Critique d’Album: Culted – « Oblique to all Paths »

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Culted

« Oblique to all Paths »

Relapse Records

(2014)

Groupe de métal issu de l’ère de la technologie, Culted se présente comme un quatuor composé de 3 membres Canadiens (Winnipeg) et d’un chanteur de la Suède. L’ère de la technologie,  puisque ceux-ci ne se sont jamais vu dans la vrai vie (le chanteur vs les autres membres). Tout le travail accompli par ce groupe se fait par communication en ligne.

Oblique to all Paths est le 2ème album du groupe. Avec un style musical se situant entre le Doom et le Black metal, 2 genres très distincts, Culted nous installe dans une ambiance des plus malsaines et haineuses en très peu de temps, que l’on pourrait aussi apparenter au Sludge par moment.

L’album commence sur un morceau d’une durée de près de 20 minutes qui, selon moi, aurait pu être 2 morceaux audibles. Avec des pièces à tempo assez changeant, ce groupe propose un album constant avec une composition du moins intéressante, qui rappelle certaines pièces plus récentes de Enslaved. Certains bouts et pièces situées un peu partout au travers de l’album sont plutôt narratifs, ce qui apporte une touche personnelle à l’album, malgré quelques longueurs.

Se faisant très ambiant comme album, celui-ci se fera des fans et des ennemis assez rapidement. Avec un vocal assez unique en son genre, s’apparentant à celui du Black metal, personne ne peut rester indifférent. La présence de synthétiseur vient aussi augmenter l’ambiance crée par l’album.

Fan de distorsion, Oblique to all Paths devrait plaire à plus d’un d’entre vous et surtout, toutes personnes en recherche de nouvelles sensations musicales devraient donner une chance à cet album.

8/10

Mathieu

Critique d’Album: Cursed 13 – « Triumf »

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Cursed 13

« Triumf »

Carnal Records

2013

Liste des pièces
No Return
Dead and Gone
Death N Roll
I Love Cyanide
Aska till aska (preludium till)
Frälst av Eld
När Marorna Kallar
Seductress
Requiem/Victory
Agitator (upptakt till Vrede)
Vrede

 

 

D’abord conçue en 1998 sous le nom Cursed 666 comme un projet solo de Heljarmadr (guitares, voix) (Domgård, Grá, ex-Diabolic Lust), la formation Black Metal suédoise Cursed 13 sortait enfin, au mois d’octobre 2013, son premier album complet en carrière. Pompeusement intitulé Triumf, ce premier album peut être vu comme un véritable test pour une formation ayant connu une gestation si longue, parsemée en chemin de deux démos, d’un EP et d’un split avec Domgård. Or, dès la première écoute dudit opus, il apparaît évident que le groupe n’a aucunement raté son coup.

Tout d’abord, dès le motif de guitare saccadé d’introduction de No Return, l’auditeur remarque une recherche esthétique qui vise à s’affranchir des standards habituels du Black Metal scandinave. En effet, la première pièce laisse entrevoir d’importantes influences Doom Metal, accentuées par un accordement en dessous du Mi standard et une production moderne laissant toute la place aux basses tout en conservant un côté rugueux et sombre typique du Black Metal. De plus, on remarque une approche des structures musicales simple et directe qui laisse une grande place à un groove superbement efficace qui se poursuivra sur toute la durée de l’album. Puis, Dead and Gone commence et on constate que le groupe sait varier les styles en nous proposant des influences allant jusqu’au Stoner. Ainsi, le groupe parvient à éviter le piège de la répétition et de l’ennui en nous présentant des facettes différentes de sa musique presque à chaque pièce, que ce soit un Black N’ Roll rappelant les derniers efforts de Satyricon, mais avec une encore plus grande efficacité sur Death N Roll, un Blackened Doom puissant sur I Love Cyanide, ou encore un Black Metal infusé de nettes influences industrielles à la Rammstein sur Agitator (upptakt till Vrede) et Vrede.

Ce qui surprend le plus lors de l’écoute de l’album est l’efficacité avec laquelle le groupe sait présenter ses influences variées dans un tout cohérent. Cursed 13 s’appuie pour cela sur une base solide: des motifs de guitare riches, variés et superbement agencés; une basse vibrante et bien présente qui accentue les grooves efficaces du groupe; une batterie organique qui évite d’en faire trop pour se concentrer sur l’efficacité; un vocal râpeux typique qui éructe des paroles agressives et résolument sombres. L’ajout d’interludes électroniques bien placés et de solos de guitare à l’approche très rock viennent compléter cette mixture gagnante. La seule faiblesse objective qu’on pourra souligner est que sur un album réfléchi et calculé en fonction de l’efficacité et de la simplicité tel que Triumf, il manque ce petit grain de folie ou d’abandon qui aurait pu amener l’album à un niveau supérieur. Le groupe pèche donc peut-être par excès de retenue. De plus, la finale abrupte de l’album fait en sorte que l’auditeur a l’impression d’être laissé en plan avant d’avoir rassasié son appétit. Comme si l’ensemble de l’album nous emmenait vers quelque part, mais nous laissait tomber juste avant d’arriver à destination. Qu’à cela ne tienne, il s’agit tout de même d’un premier effort très prometteur pour la troupe de Stockholm.

En somme, Cursed 13 nous offre un premier album qui saura ravir les amateurs de Black Metal qui recherchent une approche variée, orientée sur le groove et efficace sortant des schémas habituels du genre. La formation démontre donc avec cet opus qu’un futur prometteur s’étale sous ses pas et réussit là où plusieurs groupes, tels que Satyricon par exemple, semblent s’être quelque peu perdus récemment. Triumf est donc un album très efficace et facile à digérer qui pourra être dévoré avec appétit.

7,5/10

Pièces favorites: Dead and Gone, Death N’ Roll, I Love Cyanide et Frälst av Eld

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

Critique d’Album: Tidal Arms – « Tidal Arms »

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Tidal Arms

« Tidal Arms« 

Black Numbers

2013

Liste des pièces
Gooski’s ladder
Mirrorbox
Dunston mass
Jungle of dust
Mad glacier
Molasses
Tide alarms
Jelloshotgun
Beach Torture
Cosmic Donald’s

Bon, là, je m’asseois devant mon ordinateur pour vous écrire cette critique que je dois écrire depuis déjà un bon moment.  J’ai l’habitude de prendre beaucoup de temps pour écrire mes critiques (je n’en fais pas beaucoup, je me donne donc le droit), mais pour cet album, ce fut particulièrement long.  Était-ce parce que je n’avais pas le goût ou parce que je ne prenais pas le temps? Ni un ni l’autre.  C’est simplement parce que, après plusieurs, et plusieurs écoutes, je ne savais toujours pas quoi penser de cet album. J’avais donc décidé, tel un bon vin, de le laisser vieillir un peu, savoir comment il mûrirait dans mon esprit.

Et après tout ce temps, je ne suis toujours pas certain de cet album.  Tidal Arms arrive avec un album, disons le, loin d’être monotone.  Un peu bipolaire même.  Avec des périodes très ambiantes, très « personnelles », et BANG, un rythme un peu plus énervé, plus punk, avec des dissonances à travers tout ça.  Ça demande plusieurs écoutes.

Et pour complexifier la tâche, chaque fois que je mets l’album, je le trouve plutôt moyen, et quand l’album fini, à chaque fois, je me dis:

Mais c’était très bien cet album! Pourquoi je n’arrive pas à accrocher?

et, le lendemain, quand je repars l’album, j’ai exactement le même feeling.

 

Le Secret

Alors voilà, c’est simplement que plus l’album avance… plus il va vers la fin, plus les chansons sont matures, plus texturées, plus détaillées, avec des transitions plus naturelles alors que le début de l’album semble être un groupe qui se cherche, dont la moitié des membres vont dans une direction, et l’autre moitié, dans l’autre.  Des chansons comme Beach Torture, la 9e chanson, ou Cosmic Donald’s, la 10e chanson, sont d’excellentes chansons. Lourde, ambiante, agressive, un peu à la Cult of Luna pendant Somewhere along the Highway.  Et pourtant une chanson comme Gooskis Ladder, la première, me donne le goût d’arrêter d’écouter l’album.

Est-ce parce que je suis biaisé, et que je préfère des chansons dans un style plutôt qu’un autre? Peut-être…  Peut-être aussi s’agît-il de la voix de Tom Tierney, qui, selon moi, se mélange mieux à la partie plus post qu’à la partie hardcore. Je vous mets Gooskis Ladder et Beach Torture au bas du texte pour vous faire entendre la différence.

La Production

La qualité audio de l’album est bien agréable.  Un son très garage, très naturel, avec un drum bien présent qui sonne comme dans une grande pièce.  Et les guitares/basse s’équilibrent bien alors quand il y a un punch dans les basses fréquences, on sent toute la puissance de l’album.

Finalement

L’album vaut le détour.  Il s’écoute un peu comme un récit bizarre, avec des bouts d’incompréhension, des hauts, des bas.  Je vais sans aucun doute continuer à le laisser rouler de temps en temps, et voir comment il vieillira.  Chose certaine, ne met pas ça dans ton party, ça risque de le fucker pas mal.

 Maxime Bellerose

 

 

Les « Elles » du Métal » dossier spécial: Within Temptation, 2ème partie

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Voici le lien pour retourner lire la 1ère partie de ce dossier.

Within Temptation: l’énigme de l’évolution d’un groupe majeur, deuxième partie

Après avoir lancé trois albums et progressé musicalement sur chacun de ceux-ci, il est bien difficile à ce stade de prévoir ce que sera la suite des choses pour Within Temptation. Marcher dans les pistes déjà déblayées ou emprunter une nouvelle route pavée d’inconnu? Telle est à la question…

Jouer sur les deux tableaux

Si l’on pouvait percevoir une tentative de percée commerciale à l’écoute de The Silent ForceWithin Temptation fait un autre timide pas dans cette direction avec The Heart of Everything, lancé en mars 2007 en Europe et en juillet de la même année aux États-Unis, une première qui démontre le potentiel de succès que perçoit sa maison de disques. On doit spécifier au passage que cet espoir d’une percée vient sûrement en grande partie du succès surprenant rencontré par le groupe italien Lacuna Coil, dont l’excellent Karmacode s’est hissé jusqu’au 28e rang du Billboard 200* américain en 2006, performance incroyable pour un groupe de metal européen dans un marché dominé par le country et la pop.

En raison de la stabilisation de la formation, cette nouvelle galette ne se détache guère de son prédécesseur au niveau sonore; Within Temptation a toutefois fait un petit pas en arrière en rallongeant ses titres pour les refaire passer au-dessus de la barre des cinq minutes, permettant ainsi un retour des passages instrumentaux, qui se font moins rares que sur The Silent Force. On peut donc facilement qualifier The Heart of Everything d’album du compromis car le groupe réussit à faire se côtoyer avec une belle harmonie des titres ambitieux et des titres plus accrocheurs, pour le plus grand plaisir de toutes les franges de son public.

Sans être l’oeuvre la plus aboutie des Néerlandais, The Heart of Everything s’avère sans l’ombre d’un doute sa plus consensuelle. La production, très soignée, met en valeur autant le côté rock que le côté symphonique du groupe et la puissance de la musique est bien renforcée par la présence de l’Orchestre philarmonique de Prague. L’auditeur se laisse donc transporter avec enchantement par des titres ambitieux comme Our Solemn Hour, Final Destination et surtout The Truth Beneath the Rose, autant que par des pièces plus musclées comme The Howling – qui a l’honneur d’être mise en vedette dans le jeu vidéo The Chronicles of Spellborn – la pièce-titre ou The Cross, ce beau mélange des genres venant nous rappeler que Within Temptation détient cette formule qui allie simplicité et complexité.

The Heart of Everything connaît une belle vie sur les palmarès grâce à des top ten dans huit pays (trois disques d’or et un disque platine) et une première entrée, fort modeste, dans les palmarès anglo-saxons (#38 en Angleterre et #106 sur le Billboard 200). Notons également la performance états-unienne honnête de la superbe What Have You Done, duo à la fois énergique et émouvant qui mélange les belles voix de Sharon den Adel et du chanteur de Life of Agony, Keith Caputo. Ce titre, qui rappelle fortement Evanescence, atteindra le #33 du palmarès U.S. Mainstream Rock Songs, un petit succès pas très surprenant considérant sa sonorité très américaine. On sent donc que la renommée est à la portée du groupe, la tournée de promotion de ce quatrième album connaissant un large succès et culminant avec un spectacle à guichets fermés au Ahoy de Rotterdam avec le Dutch Metropole Orchestra devant plus de 14000 spectateurs. Ce spectacle, publié en CD et DVD sous le nom de Black Symphony, est un achat incontournable pour quiconque veut découvrir Within Temptation: le répertoire joué offre une belle rétrospective de leur carrière, l’aspect visuel y est spectaculaire et surtout, la présence de l’orchestre et d’une chorale porte la musique à un autre niveau.

 

 

 

Les masques tombent

Même si Within Temptation est parvenu, d’un album à l’autre, à se rallier un public de plus en plus large, on sent qu’il devra prendre une décision concernant son avenir. Le choix est à la fois simple et problématique: Within Temptation doit-il continuer à produire une musique symphonique et sophistiquée ou doit-il miser sur une transformation pour espérer augmenter son auditoire sans pour autant s’aliéner le public qu’il a durement gagné? À l’écoute de The Unforgiving, paru en 2011, on constate rapidement que c’est la seconde option qui l’a emporté.

Si l’évolution entre Enter et Mother Earth avait constitué un changement assez abrupt que l’on pouvait mettre sur le compte de la jeunesse et de la recherche d’identité, on ne peut en dire autant sur ce virage à 180 degrés qui marque carrément un nouveau départ et qui relève davantage d’un choix de carrière. En effet, le groupe s’est donné les moyens d’aller chercher le « grand public » en se transformant de manière radicale. Premier changement que l’on remarque, le look. Fini les robes gothiques et excentriques, on enfile le blouson de cuir pour rocker! L’autre changement, sonore celui-là, place les guitares au premier plan. Ce virage saute à l’oreille dès l’écoute de Faster, single paru quelques temps avant la parution de ce cinquième album.

Le parti pris de la production place les riffs accrocheurs à l’avant, réduisant la contribution des claviers, les confinant presque à un rôle figuratif si l’on fait exception de Iron, seul titre présent sur The Unforgiving qui évoque le passé symphonique de la bande à SharonWithin Temptation mise donc sur son côté accrocheur en lançant sur les ondes la très rock et susnommé Faster, la dynamique Shot in the Dark et Sinead, titre « dansant » qui utilise des claviers à sonorité électro, nouvelle composante de la palette du claviériste Martijn Spierenburg. Le groupe a aussi habilement saupoudré trois ballades, faisant de The Unforgiving un album très accessible, visant un public très varié et qui, malgré le changement radical, n’a pas fait décrocher les vieux fans. La raison en est fort simple: les amateurs du groupe sont habitués à voir leurs favoris évoluer et malgré ce changement sonore, il faut bien admettre que la formule est efficace et que les pièces sont très accrocheuses à l’oreille sans être pour autant racoleuses et simplistes. On a donc affaire ici à un album rock commercial, mais intelligent.

Commercialement parlant, la manœuvre s’est avérée payante, The Unforgiving rapportant à ses auteurs de belles ventes, des top ten dans dix pays d’Europe et un certain succès sur notre continent, avec un #50 au Billboard 200 (#14 de la rubrique rock albums et #6 de la rubrique hard rock albums) et une 40e position par chez-nous, première entrée de Within Temptation sur les palmarès canadiens.

 

 

 

Ci-bas, vous pourrez lire ma critique de Hydra, le tout nouvel album paru ici en Amérique le 4 février dernier, mais auparavant revenons à la question posée en début de dossier: Within Temptation progresse-t-il artistiquement ou a-t-il simplement vendu son âme de manière opportuniste au nom d’un carriérisme destiné à vendre le plus grand nombre d’albums possibles? La première option est parfaitement défendable car le son de Within Temptation s’est transformé d’album en album, passant du metal gothique au metal symphonique pour finalement se muer en un habile hybride entre metal et rock mélodique. Cette mutation s’étant faite de manière graduelle, nous pouvons plaider pour la progression artistique.

Toutefois, la deuxième option paraît tout de même la plus vraisemblable pour deux raisons. Premièrement, le côté accrocheur du groupe a toujours pris de plus en plus de place, comme si Within Temptation cherchait à retrouver le succès obtenu avec Ice Queen. Finalement, la disparition des claviers observée au profit des guitares suggère que ce virage est délibéré afin de rendre la musique plus simple à l’oreille pour un large public. C’est donc un pari délibéré qu’a pris Within Temptation. La réaction des vieux fans laisse croire que ceux-ci ne déserteront pas malgré la simplification du propos, mais cette manœuvre sera-t-elle pour autant payante commercialement? À ce stade de leur carrière, les Néerlandais ont atteint un point important qui déterminera comment ils seront perçus dans 20 ans: groupe metal fétiche ou vedettes rock internationales?

*Les données énumérées dans ce dossier concernant les performances au palmarès sont tirées de Wikipédia.

Hydra : la bête à la conquête du monde

Dans la mythologie grecque, l’Hydre de Lerne est un monstre à plusieurs têtes qu’a dû combattre Heraclès pour accomplir le deuxième de ses douze travaux. Dans la mythologie metal néerlandaise, Hydra symbolise maintenant les directions multiples prises par la musique de Within Temptation. La musique offerte par Within Temptation étant variée, le choix du nom de ce sixième album est bien choisi.

Afin de pouvoir davantage nous montrer ses plusieurs visages, Within Temptation s’est adjoint les services de quatre invités derrière le micro. Si la présence de l’ex-Nightwish, Tarja Turunen est naturelle et fait merveille sur Paradise (What About Us?), on ne peut s’empêcher de froncer les sourcils en constatant que le rappeur Xzibit a prêté sa voix et ses mots (comme coauteur) à la pièce And We Run. À ma grande surprise, cette dernière s’avère une intéressante réussite, l’addition d’une voix rap sur fond rock contribuant à surprendre l’auditeur. Même pour quelqu’un comme moi qui déteste ce genre musical, le tout est parfaitement digeste.

La collaboration la plus réussie demeure toutefois celle de l’ex-vocaliste de Killswitch Engage, Howard Jones, qui grâce à sa voix grave et profonde, se révèle un beau complément sur la dynamique Dangerous. Finalement, sur la très pop rock Whole World is Watching, la réplique est assurée par Dave Pirner, chanteur de Soul Asylum. Considérant que sur la version est-européenne de Hydra, on retrouve Piotr Rogucki du groupe Coma plutôt que Pirner sur cette dernière pièce, on peut hausser à cinq le nombre des invités. Ajoutons également qu’une surprise s’est glissée sur Silver Moonlight (selon moi le meilleur titre de l’album) et sur Tell Me Why, soit le retour de Robert Westerholt au grunt, lui qui n’avait pas utilisé sa voix sur album depuis plus d’une décennie. Malgré la qualité de ces invités, c’est toutefois la chanteuse Sharon den Adel qui s’avère indiscutablement la vedette de Hydra, la dame étant parfaitement à l’aise dans le nouveau créneau adopté par le groupe. Oui, plus que jamais, la belle (à l’aube de ses 40 ans, elle rayonne plus que jamais) est bien en voix.

Musicalement, les Néerlandais confirment le virage pris sur l’album précédent. Ce sont donc les guitares qui dominent l’ensemble, nous gratifiant de riffs lourds et de quelques bons solos (notamment sur les solides Let Us Burn et Covered By Roses), les autres instruments assurant efficacement le soutien. Toutefois, si The Unforgiving s’essoufflait considérablement en deuxième moitié de parcours, Hydra est beaucoup plus constant et l’énergie y est palpable pendant 50 minutes, les titres les plus dispensables (la ballade Edge of the World et la monotone Dog Days) étant bien dispersés sur l’album et n’arrivant pas à atténuer notre intérêt.

En bout de ligne, à l’image de la variété sonore retrouvée sur Hydra, votre appréciation de cet album dépendra grandement de la grille d’analyse que vous utiliserez pour l’évaluer. Pour une personne qui n’écoute exclusivement que du metal et qui s’attend à retrouver les grandes envolées symphoniques de l’époque de Mother Earth, la déception sera grande; si vous appartenez à cette catégorie de gens, passez votre tour. Par contre, si comme moi vous avez besoin d’offrir à vos oreilles quelque chose de différent à l’occasion, vous serez en mesure de reconnaître que si Within Temptation a perdu de la profondeur, il sait faire preuve d’un réel talent pour composer une musique rock solide et variée. La renommée du groupe n’étant plus à faire en Europe, Hydra a fait des merveilles sur le Vieux Continent dès sa sortie. Restait maintenant à savoir si le marché nord-américain suivrait… Et bien Hydra est entré au #16 sur le Billboard 200.

 

 

 

Critique d’Album: Patrons of the Rotting Gate – « The Rose Coil »

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Patrons of the Rotting Gate

« The Rose Coil »

(2013)

The Path Less Travelled Records

Liste des pièces
Tři Tváře
Tři Závěti
Carnassial
Secrets In The Soil
Pride In Descent
Chest Of Light
Clandestine Fractures
A Perfect Suicide»
His Crimson Painting
…Of All Eyes
The Battle Of Chamdo [Gorguts Cover]
Caress Of Vines [Orgone Cover]

 

 

Originaire de Belfast dans la province britannique de l’Ulster (Irlande du Nord), mais maintenant déménagé à Londres, le jeune projet de Black/Death Metal Progressif nommé Patrons of the Rotting Gate nous surprenait en septembre dernier avec son premier effort complet nommé The Rose Coil. Le duo formé en 2013 par Andrew « Manshrew » Millar (vocal, guitares, basse, batterie claviers) et Adam Irwin (guitares additionnelles) nous démontrait ainsi son sérieux et son éthique de travail élevée en nous offrant aussi rapidement un opus de trois quarts d’heure de matériel original couplé à deux reprises de groupes l’ayant influencé, soit Gorguts et Orgone. Devant une sortie aussi rapide d’autant de matériel, le mélomane sceptique est en droit de se questionner sur la qualité du produit livré, d’autant plus que l’épithète « progressif » attribuée à la musique dudit duo suggère complexité et élaboration. Toutefois, dès la première écoute, ledit auditeur sera inévitablement rassuré par la qualité des pièces présentées, mais sera peut-être un peu déçu du côté de l’originalité et de l’absence d’éléments accrocheurs dans la musique présentée sur cet album.

Effectivement, dès l’introduction intitulée Tři Tváře, vos oreilles seront conviées dans un univers sombre aux textures atmosphériques superbement appliquées par des notes de piano surplombées par une nappe de guitare en trémolo s’accentuant dans un crescendo hautement efficace. Puis, la pièce Tři Závěti commence dans un déchaînement de pédales doubles sur une grosse caisse au son percutant et des motifs de guitare dissonante rappelant immédiatement Gorguts de par leur pesanteur et leur rythmique caractéristique. Aussitôt, une première précision s’impose: même si le groupe présente sa musique sous le nom de Black Metal progressif, celle-ci est largement dominée par des influences de Death Metal progressif/technique, d’abord et avant tout du groupe québécois précédemment nommé, auxquelles le duo a infusé des éléments de Black Metal. Ainsi, le groupe juxtaposera à ses compositions quelques motifs à saveur Black ici et là, des voix qui alternent entre un guttural très inspiré de celui de Luc Lemay et des hurlements plus aigus et un côté atmosphérique assez élaboré nous entraînant dans un univers cauchemardesque. Il ressortira donc de l’ensemble de l’album, une musique élaborée, complexe et un côté atmosphérique très satisfaisant pour les amateurs de noirceur. Pour terminer sur les aspects positifs de l’album, j’aimerais noter la magnifique illustration de la pochette réalisée par Andrew « Manshrew » Millar qui représente la fameuse porte pourrie derrière laquelle on peut apercevoir la silhouette de l’innommable et qui représente très bien  la musique du groupe avec des teintes vives et complexes.

La production, œuvre de Andrew « Manshrew » Millar, est généralement plutôt réussie quoiqu’un excès de saturation dans les basses fréquences la rende parfois un brin confuse et frôlant dangereusement le clipping. De plus, le vocal est parfois un peu trop en retrait ce qui le rend difficile à discerner dans la masse sonore formée par la basse omniprésente, les motifs de guitare saturés et les claviers atmosphériques. De plus, l’influence très forte, pour ne pas dire omniprésente de Gorguts fait parfois en sorte qu’on aura l’impression d’écouter un autre album de cette formation, plutôt que celui d’un nouveau groupe. Effectivement, Patrons of the Rotting Gate semble se livrer ici à un exercice de style en répliquant les patrons (jeu de mots facile) rythmiques particuliers inspirés du Jazz, les motifs dissonants et l’atmosphère particulière développée par ces pionniers du Death Metal progressif. Cela est tellement évident, que lorsque le groupe entame sa reprise de Gorguts, la pièce The Battle of Chamdo de l’album Colored Sands (2013) que le duo de Londres a transformé d’une pièce instrumentale et orchestrale en Death Metal instrumental, celle-ci se fond totalement dans le reste de l’album. Le groupe s’est donc efficacement approprié le style de Gorguts en ajoutant un peu d’éléments Black Metal, ce qui aura le double effet, d’en rendre le contenu intéressant comme exercice de style, mais de lui enlever beaucoup de fraîcheur du point de vue de l’originalité. Enfin, on notera un certain manque d’éléments accrocheurs dans les compositions du groupe qui s’imbriquent les unes aux autres sans grande différenciation ce qui rendra les premières écoutes un peu monotones. En effet, l’auditeur aura l’impression que rien ne lui restera imprimé dans la tête à la fin de l’album et devra le réécouter à plusieurs reprises avant de commencer à en retenir certains éléments particuliers et encore là il lui sera difficile de différencier les pièces les unes des autres. Ce sera donc un opus très difficile à apprivoiser.

En conclusion, le premier album de Patrons of the Rotting Gate présente un contenu complexe et élaboré qui pose cependant une énigme au point de vue de l’auditoire visé. En effet, avec une musique presque dépourvue d’éléments accrocheurs et qui ressemble à un exercice de style visant à émuler la musique de Gorguts en ajoutant quelques pelletées de noirceur, on peut se demander qui sera intéressé à écouter l’album de ce duo autrement que par simple curiosité. Autrement, le duo démontre de belles qualités du point de vue du talent musical en ayant conçu des pièces très complexes aux atmosphères sombres réussies, avec une production moderne généralement très bien réalisée, hormis les quelques réserves exprimées plus haut. Heureusement, la formation est récente et aura le temps de travailler sur un second opus qui lui permettra de se différencier de ses maîtres et de trouver des façons d’accrocher l’oreille de ses auditeurs.

Pièces favorites : Tři Závěti et A Perfect Suicide

6,5/10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

Critique d’Album: Vociferian – « Iscariot Gospel »

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Vociferian

« Iscariot Gospel »

VOCI Records

2013

 

Since their inception in 1998, France’s VOCIFERIAN has released four albums of unrelenting Black Metal that would have any devotee salivating at their unholiness! After relocating to Belgium, fans can finally enjoy a compilation including a split with now fellow countrymen, GOATHOLOCAUST and all three mini-albums in one package!

Coming off the collaboration with the Belgians in Maître Bouc, VOCIFERIAN firmly display its penchant for unhinged, dirty sounding Black Metal with an uncompromising attitude. The « old school » sound/musical direction is clearly heard on Mother Regression which segues into more chaotic territory in Piss Stained Shroud. Unpolished and militant, the song exudes an evil propelled by the vocal styling of sole member, Lord Genocide, whose guttural growl contrasts the rasp of most modern-day Black Metal vocalists. A straight ahead assault is characteristic of most of the songs, save for Pride of the Unholy Path, a slow moving and sinister piece before moving into a familiar frenzy; foreshadowing material to come.

Enter 2005 and Universal Hate Decades Ultimatum sees Lord Genocide clearly on his game, releasing a better, crisper sounding ep with songs such as « May the Holocaust Appease Thy God and Angelskeletons Cathedrals which draws similarities to Norways, AETERNUS, especially after a production overhaul. In addition, the album displays a more focused direction in song writing and sees some thinking « outside the box », particularly on Esse Dyoboli et Infecta et Inficiencia Annimas, the final cut and clear highlight!

2009’s On Angelbones Blood Altarized, VOCIFERIAN pulls out all the stops and unleashes all out war in a blistering barrage of blasting chaos that straddles the line between Black and Death Metal. Vicious Baptism in Exaltation of Bestiality perfectly demonstrates this juxtaposition. Continuing the deepest of vocal snares, Lord Genocide pens songs of a much shorter length; getting in and getting out with little in the way of finesse or relief as heard on Sadolocaust Ejaskullation Ritual, a cut seething with deliberate mayhem! What is noticeable about this EP compared to earlier efforts are the guitar riffs which are well crafted and purposeful. If there is one sole criticism here, it’s the overall similarity of the songs themselves. Consisting of mainly blast beats and furious riffing, the EP comes and goes with no real highs or lows. The variation of Universal Hate  Decades Ultimatum is utterly void here as VOCIFERIAN decimates without letting go of the gas, a characteristic heard again on last year’s Horns of Armageddon EP as well.

Ultimately, VOCIFERIAN’s legacy will be one of uncompromising Blackened Death Metal, rife with venom and bitterly unforgiving. Beginning with humble beginnings, Lord Genocide has steadily released some harrowing collections and as time has passed, fans are greeted with more and more precise song writing and concise execution! For fans wanting to explore the journey this man has made since the 2000 demo, Preludium to Massacre, this compilation is great listening; a fascinating listen and one that foresees much more to come!

Standout Tracks: Devotional Crusade ov Exkommunication, Nuclearfrost Strike, Part II, Esse Dyoboli et Infecta et Inficiencia Annimas, Seraphinslaves Anal-Hellxecution, Panzerphomet (bonus track to be included in a 4-way split later this year)

8/10

Chris