Un métaleux en politique

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Le métal c’est des passionnés qui prennent à coeur la musique que leurs bands préférés proposent et les suivent ensuite sans compromis.  C’est aussi applicable à la politique, une arène qui offre des débats chauds et qui implique des milliers de personnes à chaque fois qu’un sujet surgit dans la discussion publique.

Les personnes qui s’y mêlent sont comme vous et moi, mais avec un goût un peu plus relevé pour la visibilité publique et tout ce qui s’en suit.  Guillaume Cyr est une de ces personnes qui a décidé de passer de la parole aux actes et son nom est au scrutin en ce jour d’élection pour le parti Option Nationale à Charlesbourg, en banlieue de Québec.  Il est aussi un ancien collaborateur chez nos amis de MusikUniverse.

L’entrevue se veut non-partisane et plus une discussion sur son incursion dans ce monde volatile et les rapprochements qui peuvent se faire avec le milieu du métal, un univers parfois pro-actif qui se prête bien à la discussion d’idées et de changements.

Louis-Olivier Brassard Gélinas s’est proposé pour effectuer l’entrevue et on vous la présente sans plus tarder ci-dessous.  Merci beaucoup à Guillaume pour son dévouement à la politique et envers la société québécoise, mais surtout pour avoir pris le temps de nous parler dans une période aussi chargée qu’une campagne électorale.

Un quatrième hommage aux gardiens de la flamme noire

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Le Black Metal Origines IV à la Salle Multi de Québec, le Samedi 29 mars 2014. Groupes invités: Chasse-Galerie, Obsidian Tongue, Incandescence, Acédia et Neurasthene. Hommages à: Storm, Isengard, Ildjarn, Darkthrone, Bathory, Deathspell Omega, Ulver, 1349, Satanic Warmaster, Summoning, Hellhammer, Carpathian Forest et autres. Une présentation des Productions Metallum et de Sepulchral Prods.

Après trois éditions consécutives remplies de succès, le concept du Black Metal Origines développé par les Productions Metallum s’est rapidement imposé comme un évènement incontournable sur la scène Black Metal québécoise. En effet, l’excellente idée de sélectionner des groupes Black Metal de la scène locale pour leur faire jouer un mélange de reprises de groupes phares du courant et de leurs propres compositions a très bien fonctionné dès la première édition en 2011 à la Salle Multi de Québec. L’évènement s’est donc répété en 2012 au même endroit, avant de déménager à l’Agitée pour l’édition 2013 et d’attirer les convoitises d’autres promoteurs à Montréal. Or, cette année les créateurs de l’évènement décidèrent de s’associer à Sepulchral Prods afin d’exporter le concept dans la métropole pour une première fois. Il y aurait donc un spectacle aux Katacombes de Montréal le vendredi 28 mars et les groupes se transporteraient le lendemain à Québec pour une autre édition du festival à la Salle Multi. De plus, contrairement aux années précédentes, les groupes n’auraient plus à se cantonner à un seul groupe à honorer, mais pourraient plutôt couvrir plusieurs groupes chacun en plus de nous présenter des pièces de leur propre répertoire. C’est donc avec une grande joie que nous quittâmes la maison, ma succube et moi, afin d’assister à cette quatrième noire cérémonie.

Après avoir fait le plein de carburant protéiné et avoir délesté notre fortune de quelques unités monétaires en vue de les transformer en bière et en marchandises musicales, nous arrivâmes sur les lieux du rituel vers 19h. Après quelques conversations intéressantes avec les organisateurs de la soirée et des membres des groupes présents, je bénéficiai de l’accès à la salle, gracieuseté des Productions Metallum. Quelques gorgées de précieux houblon plus tard, Neurasthene s’installait sur scène pour entamer la tuerie.

