Retour sur une fin de semaine de voyous métalliques…

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Tagada Jones, Code 40-11 et The Babyface Nelsons à l’Agitée le jeudi 20 novembre 2014 une présentation de Les Productions Dorchester et DBC, Riotor à la Salle Unisson le vendredi 21 novembre 2014, une présentation de END Productions.

 

Plusieurs fanatiques de Métal ont aussi un intérêt pour ce cousin parfois mal aimé qu’est le Punk et c’est définitivement mon cas. Le sous-genre que constitue le Thrash Metal a notamment été très influencé par l’énergie viscérale du Punk et c’est donc sans surprises que les deux genres se sont parfois mélangés de façon encore plus symbiotique dans ce qu’on appelé Crossover. Ces hybrides Punk-Métal seraient à l’honneur les 20 et 21 novembre derniers alors que nous recevrions jeudi la visite du célèbre groupe français Tagada Jones, fêtant ses vingt ans d’existence en lançant un tout nouvel album et de Dead Brain Cells le vendredi, l’éminent groupe montréalais de Thrash Metal progressif/ Crossover de la fin des années 1980 tout juste reformé. C’est donc avec plaisir que ma délicieuse compagne et moi pré.parâmes nos attirails de guerriers urbains et nos foies pour ces deux soirées!

 

Jeudi Soir Survolté… 

N’ayant pas encore eu la chance de voir la formation relativement récente The Babyface Nelsons s’exécuter sur scène, nous arrivâmes vers 20 h dans l’enceinte de l’Agitée pour y saluer le chanteur Julien Rhéaume, puis sa sympathique conjointe Myriam Tremblay, tous deux reconnus comme habituées des spectacles souterrains à Québec. Après quelques minutes de conversations et de houblonnage savoureux, Julien et sa bande montèrent sur les planches de l’Agitée pour nous démontrer leur savoir-faire. Exception à saveur Métal progressif/expérimental sur une affiche consacrée principalement au Punk, The Babyface Nelsons surpris quelque peu les spectateurs avec une musique hybride aux passages atmosphériques introspectifs entrecoupés de moment déchaînés nettement inspirés par The Dillinger Escape Plan. Concentrée, mouvementée, professionnelle et précise la performance solide et captivante du groupe leur permit néanmoins d’aller chercher l’approbation de plusieurs des personnes présentes. La formation de Québec se permit même de démontrer toute l’étendue de leur talent musical lorsque le guitariste et le bassiste échangèrent leurs instruments pour une dernière pièce. Ce fut donc une prestation très réussie pour le groupe qui devait tout de même composer avec une foule aux attentes plus punks.

Le deuxième groupe à entrer sur scène serait quant à lui pleinement dans son élément puisqu’il s’agissait de la formation de Montréal Code 40-11 qui dit humoristiquement officier dans l’univers du «Skate Punk Basket». Guidée par la présence irrévérencieuse et gesticulatoire de son chanteur, la formation nous livra efficacement ses compositions simples et directes axées sur des lignes de basse souvent prédominantes, comprenant aussi parfois des passages plus agressifs et métalliques. Le tout fit le bonheur des spectateurs qui se dégourdirent enfin, notamment après un crachat directement au milieu de la foule par le chanteur désirant sans doute mettre le feu aux poudres. Malgré une panne de l’amplificateur du bassiste au milieu de leur performance, le groupe put tout de même terminer son tour de chant après une intervention rapide du technicien de son pour corriger la situation. Efficace et solide à défaut d’être très originale, la formation montréalaise Code 40-11 aura donc réussi à préparer la foule à l’assaut Punk-Metal qui s’en venait avec Tagada Jones.

Après une petite pause, le grand moment de la soirée était arrivé lorsque le groupe breton Tagada Jones fit son entrée sur scène pour nous présenter son dernier album intitulé «Dissident (2014)» et se remémorer avec nous ses vingt ans d’histoire dans le cadre de son quatorzième passage à Québec. Sur scène, le groupe déclencha aussitôt l’enthousiasme festif de la fosse avec une prestation survoltée comprenant une solide dose de nouvelles pièces de leur excellent nouvel opus et de nombreux succès du passé. Extrêmement mouvementée, précise et puissante, la performance de Tagada Jones souleva littéralement la centaine de spectateurs présents dans l’Agitée avec leur Punk Hardcore infusé de guitares métalliques et de mélodies accrocheuses. Toutefois, le groupe n’échappa pas à quelques problèmes techniques avec l’amplificateur de Stef (guitare) qui furent heureusement réglés rapidement. Après près d’une heure et vingt minutes de massacre musical, le quatuor de la ville de Rennes se retira de scène sous les acclamations d’un public conquis et reconquis par ce fleuron de la scène indépendante française.

