La débauche du samedi…Version Métal…

De Bernardino Parenzano (1494)

De Bernardino Parenzano (1494)

 

Je le précise d’entrée de jeu, il est extrêmement rare que j’aie un samedi de congé, hormis durant mes quelques semaines de vacances annuelles. Toutefois, quel ne fut pas mon bonheur de recevoir un congé inattendu de la part de mon patron samedi dernier, ce qui me permettrait d’aller écumer certains des nombreux évènements musicaux qui auraient lieu ce jour-là pour vous les rapporter avec mon enthousiasme métallique habituel.

Après un levé tardif en début d’après-midi, ma tigresse d’acier et moi nous ravitaillâmes tout en consultant l’horaire métallique de la journée pour choisir le ou les évènements incontournables de la journée. Aussitôt, notre choix se porta sur la venue d’Arsis au Dagobert, auquel participeraient, entre autres, les brutes locales d’Inextalis, très heureux et excités de faire partie d’un alignement axé sur la virtuosité. Cependant, nous ne pouvions pas non plus ignorer le deuxième jour du Québec Metalfest, organisé par le sympathique Fred End, à la Salle Unisson qui accueillait, à partir de l’après-midi, une panoplie de groupes de diverses déclinaisons du Métal. C’est donc avec plaisir que nous décidâmes de combiner les deux évènements dans une journée consacrée à la débauche métallique.

Tout d’abord, nous prîmes donc la direction de la Salle Unisson vers 14 h30 où nous fûmes agréablement surpris par la présence de quelques dizaines de métalleux à cette heure pourtant si précoce de la journée. Sur place, nous fûmes informés que le premier groupe de la journée, Metalord, avait annulé sa présence et c’était donc Phoenix In Flames de Trois-Rivières  qui s’exécutait sur scène avec un mélange réussi et efficace de Hard Rock et de Heavy Metal. Avec une présence scénique toute en assurance et un jeu d’ensemble cohérent, le groupe captiva l’attention des quelques spectateurs déjà festifs de l’endroit. Le tout me sembla avoir bien du potentiel avec la dernière pièce de leur tour de chant qui me rappela les Power-ballades très efficaces du groupe américain Iced Earth.

Après une courte pause, ce fut au tour de Crashing Lights de Québec de venir exécuter son Hard Rock/ Metal à saveur disons-le commerciale devant une salle curieusement plus vide que pendant la prestation du premier groupe. Pendant leur court passage sur scène, je découvris un groupe au talent certain avec une musique accrocheuse et dont l’accessibilité pourrait facilement être qualifiée de radiophonique, mais qui manque quelque peu d’originalité pour se distinguer de la masse des groupes du genre. Qu’à cela ne tienne, le groupe termina habilement son tour de chant avec une sympathique reprise de « (You Gotta) Fight for Your Right (To Party!) » des Beastie Boys.

Une autre petite pause et c’était maintenant à Rusted de Montréal de venir nous présenter son Hard Rock/Glam Metal tout droit sorti des années 1980 et de leurs joyeux excès. Le groupe écume les scènes depuis un bon moment déjà et c’est avec bonheur que je découvris le talent scénique du groupe pour la première fois. En effet, devant une foule modérée en nombre, mais très enthousiaste et compacte, le groupe nous livra une prestation endiablée et extrêmement énergique. La musique du groupe, conçue pour la scène et répliquant avec brio et efficacité tous les clichés du genre, sut faire lever la foule très festive qui en redemandait à la fin. Rusted atteint donc l’objectif difficile de vraiment réchauffer un public Métal en milieu d’après-midi!

Une autre pause et c’était maintenant non seulement à un changement de groupe auquel on aurait droit, mais aussi à un changement total de genre avec la montée sur scène du trio de Black Metal appelé Neurasthene, originaire de Québec. Aussitôt, le groupe nous attaqua avec sa musique sombre aux relents infernaux de Black Metal de la seconde vague et d’une certaine influence Thrash noircie des années 1980. Efficace, malsaine et dynamique, la prestation fut menée avec violence et efficacité par Fix (guitare et voix) et ses acolytes V20 (basse) et Gespeg (batterie). Ce fut donc un excellent moment de Black Metal et à en juger par les réactions intéressées des spectateurs, le groupe atteint pleinement son but.

Suite à la prestation de Neurasthene, ma délicieuse métalleuse et moi devions maintenant nous déplacer vers la Haute-Ville pour assister à la venue d’Arsis au Dagobert, organisée par District 7. Après un court ravitaillement au Snack Bar de la rue Saint-Jean, nous prîmes la direction de la Grande-Allée et de sa population superficielle pour arriver au Dagobert quelques minutes avant le début du spectacle à 19 h 10. Sur place nous bénéficiâmes de l’accès à la salle fourni gracieusement par Karl-Emmanuel Picard de District 7 (un gros merci!) et nous rencontrâmes immédiatement Stéphane Demers, photographe attitré à la soirée pour Ondes Chocs. Aussitôt, mon premier constat fut la très faible population de la salle, probablement un résultat de la concurrence d’une multitude d’évènements musicaux tenus à Québec ce jour-là, notamment celle du Festival Envol et Macadam, du Québec Metalfest XI et du Parkinson Blues entre autres. Après avoir pris le temps de saluer et de converser brièvement avec les membres d’Inextalis, Raft of the Medusa de Québec s’installa sur scène pour entamer les hostilités.

Avec un nom inspiré d’une célèbre tragédie maritime et du tableau «Le radeau de la Méduse» de Géricault qui en fut inspiré, le groupe a vécu beaucoup de changements de nom et de membres depuis ses débuts en 2010 avant que la formation ne se stabilise avec l’arrivée récente d’Anthony Caron au chant et de Xander D. Drouin à la batterie. Leur musique est un Deathcore influencé par The Black Dalhia Murder qui contient heureusement (pour moi) beaucoup plus de Death Metal que de «breakdowns» dont les groupes en suffixe «core» sont littéralement infestés par les temps qui courent. Sur scène, le groupe livra une très courte prestation extrêmement solide et intéressante sur le plan musical, peinant cependant à faire lever la mince assistance qui semblait endormie. Cela m’emmène malheureusement à souligner le caractère plutôt statique et réservé des musiciens sur scène qui n’arrangea rien à cet effet, hormis quelques interventions plutôt laconiques du chanteur pour souligner leur plaisir de se produire avec Arsis. En somme, ce fut une prestation honnête et intéressante sur le plan musical, mais le groupe aurait avantage à être un peu plus dynamique sur scène.

Après un très court entracte, c’était maintenant à Inextalis de prendre la scène d’assaut avec son Death Metal progressif aux multiples influences. Originaire de Québec, la formation composée de vétérans qui s’appuient sur l’héritage laissé par Amnesia dans les années 1990-2000, s’est taillée une place de choix sur la scène locale avec son excellent premier album appelé «Catatonic Universe» (2013) qui présente une musique variée et élaborée combinant Death Metal, Thrash Metal à des touches de Power Metal et même de Black Metal. Devant une foule toujours maigre, mais un peu plus énergique, le groupe entama sa vingtaine de minutes de prestation avec un dynamisme débordant et une puissance sans retenue. Le charisme débordant de Pascal «Dark» Gagnon (chant) et la performance mouvementée et précise d’Éric Bédard (guitare), Michaël Simard (basse) et Kevin Ouellet (guitare, chant clair) furent sans doute le meilleur moment de la soirée pour moi, ce qui allait se confirmer avec le passage des trois groupes suivant.

Une autre courte pause et c’était maintenant aux Californiens d’Exmortus de venir nous présenter leur matériel. D’entrée de jeu, j’avais mes réserves face à ce groupe qui semble susciter un engouement démesuré chez plusieurs métalleux. En effet, je les avais vus en première partie de Dark Tranquillity il y a quelques mois et bien que leur performance scénique endiablée et la virtuosité, disons-le, époustouflante de leurs guitaristes m’aient impressionné, leur Death/Thrash Metal néo-classique construite sur des solos afin d’exacerber seulement ladite virtuosité des guitares m’avait laissé plutôt perplexe. C’est très subjectif de ma part, mais je n’ai jamais été un fanatique de «guitar heroes», car leurs pièces sont souvent seulement des prétextes à la masturbation musicale plutôt que de vraies pièces musicales solidement construites sur un ensemble cohérent et efficace. Sur scène, le groupe fut encore une fois sans faille dans la livraison musicale de son matériel et très énergique, ce qui réveilla la foule peu nombreuse jusqu’ici très tranquille qui semblait époustouflée par Exmortus et maintenant mieux garnie. Quant à moi je fus peu diverti par les pièces qui finissent par toutes se ressembler puisqu’elles sont principalement composées de solos dans les mêmes gammes et de paroles très accessoires et à la livraison râpeuse très ordinaire de Jadran «Conan» Gonzalez (guitare et vocal) qui s’illustre plus, encore une fois, par ses solos. Tout comme les deux groupes précédents, leur prestation fut plutôt courte et s’acheva sous les acclamations de foule, ce fut donc tout de même une mission accomplie pour la bande de Whittier.

Suite à un autre très court entracte, c’était maintenant à Allegaeon, du Colorado, de venir nous présenter leur Death Metal mélodique/technique de facture très moderne et léchée. Ne connaissant le groupe que de nom et de genre, je fus impressionné par les prouesses techniques et les mélodies très particulières développées par le quintette. Les deux  guitaristes s’illustrèrent notamment par leurs motifs très originaux et le chanteur Ezra Haynes avec sa présence charismatique et sa façon de bouger très particulière. Le groupe nous fit aussi démonstration de son  humour particulier lorsqu’un membre de son entourage fit une apparition sur scène, vêtu d’un costume de crabe. La foule modeste sembla grandement apprécier la courte prestation du groupe. La seule critique que je pourrais faire à trait au jeu du batteur Brandon Park qui ne semble pas toujours suivre les mélodies développées par le reste du groupe et y va d’une approche un peu trop carrée et clinique à mon goût. En somme, ce fut donc une excellente prestation de la part d’Allegaeon dont je devrai découvrir la musique de manière plus approfondie.

Une dernière petite pause et un peu passé 22 h, Arsis commença son spectacle après une courte adresse de James Malone (guitare et voix) au public du Dagobert. Cela faisait plusieurs années déjà que j’avais vu Arsis en spectacle et j’étais heureux de revoir cette formation de Death Metal mélodique et technique qui m’avait tant impressionné jadis par son talent musical hors du commun. En effet, ce groupe s’était taillé une place enviable dans mes choix de métalleux, il y a dix ans avec l’album «A Celebration of Guilt» (2004) qui amenait un vent de fraîcheur sur un genre qui commençait à s’épuiser quelque peu. Cependant, le groupe avait opéré un changement assez discutable vers un son beaucoup plus accessible et mélodique avec «Starve For the Devil» (2010), un album que je n’avais pas détesté, mais qui eut une longévité limitée dans ma liste d’écoute. L’an passé le groupe nous revenait avec «Unwelcome» (2013) un album qui continuait dans la même veine que le précédent, tout en étant cruellement plus générique et remâché, c’est-à-dire un Detah mélodique infusé de Hard Rock des années 1980. C’est donc avec circonspection que j’accueillis la prestation d’Arsis qui nous gratifia d’une performance impeccable et impressionnante sur le plan musical, notamment de Shawn Priest derrière sa batterie et du virtuose en chef James Malone. Toutefois, je fus moins convaincu par la sélection de pièces du groupe qui laissa plusieurs de leurs meilleures pièces du passé de côté pour se concentrer sur leurs derniers opus plus génériques et ennuyants. Les spectateurs quant à eux semblèrent bien s’amuser en majorité quoique plusieurs d’entre eux restèrent assis dans les banquettes du bar sans broncher. Après un peu plus de cinquante minutes de prestation, le groupe dut se retirer de scène sous les acclamations de ses fanatiques vers 23 h pour laisser place à un spectacle de musique acoustique.

En somme, notre passage au Dagobert nous permit d’assister à un spectacle en dents de scie, dont Inextalis sorti gagnant à mon avis. En effet, malgré le professionnalisme et le talent musical indéniable de toutes les formations présentes pour ce spectacle, c’est eux qui brillèrent le plus pour moi avec le parfait mélange d’énergie, de talent et d’une sélection musicale très bien adaptée à leur court temps de scène. Je me dois aussi de noter la faible assistance qui me fit penser que le spectacle aurait pu être tenu dans une salle plus intime et plus adaptée aux goûts des métalleux que le Dagobert qui a une ambiance plus guindée et une configuration de salle compartimentée peu propice à une ambiance métallique. Enfin, il est tout à l’honneur de District 7 d’avoir invité deux groupes locaux sur ce spectacle, mais il est un peu décevant pour lesdits groupes d’être contraints de ne jouer qu’une vingtaine de minutes par un horaire de soirée très serré. Pour notre part, toutefois, la soirée n’était pas terminée et nous reprîmes la direction de la Salle Unisson pour assister aux dernières prestations du Québec Metalfest XI.

De retour dans ce lieu de débauche métallique par excellence environ quinze minutes après notre départ du Dagobert, nous pûmes constater deux choses:

1) L’ambiance était beaucoup plus survoltée qu’au Dagobert et la foule était plus nombreuse.

2) La soirée avait pris un bon retard et cela nous permit d’arriver justes avant le début de la prestation de Nordheim qui aurait dû avoir terminé à cette heure selon l’horaire prévu de la journée.

C’est donc avec joie que je pus assister à la prestation de Waraxe et sa bande dont les spectacles sont toujours aussi énergiques, puissants, comiques et festifs. Celui-ci ne fit pas exception à la règle pour le groupe de Folk Metal qui y alla toujours d’une représentation marquée par l’humour de son guitariste chanteur et la livraison solide et dynamique de ses titres tous plus festifs les uns que les autres. Le groupe qui nous présentait aussi un nouveau claviériste et qui ne figure pas encore sur leur page Facebook(?), termina sa courte prestation sous les acclamations des nombreux spectateurs qui en redemandaient. Le groupe dut toutefois tirer sa révérence pour laisser place à Kaotik.

Avec son Death Metal de la vieille école composé avec brio et interprété de manière on ne peut plus solide, la troupe de Québec suscita immédiatement les réactions positives des spectateurs éméchés. D’une efficacité redoutable, les pièces de l’album «Starving Death» (2012) et du nouvel opus fraîchement enregistré qui devrait être sorti dans les prochains mois firent mouche à tout coup devant un parterre très agité. La représentation du groupe fut si efficace et solide qu’elle sembla passer terriblement trop vite. Tellement, que lorsque Fred End monta sur scène pour indiquer au groupe qu’il ne lui restait de temps que pour une ultime pièce, un frisson de déception passa dans la foule qui en aurait désiré plus. Cependant, la soirée avait déjà pris beaucoup de retard et il restait encore les Torontois de Skull Fist au programme et un «after party» mené par Folk You, alors les membres de Kaotik n’insistèrent point et se retirèrent après ladite dernière pièce.

C’est donc à une heure où l’on ne soucie plus de quelle heure il est que Skull Fist firent leur apparition dans la salle, accompagnés de deux entités pornographiques, fantasmes masculins métalliques incarnés par une jolie blonde et une rousse incandescente. Avec leur Heavy/Speed Metal tout droit sorti des années 1980, le groupe provoqua encore une fois l’hystérie dans la salle avec ses pièces qui ont tout ce que les fanatiques de la vieille école du Metal souhaitent: Motifs de guitare entraînants, solos tranchants, chant haut perché et présence charismatique ultradynamique. Le tout fut donc hautement divertissant et l’ambiance dans la salle n’en fut qu’encore plus folle, si une telle chose est possible. Le groupe termina donc sa prestation peu avant 3h du matin devant une foule d’ivrognes complètement déchaînés dont certains avaient dépassé les 48 heures de brosse dans une salle à la température suffocante.

C’est donc avec le sourire fendu jusqu’aux oreilles que nous rentrâmes de cette journée dédiée à la débauche métallique avant «l’after party» prévu à l’horaire, puisque je devais rentrer au travail le lendemain matin. Le Québec Metalfest XI m’aura permis de constater à quel point certains lieux, comme la Salle Unisson, sont mieux adaptés que d’autres, tels que le Dagobert, pour permettre à une ambiance survoltée propice à une soirée d’éclate métallique de s’installer, malgré leur apparence moins attrayante que d’autres. De plus, cette soirée m’a confirmé une fois de plus que ce sont souvent les artistes locaux et les artistes plus souterrains qui donnent les spectacles les plus enlevants et les plus divertissants. En terminant, je désire remercier Fred End pour ce onzième Metalfest à Québec et Karl-Emmanuel Picard de District 7 pour l’accès au Dagobert pour le spectacle de Arsis.

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Critique d’Album: Valdrin – « Beyond The Forest »

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Valdrin

« Beyond The Forest »

Blast Head Records

2013

 

«A Drain In The River»
«Beyond The Forest»
«Rusalka Succubus»
«Serpent Willow»
«Impaled Visions Breed Within The Vines»
«Calling To The Canidae Horde»
«Through The Catacombs»
«Come Forth»
«Darkness as Black As Evil»
«Battles In The Medieval Sky»
«In The Vortex of Time-Relinquish Flesh»
«Forgotten Souls»

 

 

Des sombres contrées de Cincinnati en Ohio nous parvenaient, l’an passé, les échos du premier opus à vie de la formation de Black Metal mélodique Valdrin. À l’exception des membres composant la formation, très peu d’informations concrètes étaient disponibles sur ledit groupe et attiré comme je le suis par tout mystère, je décidai de consacrer des écoutes attentives à cet album intitulé sobrement «Beyond The Forest» pour en décortiquer le contenu et vous l’exposer. Voici donc une succincte revue de cet album complexe, surprenant et fort intéressant.

Tout d’abord, Valdrin présente sur cet album un Black Metal mélodique fortement teinté d’influences Death, Thrash, atmosphériques et païennes. À l’écoute, le groupe peinera à cacher ses maîtres spirituels tels que Dissection, Windir (voir la pièce finale intitulée «Forgotten Souls») et le vieux Dimmu Borgir avec l’emploi de claviers omniprésents et aux atmosphères grandioses. Si le tout en résultant est extrêmement cohérent, interprété avec brio et admirablement complexe, Valdrin ne s’illustre donc pas nécessairement par son originalité à tout casser, mais plutôt par son efficacité et la qualité de ses compositions. Ainsi, il faudra souligner la performance individuelle des musiciens qui s’illustrent par d’excellents motifs de guitare mélodiques, des solos puissants et une belle variété de structures rythmiques amenant de très belles dynamiques étalées sur plus d’une heure de musique. L’approche vocale privilégiée par le leader de la formation Carter Hicks (guitares, claviers et chant) est ici sans surprise, mais très bien exécutée avec un hurlement râpeux typique du Black Metal. De plus, le groupe parvient relativement facilement à générer des ambiances sombres rappelant encore leurs influences scandinaves du milieu des années 1990.

La production est généralement bien réussie, combinant à merveille clarté moderne et grain sale maléfique, mais on devra jouer un peu avec le volume des basses pour obtenir le plein potentiel du jeu de James Lewis (basse) enterré par des claviers un peu trop prédominants à mon goût dans le mix, une réverbération et un volume parfois exagéré du vocal qui, combinés à la longueur impressionnante de l’opus peuvent rendre son écoute entière un brin lourde. En somme, ce sera donc principalement la qualité des compositions du groupe, leur variété, leur exécution sans faille et leur côté mélodique accrocheur qui feront en sorte qu’on retournera à cet album avec appétit, plutôt que l’originalité ou une production à tout casser.

En conclusion, «Beyond The Forest» de Valdrin nous présente un groupe en pleine possession de ses moyens en matière de composition et de complexité musicale. Si quelques lacunes résident du côté de la production et de l’originalité, le tout n’en demeure pas moins une très belle découverte pour les amateurs de Black Metal mélodique qui reste fidèle à la tradition élaborée par les grands maîtres du genre dans les années 1990.

Pièces favorites : «Beyond The Forest», «Serpent Willow», «Calling To The Canidae Horde», «Darkness As Black As Evil», «Battles In The Medieval Sky» et «Forgotten Souls».

8/10

Louis-Olivier «Winterthrone» Brassard Gélinas


Sepulchral Prods – Entrevue avec Martin Marcotte

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Quinze années et quinze questions : Entrevue avec Martin Marcotte de Sepulchral Prods

Vendredi et samedi prochain aura lieu le festival «Quinze années sépulcrales» au Théâtre Plaza à Montréal, célébrant le quinzième anniversaire de l’étiquette québécoise dédiée au Black Metal, Sepulchral Productions. Dans ce contexte, je vous présente aujourd’hui une entrevue écrite que j’ai menée avec Martin Marcotte, l’homme derrière cette étiquette. Cette entrevue traite bien sûr de l’histoire de Sepulchral Productions, mais aussi des débuts du courant Black Metal au Québec et du passé de notre protagoniste au sein de groupes pionniers tels que Frozen Shadows et Tenebrae.

Bonne lecture!

-Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

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Louis-Olivier «Winterthrone» –  Avant de plonger dans l’exploration de ton implication en arrière-scène avec l’étiquette Sepulchral Prods que tu as lancée en 1999, j’aimerais reculer plus loin dans le temps pour retracer les origines de ton intérêt pour le courant Black Metal. Tout d’abord, tu as fait ton apparition sur la scène Black Metal au sein de Tenebrae vers 1993 en tant que vocaliste et ensuite avec Frozen Shadows en 1995 en tant que vocaliste à une époque où ce courant était encore extrêmement marginal et très peu connu en Amérique du Nord et donc au Québec. J’aimerais donc que tu retraces pour nous l’historique de ton intérêt envers le Metal en général et plus particulièrement comment tu en es venu à découvrir le courant Black Metal et à en devenir un disciple pratiquant?

Martin MarcotteMon intérêt pour le métal remonte à mes dix ans, lorsque j’ai entendu «Number of the Beast» d’Iron Maiden. Une véritable révélation. Avant, je n’étais pas particulièrement intéressé par la musique parce que ce que j’avais entendu ne me rejoignait pas, mais tout a changé à partir de ce jour!

Pour ce qui est du Black, j’ai en fait découvert le courant avant l’explosion norvégienne en fait. Je me souviens avoir échangé un vinyl de «Reign in Blood» de Slayer contre le premier de Bathory lorsque j’avais 14 ou 15 ans, et c’est là que tout a commencé. Je n’avais jamais trop accroché sur Venom, que je trouve très surévalué même à ce jour, je sentais le manque de sérieux dans leur démarche, la caricature. Bathory, c’était complètement autre chose, ça suintait le mal.

Bien entendu, à cette époque, le Black Metal, c’était quelque-chose de rare vu le peu de groupes qui jouaient ce genre de musique, c’était surtout le Thrash, et ensuite les débuts du Death Metal, qui occupaient le haut du pavé. Tout s’est ensuite accéléré en Scandinavie, comme tout le monde le sait désormais. Pour ma part, j’ai fondé mon premier groupe avec des amis en 1991, Necromancy, mais nous n’avons jamais fait autre chose que pratiquer et essayer de monter quelques morceaux sans grand succès. Tenebrae et Frozen Shadows ont suivi par la suite.

 

LOW –  Toujours dans la même optique, pourrais-tu nous expliquer quel était l’état de la scène Metal marginale à l’époque? Plus précisément, comment le Black Metal a commencé à faire sa place au Québec dans cet univers qui fonctionnait avec l’échange de cassettes bien avant l’arrivée d’internet et quels étaient les lieux où les premiers rituels Black Metal eurent lieu dans la Belle Province? Quel était l’accueil réservé aux toutes premières formations du genre?

MM : Marginal, c’est le mot pour décrire la «scène» black de l’époque. Il n’y avait qu’une poigné de personnes ici qui connaissaient ce genre, ceux qui faisaient du «tape-trade» ou qui achetaient des fanzines!

J’ai souvent raconté à mes proches une histoire qui décrit bien à quel point personne ici ne connaissait le Black: au spectacle de Deicide pour « Legion« , à Montréal, la personne en charge de la musique a fait passer, entre des morceaux de groupes Death, « Kathaarian Life Code » de Darkthrone. Personne dans la salle ne comprenait ce qui se passait! Voyant que je savais manifestement ce qui était en train de jouer de par ma réaction, des gens sont venus me demander ce que c’était, et quand j’ai répondu Darkthrone, des gens ayant entendu leur premier m’ont dit «ben voyons, c’est pas Darkthrone! Du Black Metal? C’est quoi ça?»

Les premiers spectacles de Tenebrae, c’était la même chose. À part les rares personnes qui connaissaient le Black, les gens ne savaient pas comment réagir. Le dernier spectacle que j’ai fait avec le groupe, nous ouvrions pour Cryptopsy et nous avions fait une entrée en toge noire flanqués de deux disciples qui portaient des torches, avec bien entendu des clous, des ceintures de balles et du corpsepaint. Les gens n’avaient jamais vu ça et ne semblaient pas trop comprendre ce qui se passait sur scène!

 

LOWPourrais-tu nous relater le contexte de ton passage de Tenebrae à Frozen Shadows ainsi que le début de cette formation qui allait vite devenir légendaire au sein du Black Metal québécois? Quelles étaient les impulsions et influences à l’origine de la musique de Frozen Shadows?

MM : En y repensant, fonder Tenebrae avec les autres membres qui en faisaient partie a probablement été une erreur. Pas nécessairement d’un point de vue musical, je suis fier de ce que nous avons accompli sur le démo «Serenades of the Damned» en 1994, mais plutôt d’un point de vue idéologique. Dans mon empressement à fonder mon groupe de Black, je me suis entouré du peu de musiciens qui étaient ouverts à jouer de ce genre de musique, même si ceux-ci ne saisissaient pas du tout l’état d’esprit lié à cette musique.

J’étais le seul qui vivait pleinement ce style de vie, pour utiliser une image devenue complètement clichée aujourd’hui, et ça créé beaucoup de frictions au sein du groupe. Je voulais lancer des lames de rasoir dans la foule en spectacle, les autres trouvaient ça trop extrême. Je soutenais les actions des groupes norvégiens, eux ne trouvaient pas ça cool. Je voulais que le groupe devienne plus radical, eux étaient bandés sur le premier album de Cradle of Filth. Album qu’ils ont d’ailleurs fort maladroitement essayé d’imiter après que j’ai quitté le groupe! Bref, ça ne fonctionnait plus entre moi et les autres membres du groupe, donc quand j’ai rencontré les membres avec qui j’ai fondé Frozen Shadows et que j’ai vu qu’eux aussi étaient sérieux dans leur approche du Black, j’ai quitté le navire.

Frozen Shadows, c’était la haine, la violence et la noirceur à l’état pur, et ça me convenait beaucoup mieux. Il n’y avait qu’un but avec le groupe: repousser les limites. Nous voulions faire la fusion entre ce qui se faisait de plus sombre dans le Black, les groupes comme Emperor qui lorgnaient sur le côté symphonique, et ce qui s’y faisait de plus brutal.

 

LOWFrozen Shadows est rapidement passé en studio pour enregistrer sa première démo intitulée «Empires de Glace» en 1996, une époque pas si lointaine où les moyens d’enregistrements étaient plus difficilement accessibles qu’aujourd’hui. Peux-tu nous relater comment se déroula l’enregistrement de ce premier opus, ainsi que l’évolution qu’il y a probablement eu entre l’enregistrement de celui-ci, votre premier album «Dans les Bras des Immortels » (1999) et «Hantises» (2004)?

MMEffectivement, les moyens d’enregistrements à l’époque n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui! Pour «Empires de Glace», c’est beaucoup plus dans une cave humide d’un immeuble à moitié désaffecté que dans un studio que ça s’est passé. Un vieux 8 pistes, une journée et demie et c’était réglé. Tout était fait «DIY», jusqu’aux livrets de cassettes que nous collions et plions nous-même avant de les envoyer!

Nous étions (et sommes toujours) très satisfaits de «Empires de Glace», par contre nous trouvions que le résultat final n’était pas aussi extrême que ce que nous voulions faire, et c’est dans cette optique que nous avons composé «Dans les Bras des Immortels», ou tout était encore plus rapide et malsain. Pour l’enregistrement, nous avons cette fois été dans un studio qui en méritait pas mal plus l’appellation, et nous avons beaucoup plus peaufiné l’enregistrement et le mixage de l’album. C’est d’ailleurs au même endroit que nous avons enregistré «Hantises», mais les grandes avancées dans les techniques d’enregistrement ainsi que le fait que le propriétaire avait acheté de l’équipement plus poussé entre les deux sessions durant ces cinq années ont fait en sorte que le résultat était beaucoup plus «pro» sur « Hantises« .

 

LOWLa fondation de Sepulchral Prods coïncide avec l’année de la sortie du premier album complet de Frozen Shadows. Est-ce que l’impulsion principale de la création de l’étiquette était justement la distribution et la promotion de la musique de Frozen Shadows ou est-ce qu’il y avait déjà l’idée de quelque chose de plus large, d’une étiquette qui pourrait faire avancer le courant Black Metal au Québec? Peux-tu nous relater l’historique des débuts du label et comment a t’il pris son envol au tout début?

MMAu tout départ, Sepulchral Productions se voulait surtout un véhicule pour Frozen Shadows, et aussi une «distro» en bonne et due forme. J’avais déjà en fait une distro auprès de gens que je connaissais grâce aux échanges que je faisais pour le démo du groupe, mais lorsque j’ai décidé de m’occuper de la production de «Dans les Bras des Immortels», j’ai voulu rendre la bête plus concrète, la baptiser en quelque-sorte. C’est donc en juillet 1999 que Sepulchral Productions est née.

À la base, je n’avais pas nécessairement la vision de soutenir le Black québécois, en fait je trouvais le peu de scène qu’il y avait ici merdique à l’époque et je ne me gênais pas pour le dire ouvertement! L’étiquette était surtout tournée vers l’étranger à l’époque, c’était strictement un moyen de distribution de Frozen Shadows vers l’extérieur. J’avais déjà établi les bases d’un réseau de distribution avec la diffusion de « Empires de Glace« , donc je n’ai fait que poursuivre le travail quand Sepulchral Productions a vu le jour. Comme le premier album de Frozen Shadows a en général été très bien accueilli, j’ai pu rapidement me faire d’autres contacts chez des étiquettes plus grosses, donc tout s’est assez bien déroulé en fait.

 

LOWÀ ma connaissance, après la parution du premier album complet de Frozen Shadows et la parution d’une compilation intitulée «Waging The War» en 2001, si je me rappelle bien, l’étiquette a été mise en dormance pendant une période relativement longue lorsque Frozen Shadows préparait son second album intitulé «Hantises» qui avait finalement été sorti sur l’étiquette française Holy Records, si je ne m’abuse. Est-il possible de savoir pour quelles raisons cet album n’avait pas été pris en main par Sepulchral à l’époque?

MMExact, normalement, «Waging the War» se voulait le prélude à d’autres sorties en 2001 et 2002 mais, pour diverses raisons, ces sorties ne se sont pas concrétisées. Ensuite, c’est surtout pour une raison de temps que j’ai suspendu les activités de l’étiquette. Pas vraiment suspendu en fait, je continuais à assurer la distribution de «Dans les Bras des Immortels» et de «Waging the War», mais j’avais décidé de ne rien ajouter d’autre à mon carnet de charges. Travail, préparation de l’album «Hantises», études universitaires, je n’avais tout simplement pas le temps de faire plus pour Sepulchral Productions. C’est un peu pour cette raison aussi que nous avions décidé de signer sur Holy Records: je savais que je ne pourrais pas, à ce moment précis, prendre en charge la diffusion et la promotion d’un nouvel album.

 

LOWAprès l’hiatus précédemment évoqué, les choses se sont précipitées pour Sepulchral Prods à partir de 2006 avec la sortie de «Métal Noir Québécois», premier album de Forteresse, bientôt suivi par une myriade de projets Black Metal québécois. Sur le site internet de Sepulchral Prods il est mentionné que la scène québécoise commençait enfin à produire des groupes Black Metal intéressants. Comment expliquer un tel bourgeonnement soudain pour Sepulchral Prods et la scène Black Metal québécoise plus de 10 ans après la vague déferlante du Black Metal scandinave? Si on revient à mes questions du début, quels changements sont intervenus dans la scène entre tes premiers faits d’armes comme jeune musicien Black Metal dans les années 1990 et le milieu des années 2000 pour permettre une telle éclosion?

MMC’est une très bonne question! Si tu m’avais dit, quand nous avons envoyé promener la scène Black du Québec sur notre premier démo, qu’une dizaine d’années plus tard, elle exploserait et qu’elle deviendrait reconnue à travers la planète, j’aurais probablement éclaté de rire!

En fait, je crois que la scène québécoise a commencé à évoluer dans le bon sens lorsqu’elle a commencé à prendre conscience de son caractère québécois justement. Quand j’ai quitté Tenebrae, il était clair dans ma tête que Frozen Shadows, même si le groupe n’a jamais chanté uniquement en français, allait célébrer le fait français en Amérique à sa façon. Titres de démo et d’albums en français, chansons en français, message sans équivoque sur notre premier album quant à notre allégeance au Québec, notre message détonait avec celui des autres groupes d’Amérique du Nord, et c’est à ce moment que les gens de l’extérieur ont graduellement pris conscience que la scène d’ici était différente de celle du Canada. Ensuite, au tournant des années 2000, des groupes comme Akitsa et un peu plus tard Nordmen et Brume d’Automne ont commencé à chanter exclusivement en français, et je crois qu’ils ont influencé à leur manière une autre vague de groupes comme Monarque, Sombres Forêts et Forteresse qui en étaient à leurs débuts…

 

LOWAssez rapidement, la collaboration avec des artistes considérés du « Métal Noir Québécois » comme Forteresse, Monarque, Gris et Sombres Forêts s’est révélée fructueuse comme en témoigne le nombre et la qualité des sorties effectuées à partir de 2006. Bientôt, Sepulchral s’est retrouvé à signer des groupes de l’étranger tels que Borgne, de la Suisse qui sont récemment passés en tournée au Québec et The Stone, de Serbie. Comment cette expansion internationale est-elle arrivée et quelles possibilités cela a-t-il ouvertes pour l’avenir? Est-ce un filon que Sepulchral Prods désire continuer à explorer à l’avenir où tout simplement le fruit de coïncidences heureuses?

MMBien entendu, il est naturel pour moi et Sepulchral Productions de collaborer avec des groupes québécois en priorité, par contre je n’ai jamais fermé la porte aux groupes de l’extérieur. Pour ce qui est de Borgne, ils viennent combler en moi un besoin auquel la scène québécoise actuelle, malgré toute l’affection que je lui porte, ne peut pas répondre: celui de la violence et de la claustrophobie extrême. C’est bien connu, la scène d’ici se démarque surtout par sa mélancolie ou son caractère épique, les groupes qui «t’arrachent la face», pour utiliser une expression bien de chez nous, sont loin d’être légion ici. Je voulais un groupe plus primal, plus visqueux, et j’ai trouvé en Suisse. Même si le groupe a légèrement poli son approche sur ses deux derniers albums, il reste suffocant au possible et en spectacle, il génère un mur de son d’une intensité que j’ai rarement entendue. The Stone, c’est le groupe qui m’a contacté en fait pour des ressorties, et ayant suivi le groupe depuis ses débuts, il m’a fait plaisir de collaborer avec eux. Pour ce qui est de l’avenir, ça dépendra des occasions qui se présentent!

 

LOWAvec de nombreuses sorties extrêmement intéressantes et des groupes de qualité enviable, la scène Black Metal québécoise commence tranquillement à faire sa niche à l’international. Forteresse et Sombres Forêts ont d’ailleurs pu l’an passé réaliser un rêve de bien des artistes musicaux de chez nous, soit faire une tournée en Europe. Quel a été le travail à réaliser pour qu’un tel évènement soit possible? Quelle a été la réaction des fanatiques européens aux rituels de ces fleurons de notre scène? Y’a-t-il des projets du même acabit dont tu peux nous parler pour d’autres groupes québécois de ton étiquette?

MMEn fait, la première excursion du genre revient à Monarque, en 2011. Organiser une tournée, c’est évidemment beaucoup de travail, mais au final les trois expériences ont été hautement satisfaisantes. Les deux premières tournées (celle de Monarque et Forteresse) se sont articulées autour du festival « Under the Black Sun » en Allemagne, qui tenait absolument à avoir les groupes sur leur affiche, il fallait donc trouver d’autres dates autour du festival (6 dates au final pour Monarque et 9 pour Forteresse). Pour ce qui est de Sombres Forêts l’an dernier, le tout a pris la forme d’une tournée estivale de 14 dates dans 7 pays (France, Suisse, République Tchèque, Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas).

Les gens d’ici qui ne sont jamais allés en Europe seraient étonnés de voir à quel point les gens de là-bas sont fervents des groupes Black québécois. Des gens se déplaçaient même d’autres pays pour voir des spectacles, comme un groupe de Russes qui sont venus de Moscou pour voir Sombres Forêts en Allemagne l’an dernier! Les groupes ont fait un tabac lors des spectacles, les gens ont acheté beaucoup de marchandise, on me posait des questions sur des groupes signés sur Sepulchral Productions mais aussi sur des groupes comme Akitsa, Chasse-Galerie et Csejthe qui ne sont pas sur l’étiquette. Bref, les fans savaient ce qui se passait ici et étaient vraiment mordus des groupes. Je me souviens d’un Allemand qui m’a dit l’an dernier, dans un anglais très approximatif: «Three years. Three years you come with bands from Québec. Three years it’s the best fucking show of the year!»

 

LOW Depuis 2011, « La Messe Des Morts« , organisée annuellement au mois de novembre par Sepulchral Prods, s’est illustrée comme le seul festival d’envergure internationale consacré entièrement au Black Metal en Amérique du Nord. Plusieurs artistes légendaires qu’on ne pensait jamais voir sur scène au Québec se sont déplacés à Montréal, bien souvent pour un seul spectacle, ce qui implique des coûts et une logistique qui est sûrement extrêmement lourde. Par exemple, l’an passé, l’édition III regroupait des artistes internationaux tels que Taake, Tsjuder, Horna, Sargeist, Baptism, Throne of Katarsis, Belenos, Ptahil et Demonic Christ aux côtés de groupes locaux sur trois jours aux Katacombes et au Théâtre Plaza. Comment la réalisation et la répétition d’un tel rêve de fanatique a t’elle pu être possible? Que peut-on espérer pour l’édition IV? Est-ce que tu peux nous révéler des primeurs?

MMÇa faisait quelques temps déjà que je caressais le projet d’organiser un festival dédié au Black Metal, et c’est en assistant au « Under the Black Sun » avec Monarque que j’ai finalement décidé de me lancer. Aussitôt revenu au pays, j’ai commencé à travailler sur la première édition, qui mettait en vedette Absu, Inquisition, Angantyr, Glorior Belli et la crème des groupes québécois, et comme la réponse a été excellente, j’ai décidé d’en faire une tradition annuelle. Bien entendu, organiser un festival du genre ici implique beaucoup de travail et d’organisation, et est aussi très coûteux, surtout à cause du coût des billets d’avion qu’il faut défrayer pour les groupes étrangers, mais en même temps, pour nous, le festival vaut bien tous ces sacrifices! C’est encore un peu tôt pour moi de parler de « Messe des Morts IV » pour la simple et bonne raison que nous commençons à peine à travailler dessus, ayant auparavant consacré nos énergies au festival « Quinze années sépulcrales« , qui célèbre les quinze ans de Sepulchral Productions

 

LOWLe vendredi 11 et samedi 12 juillet prochain, aura lieu le festival « Quinze années sépulcrales » avec Antaeus (spectacle exclusif en Amérique du Nord), Fen (spectacle exclusif en Amérique du Nord), Sombres Forêts, Forteresse (spectacle spécial au cours duquel ils interprèteront «Métal Noir Québécois» en entier), Chasse-Galerie, Délétère, Existe, Beast Within et Crépuscule. Ce festival a toutes les apparences d’une petite « Messe Des Morts« , est-ce que le travail réalisé pour sa réalisation s’apparente en complexité et en logistique à celui réalisé pour ladite Messe?

MM« Quinze années sépulcrales » se veut plus axé sur les groupes que nous avons produits au fil des années, et pour cette raison, le festival est moins complexe que la « Messe des Morts » d’un point de vue logistique. Étant donné qu’il n’y a que deux groupes de l’extérieur, il y a moins de transport à assurer, en plus, avec un peu moins de groupes au total à l’affiche, la tâche sera un peu plus facile pour tout le monde. Je pourrai certainement passer plus de temps avec les groupes et à regarder le spectacle, ce qui est un peu le but vu que c’est pour moi l’occasion de célébrer cet anniversaire! N’empêche que je crois avoir réussi à rassembler une affiche très attrayante pour l’occasion, et d’ailleurs pas mal de gens ont prévu faire le voyage des États-Unis pour assister au festival…

 

LOWAvec une telle célébration en vue et un aussi beau parcours pour Sepulchral Prods, quels sont les projets d’avenir pour l’étiquette? De plus, quels sont les réalisations passées dont tu es le plus fier, les évènements les plus marquants pour l’étiquette que tu as créée?

MMPour le moment, je me concentre sur les prochaines sorties à venir de Délétère (ressortie des démos sur CD et premier album), ainsi que les versions LP des derniers Gris et Sombres Forêts. D’autres projets de LP également que j’espère annoncer sous peu, avec le split 7 pouces Forteresse/Chasse-Galerie/Monarque/Csejthe et le premier 7 pouces de Beast Within, 2014 sera sans contredit l’année la plus axée sur le vinyle de Sepulchral Productions à ce jour!

Pour ce qui est des réalisations passées, j’ai bien entendu un faible pour «Dans les Bras des Immortels», bien entendu en tant que membre de Frozen Shadows, mais aussi parce qu’il représente la naissance de l’étiquette, ainsi que les premiers de Forteresse, Gris et Sombres Forêts, qui ont remis Sepulchral Productions à l’avant-scène. En fait, je suis très fier de tout ce que nous avons sorti à ce jour, ça toujours été primordial pour moi de ne sortir que des trucs qui me rejoignent vraiment musicalement.

 

LOWNous tombons maintenant dans des questions d’ordre plus général que j’aimerais te poser sur quelques aspects plus sensibles du Black Metal. Tout d’abord, pour des raisons bien connues et qu’on le veuille ou non, depuis les premiers balbutiements le spectre des idéologies d’extrême droite plane sur le courant Black Metal. Certains artistes de ton étiquette comme Forteresse ont d’ailleurs fait les frais d’accusations totalement injustes et parfois carrément ridicules à cet effet par des gens qui confondent patriotisme, traditionalisme et fascisme ou encore pour qui une police de caractère gothique indique automatiquement une affiliation politique. J’aimerais donc que tu nous exprimes ta vision sur les liens «dangereux» entre extrêmes droites et Black Metal : est-ce que musique et politique devraient être liées? Faut-il dire aux artistes quoi penser et quelle idéologie véhiculer? Doit-on se défendre bec et ongles contre des accusations injustes ou simplement s’en foutre?

MMBien que je sois en général plus de la vieille école en ce qui concerne ce que le Black Metal devrait véhiculer (le satanisme, l’occulte, etc.), et que je préfère en second lieu les thèmes associés à un nationalisme romantique/classique à une approche plus politisée, je suis aussi de ceux qui croient que le «politically-correct» n’a pas sa place au sein du Black Metal. Pas plus que les artistes (peu importe leur style musical en fait) ne devraient se faire dire quoi faire, dire ou penser.

Je trouve aussi cette chasse aux sorcières hautement hypocrite. Donc, c’est cool de brûler des églises, d’assassiner des musiciens d’autres groupes, de détester l’humanité et de prôner le satanisme et la destruction du christianisme, mais c’est méchant de faire les cons dans le bois avec un certain drapeau (on s’entend que bien des groupes font uniquement ça pour choquer, comme ces Sex Pistols adorés de tous ces punks par exemple, ils aimaient bien ça eux les croix gammées…) et de prôner la destruction de l’islamisme ou du judaïsme?

Bien entendu, certains bien-pensants aiment bien les raccourcis faciles, et des groupes comme Forteresse en ont entre autres malheureusement fait les frais. Nationalisme = national-socialisme, bien entendu! Pour eux, aimer son pays veut nécessairement dire que tu es un facho. Surtout que le mouvement indépendantiste au Québec est tellement à droite… Maintenant, à savoir s’il faut se défendre ou pas, je ne crois pas que ça change grand-chose au final, des organisations comme les antifas voient des nazis partout, et n’hésitent pas à faire des liens extrêmement douteux pour prouver leur point. Sur le premier album de Frozen Shadows, nous avions déclaré que nous étions un groupe purement québécois et bien entendu, il s’en est trouvé pour dire que le «purement» faisait référence à la race! Ou encore cette discussion musclée sur Forteresse avec quelqu’un de l’ARA qui m’avait lancé, à court d’argument: «Tsé, quand on a des chansons qui s’appellent « Déluge Blanc », c’est assez évident de quel bord on penche». Inutile d’essayer de raisonner avec des demeurés comme ça…

 

LOWLe Black Metal est souvent et avec raison, considéré comme une mouvance qui dépasse le simple courant musical pour représenter ce qu’on pourrait qualifier de philosophie ou même de façon plus poussée, de religion qui comporte ses propres codes vestimentaires, comportementaux, musicaux et philosophiques. L’appartenance ainsi créée est très forte et louable, mais peut sans doute parfois donner des airs de fermeture d’esprit, d’élitisme et de stagnation à la scène pour les non-initiés. De plus, cela semble parfois avoir un effet d’isolation voulue, ou non, de la scène Black Metal par rapport à l’infrastructure médiatique consacrée au métal de façon plus généraliste. Selon toi, est-ce que la scène a avantage à rester jalousement fidèle à ses codes établis? Est-ce qu’il y a moyen d’évoluer au sein du Black Metal tout en restant respectueux de l’esthétique développée aux débuts du courant? Est-ce que le Black Metal devrait rester exclusivement réservé aux médias et étiquettes spécialistes du courant ou a-t-il sa place dans les médias et étiquettes consacrés au Metal en général?

MM : Ayant connu la période pré-internet où les groupes étaient beaucoup plus obscurs et moins accessibles, c’est certain que je regarde cette époque avec une certaine nostalgie, mais il faut aussi vivre avec son temps comme le veut l’expression. Impossible de revenir en arrière, donc aussi bien se servir des outils disponibles. Ceci dit, je crois que, de par son essence même, le Black Metal sera toujours un peu à l’écart de la scène Metal dans le sens large du mot. Pour ce qui est de l’évolution, je suis partisan de la vieille école en général : il y a de la place pour l’expérimentation dans le Black selon moi, mais jusqu’à un certain point, passé lequel on sort des sphères du genre…

 

LOWEn terminant, je te remercie chaleureusement d’avoir accepté cette entrevue avec Ondes Chocs! Félicitations pour ces quinze années sépulcrales auréolées de succès et je te souhaite encore plus de belles réalisations dans l’avenir! Y aurait-il quelque chose que tu aimerais rajouter pour les lecteurs d’Ondes Chocs.com?

MMMerci pour le soutien!

 

Critique d’Album: Agalloch – « The Serpent & The Sphere »

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Agalloch

«The Serpent & The Sphere»

(2014)

Profound Lore Records

 

 

«Birth and Death of the Pillars of Creation»

«(Serpens Caput)»

«The Astral Dialogue»

«Dark Matter Gods»

«Celestial Effigy»

«Cor Serpentis (The Sphere)»

«Vales Beyond Dimension»

«Plateau of the Ages»

«(Serpens Cauda)»

 

Peu d’artistes métalliques peuvent se targuer d’avoir créé une musique aussi distinctive que John Haugm et son célèbre projet musical nommé Agalloch. En effet, mélangeant musique folklorique acoustique, postrock, Doom Metal, Death mélodique et Black Metal, ces derniers sont parvenus à se construire une niche unique et enviable dans les corridors souterrains du Métal. Quatre ans après le très bon, mais plus unidimensionnel que leurs autres opus, «Marrow of the Spirit (2010)», Agalloch nous revient avec un nouvel album pleine longueur piquant ma curiosité de fidèle admirateur dudit groupe. Est-ce que le groupe reviendra à son mélange musical unique qui a connu son apogée avec «The Mantle (2002) » et «Ashes Against The Grain (2006)» ou est-ce qu’il continuera l’exploration de son côté plus Black Metal atmosphérique comme sur son dernier album? Voici donc ma réponse après une trentaine d’écoutes : Agalloch nous sert son album le plus achevé depuis leur gloire du milieu des années 2000.

Tout d’abord, la troupe nous accueille avec «Birth and Death of the Pillars of Creation», une superbe pièce de plus de dix minutes aux saveurs doom, postrock et folk suscitant une atmosphère résolument et merveilleusement sombre. Aussitôt l’auditeur remarquera une production beaucoup plus léchée et beaucoup moins crue que sur «Marrow of the Spirit» et le retour à une musique symbiotique et multidimensionnelle. Le tout se poursuit avec un très bel interlude de guitare acoustique à la mélodie typiquement folk intitulé «(Serpens Caput) », œuvre de Nathanaël Larochette de Musk Ox, invité maniant la guitare acoustique de superbe façon sur tout l’opus. Le groupe se lance ensuite dans un trio de pièces cohérent composé de «The Astral Dialogue»,«Dark Matter Gods» et «Celestial Effigy» alliant vibrations résolument postrock sur de solides bases Death/Black mélodiques, comme en témoignent, par exemple, les voix râpeuses typiques de John Haugm, ainsi que des motifs de guitare en trémolo entrecoupés de motifs plus rock. Ce trio constitue sans doute le moment charnière de l’album en raison de son côté plus accessible, concis et accrocheur que le reste de l’album composé de pièces plus longues et atmosphériques. Un autre interlude acoustique de monsieur Larochette et le groupe présente ensuite peut-être la pièce la plus faible de l’album avec «Vales Beyond Dimension», une chanson bien construite et somme toute agréable qui présente cependant un certain caractère de déjà entendu tant elle récupère toutes les marques de commerce d’Agalloch et ne parvient pas aux mêmes sommets atmosphériques que le reste de l’album. La consécration arrive toutefois avec la magnifique épique instrumentale de plus de douze minutes «Plateau of the Ages» qui transporte réellement l’auditeur avec ses motifs de guitare composés avec un soin évident et ses mélodies sombres et glacées nous conviant dans d’obscures vallées forestières enneigées où se déroulent d’étranges rituels païens. D’ailleurs, la finale mélodique à saveur très rock indépendant de cette pièce provoque encore des frissons d’extase musicale dans ma colonne vertébrale au moment d’écrire ces lignes, alors que le groupe nous laisse sur une finale acoustique sombre et poignante avec «(Serpens Clauda)».

En conclusion, avec «The Serpent & The Sphere» Agalloch effectue un véritable retour en force avec un album qui renoue avec l’héritage mixte de l’acclamé «Ashes Against the Grain» tout en présentant une élaboration acoustique rappelant «The Mantle». Présentant ainsi à nouveau toutes les facettes de sa musique si particulière, Agalloch nous sert un album brillant qui transporte l’auditeur à travers une palette d’émotions impressionnante. Cet album constituera un véritable bijou pour les fervents admirateurs du groupe autant qu’un excellent point de départ pour les néophytes qui souhaiteraient découvrir toute la profondeur de la musique d’Agalloch. À consommer comme nourriture de l’âme avec une voracité égoïste, accompagnée de chandelles et de bon vin rouge!

Pièces favorites : «Birth and Death of the Pillars of Creation», «The Astral Dialogue»,«Dark Matter Gods», «Celestial Effigy» et «Plateau of the Ages».

 

9/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
 
 

Hamburger et petit chien mouillé : fin de semaine métallisée à Québec

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Le Parkinson Metal IV avec Merkabah (lancement de l’album « Ubiquity »), Warder et Heroik à l’Agitée le vendredi 13 juin 2014, ainsi que le retour de Soothsayer avec Ancestors Revenge, Bombnation et un défilé de Avoid Bitches à la Salle Unisson les samedi 14 juin 2014.

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La vie nous offre parfois par hasard les meilleurs cadeaux. En effet, mon anniversaire de 31 ans, le lundi 16 juin 2014, serait précédé par une fin de semaine métallique rocambolesque mettant en vedette des groupes locaux hautement talentueux. De plus, cette fin de semaine s’amorcerait par une quatrième édition du Parkinson Metal tenue un vendredi 13 de pleine lune, évènement astronomique très rare, où les beaucerons de Merkabah lanceraient leur troisième album fort attendu, pour se compléter le lendemain avec le retour sur scène des légendes locales du Thrash Metal, les vétérans de Soothsayer. C’est donc avec une joie fortement teintée d’enthousiasme que ma déesse métallique et moi préparâmes nos foies et enfilèrent notre attirail afin de prendre part à ces épiques évènements.

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Vendredi 13 juin : Parkinson Metal IV

Photos de Ondes Chocs par Stéphane Demers.

 

Arrivés à l’indispensable Agitée vers 19 h 30, nous étions fin prêts pour la quatrième édition de ces spectacles organisés par l’admirable Marco Chabot, atteint de la maladie de Parkinson depuis 12 ans, et son comparse Marc Lavoie. Après le succès remarquable des trois premières éditions et du Challenge Parkinson Metal, nous étions curieux et enchantés de voir une nouvelle édition maintenant axée sur une sélection de trois groupes du spectre moins extrême du métal. Après avoir eu accès à la salle, gracieuseté de Parkinson Metal, et échangé avec l’animateur Dave « Pickle de la Voie lactée » Rouleau qui m’exposait sa théorie de la soirée hamburger, Heroik de Montréal s’installa sur scène pour entamer un combat où s’entrechoqueraient dragons, licornes, trolls, elfes, nains et valeureux guerriers à l’épée magique.

Heroik est une formation de Power Metal à l’européenne avec une tendance symphonique incarnée par les orchestrations de claviers de Frank Deramond. Sa musique rappelle sans équivoque les formations classiques du genre, notamment Rhapsody of Fire et Stratovarius. Le quintette montréalais en était à son premier spectacle dans la Capitale nationale. Sur scène, le groupe livra ses compositions avec une belle assurance devant une foule qui s’agrandissait au fur et à mesure de leur prestation. Le chanteur Jordan Lepage se distingua avec sa voix d’un registre moyen très bien maîtrisée qui évite un piège fréquent dans ce style de musique, soit la tendance à chanter dans un registre ridiculement haut qui finit inévitablement par être désagréable. Hormis quelques décalages  mineurs du guitariste Robin Langlois qui assume le double rôle de guitariste rythmique et de soliste avec un brio et une présence scénique autrement exemplaires, la performance du groupe dégagea une aura de professionnalisme et une bonne énergie tout en étant accueillie de façon chaleureuse, mais réservée par les nombreux spectateurs présents.

Après une brève pause qui nous permit de nous évader quelque peu de la chaleur suffocante qui régnait à l’intérieur, c’était maintenant au tour de Warder d’exécuter sa prestation. Warder est une formation de Québec fondée en 2008 comme groupe de reprises, mais qui a ensuite commencé à composer ses propres pièces qui s’inscrivent dans un Heavy Metal mélodique possédant un son lourd rappelant un Thrash Metal de tempo moyen et des influences pointant vers le Power Metal. Tel qu’incarné sur leur Ep « Escape Plan » (2012), leur son est très facile d’accès pour quiconque connait moindrement le Heavy Metal et pourrait même être qualifié de «radiosympathique ». Sur scène, la troupe présenta sa musique avec charisme et efficacité devant une salle maintenant très proche d’être pleine et des réactions très chaleureuses des spectateurs. Avec une énergie débordante et un son très facile à digérer, le tout fut donc très accrocheur. Je me dois aussi de noter la performance très démonstrative et charismatique du chanteur Guillaume Laberge qui eut cependant quelques difficultés apparentes lors de l’exécution de notes élevées qui semblaient parfois hors de portée de son registre. Le groupe termina par une très belle reprise de «Highway Star» de Deep Purple avant de se retirer sous les acclamations d’un public facilement conquis.

Une dernière pause et c’était maintenant au tour de Merkabah de venir nous présenter son tout nouvel album après trois ans et demi d’absence des planches. Pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de Merkabah, il s’agit d’un groupe de métal symphonique progressif originaire de Beauce, fondé en 2002 et qui partage d’importantes similitudes sonores avec Therion. Mené par le talent exceptionnel et la présence magnétique de leur chanteuse Jacinthe Poulin, le groupe a connu beaucoup de succès sur la scène locale et a récemment signé un contrat avec Maple Metal Records pour la sortie de son troisième album complet intitulé « Ubiquity » sur lequel mon collègue Stéphan Lévesque s’est penché pour Ondes Chocs. À peine la formation montée sur scène devant une salle maintenant pleine à craquer, on put sentir une formidable émotion envahir le public qui attendait visiblement ce moment depuis longtemps. La vocaliste fut d’ailleurs indubitablement émue de voir de nombreux visages connus dans les premiers rangs et le groupe se lança rapidement dans une prestation digne des plus grands avec un son formidable de François C. Fortin à la console. Énergique, précise, charismatique et généreuse, la performance de Merkabah fut sans nul doute le moment le plus fort de cette soirée. Je me dois aussi de noter la performance vocale hallucinante de Jacinthe Poulin avec sa voix puissante, émotive et polyvalente, égalée seulement par sa présence scénique au magnétisme et au professionnalisme hors du commun. Cela dit, les musiciens ne furent pas en reste en livrant les compositions du groupe avec une énergie et un jeu quasi parfaits.

En somme, la quatrième soirée du Parkinson Metal fut encore une fois une réussite sur toute la ligne et on ne peut qu’attendre avec impatience la cinquième édition qui aura lieu le 16 août et qui mettra en vedette Unbreakable Hatred, Karkaos et les gagnants du challenge Parkinson Metal de May Catch Fire. Ce fut donc une très belle ouverture de fin de semaine pour nous et je désire remercier Marco Chabot et Marc Lavoie pour les accès, ainsi que François C. Fortin pour le travail exceptionnel à la console. La soirée terminée, ma délicieuse compagne et moi nous précipitâmes donc vers notre tanière afin de nous reposer pour la tuerie du lendemain.

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Samedi 14 juin : Soothsayer, Ancestors Revenge, Bombnation et le défilé de Avoid Bitches à la Salle Unisson

Photos de Ondes Chocs par Eliott Garn.

Après une dure journée de travail, ma lionne et moi nous préparâmes rapidement pour la suite de cette fin de semaine métallique. Cette fois, nous prendrions la direction de la Salle Unisson pour assister au spectacle concocté par Fred END mettant en vedette le grand retour de Soothsayer sur les planches de la vieille capitale. Arrivés sur les lieux vers 19 h 30, nous constatâmes avec joie que plusieurs irréductibles étaient déjà sur les lieux en train de déglutir de la bière et de fumer le calumet de la paix. Dès il fut évident que ce spectacle attirait autant les vieux de la veille qui ont suivi Soothsayer depuis leurs débuts en 1986 que les plus jeunes métalleux désireux de faire honneur au passé tout en célébrant le présent. D’ailleurs, la salle à l’aspect « underground » pittoresque dégageait déjà une chaleur suffocante et une odeur de petit chien mouillé bien avant qu’elle ne soit remplie. Après une attente ponctuée de conversations plus ou moins matures et d’ingestion de houblon liquide, Bombnation fit son entrée sur scène pour ce qui allait être son dernier spectacle à vie.

Bombnation est un quintette de Crossover Thrash Metal de Québec qui a fait sa marque depuis 2007 avec une musique rappelant les DRI, Slayer, Nuclear Assault et SOD de ce monde et un humour absurde particulièrement déjanté. Le groupe a malheureusement décidé de mettre fin à son existence après ce dernier spectacle et sortira son troisième album à titre posthume. Sur scène le groupe fut fidèle à son habitude en livrant une prestation musicalement solide tout en laissant place à l’humour particulier de son chanteur Mike Waters, affublé pour l’occasion d’une perruque ridicule. La prestation du groupe fut magnifiée par un son exemplaire de la part de Matthieu Pettigrew et de ses acolytes à la console. D’ailleurs, je me dois de souligner les améliorations rapides qui ont été apportées à l’équipement sonore de cette jeune salle de spectacle. Très entraînante, la prestation de Bombnation fut très bien accueillie par les nombreux spectateurs déjà présents et donna lieu à un très beau moment de défoulement collectif qui plut autant aux vieux routiers qu’aux jeunes loups présents.

Aussitôt la prestation de Bombnation terminée, la scène fut dégagée pour faire place au défilé des créations de Avoid Bitches. La salle à dominance masculine démontra immédiatement sa joyeuse perversion en se pressant pour admirer les jolies modèles, dont l’animatrice du Thrashoir à CKRL FM Claudine Hasty, portant les créations réalisées à partir de T-shirts de groupes métaux par Dominique Johansen et Raphaële Émond. Les métalleuses présentes purent aussi se rincer l’œil et noter leur liste de futurs cadeaux avec en prime une visite du légendaire Goatier sur «In League With Satan» de Venom, dans une espèce de messe satanique en l’honneur du beau sexe.  Voir l’entrevue de Dave avec les créatrices et les photos de ce défilé en suivant ce lien.  Pendant ce défilé, nous pûmes constater que la salle était maintenant très bondée et cela promettait pour la performance de Ancestors Revenge.

Effectivement, après une autre pause qui nous permit de nous libérer de la chaleur étouffante de la salle c’était maintenant au tour de ce quintette de Death Black mélodique de venir nous marteler les oreilles. Existant depuis 2008, la formation menée par le chanteur Bob Jr Girard s’est rapidement taillé une place enviable dans la scène locale avec un son bien à elle et une éthique de travail irréprochable. De plus, son premier album intitulé « The Archaic Return », sorti l’an passé, a été très favorablement accueilli par la critique. Enfin, le groupe nous présentait son nouveau guitariste soliste, Édouard Desaulniers, à sa quatrième performance sur scène seulement avec le groupe. Malgré que le groupe soit toujours très solide sur scène, cette fois l’énergie était à son comble. En effet, la formation prit d’assaut la scène en véritables conquérants tout en livrant une performance précise et puissante. Goatier, absent des dernières prestations du groupe, revint aussi nous gratifier de sa présence divertissante et de nombreuses rasades furent offertes aux fanatiques présents. Encore une fois, un excellent son était au rendez-vous et contribua à donner un aspect magique à cette formidable prestation. De nombreux sursauts de violence souhaitable eurent lieu dans la foule nombreuse avant que le groupe ne termine sa prestation sous les acclamations triomphales du public ravi. La prochaine fois que Ancestors Revenge passe dans votre coin, sautez sur l’occasion!

Après un dernier entracte, le grand moment tant attendu était enfin arrivé : le retour de Soothsayer sur scène à Québec avec un nouvel album intitulé « Troops of Hate» prêt l’an passé. Désolé de vous apprendre cela, mais si vous n’avez jamais entendu parler de Soothsayer, vos connaissances de la scène métal québécoise sont très limitées. Formée en 1986 à Beauport, la formation Thrash Metal composée de Simon Genest (basse), Daniel Clavet (batterie), Martin Cyr (guitare) et Stephan Whitton s’est illustrée comme pionnière du courant au Québec avant de s’éteindre en 1990 lorsque la vague commença à s’étioler. Reformée en 2007 à l’occasion du festival 25 ans de Metal québécois, la formation a continué de composer et de pratiquer pour nous livrer un nouvel album l’an passé. C’est donc devant un public de fidèles fanatiques ainsi que de novices abasourdis que Soothsayer livra avec une puissance autoritaire son Thrash Metal infusé de Punk qui a fait sa gloire. Débordant d’énergie et d’une générosité sans borne, le quatuor perpétua sa tradition de pilonnage sans répit avec un plaisir visible qui mit les spectateurs dans un état de transe. Menée jusqu’au milieu de la nuit noire, la prestation fut cependant désertée vers avant la toute fin par une bonne part de métalleux sans doute esclaves du transport en commun déficient de la Capitale. Cela ne diminua cependant pas l’ardeur des nombreux irréductibles qui restèrent pour admirer la performance précise et joyeusement agressive des légendes du Thrash. Ce fut donc tout bonnement un spectacle d’anthologie!

En somme, après avoir remercié Fred END pour l’accès à la salle, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que le retour de Soothsayer fut un succès total qui clôtura à merveille une fin de semaine complètement démente en termes de qualité sur la scène locale. Quant à nous, pauvres mortels heureux, mais aux oreilles meurtries, nous rentrâmes à la maison très satisfaits de nos deux escapades métalliques consécutives de la fin de semaine!  Allez maintenant voir et entendre ce que les boys de Soothsayer réservait en entrevue vidéo et aussi en jam privé avec Ondes Chocs plus tôt cette année.

 

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas