Igorrr/Melt-Banana//Otto Von Schirach @ Club Soda, Mtl – 23 septembre 2023

Voici le compte rendu de Martin Desbois et les photos prises par Yohann Steinbrich lors du spectacle de Igorrr présenté par Extensive Enterprise au Club Soda de Montréal le 23 septembre 2023 et qui mettait également à l’affiche Melt-Banana et Otto Von Schirach.

 

 

Otto Von Schirach

Nous étions conviés à une soirée des plus excitantes et des plus hétéroclites au Club Soda. En effet, nous avions droit à trois formations je dirais toutes plus originales les unes que les autres et ayant toute ce point en commun de ne pas être faciles à la première écoute.

Les néophytes présents, s’ils y en avait, ont dû froncer les sourcils d’étonnement et avec raison. Le premier artiste et non le moindre, était Otto Von Schirach, œuvrant dans le breakcore incluant plusieurs influences diverses comme des touches de Samba, bossanova, Industriel, hip-hop, voir même métal (grind).

L’artiste œuvre seul, armé de son clavier et de son micro. Il n’est cependant pas passif. Dansant et sautant partout, me rappelant un artiste fitness des années 80, il a su me faire rire à maintes reprises. Sa voix tonitruante et de type industriel frôlant le métal dissonant était parfois de trop. C’était tout un personnage. Scandant plusieurs fois ‘Triangle’ en faisant référence au triangle des Bermudes. Il alla jusqu’à demander de crier ‘Bermuda!’, lorsqu’il mentionnait le terme triangle!

Sous ses airs loufoques se cache un artiste multidisciplinaire qui a déjà suivi Skinny Puppy en tournée américaine, inventé des banques de son d’échantillonnages à son nom, et inventé plusieurs personnages de scène dont un ce soir en particulier. Il est signé sous étiquette IPECAC RECORDS (Mike Patton, Aaron Turner (Sumac, Old man Gloom, Isis). Ridicule oui, mais quand même divertissant et très créatif, à sa façon!

 

 

Melt-Banana

Ensuite les Japonais de Melt-Banana sont venus nous brasser et comme d’habitude, ils ont su épater le public de leur prestance et leur assurance sur scène. Si je ne m’abuse c’était leur cinquième passage à Montréal.

Le duo de Tokyo (le batteur ayant quitté le groupe il y a un moment) a su livrer la marchandise et nous offrir même une reprise de Discordance Axis, groupe Grind connu. Yasuro m’a bien épaté avec son genre de mini-tablette style cellulaire qui faisait des couleurs et activait des fonctions de la guitare d’Ichirou! C’était très innovateur et spécial. Yasuro était très en forme et déambulait sur scène activement tout en nous criant dessus comme elle sait si bien le faire! Son style vocal toutefois, ce n’est pas pour tous les publics! Alliant les aigus et un rythme accéléré, elle pourrait faire pleurer les mamans hahaha.

Ce fût, somme toute, une excellente prestation, j’ai eu le plaisir d’à nouveau les rencontrer rapidement après le concert et de leur jaser un peu. Melt- Banana forever!

 

 

Igorrr

Enfin, j’allais pouvoir voir Igorr. Une première pour moi. C’est un projet de Gautier Serre, un artiste Français qui a su bien s’entourer pour produire une musique très originale passant par une multitude de concepts et offrant un ‘patchwork’ intéressant et puissant. Le groupe était de passage à Montréal afin de promouvoir leur dernier album ‘Spirituality and Distortion’ paru en 2020. Un peu tardif, mais bienvenu!

De la guitare massive, des effets électros assourdissants, et surtout les chants d’Opéra ont donné le ton à cette prestation. Plus grand que nature, Igorrr a su transcender la foule et le Club Soda tout entier. Les effets visuels, l’éclairage étaient dignes de la formation. Je les verrais toutefois dans un espace plus grand afin de mieux transiger et déverser leur trop plein sur le public.

En même temps le fait que la salle soit petite et bondée a su amplifier un effet de contenance et d’implosion que l’on n’aurait pas eu dans une grande salle comme la Place Bell, par exemple.

Nous avons même eu droit à un rappel de trois chansons!

Voici les titres joués :

  • Paranoid Bulldozer Italiano
  • Spaghetti Forever
  • Hollow Tree
  • Nervous Waltz
  • Downgrade Desert
  • Camel Dancefloor
  • ieuD
  • Parpaing
  • Polyphonic Rust
  • Overweight Poesy
  • Viande
  • Opus Brain
  • Himalaya Massive Ritual

 Rappel

  • Cheval
  • Apopathodiaphulatophobie / Robert
  • Very Noise

 

 

-Texte: Martin Desbois
Photos: Yohann Steinbrich

Khemmis//Conjurer//Wake//JARRD @ Bar Le Ritz, Montreal – 3 mai 2023

Voici le compte rendu et les photos prises par Martin Desbois lors du spectacle de Khemmis présenté par Extensive Enterprise au Bar le Ritz de Montréal le 3 mai 2023 et qui mettait également à l’affiche Conjurer, Wake et JARRD.

Critique

En plein nombril de semaine, après plusieurs jours que Dame Nature nous pleure dessus, les doom rockers mélodiques ainsi que les fanas de post-hardcore, chaotique lourd et déstabilisant épicé aux blastbeats, étaient conviés à une soirée haute en énergie. Le Ritz (pas le chic chic endroit avec perles et diamants) mais plutôt cette salle petite, voisine d’une poissonnerie (sans les odeurs !) qui offre peu  d’espace, mais qui a su fournir d’excellents moments dans le passé avec de grandes formations avides de prestations où l’on y va dans la simplicité sans édulcorer le potentiel musical.

 

JARRD

Pour débuter, la formation locale Jarrd est venue nous brasser efficacement, mais pour une courte durée. J’avais fait quelques recherches, ignorant l’existence de cette formation. Mis à part un vidéo fait maison, je n’ai pas pu bien cerner leur musique avant le concert.

J’en suis venu à la conclusion que j’avais forcément affaire à un groupe émergent et relativement jeune. Toutefois les membres maitrisaient bien leurs instruments. Un métal puissant aux accents blackmétal un peu dur à identifier précisément.

Il faudra les suivre et je leur suggère fortement de créer un profil Bandcamp afin que l’on puisse bien suivre leur progression. À suivre.

 

 

Wake

Ensuite la formation de Canadienne de Calgary , Wake, venait à nouveau faire trembler Montréal. Nous avons eu droit à des titres de leur plus récent opus Thought Form Descent et de leur excellent album de 2019 Misery Rites. Ce n’était pas ma première fois avec Wake et ils ont su encore égaler la marque précédente et respecter mes attentes. Du lourd, sombre, élaboré et introspectif.

 

 

Conjurer

Et pour ceux qui n’avaient jamais vu Conjurer en concert, il était temps de remettre les pendules à l’heure. La formation anglaise venait je crois pour la deuxième fois et je ne voulais absolument pas les rater. La passation de la scène de Wake à Conjurer était géniale. Les deux formations offrant un style musical similaire quoique totalement différent dans son approche. Le tout dernier album de la formation Pathos, fut à l’honneur. L’énergie était à son paroxysme et la salle était prête à accueillir le clou de la soirée, Khemmis.

 

 

Khemmis

Les trois premières formations ayant su bien réchauffer le tout, il en fallait peu pour démarrer la fournaise déjà bien chaude. Forts de dix bonnes années déjà d’existence depuis la parution de leur premier EP en 2013, et d’un nouveau bassiste depuis 2021, ils sont venus promouvoir le nouveau, pas si nouvel album Deceiver. Phil le leader, chanteur et guitariste a su se donner à fond en intéragissant avec la foule à maintes reprise, en fendant l’air de coup de pieds digne de Bruce Lee et surtout en démontrant son enthousiasme et son amour ses fans de Montréal. Il le dira plusieurs fois dans la soirée combien il aime Montréal.

Des classiques allant de Above the Water, Bloodletting, Ash, Cinder,Ash.  De plus nous avons eu droit à la pièce A conversation With Death figurant parmi la trame sonore du jeu vidéo, Man of Medan, qui a su propulser le groupe vers de nouveaux fans. Le groupe a gagné immensément en terme d’aisance sur scène, surtout Phil affichant un charisme hors-pair et une attitude purement métal vieille école.

Merci Khemmis! On vous aime!

-Texte & Photos: Martin Desbois

Critique d’album: Grales – Remember the Earth But Never Come Back (Octobre 2022)

Grales
Remember the Earth but Never Come Back
Octobre 2022

 

Liste des pièces

  1. From Sea to Empty Sea
  2. Agony
  3. Wretched and Low
  4. All Things are Temporary
  5. Sic Transit Mundus

Pour les fans de / For fans of doom/sludge metal

Lien pour achat / Link for purchase :
https://grales.bandcamp.com/

Critique

Les Doom-Sludgers de Montréal sont de retour! Après une démo fort convaincante parue en 2019.

On nous propose un album bien constitué avec des pièces d’une durée plutôt longue pour le genre. Plus de quarante minutes échelonnées sur cinq titres. Ici on joue dans le spectre sale et crasseux du sludge. Plus Eyehategod que Crowbar. Les vocaux sont aiguisés au couteau et acérés, les riffs puissants et sans merci. On crée un mur de son, une ambiance malsaine où plusieurs sonorités s’entremêlent et déroutent l’auditeur. Dans toute pièce d’une bonne durée, nous avons comme il se doit des passages instrumentaux lourds et captivants. Rien n’est facile avec Grales et nous ne sommes pas là pour perdre notre temps. Dès les premières notes, nous sommes agrippés d’une poigne déconcertante qui ne nous libérera qu’aux dernières notes de l’album.

Grales c’est mauvais (dans le bon sens du terme), c’est éclaté, d’un désespoir chancelant et malgré tout invitant et charismatique. Avec la pièce Agony on favorise un son très noise pour ensuite cheminer dans le Stoner rock lent et cahoteux. On vacillera entre tempo parfois plus rapide pour revenir à un rythme plus lent et souffrant. Aussi on en profitera pour insérer des échantillonnages rappelant Electric Wizard ou tout autre formation dans le rock/métal occulte.

Avec Wretched and Low on priorise le riff et la structure standard sludge: des riffs encore du riff et un vocal imposant le respect en toute cruauté.

Dans All Things Are Temporary, on propose une vision nihiliste et pessimiste de la vie. Quoiqu’infinie et d’un recommencement perpétuel.

Les paroles sont bien claires à ce sujet :

« In this eternal soil
the endless rhizomes coil
The churning roots expand then
Rot away then grow again »

La dernière offrande, Sic transit Mundus est totalement inattendue et vraiment impressionnante. On explore plus au niveau de l’atmosphère, c’est plus éthéré sans délaisser l’énergie propre à Grales. Les passages quasi spatiaux et dignen d’un wormhole spatio-temporel, me rappelle le groupe Esoteric qui œuvre dans le doom très axé sur l’ambiance sans gravité, proposant une certaine errance et une ouverture vers le vaste monde.

Grales nous propose ici un album très bien fait, qui ne tombe pas dans le piège de tourner en rond du sludge. En nous invitant à explorer leur monde assez complexe et dilaté de l’humain. Une force brute exécutée de façon intelligente et affligeante par le fait même.

Les fans d’Eyehagod qui aiment un sludge légèrement plus cérébral se régaleront de cet opus.

 

-Martin Desbois