 

La Veillée du Vendredi

Après une courte soirée de travail en cuisine qui me fit manquer le passage de Fuck the Middle East (hommage à S.O.D) et de The Affected en ouverture de soirée à la Salle Unisson, nous nous dirigeâmes tout de même vers ce lieu de débauche où nous arrivâmes toutefois juste à temps pour assister à la prestation de Riotor, quintette absent des scènes de la capitale depuis un petit moment déjà. La formation de Québec pratiquant une forme de Thrash Metal extrême fut donc accueillie triomphalement par ses nombreux fanatiques présents et ne se fit pas prier pour déclencher son assaut spirituellement tout droit sorti de la période de radicalisation du Thrash Metal (1985-1990). Avec une présence scénique imposante, autoritaire et bénéficiant d’un son énorme, la troupe nous assomma avec ses hymnes apocalyptiques issus, autant de «Beast of Riot (2010)» que de leur futur album intitulé «Rusted Throne» à paraître en début d’année 2015. La foule déjà bien réchauffée s’en donna à cœur joie dans une fosse particulièrement violente où les esprits s’échauffèrent même un petit peu trop à certains moments. Ce fut donc une prestation puissante et un retour sur scène apprécié pour la troupe fondée en 2007.

Après un entracte désaltérant, les légendes de Dead Brain Cells montèrent sur scène à Québec pour la première fois depuis environ 24 ans. La formation montréalaise faisant autrefois partie du «Big Three québécois » au côté de Voivod et Sword effectuait ainsi son grand retour après plusieurs années de disparition des écrans radars pour nous présenter ses vieux succès Crossover (voir le premier album éponyme sorti en 1987) et Thrash Metal progressif (voir le second album «Universe» sorti en 1989). Un peu contrariés par un les retards de la soirée qui repoussèrent leur entrée en scène d’environ quarante minutes, les vétérans livrèrent une sélection souvenir issue de leurs deux albums avec brio et une célérité qui ne leur permit que très peu d’interventions entre les pièces. Le tout fut cependant vraiment bienvenu autant par les vieux de la vieille que par les jeunes loups présents dans la salle, manifestant leur approbation en s’entrechoquant dans la foule qu’en hurlant les initiales du groupe entre les pièces. En somme, ce fut un joyeux rappel d’une époque glorieuse et de la pertinence musicale de la formation DBC pour la postérité métallique québécoise.

Pour conclure, ce fut encore une fin de semaine bien garnie en Métal dans la vieille ville fortifiée de Québec et celle-ci serait encore complétée par la venue d’Erimha en compagnie de Neurasthene au Scanner, le samedi, à laquelle je ne pus malheureusement pas assister en raison d’obligations familiales. Avec la visite de vétérans tels que Tagada Jones et Dead Brain Cells en compagnie d’excellents groupes locaux, les amateurs de musique souterraine aux relents de Punk et de Métal n’avaient aucune raison pour se morfondre à la maison autant le jeudi que le vendredi et ceux-ci ont répondu en grand nombre à l’appel de la débauche!

 

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Critique d’Album: Mayhem – « Esoteric Warfare »

Mayhem-Esoteric-Warfare

Mayhem

 « Esoteric Warfare« 

Season of Mist

2014

«Watchers»
«Psywar»
«Trinity»
«Pandaemon»
«MILAB»
«VI. Sec. »
«Throne of Time»
«Corpse of Care»
«Post Human»
«Aion Suntelia»

Bonus (version digitale):
«Into the Lifeless»

 

Le Black Metal et même le Métal extrême en général n’auront jamais connu de légendes plus importantes que Mayhem. Effectivement, Euronymous, le défunt fondateur de cette horde psychopathologique et véritable parrain du Black Metal norvégien serait certainement fier de l’héritage malsain associé au nom Mayhem. Musique innovatrice diaboliquement malsaine, meurtres, suicide, incendies criminels d’églises méthodistes et spectacles controversés; la troupe d’Oslo aura absolument tout fait. Or, plusieurs étaient sceptiques quant à l’avenir du groupe après le départ du guitariste Blasphemer, principale force créatrice de Mayhem depuis son arrivée en 1995, suite à la parution de leur dernier opus intitulé «Ordo ad Chao» (2007). C’est donc avec une grande curiosité que les fanatiques de Mayhem accueillirent cette année la parution exubérante en une multitude de formats (l’album est disponible en 16 versions allant de digitale au double LP de couleurs multiples) du nouvel album du groupe, habilement intitulé «Esoteric Warfare» sur une thématique lyrique d’expérimentations en guerre psychologique. Attaquons-nous donc à décortiquer ce nouvel album qui aura mis sept ans à naître.

Tout d’abord, lorsque «Watcher» démarre avec ses barrages d’accords dissonants livrés par les nouveaux guitaristes Teloch et Charles Hedger, suivis d’une autre performance incroyable de Hellhammer à la batterie et des voix sublimement malsaines d’Attila Csihar, l’auditeur remarquera inévitablement une écriture musicale plus structurée que sur l’opus précédent. En effet, malgré l’utilisation récurrente de variations rythmiques axées sur des passages rapides et violents alternants avec des passages lents et atmosphériques comme sur «Ordo ad Chao», les motifs du nouveau compositeur Teloch suivent des structures musicales plus serrées et intelligibles que les expérimentations déstructurées à saveur Noise livrées par Blasphemer sur ledit précédent opus. La production, quant à elle, reste particulièrement similaire à celle de l’album précédent avec un accent mis sur la malpropreté des guitares et des voix qui accentue la folie musicale de Mayhem. Cependant, les auditeurs érudits noteront une heureuse mise en évidence de la batterie et de la basse comparativement à «Ordo ad Chao», ce qui permettra une meilleure appréciation de la performance d’ensemble du groupe. La première moitié de «Esoteric Warfare» fera donc les délices des amateurs de délires psychotiques, comprenant les meilleurs moments musicaux de l’album avec des pièces puissantes et bien construites. Toutefois, après «MILAB» la bande s’égarera dans les méandres tortueux de compositions de moins en moins inspirées et énergiques telles que: «VI. Sec. », «Throne of Time», «Corpse of Care» et «Post Human», avant de revenir à des idées un peu plus intéressantes quoique n’égalant pas le début de l’album sur «Aion Suntelia».

En somme, bien que démarrant sur les chapeaux de roue, bénéficiant d’une production lui permettant d’exploiter à fond son côté malsain et donnant lieu à une performance époustouflante de Hellhammer et d’Attila, «Esoteric Warfare» souffre d’une panne progressive d’inspiration et d’énergie à mi-parcours qui en fera un album inégal. On en retiendra donc des structures et motifs rythmiques extrêmement intéressants ainsi que des voix à faire dresser le poil sur la nuque, mais aussi une certaine déception reliée à un sentiment de remplissage dans la seconde partie de l’album avec quelques pièces franchement médiocres. La commercialisation de l’album en de multiples formats et couleurs tape-à-l’œil ne parviendra pas à faire oublier qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une entrée moyenne dans la discographie de l’illustre groupe norvégien.

Pièces favorites: «Watchers», «Psywar», «Trinity» et «Pandaemon»

6,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Perplexité et chaos à l’Impérial…

Arch Enemy-12

 

Pour voir toutes les photos de la soirée, suivez ce lien.

Arch Enemy, un des groupes les plus populaires issus de la vague du Gothenburg Metal des années 1990, lancée par In Flames, Dark Tranquillity et At The Gate; et Kreator, selon moi le groupe de Thrash Metal allemand le plus illustre du trio des années 1980 complété par Sodom et Destruction. Comment résister à une affiche combinant ces deux titans du Metal, même si les deux derniers efforts de Arch Enemy m’ont laissé plutôt froid, que le départ d’Angela Gossow de la formation, remplacée par la Québécoise Alissa White-Gluz (ex-The Agonist), soulève des interrogations chez moi et que mon esprit de vieux métalleux se demande comment Kreator peut se retrouver en support direct à un groupe beaucoup moins légendaire que lui? De plus, les deux têtes d’affiche seraient accompagnées par un nouveau phénomène polarisateur dans l’univers des poilus, soit le groupe Huntress avec sa chanteuse sulfureuse. Le tout serait enfin précédé par une prestation d’un groupe américain de Death/Black Metal mélodique et symphonique dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, soit Starkill. Ma curiosité surpassant grandement ma suspicion, ma beauté d’acier et moi prîmes la route du fameux théâtre impérial pour assister à cette orgiaque représentation.

Le spectacle devant débuter vers les 19 h, nous arrivâmes relativement tôt sur les lieux du crime pour constater qu’un attroupement assez important de badauds faisait encore la file pour entrer dans la salle même si la porte était ouverte depuis plusieurs minutes déjà, ce qui était un signe révélateur d’une assistance qui serait nombreuse. Après avoir bénéficié de l’accès à la salle, gracieuseté de District 7 Production, nous nous dirigeâmes aux puits de ravitaillement pour nous y procurer du délicieux houblon avant de nous orienter vers le parterre déjà bien garni. Bientôt, les lumières s’éteignirent et Starkill entra en scène.

Starkill est un groupe de Chicago en Illinois fondé en 2008 sous le nom Ballistika qu’il conserva jusqu’en 2010 avant d’opter pour le nom Massakren sous lequel ils sortirent un premier long-jeu, jusqu’en décembre 2012, date à laquelle les membres du groupe adoptèrent leur nom actuel. Musicalement parlant, le groupe pratique un hybride sonore qui pourrait être le résultat d’un croisement entre Children of Bodom, Dimmu Borgir et Ensiferum. Nous sommes donc en présence d’un Death mélodique auquel se greffent des influences de Black Metal symphonique et un subtil côté folk souligné notamment par des séquences de clavier aux accents païens. Sur scène, le tout fut interprété avec un talent certain et un professionnalisme de très bon calibre, quoique les chants clairs de Parker Jameson (guitariste soliste, chant, claviers (sur album)) et Tony Keathley (guitare rythmique, chœurs) semblent parfois superflus et manquaient parfois la note alors que les voix gutturales, elles, étaient excellentes. Les problèmes de sons furent aussi de la partie avec des guitares inaudibles pendant la première pièce et une batterie beaucoup trop en avant dans le mixage. Le groupe ne se souligna pas non plus par son originalité, non seulement en étant musicalement très fidèle à ses influences, mais aussi du côté visuel. En effet, Parker Jameson apparut comme un véritable clone d’Alexi Laiho, reproduisant son style vestimentaire, son vernis à ongles noir et jouant même avec la même guitare que celui-ci, ce que je trouvai personnellement un peu ridicule. Qu’à cela ne tienne, même si le groupe ne se démarqua pas par des particularités stylistiques, leur talent musical suffit à soulever l’appréciation de la foule en à peine vingt minutes de prestation, ce qui leur promet un bel avenir sur la scène internationale.

Après un très court entracte, c’était au tour de Huntress de s’amener devant une salle maintenant bien réchauffée et très bien garnie en public. La troupe de Jill Janus (chant) était très attendue dans mon cas, en raison de la controverse critique soulevée par ce groupe américain qui combine Heavy Metal, imagerie occulte et  la voix unique de la principale intéressée. Effectivement, Huntress soulève apparemment autant de réactions positives que de réactions négatives dans l’univers Metal, notamment en raison du sex-appeal racoleur de sa chanteuse et de sa voix particulière, à la fois opératique et criarde qui ressemble, sous toute réserve, à une version féminine de King Diamond. J’étais donc impatient de les voir sur scène pour la première fois. Sous nos yeux, la chanteuse se lança dans une prestation endiablée rythmée par les mélodies accrocheuses de ses musiciens. La livraison de ses cris au timbre aigu et exubérant ainsi que de ses voix claires fut très efficace en termes de performance musicale, quoique ses choix d’approche vocale donnent parfois à penser qu’ils sont purement aléatoires. Cela fit que j’avais parfois l’impression que le type de voix choisi n’était pas le plus approprié par rapport à la musique du groupe. Quoi qu’il en soit, sa présence scénique fut quant à elle énergique, communicative et extrêmement charismatique, bien qu’elle fit appel à de nombreux clichés métalliques, tels qu’un ventilateur caché sous le marchepied qui lui sert à se hisser au-dessus de la foule pour donner l’impression d’une chevelure soufflée par le vent et des interventions d’usage entre les pièces semblant un peu génériques. La performance du reste du groupe fut quant à elle de bon calibre, malgré quelques imprécisions. Toutefois, en ce qui concerne la présence scénique, les musiciens passaient clairement en second par rapport à Jill Janus, se contentant d’un minimum d’interaction avec la foule. En somme, ce fut une bonne prestation, mais j’aurais aimé une plus grande synergie de groupe plutôt qu’un «one-woman show».

Pendant la pause suivant la prestation de Huntress, le parterre se bonda en prévision de la performance des légendes germaniques du Thrash Metal et je pus constater que l’Impérial était maintenant quasiment comble. L’introduction retentit dans les haut-parleurs, l’obscurité se fit et Kreator entra en scène avec l’excellente «Violent Revolution » tirée de l’album éponyme paru en 2001. Avec son agressivité habituelle et sa brutalité charismatique proverbiale, le quatuor déclencha aussitôt délire et chaos dans l’assistance. Comme à son habitude, le groupe livra ses pièces avec précision et une énergie viscérale toujours aussi impressionnante, même après les avoir vus à plusieurs reprises. Leur retour à Québec après deux ans d’absence fut même célébré par les acclamations de la foule qui semblèrent aller droit au cœur du meneur de la formation, Mille Petrozza (guitare, chant) dont les interventions semblent toujours sortir directement du plus profond de ses tripes. Le parterre se transforma en une véritable zone de guerre grâce aux hymnes à la haine et à l’anarchie que la formation livrait avec précision et énergie. La légendaire «Endless Pain» tirée de l’album du même nom – premier effort complet du groupe paru en 1985 – fut même le théâtre d’un magnifique mur de la mort, provoqué par la furie du leader de Kreator. Seule ombre au tableau, la sélection de pièces un peu trop axée sur les efforts récents des apocalyptiques cavaliers Teutons nous permit néanmoins de constater que le groupe a produit certaines de ses meilleures pièces depuis 2001, même si les fanatiques de la belle époque des années 1980, tels que moi, n’ont eu que trois vieux classiques à se mettre sous la dent : «Extreme Agression», «Endless Pain» et «Pleasure to Kill». Malgré ce désagrément mineur, leur prestation souleva littéralement la foule qui hurlait, s’entrechoquait et faisait trembler le vieux théâtre. En somme, ce fut une véritable tuerie.

 

Setlist de Kreator :

«Violent Revolution»

 «Civilization Collapse»

 «Extreme Aggression»

 «Phobia»

«Enemy of God»

«Voices of the Dead»

«Endless Pain»

«Victory Will Come»

«Phantom Antichrist»

«Impossible Brutality»

«Hordes of Chaos (A Necrologue for the Elite)»

«Pleasure to Kill»

La question était maintenant de savoir comment Arch Enemy allait pouvoir surpasser et justifier sa position de tête d’affiche après une prestation aussi puissante des vieux routiers que sont les membres de Kreator. Après l’obligatoire introduction séquencée, le groupe entra en force avec la classique «Enemy Within» et ses roulements de caisse claire. Aussitôt, on put constater une reproduction fidèle par Alissa, des voix jadis interprétées par Angela. La chanteuse semblait aussi très en forme et bougeait beaucoup plus que lors des spectacles avec The Agonist où j’avais pu la voir par le passé. Cependant, les comparaisons étant inévitables, je ne pus m’empêcher de remarquer la même faiblesse que j’avais constaté à l’écoute du dernier album de la formation, «War Eternal (2014)», soit un certain manque d’agressivité authentique dans la performance vocale de la Québécoise. Soyons clairs, Alissa maîtrise parfaitement la technique vocale gutturale et les hurlements râpeux requis pour chanter du Arch Enemy, cependant sa livraison semble plastique et moins authentique que celle d’Angela qui semblait y mettre toutes ses tripes à chaque fois. Pour en rajouter au chapitre de l’authenticité, bien que sa prestation fût énergique et très professionnelle, ses mouvements et interventions entre les pièces semblaient un peu «surchorégraphiés » ou convenus, comparativement à la folie à peine retenue à laquelle nous avait habitués Angela. Cela contribua à rendre sa présence scénique un peu robotique, voir froide, et son interaction avec la foule souffrit quelque peu de trop nombreux clichés pops, comme d’agiter le drapeau québécois dans le but évident de conquérir la foule facilement et de demander à la foule de sauter sur place en même temps (somme-nous dans un concert de Simple Plan où dans un massacre métallique?). De plus, au risque de tomber dans la superficialité, ses vêtements de couleur pâles comportant aussi des paillettes et des accessoires brillants rompent l’unité visuelle du groupe à laquelle Angela nous avait habitués. Ce sont des détails, vous me direz, mais l’addition de ceux-ci finit par me laisser circonspect. Musicalement, le groupe mené par l’illustre suédois Michael Amott (guitare) livra ses pièces avec la précision et l’énergie avec laquelle ils l’ont toujours fait. Toutefois, leur sélection comprit beaucoup trop de pièces moins agressives, de temps morts (comme un «solo» de tripatouillage de guitare autour de l’instrumentale «Snow Bound», complètement inutile et ennuyant pendant le rappel) et de matériel des deux derniers albums qui sont leurs plus faibles, ce qui créa une visible et audible baisse d’énergie dans la foule comparativement à la folie manifestée durant le passage de Kreator. Les ayant vus sur scène à quatre reprises depuis 2003, je fus donc énormément déçu et perplexe devant Arch Enemy qui semble être devenu une marque de commerce sur le pilote automatique, manquant gravement d’agressivité authentique.

 

Setlist de Arch Enemy :

«Enemy Within»

«War Eternal»

«Ravenous»

«Revolution Begins»

«My Apocalypse»

«You Will Know My Name»

«Bloodstained Cross»

«Under Black Flags We March»

«As the Pages Burn»

«Dead Eyes See No Future»

«No Gods, No Masters»

«Dead Bury Their Dead»

«We Will Rise»

Rappel:

«Yesterday Is Dead and Gone»

 «Blood on Your Hands»

«Snow Bound»

«Nemesis»

«Fields of Desolation»

En conclusion, comme je le prévoyais avant le spectacle, Kreator aura totalement volé la vedette à Arch Enemy et ce, en ayant beaucoup moins de temps de jeu que ceux-ci. L’expérience, l’authenticité et la brutalité auront inévitablement primé sur un groupe qui semble avoir quelque peu perdu son âme métallique au profit d’une approche de plus en plus générique et «mainstream » autant sur album que sur scène. Bien que le changement de chanteuse y soit un peu pour quelque chose, car la personnalité d’Alissa me paraît beaucoup moins adaptée à Arch Enemy – ou plutôt à ce qu’Arch Enemy était jadis – que celle d’Angela, le reste du groupe à aussi sa part de responsabilité. En effet, depuis «Khaos Legions (2011)» le groupe semble s’être ramolli, commercialisé et être tombé dans la redite musicale. Cela nous a été confirmé par le manque de violence d’une sélection axée sur les deux derniers efforts du groupe. Kreator aurait donc dû être la tête d’affiche de ce spectacle, n’en déplaise aux critères de popularité et de commercialisation musicale. Enfin, les deux premières parties de la soirée, Huntress et Starkill, auront profité de l’occasion pour nous démontrer un talent prometteur, malgré de légères lacunes corrigibles.

 

Louis-Olivier « Winterthrone» B. Gélinas

Leçon de dévotion à la cour de la Reine métallique!

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La fin de semaine passée se déroulerait sous le signe de la royauté métallique dans la Belle province, alors que King Diamond visiterait Montréal le vendredi et que Doro s’arrêterait à Québec samedi et à Montréal dimanche. Malheureusement pour moi, je ne pourrais assister à la venue du roi en personne, travail oblige, mais je n’allais certainement pas passer à côté du premier passage à Québec en 30 ans de carrière de l’infatigable et admirable reine Doro. C’est donc avec une excitation certaine que ma succube et moi prîmes la route de la Salle Multi de Méduse sur la rue Saint-Vallier Est afin d’assister à cet évènement que nous présumions déjà exceptionnel.

Arrivés sur place quelques minutes avant l’ouverture des portes à 19 h– il y avait deux groupes locaux à voir – nous eûmes le temps de saluer Marc Lavoie (Challenge Parkinson Metal), Karl-Emmanuel Picard (District 7 Production), Stanislav Stefanovski (Phosphorus) et sa compagne Anabelle Pinochet tout en déconnant verbalement avec les deux derniers, jusqu’à ce qu’on puisse enfin faire notre entrée dans la belle salle de spectacle. Une fois à l’intérieur, nous nous dirigeâmes vers le bar où nous attendaient une sélection de Boréale et notre barman favori, anciennement de l’Agitée, Alexandre Beaudet qui connait nos goûts sur le bout des doigts. Nous fûmes rapidement rejoints par Éloïse Chabot (Parkinson Metal) et quelques minutes plus tard Warning Sign prit possession de la scène spacieuse de l’endroit pour entamer le spectacle.

Faisons d’abord les présentations d’usage : Warning Sign est un groupe de Québec pratiquant un Heavy/Thrash Metal bien traditionnel et comptant parmi ses influences des groupes tels que Testament, Anthrax, Megadeth, Metal Church, Iron Maiden et Judas Priest. Le groupe a un EP intitulé « Wake the Dead (2013)» à son actif. Sur scène, le groupe nous livra une prestation empreinte de conviction et de professionnalisme. Maxim Beaulieu (chant, guitare) démontra son charisme et son talent avec un chant clair de registre élevé très bien exécuté et une excellente maîtrise de ses parties de guitare qui lui permit de se concentrer sur son interaction avec la foule enthousiaste. Les autres membres du groupe ne furent pas en reste, notamment Olivier Perrier-Maurel à la guitare avec une livraison solide et des solos intéressants, ainsi que Jérôme St-Charles avec un excellent jeu de basse mouvementé et un très bon contact avec le public. La foule sembla d’ailleurs conquise par le Metal traditionaliste exécuté avec brio de Warning Sign, marquant son approbation bruyamment entre les pièces et se faisant aller la touffe pendant celles-ci. Le groupe sut donc pleinement tirer parti de sa position d’ouverture de soirée, réchauffant admirablement bien un public alerte et prêt à une soirée de Métal à l’ancienne.

Après quelques minutes de pause, c’était maintenant au tour de Warder de monter sur scène afin de poursuivre les hostilités. Warder est un quintette de la vieille capitale qui joue un Heavy Metal très accessible teinté d’influences Hard Rock, Power, Thrash et progressives. Ils ont produit un EP dénommé « Escape Plan» en 2012. Il s’agissait aussi d’une seconde prestation pour Jérôme St-Charles qui est aussi bassiste au sein de Warder. Bien en forme sur scène, les membres du groupe livrèrent une prestation précise, professionnelle et mouvementée qui ne me fit cependant pas plus apprécier la musique du groupe que je trouvai malheureusement un peu trop générique. En effet, bien que Warder aille chercher ses influences dans plusieurs genres différents, ils ne semblent aller chercher que les éléments les plus accessibles et convenus de ces genres, ce qui amène un côté plutôt répétitif ou « cliché » à leur musique. En outre, je ne fus pas totalement convaincu par la performance de Guillaume Laberge au chant. En effet, bien que celui-ci fut très à l’aise sur scène dégageant une bonne énergie et maîtrisant le solfège, sa tendance à tirer dans toutes les directions avec des inflexions stylistiques plus ou moins pertinentes qui finissent par ressembler à une reproduction de clichés métaux m’agaça quelque peu. Comprenons-nous bien, il s’agit d’un chanteur au talent technique indéniable, mais qui manque selon moi d’une personnalité vocale propre à lui-même. Toutefois, une bonne partie de la foule sembla embarquer avec joie dans la prestation de Warder qui ira bientôt enregistrer un second album, ce qui indique que mes goûts ne sont sans doute pas universels!

