Les « Elles » du Métal

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Depuis que j’écris pour Ondes Chocs, vous pourrez constater en faisant le tour de mes chroniques que je parle majoritairement de groupes européens. Ce constat s’établit en toute logique car le mouvement de métal avec chanteuses, s’il est loin d’être inexistant en Amérique, prospère plus particulièrement outre-mer. Conséquemment, j’éprouve toujours beaucoup de plaisir à découvrir des groupes nord-américains, prouvant que le genre de musique que j’aime tant se joue pas trop loin de chez-moi. Cette semaine, nous nous transportons donc au sud de notre frontière, plus précisément dans l’État aux mille lacs, le Minnesota, représenté ici par Heliosaga. – Stéphan

 

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Heliosaga

« Towers in the Distance« 

auto-production

2014

 

Formée en 2010, la formation s’articulant autour du guitariste/claviériste Damien Villareal avait lancé sur le marché le mini-album « Equinox » en 2011, avec à l’avant la chanteuse Christine Schas, avant de nous présenter une nouvelle voix, Chelsea Knaack, lors de la publication de [l’excellente] chanson « The Light of Ardor » au début de 2013. « Towers in the Distance » est donc le premier album longue durée du groupe qui se présente sous forme de trio, Villareal et Knaack étant renforcés par le batteur Jordan Ames. La basse est quant à elle tenue par Chad Novell qui détient le statut d’invité (avis aux musiciens, le groupe se cherche un bassiste, et aussi un guitariste pour pouvoir jouer des spectacles).

Avant d’écouter un groupe, je prends toujours le temps de lire un peu, afin de savoir à quoi m’attendre. Heliosaga se présentant comme une formation de power metal, je dois admettre avoir un peu froncé les sourcils. Oh, ne vous méprenez pas, j’apprécie le power metal, mais je suis bien obligé de me confesser que ce genre génère toujours dans ma tête des images très typiques associées à cette mouvance musicale: des chasses aux dragons, un martèlement incessant de double pédale à la batterie, des gobelins, un rythme effréné augmenté à grands renforts de mélodies pompeuses accompagnées de cinq chorales, et des épées bien tranchantes. Bien sûr, je caricature un brin car il y a des groupes du genre auxquels je me plaît vraiment à donner l’oreille (je pense aux Français de Kerion). Bref, si je suis ouvert au genre, Heliosaga doit définitivement passer par-dessus mes clichés pour me convaincre.

Dès le début de « A Tower so Tall« , je me rends immédiatement compte que je ne serai pas difficile à convaincre. Cette pièce d’ouverture, bien rythmée et menée par une batterie bien pesante, démontre l’habileté de Damien Villareal à fournir des mélodies qui accrochent, tout en ne tombant pas dans les clichés et la répétition. L’exécution musicale s’y fait solide, avec en prime un solo de guitare au centre de la pièce. Mon premier contact avec la voix de Chelsea Knaack s’avère également des plus agréables. Dotée d’une haute voix dans un registre très lyrique, la dame fait preuve de beaucoup de constance et de solidité. C’est d’ailleurs la voix qui vole la vedette sur « Scarlet Sphere« , où la mélodie est clairement transportée par la chanteuse, bien qu’encore une fois nous sommes en mesure d’apprécier les talents du leader à la six-cordes.

Les claviers se voient également donner la belle part. Si les solos à cet instrument se font plus rares, les sons mélodiques sont bien utilisés en renfort, comme on peut s’en rendre compte sur « Lost« , pièce au tempo rapide très symphonique, où plusieurs changements d’ambiance interviennent. N’ayant plus aucun doute sur la qualité des compositions, on découvre ensuite que Heliosaga peut très bien s’en sortir sur les chansons plus calmes: « Hideaway » se fait plus paisible et place à tour de rôle la guitare acoustique et les claviers en vedette, le tout magnifié avec brio par ce chant en état de grâce.

On repart ensuite sur les chapeaux de roues avec « To Heal All Wounds« , pour laquelle la batterie de Jordan Ames se fait solide et vivante et où les sonorités montrent également un penchant pour la musique de Kamelot. Si Heliosaga se définit d’abord comme un groupe de power metal, il ne fait aucun doute que les emprunts au métal symphonique sont fréquents, nous amenant à poser le constat à mi-chemin de l’album que ce groupe a vraiment évité les pièges du genre, offrant une musique colorée et variée. La deuxième moitié du disque s’amorce avec « Memorativa« , pièce centrée sur la guitare où l’on perçoit bien le support d’une chorale de quatre voix. Cette mini-chorale, présente sur toute la longueur de l’album, apporte une dimension supplémentaire à l’ensemble.

« Hunter’s Moon« , quant à elle, débute sur une note plus intimiste, avant de monter en intensité pour ensuite faire place de nouveau à un refrain sur un tempo plus lent. Cette pièce démontre encore une fois que Heliosaga n’est pas un groupe unidimensionnel et que sa musique joue sur plusieurs tableaux, comme en font foi la superbe montée vocale et le solo de guitare inspirés qui jalonnent la partie finale de la chanson. La prédilection pour le métal symphonique se fait aussi bien sentir sur « Edenscar« , chanson où claviers et voix en arrière-champ font merveille, tout comme le solo de guitare. D’ailleurs, seul cet élément constitue une donnée qui revient sur toutes les chansons; les amateurs de guitare ne s’en plaindront pas, d’ailleurs.

La batterie est de nouveau bien mise en évidence sur « Luminary« , où Jordan Ames contribue encore une fois à détruire mes idées préconçues sur les batteurs métal. En effet, celui-ci varie son jeu à merveille et même s’il mise beaucoup sur sa puissance, bien mise en évidence par la production, il ne fait pas que «piocher» sur les fûts. Finalement, comme c’est souvent le cas lorsqu’une chanson longue se retrouve sur un album, c’est celle-ci qui se retrouve à attirer davantage l’attention. Ainsi, « All Souls » vient clore le disque avec majesté, ultime preuve de la capacité de Damien Villareal de développer une idée musicale pour en faire un morceau dense et bien structuré. Encore une fois, toutes les forces de Heliosaga y sont bien exploitées, autant les ambiances bien supportées par les claviers, que la dextérité des musiciens et la voix mélodique.

Voici donc un groupe qui réussit, dès son premier album, à livrer un produit qui transcende les classifications et qui réussira sans aucun doute à plaire à plusieurs tranches d’amateurs de métal. « Towers in the Distance » se classera facilement parmi mes 4 ou 5 meilleures parutions de l’année, tous les ingrédients le composant tombant directement dans mes cordes: des mélodies solides bien placées en avant, une exécution instrumentale impeccable et un chant tout ce qu’il y a de plus plaisant à mes oreilles. Non, Heliosaga n’est pas un groupe power metal cliché comme d’autres, constatez-le par vous-mêmes…

 

 

 

Critique d’album: Decline of Faith – « Genetic Doom » (demo)

 

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Decline of Faith

Genetic Doom” (demo)

Self-Released/Independent

2014

 

Genetic, Not Generic…

DECLINE OF FAITH has all cylinders firing on maximum on their demo entitled, “Genetic Doom”. Short bursts of melodic Death Metal with some Hardcore elements make this a modern sounding demo with enough “torque” and rough terrain to satisfy many. Exploding out of Sherbrooke Quebec, the quintet aim to make a considerable impact on the local scene and beyond!

Fast and energetic, “Hate Harperor” immediately raises eyebrows with it’s rough mix while adding highly stylized guitar leads, courtesy of Joel Chartrand and Philippe Pellerin which really “pop”! “Integrity of Mind” also strikes a chord in much the same way; catchy rhythms and high speed solos abound that will no doubt mesmerize onlookers on stage.

Elsewhere, “Genetic Doom” also pummels, although here the sound quality on this particular cut sounds as though it was recorded live, making one wonder if each song was recorded at various times? Muddled and caustic with Emmanuelle Desbiens Dubois’s vocals having a thick echo, the cut ultimately loses some of its impact. Regaining the standard of most tracks, “Poisoned Prophets” picks up right where the sound should be, with a clear sounding and crushing execution along with the Thrash tinged “Repent for the Sins of God”.

Sherbrooke’s DECLINE OF FAITH doesn’t necessarily need a top notch production to showcase their penchant for furious, aggressive Melodic Metalcore as others have shown. “Genetic Doom” relies on the short, swift song writing that will translate well live and leave fans panting after every number! Though not always streamlined or consistent in the production, the demo goes a long way in demonstrating where the group’s affinity lies and what they’ll offer fans on a future full length. Not a bad start!

Standout Tracks: “Poisoned Prophets”, “Integrity of Mind

7.5/10

Chrismetalreviews Wheeler

Critique d’Album: Triptykon – «Melana Chasmata»

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Triptykon

« Melana Chasmata »

Century Media

2014

 

«Tree of Suffocating Souls»
«Boleskine House»
«Altar of Deceit»
«Breathing»
«Aurorae»
«Demon Pact»
«In the Sleep of Death»
«Black Snow»
«Waiting»

 

Après la fin tragique du légendaire groupe Celtic Frost en 2008, Thomas Gabriel Fischer concentra ses noires énergies créatrices dans la fondation de Triptykon, un projet qui continuerait sur l’héritage du dernier opus à vie de Celtic Frost, soit l’impressionnant «Monotheist» (2006) et son Gothic/Doom Metal aux atmosphères puissantes. La prime progéniture éjectée par Triptykon réalisa cette promesse de très belle façon avec le titanesque premier effort intitulé «Eparistera Daimones» et le EP «Shatter», tous deux sortis en 2010, qui présentaient une formidable mixture de Thrash, de Death et de Black Metal assemblés sur de solides bases Doom Metal avec des atmosphères sombres à fortes tendances gothiques. Un formidable alliage de pesanteur et de noirceur, donc, mais qu’en est-il cette année avec la sortie du second effort complet desdites terreurs suisses dénommé «Melana Chasmata»? C’est la question à laquelle votre humble serviteur tentera de répondre dans les prochaines lignes.

Tout d’abord, après avoir admiré la couverture de l’album ornée, sans grande surprise lorsqu’on connait les habitudes de monsieur Fischer, d’une œuvre du défunt HR Giger, un bref regard à la liste des pièces et leur durée permettra de constater la concision générale de ces dernières par rapport à celles constituant l’opus précédent. En effet, mis à part «Black Snow» et ses douze minutes passées, le reste des pièces se situe en deçà ou près des huit minutes ce qui laisse présupposer un souci d’efficacité, d’épuration des éléments superflus.

Cela nous est confirmé avec «Tree of Suffocating Souls» et son amalgame de motifs pesants de tempos moyens accrocheurs, efficaces et puissants tirant sur l’héritage plus Thrash Metal de Celtic Frost. Le groupe poursuit ensuite avec la lente et atmosphérique «Boleskine House» qui présente la facette plus résolument Doom et gothique du groupe. Celle-ci installe merveilleusement bien une atmosphère dépressive portée non seulement par les motifs de guitares et de basses dissonantes, mais aussi par la triple approche vocale présentée sur cet album : les déclamations claires graves de Thomas Gabriel Fischer (voix, guitare, programmation), les hurlements râpeux de V. Santura (guitare, voix) et les voix angéliques et éthérées de l’invitée Simone Vollenweider.

Avec deux pièces très différentes, mais tout aussi efficaces et puissantes, Triptykon met déjà cartes sur table. En effet, «Melana Chasmata» sera vraiment la suite logique de «Eparistera Daimones», présentant la même recette éprouvée tout en l’améliorant grâce à une efficacité accrue, tel un chef qui peaufine son plat classique pour épater des convives déjà conquis par la première mouture de ladite recette. Ainsi, «Altar of Deceit» et «Breathing» amènent l’album à des sommets de pesanteur avant que l’on ne soit subjugué par la délicieuse et gothique «Aurorae» qui marque le début d’une série de pièces plus axées sur une atmosphère oppressante, culminant avec les magnifiques «In the Sleep of Death» et «Black Snow», avant de se terminer en douceur avec l’ambiante «Waiting» et ses paysages sonores glauques.

Le contenu musical de l’œuvre est donc exceptionnellement puissant et efficace, mais cela pourrait être entaché par une production bâclée. Or, il n’en est rien! Effectivement, le travail de V. Santura et Michael Zech à la captation sonore, au mixage et au mastering est impeccable, magnifiant à la fois les atmosphères sombres et la performance de chacun des musiciens. Ladite production bénéficie notamment de la très forte présence des basses puissantes et vibrantes de Vanja Šlajh et d’un son de batterie extrêmement organique. Cela dit, les guitares sont aussi mises de l’avant avec un accordement abaissé et une distorsion ravageuse accentuant les motifs de plomb de Triptykon.

En somme, «Melana Chasmata» présente une œuvre musicale merveilleusement belle et complète, produite avec un soin méticuleux par un groupe possédant non seulement du talent, mais une expérience et un héritage impressionnant. Le tout représente donc un beau pas en avant pour Triptykon, même par rapport à leur excellent premier album, puisqu’il est ficelé de façon encore plus efficace et épurée. Cet album sera donc nécessairement à placer parmi les meilleures sorties métalliques de 2014 et est déjà un incontournable de ma liste de lecture quotidienne!

9,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Les « Elles » du Métal

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Kowai

« Dissonance »

production indépendante

2014

 

Quand vient le temps de jaser métal mélodique ou symphonique avec chanteuse, il ne fait absolument aucun doute que les Pays-Bas sont un terreau formidablement fertiles en groupes du genre. À preuve, le petit état d’Europe de l’Ouest nous a fait connaître les Epica, Within Temptation, Stream of Passion et autres Delain. J’arrête mon énumération ici car j’aurais pu étirer la liste encore et encore. En plus de nous envahir avec une grande quantité de formations, on peut surtout souligner que les productions néerlandaises sont souvent synonymes de qualité, autant musicale que sonore. Les attentes sont donc hautes envers Kowai, héritiers de cette lignée.

La première raison qui pousse nos attentes vers le haut: l’identité des producteurs de « Dissonance« , le premier album du groupe. Même si leur production est indépendante (donc, sans l’appui de maison de disques), Kowai s’est adjoint des personnalités bien en vue pour les seconder derrière les manettes: Joost van den Broek et Jeffrey Revet. Si le deuxième est surtout connu pour son rôle de claviériste de Stream of Passion et opère en parallèle un studio d’enregistrement, le premier est bien établi autant comme musicien (Sphere of Souls, After Forever et Star One) que comme producteur (Stream of Passion, Nemesea, ReVamp, Xandria, Mayan…). Bref, juste à la lecture du livret, en connaissant les antécédents des deux producteurs, on peut immédiatement avoir une idée de ce qui nous attend.

La conséquence de ces choix quant à la production est immédiatement perceptible. On se retrouve ainsi à tenir entre nos mains un produit particulièrement bien soigné, mettant en vedette tous les instruments avec un bel équilibre, le tout sonorisé avec une amplitude qui rend bien la puissance de la musique, particulièrement lors des passages plus musclés et plus consistants. Pas de surprise ici, il s’agit bel et bien d’un album néerlandais, qui non seulement offre une musique mélodieuse, mais dont les compositions sont poussées vers le haut par cette production claire et minutieuse.

Justement, arrivons-en, à la musique. C’est quand même ce qui fait toute la différence, en bout de ligne. Ici encore, nos oreilles savent que cet album vient des Pays-Bas. En effet, de tous les groupes que j’ai nommés en introduction, on en retrouve une petite pincée dans la musique de Kowai: des claviers symphoniques qui évoquent Within Temptation, le chant – autant féminin que masculin – qui nous renvoie à Epica, et des mélodies tantôt plus musclées, tantôt plus lisses et émotives, qui nous font alterner entre Delain et Stream of Passion. Vous comprendrez donc que l’originalité n’est pas la qualité première de Kowai, mais ce n’est pas une raison pour tourner le dos à cette première offrande qui ne manque pas de charme.

En fait, l’idée de condenser les particularités de tous les grands noms du métal néerlandais s’avère ici une force, dans le sens où tout est exécuté merveilleusement bien et que les fans de tous ces groupes y trouveront leur compte. Le chant de Laura van Nes vient immédiatement nous charmer, la chanteuse portant dans sa voix une attachante joliesse et une douceur dont les accents nous rappellerons à plusieurs reprises Simone Simons d’Epica, à la différence où la première ne s’aventure pas dans le territoire du chant d’opéra. Le guitariste Bertan Zwijnenburg prend occasionnellement place derrière le micro pour donner la réplique et amener un côté plus sombre à l’ensemble avec un chant guttural qui, sans être éclatant, contribue aux ambiances sans devenir envahissant.

Au niveau de l’instrumentation, ce sont surtout les claviers qui occupent la place du conducteur. Ceux-ci, très symphoniques, sont complémentaires à l’aspect vocal dans le sens où la paire chant/claviers sont en harmonie constante. Les guitares, sans voler la vedette, sont bien présentes et nous glorifient de belles envolées, plus mélodiques que rageuses. Les solos sur « Fallen Behind » et « Pride » nous en fournissent un exemple parfait: on ferme les yeux et on se laisse bercer par l’âme qui se dégage derrière l’exécution. La clarté de la production, mentionnée ci-haut, donne également à la section rythmique sa juste place.

Le son général et les compositions nous rappellent toutefois que les membres de Kowai semblent entretenir une certaine admiration pour Within Temptation. Les arrangements et sonorités jouent constamment dans les plate-bandes de leurs célèbres concitoyens. Les sons des claviers sur « Earth Below, The Promise » (ironiquement, une chanson de Within Temptation porte le même nom), la section centrale instrumentale de « Undisgraced » et les arrangements généraux de cette pièce, ainsi que l’introduction de « Ice Cold Sun » semblent directement sortis de l’album « Mother Earth« , pour notre plus grand plaisir lorsque l’on constate que la troupe de Sharon den Adel et Robert Westerholt semble s’être fortement détournée de cette orientation depuis quelques années. Ainsi, Kowai devient en quelque sorte le porteur d’une flamme qui, autrement, menaçait de s’éteindre.

Ajoutons à tout ça que le tout formé par les neuf compositions est bien varié, le groupe réussissant bien à jouer avec les tempos et le niveau d’énergie. Contrairement à plusieurs autres groupes du genre, Kowai réussit à apporter une belle intensité à ses pièces plus tranquilles, comme nous le prouvent « Pride » et la superbe « In Retrospect« , qui sont beaucoup plus que des interludes calmes pour faire le pont entre les pièces énergiques. La plupart de ces pièces énergiques sont davantage à classer dans un registre mid-tempo; les gens aimant le métal très rapide et rythmé ne sont pas les clients idéaux pour la musique du groupe. Ce sont surtout l’ambiance et la communication entre les instruments qui seront le point marquant du disque: « Yield« , en ouverture d’album, en offre une démonstration convaincante.

Ironiquement, les plus belles réussites de ce disque sont les pièces plus rythmées. Dans ce registre, « Man’s Downfall » se révèle le point culminant de l’album, avec une mélodie entraînante et un superbe duel entre la guitare et les claviers en plein centre de la pièce, où les instrumentistes s’en donnent à coeur joie avec de solides solos. Dans la même veine, « Ice Cold Sun » vient fermer le disque de belle manière. Plus longue chanson de l’album (6:21), celle-ci résume bien la musique de Kowai: compositions aux ambiances riches et variées, envolées habiles de tous les instruments et chant irréprochable qui, sans chercher à faire de la haute voltige, réussit largement à nous séduire.

Somme toute, il n’y a rien à redire sur ce premier album. La musique y est bien structurée, bien augmentée par une production qui place en avant tout ce que le groupe peut offrir de mieux. Kowai signe donc avec « Dissonance » une belle réussite et peut maintenant se pointer partout en étalant fièrement cette carte de visite. Maintenant, pour aller plus loin et devenir un leader de sa vague, le groupe devra trouver le moyen de se démarquer et de se doter d’une identité musicale plus personnelle. Les ingrédients sont réunis, le temps et la maturité se chargeront bien du reste, j’en suis sûr.

Stéphan

 

 

 

Critique d’album: Flying Colors – « Second Nature »

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Flying Colors

« Second Nature« 

2014

 

Le supergroupe américain Flying Colors en avait surpris plus d’un lorsqu’il a sorti son premier album éponyme en 2012. Constitué de Casey McPherson, Neal Morse, Steve Morse, Dave Larue et de Mike Portnoy, le groupe nous avait présenté un opus où plusieurs styles se mélangeaient, parfaitement à l’image de ses différents membres. La barre était donc haute et la table bien mise pour le deuxième album intitulé « Second Nature« , et Flying Colors a su livrer la marchandise avec brio!

Le titre « Second Nature« , en plus de la référence évidente au fait que c’est le deuxième album du groupe, reflète parfaitement la direction musicale empruntée. L’album est moins pop, et plus progressif que son prédécesseur. Bill Evans, qui est celui qui a eu l’idée de créer ce groupe, n’a pas été impliqué dans la production de cet album, contrairement au premier. Les cinq membres avaient donc le champs libre pour la direction musicale, et le naturel qui avait été un peu mis de côté pour le premier album est revenu au galop. On peut clairement sentir le style de composition de Neal Morse dans plusieurs chansons, et c’est loin d’être une mauvaise chose. Ce gars-là est une machine à composer des chefs-d’œuvre, et la source secrète à laquelle il s’abreuve semble inépuisable. Il prend également un peu plus de place au chant, en ayant plus de parties de lead et de back vocals. Mike Portnoy est également de la partie pour le chant, en occupant le même genre de petit rôle que sur le premier album.

Parlons maintenant des chansons. L’album commence et se termine par les deux chansons les plus progressives de l’album. « Open up Your Eyes » commence avec une longue intro qui met bien la table pour le reste de la chanson. Du « Neal Morse 101″. Alors qu’on pense que la chanson part dans une autre direction après le refrain final, elle se termine abruptement, ce qui vient contraster violemment avec son intro longue et articulée. « Mask Machine » est le premier single qui est paru il y a quelques semaines. C’est la chanson la plus pop de l’album, avec un bridge mystérieux au milieu qui est à mon avis un des meilleurs moment de l’album. « Bombs Away » possède un bon groove qui rappelle le bon vieux rock bien rétro, et la basse de Dave Larue claque à souhait. « A Place in Your World » est chantée principalement par Neal Morse, et on peut également y entendre Mike Portnoy. « The Fury of My Love, Lost Without You » et « One Love Forever » sont les chansons qui rappellent le plus le style du premier album, avec des mélodies accrocheuses qui restent longtemps dans la tête. « Peaceful Harbor » est la chanson la plus mollo et la plus lente de l’album. Bien qu’elle s’écoute bien, j’ai l’impression qu’elle aurait pu être un peu raccourcie. Pour finir en beauté, nous avons « Cosmic Symphony » qui est une chanson en trois mouvements. Le style de la chanson se démarque du reste de l’album, et la performance de Casey McPherson est très impressionnante. La chanson se termine sur des notes aux allures tritoniques qui viennent clore parfaitement l’album.

Je ne peux pas vous parler du livret et de tout l’emballage, car la copie promo que j’ai reçue était une version simplifiée. Je peux cependant vous parler de la couverture principale. Hugh Syme, qui a notamment travaillé sur plusieurs pochettes de Dream Theater dans le passé, a réussi à insérer plusieurs éléments très intéressants. Il y a d’abord le papillon coloré entre les mots « Flying » et « Colors« , qui rappelle à la fois le nom du groupe et le nom de l’album. Quoi de mieux qu’un papillon coloré pour rappeler des « couleurs qui volent » et une « deuxième nature », étant lui-même le résultat de la transformation d’une chenille. Il y a cinq montgolfières très colorées, rappelant sans doute les cinq membres du groupe. Il y a également deux éoliennes, qui doivent très certainement rappeler les deux albums du groupe. Fait intéressant à noter ici entre les montgolfières et les éoliennes: Le temps idéal pour voler en montgolfière est lorsqu’il n’y a pas ou peu de vent, ce qui vient contraster avec les bons vents requis pour faire fonctionner pleinement les éoliennes…

Flying Colors nous livre donc un deuxième album frais et inspiré. « Second Nature » est un album à la hauteur de toutes mes attentes, et c’est très certainement un des meilleurs albums de 2014. Le très grand fan de prog en moi est bien sûr satisfait de la nouvelle tangente prise par le groupe, ce fameux naturel qui est revenu au galop, mais c’est un album qui peut être pleinement apprécié pour la multitude de styles musicaux qu’il a à offrir.

Note: 9/10

Mathieu Audet

L’album sera disponible à compter du 30 septembre 2014.

Vidéoclip de « Mask Machine« , premier single de l’album.

 

Critique d’album: I Declare War – « We are violent people by nature »

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I Declare War

« We are violent people by nature« 

Artery Recordings

2014

 

Je me sens presque mal… je viens tellement de me faire doser de haine viscérale, j’en perd mes mots…

I Declare War, c’est un groupe de Deathcore de Seattle extrêmement brutal, technique et surtout ambiant. Une ambiance, sale, malsaine, remplie de noirceur. Quand je découvre un nouveau groupe, souvent je tripe raide au début (ou non) et mon enthousiame s’effrite au gré des chansons. Pas avec I Declare War. Plutôt le contraire. Sentant la malignité m’envahir de plus en plus à mesure que je découvre le groupe, j’y prends une sorte de plaisir noir et je suis rapidement charmé par la puissance de la rythmique. Des chansons courtes, efficaces, une véritable nuée de taloches faites par une grosse main de biker pas fins. Tu revoles loin, ça fait mal, mais l’adrenaline est dans le tapis. I Declare War, c’est cela.

Point de vue instrumentale, I Declare War c’est d’abord une rythmique solide, puissante, entraînante, sauvage même. Bon ok, peut-être un petit peu trop de breakdowns à mon goût, mais à peine. Car ils sont efficaces pour la plupart et rajoutent à l’ambiance malsaine de l’album. Aussi, les maintes variations de tempo aident à circuler dans leur monde de pure brutalité. Les guitares sonnent tellement grasses et toutes les chansons ont des mélodies désagréables de lead à l’arrière, apportant un inconfort simplement jouissif. Ça me rappelle un vieux groupe du Québec maintenant disparu, Insect. Pour ceux à qui ça pourrait rappeler quelque chose!

Et que dire de la voix… J’adore le mélange grasse, mid et aigue. J’ai un peu de difficulté avec la voix grasse et je dirais qu’il s’agit probablement du maillon faible de l’album. Manque de maîtrise des basses et trop de nez, comme une patate dans la bouche! Mais fuck, les mids et les aigües sont tout simplement sublimes! Un peu de harsh jeté ici et là font de cet album une très belle réalisation. Bon des fois les rythmiques vocales sont un peu cul-cul et simpliste mais… dans l’ensemble c’est très bien fait!

Donc en résumé, un très bon délice. Les pièces qui m’ont le plus accroché sont « Black Heart« , « The Bad Man » et la très très excellente « Blurred Vision« . Je conseille cet album à tous les fans de Deathcore brutal et malsain. Une bonne dose d’inconfort, de violence et d’excellence.

9/10

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