Neurasthene (anciennement connu sous le nom de Délétère), est un groupe de Québec fondé par Fix (guitare, voix) qui pratique un Black Metal cru très près des racines violentes et nihilistes de ce mouvement musical. La formation est complétée par Gespeg (batterie), V20 (basse) et Chtev (guitare). Comme on était en droit de s’y attendre, le groupe se lança aussitôt dans un assaut sonore primitif qui rappelait la période glorieuse de Mayhem et associés. La foule assez nombreuse qui occupait déjà la salle se tenant d’abord à bonne distance de la scène ne put résister à la tentation de s’approcher au fur et à mesure de la représentation, ce qui contribua à donner de l’énergie au groupe qui disposait d’une belle assurance sur la scène, mis à part le guitariste Chtev qui resta un peu plus réservé tout au long de la performance. Fix et V20 donnèrent quant à eux tout ce qu’ils avaient côté mouvement, tout en donnant une performance honnête côté musical. Je notai toutefois un accordement douteux de la basse avec les autres instruments à cordes et quelques imprécisions mineures à quelques endroits. Cela dit, leur prestation fut très amusante à écouter et à voir avec des reprises honnêtes de « Sadomasochistic » de Carpathian Forest (sur l’album « Black Shining Leather«  (1998)), de « The Gates of Heaven » de Absurd (sur l’album « Facta Loquuntur » (1996)) et l’antédiluvienne « Chainsaw » de Hellhammer, groupe culte mené entre 1982 et 1984 par Tom G. Warrior avant qu’il ne devienne Celtic Frost. Ce fut donc une très belle entrée en matière en cette soirée de célébration des origines et de l’avenir du Black Metal. Vous pourrez encourager et suivre les activités de Neurasthene ici.

Le second groupe à prendre d’assaut la scène de la Salle Multi était la troupe de virtuoses dénommée Acédia. Composée de Julien «Zéphyros» LeBreux (batterie), Marc-André «Erebos» Bérubé (guitare), Pascal «Ascèse» Landry (guitare, voix) et Christian Proteau (basse), la formation est en train de se tailler une solide réputation suite à la parution d’un premier album intitulé « L’Exil » (2012), avec son Black Metal très élaboré teinté d’une approche intégrant des influences jazz et classique auquel sucédera sous peu un second opus déjà enregistré. Sans attendre, le groupe nous attaqua avec la superbe et magnifiquement interprétée  « Beyond Bloodred Horizons » des maîtres autrichiens de Summoning sur leur premier album intitulé « Lugburz » (1995). Puis le groupe nous gratifia de deux de ses nouvelles compositions majestueuses, complexes et imposantes. Puis, ce fut le moment d’enchaîner avec des reprises de Satanic Warmaster (« The Vampyric Tyrant » de l’album « Carelian Satanist Madness » (2005)) et de Peste Noire (« Le mort joyeux » de l’album « La sanie des Siècles-Panégyrique de la dégénérescence » (2006)) interprétées avec une précision remarquable et une performance musicale époustouflante de la part de tous les musiciens. Frôlant la perfection musicale, le groupe permit aux premières hostilités de se manifester dans la fosse maintenant beaucoup plus peuplée. Sous les acclamations du public, Acédia put donc se retirer avec la fierté d’avoir violenté la foule et augmenté l’intensité de la soirée de quelques crans. On a donc très hâte d’entendre leur nouvel album! Si vous ne les connaissez pas, vous pourrez vous renseigner sur Acédia ici.

C’était maintenant au tour des prodiges nommés Incandescence de venir nous présenter leurs excellentes compositions combinées à des reprises de 1349, Ulver et nul autre que Deathspell Omega. J’avais très hâte de revoir cette formation que j’avais pu voir à la première soirée de la dernière Messe Des Morts au mois de novembre alors qu’ils nous présentaient leur premier album intitulé « Abstractionnisme » qui fait état d’un Black Metal très technique mené par le talent musical incomparable de Philippe «Tyrant» Boucher (batterie, guitare, basse) et la voix malsaine de Dystre Fjell. Sur scène, Tyrant prend place derrière la batterie et la formation est complétée par Marc-Antoine St-Onge (basse), Maxence Bégin (guitariste soliste) et Mathieu Meunier (guitare rythmique). Costumé de bracelets à pics de métal et de maquillage cadavérique pour l’occasion, le groupe se lança dans une prestation très bien préparée. Je fus très agréablement surpris par le rendu de « Drink The Devil’s Blood » issue du chef-d’œuvre « Si Momentum Requires, Circumspice » de Deathspell Omega, mais aussi par les reprises de « Nathicana » (de l’album « Hellfire » (2005)) de 1349 et de « Hymn IV : Wolf and Man » (de l’album « Nattens Madrigal-Aatte hymne til ulven i manden« (1997)) de Ulver. Cet excellent choix de reprise cadrait très bien avec les compositions du groupe axées sur une technicité solide et des motifs musicaux sublimes. Cependant, bien que le chanteur, le batteur et le guitariste soliste assuraient côté présence scénique malveillante et inquiétante, les deux autres musiciens semblaient un peu trop concentrés sur leur rendu musical et oublièrent un peu de maintenir un contact visuel et de bouger pour maintenir l’intensité de la représentation. Je notai entre autres les fréquents regards arrière de Mathieu Meunier vers l’autre guitariste et le batteur, ainsi que sa position plutôt statique. Cet excès de retenue brisa un peu la magie de la prestation de Incandescence qui fut par ailleurs de très haut calibre à bien des égards. Je vous conseille fortement de vous renseigner sur cet excellent groupe québécois ici.

Autre première en cette quatrième édition du Black Metal Origines, les organisateurs avaient invité un groupe provenant de l’extérieur du Québec à se joindre aux festivités. En effet, le prochain groupe à se manifester serait Obsidian Tongue, un duo du Massachusetts qui joue un Black Metal teinté d’éléments atmosphériques et progressifs fort intéressant. Menée par Brendan James Hayter (guitare, voix) et complétée par Greg Murphy (batterie), cette formation a deux albums à son actif qui présentent un paysage sonore impressionnant compte tenu de l’économie d’instruments utilisés. J’étais donc fort impatient de voir le résultat sur scène. Sans cérémonial, le groupe nous assaillit avec un barrage d’accords et de rythmes puissants qui m’hypnotisa immédiatement. Effectivement, un aveugle aurait facilement pu penser que la source d’une musique aussi ample et complète était un quintette, mais non ils n’étaient bien que deux sur la scène à nous présenter de superbes compositions. Puis, le duo enchaîna des reprises: « As Flittermice As Satans Spys » de Darkthrone (de l’album « Transylvanian Hunger » (1994)), puis une pièce que je crois être de Ildjarn mais que je n’ai pu identifier et « 13 Candles » de Bathory (de l’album « Under The Sign Of The Black Mark » (1987)), pièces toutes rendues avec brio et conviction. Précise, puissante et mouvementée, la prestation de Obsidian Tongue me fit une fort bonne impression. Ce duo est à surveiller et j’aimerais bien les revoir sur scène dans notre Province! Je vous convie donc à aller faire un petit tour du côté de leur page facebook si vous ne les connaissez pas encore.