Le prochain groupe à monter sur scène était The Mighty Swine, quatuor américain de Heavy Metal aux légères tendances progressives qui n’était pas annoncé sur l’affiche en raison de son addition tardive sur l’alignement de la tournée de Doro. Formé de vieux routiers du Métal américains arborant une apparence de motards, le groupe donna une solide prestation de Heavy Metal à l’ancienne laissant place à certaines envolées instrumentales donnant une touche progressive à l’ensemble et à certaines pièces plus rapides qui évoquent une certaine influence Thrash. Mike Skimmerhorn (chant, basse) me ravit avec sa voix chantée intéressante et originale comportant des textures rocailleuses tout en restant très claire et juste. La performance des guitaristes Stacey Donahue et Jeff Tong fut aussi excellente, mais c’est le batteur Ric Martelino qui fut le plus impressionnant avec la pesanteur et la précision de son jeu. La troupe de Cincinnati, Ohio donna donc la pleine mesure de son talent de vétérans devant un public qui sembla découvrir le tout avec attention tout en étant impatient d’accueillir la reine du Métal pour laquelle il s’était déplacé. The Mighty Swine se retira donc sous les applaudissements bien mérités de la foule après un premier passage réussi dans la capitale provinciale.

Après une pause un peu plus longue que les précédentes pour donner le temps aux musiciens de la troupe royale de bien installer leur matériel, la fabuleuse et légendaire Doro fit une entrée triomphale devant une foule magnétisée, compactée à l’avant et en extase totale. La blonde quinquagénaire, toujours aussi jolie, en forme et en voix qu’à ses débuts, il y a trente ans, se lança avec vigueur dans une sélection fortement marquée par l’héritage de Warlock, le groupe qui lança sa phénoménale carrière au début des années 1980. Furent donc interprétées avec énergie et conviction, les obligatoires «I Rule the Night», «Earthshaker Rock», «Burning the Witches», «True As Steel», «Für Immer», «Without You», «Metal Racer» du célèbre groupe allemand, mais aussi des pièces de la carrière solo de la reine telles que : «The Night of the Warlock», «Raise Your Fist in the Air» et «Revenge». La sélection gargantuesque comprit même des reprises de Skyline («Wacken Hymne (We Are the Metalheads)»), Judas Priest («Breaking the Law») et Dio («Egypt (The Chains Are On)»).  Très en voix et bénéficiant d’un excellent son à l’exception d’un problème de retour de son dans son micro surtout entre les pièces, Doro démontra clairement qu’elle mérite son statut de reine du Metal en étant d’une générosité et d’une dévotion sans borne à l’égard du public qu’on aurait souhaité plus nombreux. En effet, celle-ci donna facilement deux heures de prestation entrecoupées d’adresses au public pour lui signifier sa gratitude et même prendre des demandes spéciales au pied levé. La formidable leçon de dévotion artistique de la reine fut aussi rehaussée d’une performance impeccable de ses musiciens expérimentés, talentueux et versatiles. Le tout mit le public d’environ deux centaines de têtes dans un état de délire total qui le faisait paraître beaucoup plus imposant que sa taille réelle.

 

Setlist de Doro (de mémoire) :

«I Rule the Ruins» (Warlock)

«Earthshaker Rock» (Warlock)

«Burning the Witches» (Warlock)

«Fight for Rock» (Warlock)

«The Night of the Warlock»

«Raise Your Fist in the Air»

«Evil» (Warlock)

«Without You» (Warlock)

«Metal Tango» (Warlock)

«True as Steel» (Warlock)

«Für Immer»(Warlock)

«Metal Racer»(Warlock)

«Out of Control» (Warlock)

 Solo de batterie

«Wacken Hymne (We are the Metalheads)» (Skyline)

«Revenge»

«Breaking the Law» (Judas Priest)

«East Meets West» (Warlock)

«All We Are» (Warlock)

«Hellbound» (Warlock)

«Egypt (The Chains Are On)» (Dio)

 

En somme, ce fut donc une prestation complètement magique et inoubliable de Doro offerte avec dévotion par une artiste légendaire à un public hautement reconnaissant. De plus, ce spectacle fut encore l’occasion de démontrer que Québec possède une scène métal florissante avec la participation de Warning Sign et Warder, bien que je fusse un peu moins convaincu par le deuxième groupe qui me laissa malheureusement un peu froid en raison de son approche générique et quelque peu répétitive. De plus, ce spectacle me permit de découvrir un groupe de talent, soit The Mighty Swine. Ma seule réelle déception réside dans l’assistance qui aurait facilement pu être plus nombreuse compte tenu de la renommé de la tête d’affiche, mais cela peut s’expliquer par la surabondance de spectacles d’artistes internationaux cette semaine-là avec King Diamond à Montréal la veille, Eluveitie à Québec le lendemain, Amon Amarth la semaine précédente…etc. En terminant, je désire remercier Karl-Emmanuel Picard de District 7 Production  pour l’accès à la salle!

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

 

Critique d’Album: Triptykon – «Melana Chasmata»

Melana_Chasmata

Triptykon

« Melana Chasmata »

Century Media

2014

 

«Tree of Suffocating Souls»
«Boleskine House»
«Altar of Deceit»
«Breathing»
«Aurorae»
«Demon Pact»
«In the Sleep of Death»
«Black Snow»
«Waiting»

 

Après la fin tragique du légendaire groupe Celtic Frost en 2008, Thomas Gabriel Fischer concentra ses noires énergies créatrices dans la fondation de Triptykon, un projet qui continuerait sur l’héritage du dernier opus à vie de Celtic Frost, soit l’impressionnant «Monotheist» (2006) et son Gothic/Doom Metal aux atmosphères puissantes. La prime progéniture éjectée par Triptykon réalisa cette promesse de très belle façon avec le titanesque premier effort intitulé «Eparistera Daimones» et le EP «Shatter», tous deux sortis en 2010, qui présentaient une formidable mixture de Thrash, de Death et de Black Metal assemblés sur de solides bases Doom Metal avec des atmosphères sombres à fortes tendances gothiques. Un formidable alliage de pesanteur et de noirceur, donc, mais qu’en est-il cette année avec la sortie du second effort complet desdites terreurs suisses dénommé «Melana Chasmata»? C’est la question à laquelle votre humble serviteur tentera de répondre dans les prochaines lignes.

Tout d’abord, après avoir admiré la couverture de l’album ornée, sans grande surprise lorsqu’on connait les habitudes de monsieur Fischer, d’une œuvre du défunt HR Giger, un bref regard à la liste des pièces et leur durée permettra de constater la concision générale de ces dernières par rapport à celles constituant l’opus précédent. En effet, mis à part «Black Snow» et ses douze minutes passées, le reste des pièces se situe en deçà ou près des huit minutes ce qui laisse présupposer un souci d’efficacité, d’épuration des éléments superflus.

Cela nous est confirmé avec «Tree of Suffocating Souls» et son amalgame de motifs pesants de tempos moyens accrocheurs, efficaces et puissants tirant sur l’héritage plus Thrash Metal de Celtic Frost. Le groupe poursuit ensuite avec la lente et atmosphérique «Boleskine House» qui présente la facette plus résolument Doom et gothique du groupe. Celle-ci installe merveilleusement bien une atmosphère dépressive portée non seulement par les motifs de guitares et de basses dissonantes, mais aussi par la triple approche vocale présentée sur cet album : les déclamations claires graves de Thomas Gabriel Fischer (voix, guitare, programmation), les hurlements râpeux de V. Santura (guitare, voix) et les voix angéliques et éthérées de l’invitée Simone Vollenweider.

Avec deux pièces très différentes, mais tout aussi efficaces et puissantes, Triptykon met déjà cartes sur table. En effet, «Melana Chasmata» sera vraiment la suite logique de «Eparistera Daimones», présentant la même recette éprouvée tout en l’améliorant grâce à une efficacité accrue, tel un chef qui peaufine son plat classique pour épater des convives déjà conquis par la première mouture de ladite recette. Ainsi, «Altar of Deceit» et «Breathing» amènent l’album à des sommets de pesanteur avant que l’on ne soit subjugué par la délicieuse et gothique «Aurorae» qui marque le début d’une série de pièces plus axées sur une atmosphère oppressante, culminant avec les magnifiques «In the Sleep of Death» et «Black Snow», avant de se terminer en douceur avec l’ambiante «Waiting» et ses paysages sonores glauques.

Le contenu musical de l’œuvre est donc exceptionnellement puissant et efficace, mais cela pourrait être entaché par une production bâclée. Or, il n’en est rien! Effectivement, le travail de V. Santura et Michael Zech à la captation sonore, au mixage et au mastering est impeccable, magnifiant à la fois les atmosphères sombres et la performance de chacun des musiciens. Ladite production bénéficie notamment de la très forte présence des basses puissantes et vibrantes de Vanja Šlajh et d’un son de batterie extrêmement organique. Cela dit, les guitares sont aussi mises de l’avant avec un accordement abaissé et une distorsion ravageuse accentuant les motifs de plomb de Triptykon.

En somme, «Melana Chasmata» présente une œuvre musicale merveilleusement belle et complète, produite avec un soin méticuleux par un groupe possédant non seulement du talent, mais une expérience et un héritage impressionnant. Le tout représente donc un beau pas en avant pour Triptykon, même par rapport à leur excellent premier album, puisqu’il est ficelé de façon encore plus efficace et épurée. Cet album sera donc nécessairement à placer parmi les meilleures sorties métalliques de 2014 et est déjà un incontournable de ma liste de lecture quotidienne!

9,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas