Critique d’Album: Upon Your Grave – « Eponym »

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Upon Your Grave

« Eponym« 

2013

 

Crooked
Poisoning
Vicious
Tune
Cleansing machine
Not enough
Allowed
My obsession
Life simulator
Death’s only a beginning
Bonus track: Haunting of the beast

 

Les débuts de Upon Your Grave prennent forme en 2009 dans les arrondissements de Québec et Lévis, comportant plusieurs line-up, en cours de route, jusqu’à celui d’aujourd’hui constitué de Jordan Jolicoeur (voix), Alex Grave (guitare), Sim Diamond (lead guitar), Marc Thériault (basse) qui ne semble pas avoir fait partie de la production de Eponym, et Manuel Allaire‑Durand (drums). Le premier matériel de la formation apparait en 2011 avec un single appelé Haunting Of The Beast suivi d’une autre réalisation sortie en Juin 2012, un démo contenant 6 chansons, Artistic Freedom. Avec le temps et les réalisations précédentes, on comprend que Upon Your Grave nage dans les profonds bassins du death metal à la tendance mélodique, accompagné d’un soupçon de thrash. Une formation pour laquelle l’emploi du terme « metalcore » colle plus ou moins. On s’éloigne pertinemment du son appartenant aux bands metalcore de la période fin 90/début 2000 (exemple: Earth Crisis, All Out War, Unearth, Zao, Bleeding Through et j’en passe.)

L’expérience du groupe, acquise au fil du temps, est mise de l’avant dans Eponym, sorti en décembre 2013. Avec une forte collaboration et réalisation complète par Antoine Baril (Hemisphere Studio), Eponym donne accès à un énorme buffet de epic guitar, solo bien garni, accompagné de rythme franc, de quoi conquérir les fans de: Children of Bodom, In Flames et Trivium.

L’album démarre dans une ambiance de carrousel épeurant, suivi de Poisoning qui ouvre le bal et donne le ton à l’album. On se rive le nez à une entrée luxueuse pour démarrer Cleansing Machine. On continue dans le buffet pour retrouver aussi un doux et soyeux cleanpart dans My Obsession; agréable moment pour les oreilles. L’alternance des voix surgit tout au long de l’album, ce qui assaisonne l’ensemble. La digestion de tout ce buffet se complique cependant dans la partie des lyrics et des voix: on perd aisément et à répétition les lyrics pendant les high vocal screams de Jordan. Curieusement le pitch ou la couleur choisie des voix sur la réalisation ne correspondent pas à ce que j’ai entendu au lancement, à l’exception du vocal plus rauque. Est-ce une recherche de style particulier? Peut-être!

Alors, pour les curieux, Eponym est disponible via Bandcamp aux coût de seulement 8$. Il est également possible de rejoindre le band via facebook. La chanson Poisoining est disponible également sur Youtube et offerte sur le lecteur Bandcamp ci-dessous.

 

Note globale : 7 / 10

Miguel

Critique d’Album: One – « Con-Text »

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One

« Con-Text »

Unsigned/Independent

2014

 

Hailing from Vancouver, British Columbia, ONE emerges as an oddity in the realm of extreme, underground Metal. Initially beginning his musical career in 2011, mastermind and sole member, Iain Twiddy, juxtaposes elements of depressive Black Metal with Death Metal and Progressive leanings as well, resulting in a fascinating listen where the songs take unpredictable turns on this year’s first official release, Con-Text. Lyrically pervasive, much of Con-Text focuses on self-realization, one’s role in the universe and the conflict within one’s own psyche. Musically, the songs enthrallingly veer back and forth from lo-fi, depressive Black Metal, similar to Xasthur, to technically progressive Death Metal, which pervades the majority of Con-Text. « Bore to the Soul of an Array of Doubt » and « The Unsettling Neutral » both reveal the depressive side to Twiddy’s musical vision while songs, « Apollo/Dionysus« , « Crimeless Victim » and « You Will Lose » dazzle with whirlwind progressive guitar touches.

What is curious about « Con-Text » is the duality of both styles which co-exist therein. Vocally, the Black Metal songs venture into “static –y” noise, not dissimilar to speaking through a phone, while the Prog styled Death tunes explore a deeper growl. In addition, ONE certainly maintains a solid affinity for the latter on songs, « Ever Becoming » and « Atom-O- Sphere« , which encapsulate a dissonant, dirty, unpolished aural hue, characteristic of the songs overall.

For a debut album, « Con-Text » is an album that will certainly require repeated listens as the ideas aren’t immediate or « easy ». A curiosity in itself, « Con-Text » sways back and forth from two completely different underground styles which may leave one to question if the Blackish tones could’ve been left for another one of Twiddy’s musical outlets? Still, said record never becomes tired or trite, but rather challenges the listener and virtually comes out of « left field ».

Standout Tracks: Apollo/Dionysus, The Unsettling Neutral, Ever Becoming

8/10

Chris

 

Critique d’Album: Protest the Hero – « Volition »

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Protest the Hero

« Volition »

2013

 

En attendant que Protest the Hero viennent nous jouer leur nouveau stock, au Dagobert le 12 avril prochain avec Intervals, The Motorleague et TheOutborn (héhé le gars qui vous écrit présentement est ben content d’être sur le gig), Dave Rouleau m’a demandé de parler de leur dernier album, Volition.  Je savais déjà avant de l’écouter une première fois, que les tracks de guitare allaient me sacrer une volée, et comme de raison, c’est incroyablement le cas.

Ce que j’aime bien de leurs riffs, c’est que malgré le côté technique, les deux guitaristes sont pratiquement toujours en harmonie, ce qui contribue grandement au groove de l’album, ainsi qu’un tone de guitare très efficace et bien découpé. J’aime bien entendre toutes les notes aussi clairement, malgré la quantité qui passe à la seconde.. Sur cette album il y a un changement au line-up original, et par le fait même, c’est Chris Adler de Lamb of God, qui s’est occupé des tracks de drum en studio. Écoute, on s’entend qu’il a sorti de sa « zone de confiance », et sérieusement a clairement relevé le défi! Et ils ont maintenant leur nouveau drummeur permanent: Mike Ieradi (anciennement de Today I Caught the Plague). On ne peut passer à côté du chanteur, Rudy Walker, qui a un vocal qui monte dans un range assez haut merci, et qui est excellent.

Volition est vraiment un album qui s’écoute d’un bout à l’autre très facilement. Ce qui me frappe le plus, c’est vraiment le groove le « fun » qui est présent de la première à la derniere track de l’album. Et d’après moi, c’est de loin leur meilleur album! Vraiment curieux de voir ce que ça va donner dans notre face au Dagobert, ça peut pas être mauvais! Et merci à District 7 de les avoir booké à Québec.

Ma note pour Volition de Protest the Hero: 8.5/10

Gabriel Joly

Critique d’Album: Acacia – « Tills döden skiljer oss åt »

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Acacia

«Tills döden skiljer oss åt»

(2013)

Art of Propaganda

 

Liste des pièces

«Död mans mask»

«Förnimmelsens lund af längtan»

«Amourens redoxreaktion»

«Egocentrisk isolation»

«Tills döden skiljer oss åt»

 

L’Acacia est une espèce végétale très répandue, notamment en Australie, qui pousse dans les régions semi-arides et se caractérisant par une dualité entre la beauté et l’agressivité. En effet, les arbres de ces espèces ont une apparence jolie et gracieuse, surtout en période de floraison, mais comportent aussi de grandes épines qui peuvent transpercer les imprudents ou les animaux mal avertis qui souhaiteraient s’en nourrir. Cette espèce combine donc vie et morbidité, violence et beauté dans un tandem sublime.

C’est donc avec logique que la formation Acacia, originaire de Suède, a choisi ce nom pour se marier à sa musique combinant les ambiances feutrées du Doom Metal atmosphérique à l’agressivité et la méchanceté du Black Metal. D’abord connue sous le nom de Livsnekad (voir l’album prometteur Den Sociala Vanförheten (2009)), la troupe de Halmstad, comprenant d’anciens membres et un membre actuel (le bassiste Christian Larsson) de l’illustre groupe Shining, a sorti au mois de juin dernier son premier album sous le nom de groupe, Acacia, intitulé Tills döden skiljer oss åt qui signifie, si on le traduit de façon grossière, « Jusqu’à ce que la mort nous sépare ». La question posée par cette sortie était donc de savoir si le groupe allait parvenir efficacement à faire la symbiose de la douceur et de la rugosité, tel l’arbre précédemment évoqué et si son contenu saurait rivaliser avec des formations apparentées telles que Shining et Lifelover, par exemple? Force est de constater que oui.

En effet, dès les premières notes de piano de Död mans mask, plaquées par le pianiste d’origine japonaise Seiya Ogino, bientôt rejoint par un crescendo dramatique de guitares, de batterie et une superbe orchestration de cordes suivie de l’entrée en scène des superbes voix chantées de Ulf Nylin (qui a malheureusement quitté le groupe en novembre) et de la douce Moa Thorén, l’auditeur est plongé dans une atmosphère dépressive prenante et superbe. La production assurée par le jeune Klas Blomgren (Svart) joue un formidable rôle à cet effet en présentant un son englobant, moderne et d’une qualité irréprochable qui arrive à balancer parfaitement les passages feutrés et les déchaînements de violence du groupe dans un tout cohérent conservant de belles dynamiques. En effet, si la première pièce d’une durée relativement modeste (elle dure 6:30 minute alors que les autres pièces sont toutes au-dessus des 10 minutes) est quelque peu différente du reste de l’album puisqu’elle présente un style plutôt homogène de Doom atmosphérique fortement teinté d’influences Post-Rock, le reste de l’album présente des pièces à développement fortement nuancées entre tristesse passive et crises de folie sur des tempos lents à moyens.

C’est ainsi que dès la seconde pièce de l’album, on entre en territoire plus agressif, mais avec toujours la même efficacité: une alternance de passages marqués par des motifs de guitare puissants créés par Christian Larsson (Shining) et Andreas Thorén (Level Above Human, Ex-Shining) sur un tonnerre de batterie de Richard Schill (Level Above Human), surplombés par des voix hurlées ou des grognements inhumains et des passages atmosphériques piano-voix chantées, des passages lents, lourds et des passages plus véloces et agressifs. La dualité du groupe est donc très bien assumée et fonctionne de manière très efficace, notamment grâce au talent de composition du groupe qui excelle tant dans la livraison d’émotions violentes que dans la douceur. Pour ceux qui s’attarderont à décrypter les paroles exclusivement suédoises, les textes glauques et dépressifs se marient aussi de façon superbe aux ambiances générées par la musique du groupe.

S’il faut absolument trouver une faiblesse à ce petit bijou d’album, ce sera peut-être son léger excès d’homogénéité. Effectivement, bien que le groupe marie les extrêmes avec un très grand succès grâce à un talent musical indéniable, les pièces de l’album s’enchaînent en présentant les mêmes éléments, la même alternance entre passages doux et passages agressifs, ce qui fait que l’auditeur peu familier avec le contenu de l’album aura tendance à confondre les pièces les unes avec les autres. De plus, les pièces sont toutes construites de façon peu conventionnelle et progressive, ce qui fait qu’il est parfois dur de savoir où une pièce commence et où elle se termine. Ce ne sera donc pas un album nécessairement facile à apprivoiser pour toutes les oreilles, car il ne contient pas de pièce facile à digérer, pas de succès instantané. L’album devra donc être consommé de façon pleine et entière et exigera une écoute attentive et immersive de l’auditeur pour être apprécié à sa juste valeur.

En somme, avec son premier opus en carrière, Acacia présente un mariage très réussi entre le Doom Metal atmosphérique et le Black Metal dépressif. En effet, avec un grand talent de composition et une production puissante et moderne, le groupe suédois nous présente une œuvre d’une beauté époustouflante qui n’a pour seule faiblesse que de réclamer une très grande attention de ses auditeurs. Cette œuvre sera donc à conseiller aux amateurs de musique dépressive et sombre en général qui seront prêts à s’immerger pleinement dans l’écoute de pièces longues et toutes en nuances. À consommer sans modération et en entier, le volume à « 11 » avec votre prochaine psychose.

9/ 10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Critique d’Album: Svarthaeug – « Drakonsk Magi »

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Svarthaueg

« Drakonsk Magi« 

Obscure Abhorrence Productions

2013

 

Since their inception in 2005, Norway’s SVARTHAUEG have steadily risen up the ranks of Black Metal’s elite with their debut EP, « Ritual« , in 2012 and now an album complete with relentless fury in « Drakonsk Magi« . Featuring the vocal talents of Adramelech, also in DODSFALL, the band firmly has both feet in the blackened abyss of traditional Black Metal, played with passion and malice! Don’t expect a subtle intro. that gracefully leads into the bulk of the album. No, « Astral Path to the Realms of Death » decimates immediately as thundering drums and rapid riffing wreak havoc upon the listener’s sensibilities. Grandiose and unforgiving, the tune epitomizes the overall vitriol of the album and even includes vocal variation akin to ex-Keep of Kalessin’s Thebon, during the « cleaner » passages. « Balam« , « Black Goddess« , « Enter Chaos » and « A Hymn to the Ancient Spirits » all maintain a raw energy that initially hits hard before slowing the pace to a catchy headbanging drive, especially on the latter. While the songs play to the strengths of mid-nineties « True Norwegian Black Metal« , other numbers do play outside the box. « Evoke » begins with a slow militaristic drum momentum as feedback creepily rises in volume to explode in full on tremolo guitar mayhem. Album closer, « Ritual VII » displays a great amount of crunch and menace, enough to satisfy fans looking for something a bit different from the norm. Upon first listen, the album appears to run the gamut of fast paced, conventional Black Metal but it may take repeated spins to really notice the finer nuances of the album. Though, « Drakonsk Magi » may not propel SVARTHAUEG into the upper echelons of commercial viability (aka. SATYRICON’s « Satyricon« ), it IS nice to know that newer bands can keep the flame alive of what made Black Metal so appealing in the first place!

Standout Tracks: Black Goddess, Evoke, A Hymn to the Ancient Spirits

7.5/10

Chris

 

 

Critique d’Album: Woods Of Desolation – « As the Stars »

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Woods Of Desolation

« As the Stars »

Northern Silence Productions

2014

 

 

Même si mon penchant pour la musique dite extrême semble vouloir s’évaporer avec les années qui s’écoulent et le temps qui s’estompe, il y a de ces groupes/albums qui ne pourront jamais quitter mon environnement musical tant leur éloquence et leur beauté ont su marquer mon âme impie. Certains d’entre eux ont tapissé les plus beaux moments de ma vie, tandis que d’autres résonnent encore dans la mémoire des jours les plus sombres de mon existence. Parmi cette poignée d’entités qui composent ce corpus, l’album Torn Beyond Reason de Woods Of Desolation (WoD) y occupe une place bien particulière et chaque fois que je me le permets, le black dépressif de ce disque fait immanquablement miroiter chez moi les plus belles images comme les plus sombres desseins. Aussi, je me réserve l’écoute de celui-ci avec parcimonie.

Or, Dieu seul sait et le Diable s’en doute qu’il n’est pas sans dire que c’est avec une fébrilité sans borne et un enthousiaste quasi insupportable que j’ai attendu la venue de quelque chose de nouveau à me mettre sous la dent de la part de ce groupe. Eh bien, que l’enfer soit béni et les saints crucifiés puisque mes prières ont enfin été exaucées. Alors, haut les cœurs camarades, car c’est finalement le 14 février prochain que le nouveau disque de cette formation Australienne verra le jour sous la bannière de Northern Silence Productions.

Bien qu’à ce jour, je n’aie toujours pas de copie physique à ma disposition, j’ai tout de même réussi à mettre la main sur une version numérique et, ma foi, que les anges m’emportent si je mens, ce disque est voué à un avenir très prometteur. D’autant plus qu’avec son caractère avenant, un peu plus accessible et ses atmosphères inspirées, WoD pourrait très bien rallier de nouveaux admirateurs parmi les amateurs de musique calfeutrée aux mélodies intuitives.

De prime abord, la première chose qui me soit venue à l’esprit en écoutant ce disque est la dichotomie qui semble y faire rage. Son tempérament musical dualiste qui manigance entre la lisière de l’ombre et la lumière, et qui joue malicieusement dans les moindres recoins de notre inconscient lui donne, un peu à la manière de la Joconde de Léonard de Vinci, une espèce de personnalité ambivalente qui nous empêche de savoir si l’on doit rire ou pleurer.

Nous avons, en effet, d’une part, droit à des hymnes aux panoramas hyper homériques et, d’autre part, un petit quelque chose qui trame dans l’arrière-plan et le rend si macabre dans sa splendeur. On pourrait dire que, As the Stars, est affligé d’une volupté semblable à celle du vin que consommait les poètes maudits. On fait le beau avec le laid et ce goût distille toute la saveur qui se rejoint quelque part entre la nostalgie, la mélancolie et l’allégresse. Tout ceci est extrêmement bien exprimé dans chacune des mesures de ce disque et cette ingénieuse harmonie dissout ainsi toute la lourdeur d’un black trop dépressif, pleurnichard, uniquement centré sur le dégoût. Il s’y trouve une équation parfaite entre ce qui constitue une œuvre juste et définie dans ses limites et, surtout, elle ne s’égare pas dans le cliché romanesque douteux qui laisse un goût de coton dans la bouche. Au contraire, les mélodies de As the stars sont telles que dans l’espace d’un simple battement de cœur, elles peuvent tout aussi bien alimenter nos abîmes existentiels les plus profonds que nous déposer doucement aux abords de nos espérances les plus naïves. Cette double nature qui règne et régis le tempérament de As the Stars m’apparaît définitivement être sa qualité la plus grande.

Mais assez parler du fond pour le moment, attaquons-nous un peu à la forme.

Tout d’abord, je dois dire que j’adore l’humeur mal léchée de ce disque. J’adore le côté malpropre de la production qui, bien entendu, est à l’opposé de celle que nous offrent les grandes étiquettes de ce monde. Bien qu’à l’occasion cela ne me déplaise pas totalement, je dois avouer que cette tendance au méga production carrée m’agace énormément et me laisse grognon plus souvent qu’autrement. À cet effet, je partage l’opinion de ceux et celles qui croient que les productions parfaites et sans égratignures dénudent la création de l’artiste de toute émotivité et la rend ainsi aseptisée de tout sentiment; que tout ce lustre obscurcit la sincérité de l’initiative pour qu’il en résulte, au final, un bel objet plat, impersonnel, sans intérêt et vide de tout intérêt.

Ici, par contre, le choix de production préserve toute la sincérité de l’émotion qui est extrêmement bien ressentie tout au long du long jeu qui a aussi la valeur de porter le blason de l’authenticité. D’ailleurs, je suis absolument certain que ce choix de production lo-fi est bien voulu et réfléchi. Et si l’enveloppe malfamée de ce disque doit être portée au banc des accusés, je me porte garant de la défendre, car, à mon sens, la beauté de ce dernier est due à son essence imparfaite.

Pour ce qui est du reste et, entre autres, des guitares (D. – la tête dirigeante de WoD), on ne peut manquer de souligner leur ingénieuse utilisation et leur surprenante efficacité. De nature plutôt simpliste, elles livrent tout de même une prestation honnête et bien ressentie. Et, avec une distorsion « treble-isé » (qui rappelle un peu une scie mécanique), elles réussissent à se démarquer par leur franche habilité pour devenir un des éléments clefs de cet album. À elles seules, elles arrivent à nous propulser sur la cime des plus hautes émotions et on se sent gravir l’Everest au tempo de leur ascension tellement tout ça est d’une qualité épique par moments. À dire vrai, je dirais que la totalité des mélodies s’organise autour d’excellentes partitions de guitare, parfois brutes, souvent harmonieuses, et de subtils arrangements qui donnent une large profondeur à As The Stars et une bonne valeur de ré-écoute. Définitivement le highlight de l’album.

En contrepartie, la basse, de son côté, est, pour ainsi dire, carrément absente. Elle ne semble que traîner en arrière-fond et se laisse oublier dans sa soumission et sa nonchalance. Aucune initiative, aucun débordement, aucun excès, aucun rien. Que peut-on en dire de plus? Elle est là, elle suit et c’est tout.

La batterie, contrairement aux anciens albums de WoD, a cette fois été enregistrée par Vlad de Drudkh/Old Silver Key. Un brillant ajout qui cadre parfaitement dans la dynamique recherchée. Sans que sa performance soit vraiment des plus extravagantes, elle relève tout de même aisément toute la délicatesse des passages plus ambiants comme des moments les plus intenses. Elle ne figure pas à l’avant-plan, mais sa qualité d’exécution devient vite un élément essentiel à As the Stars et impose son rythme à chaque morceau.

Finalement, il y a aussi la voix de Old (Drohtnung) qui ne semble jamais finir de se cicatriser. Un chant lointain, sournois et insidieux qui réussit habilement à se frayer un chemin jusqu’aux confins tortueux de notre esprit et, avant même qu’on ne le remarque, s’agrippe à nos angoisses les plus pernicieuses pour festoyer en harmonie avec les démons qui nous habitent. Elle s’incruste ainsi dans nos désillusions les plus douloureuses et, tel un fiel délétère qui empoisonne l’ambiance de son alchimie, elle vous déracine de votre confort facile.

Immergé dans une constante, mais légère réverbération, elle laisse flotter l’impression qu’on se trouve prisonnier entre les tourments de l’écho d’un appel lointain et celui d’un silence meurtrier. Ces cris, presque inaudibles et empreints de la sérénité des plus sages comme de la détresse des plus méprisés, viennent nous suggérer à l’oreille la solitude des étoiles et le mystère du rêve onirique.

Autant cette dernière pourrait être l’élément qui vous déplaise le plus, autant, comme chez moi, elle sera l’élément qui vous plongera dans un état de plénitude et de contemplation à l’écoute de As the Stars. Du très bon boulot de la part de Old sur ce côté

Pour tout dire, le seul défaut que je puisse trouver à cet album est la longueur. La longueur des pièces comme celle de l’album en soi. J’aurais voulu que chaque pièce s’étire un peu plus et que l’album soit, du même coup, beaucoup plus long puisque sa courte durée ne me donne envie que de quémander pour encore plus, beaucoup plus.

En effet, sur les sept pièces qui composent As the Stars, deux sont instrumentales et la totalité de celles-ci ne compile qu’à peine une trentaine de minutes. J’aurais vraiment préféré quelque chose qui tourne autour d’une heure, mais bon. Cela ne nous permet que d’écouter les titres plus souvent, après tout. Sur cette note, et avant de conclure, j’ajouterai simplement que As the Stars s’écoute vraiment, vraiment bien. Il prend son air d’aller dès les premières secondes et continue sa route sans jamais vraiment perdre le cap ou s’épuiser.

Ultimement, As the Stars est un disque hyper inspirant qui, selon moi, pourrait avoir la capacité de s’inscrire dans le panthéon des albums marquants de l’année. Il s’agit vraiment d’un habile tour de force et d’une œuvre puissante. La dualité qui y fait rage, la complexité pourtant si simple qui le caractérise, la texture sale et malpropre qui l’habille et les rêveries obscures qui peuvent tout aussi bien invoquer l’invulnérabilité d’un espoir nouveau que la tristesse d’une tragédie sans mots sont tous autant qu’ils sont des éléments qui constituent en soi une magnifique et superbe pièce d’art dans son genre. Et si, comme je le mentionnais à l’instant, c’est grâce à ce genre de rêveries mélancoliques et malignes que nous arrivons maintenant à trouver un sens à nos ambitions, c’est aussi avec l’espoir fourbe qu’elles transportent que nous jetterons un regard neuf sur l’avenir, gonflé d’un sang nouveau, prêt à tout.

Putain, quel album!

Coeur Noir