce message par la suite) qui a fait suite au massacre commis par le gouvernement britannique sur son propre peuple, qui manifestait pour faire changer la façon de fonctionner du parlement en matière de représentativité. À cette époque, peu après les guerres Napoléoniennes, le peuple était particulièrement pauvre et affamé. Voici l’extrait sur lequel débute l’album:

Rise like Lions after slumber
In unvanquishable number,
Shake your chains to earth like dew
Which in sleep had fallen on you-
Ye are many — they are few

S’enchaîne ensuite un charmant morceau mélodique qui me rappelle un certain Dio, agrémenté d’une touche de modernité. Le morceau porte bien son nom, The Awakening, compte tenu que l’essentiel du propos semble faire écho au poème de Shelley. C’est l’éveil spirituel qui est mis de l’avant avec le constat que chacun est semblable, nous faisons partie d’un tout, alors nulle raison de s’entredétruire.

La deuxième pièce, Sacred Signs, poursuit dans la même veine. Avec un rythme un tantinet plus rapide conséquent à l’intégration de la pédale double, les mélodies sont encore aussi sublimes, les guitares se mariant parfaitement à la voix du chanteur. Je ne pourrais dire à quelle voix cela me fait penser… peut-être 3 Inches of Blood avec un peu moins d’agressivité et plus de mélodie. Ce morceau est dédié à ces moments particuliers dans la vie qui nous marquent pour l’éternité et qui colorent de façon définitive le reste de notre voyage sur Terre. Des moments que Carl Jung, psychologue analytique contemporain de Freud, a dénommé « synchronicité ». Des moments où une émotion, une pensée et un événement particulier semble parfaitement en phase, d’où le sentiment que ce moment est « sacré ».

Comme on pouvait s’y attendre, la troisième chanson de l’album, Penda’s Fen, s’en va exactement dans la même direction que les deux précédentes avec un soupçon de virtuosité supplémentaire. La composition mélodique est complexe et complète. Des solos entrecoupés de riffs et de roulements bien placés, le tout agrémenté d’une voix claire et limpide. Je dois mentionner qu’il est plutôt rare en matière de metal de pouvoir déceler la plupart des paroles, surtout lorsque l’album est dans notre langue seconde. Mais avec Dark Forest, c’est effectivement le cas. C’est la raison pour laquelle je peux dire qu’encore une fois, on est dans le thème de la spiritualité et de la quête de sens. Des passages comme « l hear the calling, something deep inside », « my mind is worthy to call myself a son, ou encore « to leave all the past behind and walk up to make a step » nous montrent sans équivoque le fond existentiel sur lequel s’appuie les trois premiers morceaux de cet opus.

Mais la lune de miel spirituelle ne saurait durer éternellement et l’adversité était prévisible. Elle apparaît immédiatement au début de la quatrième pièce intitulée Turning of the Tides qui commence particulièrement agressivement, manifestement en contraste avec les trois précédentes. « The skys are falling down on us » représente parfaitement l’esprit de ce morceau et de la progression de l’album. La vie est ainsi faite qu’après un moment relatif de gloire intérieure, la chute arrive inévitablement comme pour tester notre foi en la vie et en l’amour. C’est la noirceur, l’incertitude, l’espoir du changement. Dans ce morceau, on sent un peu mieux la présence de la basse qui, pendant le riff agressif du début, se fait entendre bien pincée, bien corsée avec ce passage contrasté empreint de distorsion lourde. Ce passage revient à deux reprises, une fois au milieu et une fois à la fin. La chanson se termine sur les paroles suivantes qui reviennent en boucle « Dream of the past, remembering who we are, dream of the time, when the sun will shine ».

Après la chute, c’est le moment de se relever dans ce cinquième morceau qui a pour titre: Rise Like Lions (notez le clin d’oeil à l’extrait du poème de Shelley encore une fois…). Poursuivant sur un rythme porteur d’un peu plus d’agressivité, on sent parfaitement la progression logique morceaux après morceaux.  « Rise like lions, no, my fear we will not obey » illustre le leitmotiv de ce morceau qui se veut une tape dans le dos pour se relever de la précédente chute.

La sixième chanson aborde le thème de la mort et de l’immortalité. Le dernier souffle et l’espoir ou la conviction que quelque chose perdure à ce moment crucial. Immortal Remains ralentit le rythme et ramène l’aspect plus lent et mélodique propre à la première pièce de l’album. Ce morceau est cependant plus épique que le premier en ce sens qu’on y sent une certaine maturité, ce n’est plus simplement l’éveil, nous en sommes plutôt rendu à la transcendance. Transcendance dans la vie, transcendance de la mort et de nos limites en tâchant d’atteindre des sommets toujours plus élevés. Les aigus qui caractérisent les différents riffs et solos apportent cette petite touche de « hauteur » à ce sixième morceau.

L’ascension se poursuit avec Secret Commonwealth, septième pièce de The Awakening. S’inspirant du thème du Commonwealth (tout pays qui était une colonie britannique à l’époque impérialiste, comme le Canada par exemple), Dark Forest met l’emphase sur le sentiment de communauté secrète qui se dégage d’une personne qui s’est trouvée. Le sentiment particulier qui unit en quelques sortes les personnes qui ont fait des démarches personnelles et existentielles pour savoir qui elles sont réellement, en ayant très bien compris à un certain point que cette quête ne se termine jamais. Il y a cependant un moment particulier où un gap est franchi, et c’est à ce moment que ce sentiment de communauté se fait sentir avec les autres personnes qui l’ont vécu. Ne dit-on par ailleurs « qu’il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus » comme pour signifier que cette communauté devrait en quelque sorte être accessible à tous mais qu’au final, elle reste secrète car la plupart des gens sont trop occupés à « réussir dans la vie » plus qu’à « réussir leur vie »?

Avant dernier morceau de l’album: The Last Season. Débutant avec des « triolets galopants », ce morceau nous amène dans un univers musical qui se confirme définitivement l’influence de Iron Maiden, tout en contrepoint comme la plupart des autres morceaux notamment. La nostalgie transpire dans cette pièce qui est une ode à un passé lointain, une époque à laquelle « on profitait encore pleinement de toutes les saisons » et était en contact bien plus intime avec la nature. Les paroles du refrain vont en ce sens: « Long ago, we live for every season, long ago we truly knew this pleasant land ».

Sons of England est le dixième et dernier morceau de The Awakening. L’album se termine sur une pièce en bonne cohérence avec les autres sur le plan musical. Aucun dépaysement, c’est plutôt une constance mélodique qui persiste jusqu’à la toute fin de l’album qui se termine au son de chants d’oiseaux et de cloches d’églises synthétisées pour qu’elles gardent un rythme constant, un peu artificiel cependant. Relativement au propos tenu dans cette finale, je m’avoue vaincu et incapable d’en saisir l’essence. En conclusion, je tire ma révérence à Dark Forest et je dis: bon travail!

Dr Light