Le couronnement de cette soirée se ferait par nul autre qu’un des groupes les plus connus et importants du Métal Noir québécois, c’est-à-dire les patriotes de Chasse-Galerie. Effectivement, la troupe composée de Blanc Feu (guitare, voix), Matrak Tveskaeg (basse), Viscère (guitare) et Cadavre (batterie) n’a plus à prouver son talent et sa stature sur la scène locale. Après une violente introduction composée de matériel original, le groupe se lança dans une surprenante interprétation de pièces du côté plus folklorique du spectre du Black Metal. Effectivement, Chasse-Galerie avait choisi de couvrir Isengard (« Neslepaks » et « I kamp med kvitekrist » de l’album « Høstmørke » (1995)) et Storm (« Mellom Bakkar Og Berg » de leur seul album « Nordavind » (1995)), choix intéressants puisqu’ils se trouvent dans un registre beaucoup plus doux et relâché que les assauts puissants des compositions originales du quatuor de Québec. Ainsi, Blanc Feu délaissa momentanément sa guitare pour se concentrer, avec une très belle aisance, sur le chant folklorique clair en Norvégien exigé par les reprises choisies. Chasse-Galerie nous offrit aussi des pièces plus récentes de son répertoire avec « Nègres Blancs d’Amérique » qui se retrouve sur le split récemment sorti avec Mêlée des Aurores (« D’Ost et de verve/Musique d’expatriés« ), « Le bois des belles » qui se retrouve sur le double 7 pouces « Légendes » (comprenant aussi des pièces de Forteresse, Monarque et Csjethe) et une pièce encore inédite intitulée « Tourment funèbre« . Variée, très précise et énergique, la performance du groupe fut donc largement à la hauteur d’une tête d’affiche et donna même lieu à une certaine théâtralité lorsqu’un unifolié en lambeaux fut incendié pour le plaisir des patriotes présents. Ce fut donc une belle façon de dire au revoir à ses fanatiques pour cette formation qui se retirera un moment de la vie de spectacle pour se concentrer sur un nouvel album complet. Pour les troglodytes qui n’auraient pas encore entendu parler de Chasse-Galerie, vous devriez immédiatement cliquer ici.

C’est donc comblés que nous quittâmes la Salle Multi qui se vidait de ses spectateurs à la fin d’une superbe soirée de Black Metal. Effectivement, tous les groupes de la soirée ont satisfait et dépassé les attentes au cours d’un spectacle organisé avec brio par les Productions Metallum et Sepulchral Prods. Mes félicitations vont à tous les artistes présents, aux organisateurs ainsi qu’à François C. Fortin pour son travail de sonorisation impeccable. Je remercie aussi chaleureusement les organisateurs pour l’accès à la salle. En terminant, j’aimerais cependant soulever que je trouve dommage de ne pas avoir vu plus d’amateurs de sombre musique se présenter à ce spectacle. En effet, bien que l’évènement ait été un succès, notamment grâce à la vente de bière et de la présence d’un nombre décent de spectateurs, la foule était beaucoup moins nombreuse que lors des précédentes éditions du Black Metal Origines qui ont eu lieu à la Salle Multi, une salle tous âges, bien que la promotion ait été très suffisante. Maniaques de Black Metal, si vous voulez continuer à assister à d’excellents spectacles de votre genre de prédilection organisés par des passionnés, vous devez vous présenter en grand nombre et cesser de vous terrer on ne sait où! Encouragez votre scène locale, diantre! Ces spectacles sont très abordables et organisés avec soin dans une salle de qualité. Le prochain de ces rendez-vous aura lieu au même endroit le 25 avril avec: Forteresse, Erimha, Borgne, Délétère et Endless Horizon. Ne manquez pas ça!

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Critique d’album: Agiel – « Dark Panthéon »

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Agiel

« Dark Pantheons » EP

Deepsend Records

2014

Liste des pieces:
«Dark Pantheons»
«Deeds Rendered Upon The Flesh»
«The Awakening»
«Serpent Masquerade»
«Andromeda»

Tout droit sorti de Rochester NY, Agiel est une troupe de Symphonic Death Black Metal menée par James Taylor (voix, claviers et programmation). Fondée en 1997, la formation a d’abord œuvré dans l’univers du Brutal Death Metal avant d’y intégrer une dominante symphonique et des éléments de Black Metal tels des voix râpeuses et un chant clair mystérieux et une atmosphère occulte. Après la parution de plusieurs démos, d’un Ep et d’un album complet en 2002 (« Dark pantheons Again Will Reign« ) la formation a connu un hiatus de 2007 à 2012 avant de revenir sous la forme d’un quatuor et de nous présenter le présent EP cette année qui se veut un réarrangement et une «modernisation» de pièces se retrouvant sur l’album complet précédemment évoqué. L’exercice est donc risqué et les prochaines lignes s’attarderont à en décortiquer le contenu.

Tout d’abord, dès l’amorce de la pièce titre de l’album, l’auditeur est assailli par une mixture sonore chaotique qui rappelle Fleshgod Apocalypse, si ces derniers avait consommé une dose élevée de LSD. En effet, bien que le groupe fasse preuve d’une virtuosité indéniable, les compositions sont extrêmement chaotiques dans leur approche, bourrée de notes et d’orchestrations omniprésentes qui rendent le tout étourdissant et difficile à discerner. Bien loin de présenter une synthèse efficace de symphonie de Death et de Black comme Agiel l’indique dans la description de son produit, on a plutôt l’impression que le groupe a ajouté moult éléments disparates masturbatoires par-dessus des compositions qui étouffent sous une couche impénétrable de grandiloquence orchestrale. Par exemple, les solos de guitare semblent souvent hors contexte et manquent cruellement d’émotion, d’intensité. De plus, la production bizarroïde ne fait rien pour améliorer le résultat en mettant les orchestrations, les solos de claviers et la batterie frénétique beaucoup trop à l’avant-plan, ce qui fait que bien souvent, on ne parvient plus à discerner les motifs de guitare et même les solos de guitare, donc la base de tout bon Metal. Il en résulte une impression d’étouffement et un caractère bourrin qui rend l’écoute de l’album pénible et étourdissante. Ainsi, ce n’est qu’après des écoutes répétées que l’auditeur parviendra à apprécier certains motifs ou moments des pièces, mais il sera difficile de chasser l’impression qu’il ne s’agit que d’un clone de seconde qualité de groupes beaucoup plus efficaces, comme les Italiens précédemment nommés. À force de tirer dans toutes les directions, le groupe perd donc tristement sa cible de vue.

En somme, malgré une virtuosité indéniable, Agiel ne parvient pas à nous convaincre de la pertinence de l’exercice de réarrangement présenté sur « Dark Pantheons« . Avec un fouillis sonore cacophonique noyé dans une mer d’orchestrations et de clavier, le groupe semble perdre l’essence de ce qui fait un bon album de Metal en général. Loin d’être une synthèse efficace de genres, le résultat final est donc un ramassis disparate d’éléments superposés dans un manque flagrant de cohérence. Seuls les amateurs de masturbation technique et d’orchestrations grandiloquentes pourront y trouver un intérêt, les autres feront mieux d’éviter cet EP. Espérons que le groupe se reprendra sur son prochain album complet prévu pour 2015.

5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas et Lex Ivian

 

 

 

Critique d’album: Beast Within – « Adversity/Servitude » (7pouces édition limitée)

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Beast Within

« Adversity/Servitude« 

(7pouces limité à 500 exemplaires)

Sepulchral Productions

2014

Liste des pièces :
Face A: «Adversity»
Face B : «Servitude»

 

Beast Within est une créature née en 2012 de l’alliance entre Éric Syre (vocal) (Thesyre), Rick Ouellet (guitares) (Ex-Utlagr, Akitsa (live)), Sébastien Dubé (guitares) (Ex-Blackwind), Sébastien Martel (Ex-Utlagr, Ex-Esker) et Pierre Langlois (Thesyre). Avec une telle assemblée de vétérans, le groupe s’est rapidement forgé une réputation solide, notamment lors d’une performance au Wings of Metal 2013, sans même n’avoir enregistré aucun matériel. Toutefois, cette année Beast Within a décidé de nous livrer une offrande maléfique, en hommage au «véritable « Soi » enfoui à l’intérieur de chaque homme et chaque femme par des siècles de décadence, d’esclavage et d’aveuglement imposés par une fausse élite morale, politique et religieuse», pour reprendre la formule nietzschéenne présentée par la formation. Ladite offrande se présente sous la forme d’un EP de deux pièces sur vinyle 7 pouces limité à 500 copies produit par la maison québécoise Sepulchral Productions. Après maintes écoutes, voici ce qui ressort de ces huit minutes et des poussières de musique.

Tout d’abord, bien que les membres de la formation se soient tous principalement illustrés dans le passé au sein de groupes de Black Metal d’inspiration scandinave, Beast Within se concentre plutôt sur un retour aux racines de la musique métallique maléfique et sombre, c’est-à-dire une mixture de Doom Metal occulte et sombre et de Thrash Metal bien dissonant rappelant certainement Pentagram, mais d’abord et avant tout les très vénérables Celtic Frost. Le groupe saupoudre le tout d’une aura de méchanceté bienvenue qui en appelle à leurs influences Black Metal. À ce titre, dès la première face et la pièce «Adversity», l’auditeur remarquera une production puissante, bien définie qui conserve ce côté rugueux et sale indispensable au metal sombre, œuvre du chanteur Éric Syre. L’auditeur sera donc en mesure de bien apprécier les motifs de guitares bien gras et dissonants; les rythmiques pesantes de tempo moyen appliquées par un percussionniste qui se met au service de la musique et non de son égo; et, par-dessus tout, le chant puissant, incisif, agressif, tout en étant clair et précis, dudit vocaliste. La seconde pièce, intitulée «Servitude», poursuit sur la lancée de la première dans un format légèrement plus court et direct, mais tout aussi puissant et efficace que la première.

En un peu plus de 8 minutes, le groupe réussit donc le tour de force de séduire son auditoire avec des échos du passé interprétés de façon talentueuse, sans accrocs et dans un emballage moderne sans être stérile. La seule critique négative qui pourra être soulevée est que lorsque la seconde pièce se termine de façon abrupte, l’auditeur affamé souhaiterait en entendre plus, beaucoup plus. On attend donc un LP avec avidité! L’offrande atteint en conséquence pleinement son but et sera assurément sujette à des écoutes répétées sans modération de la part de ceux qui recherchent un métal sombre et occulte qui ressuscite et revitalise la gloire du monde souterrain de la seconde moitié des années 1980. Je vous suggère aussi d’aller consulter la page facebook du groupe pour voir la superbe présentation graphique du vinyle en question. À consommer avidement et sans aucune retenue!

9/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

 

Critique d’Album: Neige et Noirceur – « Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques « 

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Neige et Noirceur

« Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques »

(2014)

Sepulchral Prods

 

«Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques»
«Future Torture»
«Écho des Abysses»
«Le Portail de Kadath»
«La Marche des Astres Noirs»
«Les Cavernes de Glace I»
«Les Cavernes de Glace II»
«Les Cavernes de Glace III»

 

 

Projet productif s’il en est un, Neige et Noirceur, « one man band » de l’infatigable Spiritus nous revient cette année avec un quatrième opus complet s’additionnant à une discographie prolifique de 17 sorties (singles, splits, compilations, EP, démos et albums confondus) en 9 ans d’existence. Devant une telle production artistique, l’auditeur critique est en droit de se questionner, à la vue de la superbe pochette, œuvre de Spiritus et de Chimère Noire, dépeignant une silhouette humanoïde revêtue d’un cloaque invoquant le cosmos étoilé dans une caverne aux figures statuaires imposantes, sur la pertinence et la fraîcheur dudit album. En effet, l’univers du Black Metal atmosphérique est parfois contaminé par des projets solos qui régurgitent les sorties médiocres et/ou répétitives à un rythme effarant. Jusqu’ici, cependant, Neige et Noirceur nous a habitués à un niveau de qualité constant dans un registre mettant en avant, plus que tout autre élément, des atmosphères glacées et sombres. La question est donc de savoir si Spiritus continuera dans la même voie avec « Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques« , ou s’il saura nous proposer de nouveaux éléments qui rehausseront l’intérêt face à son projet? D’entrée de jeu, la réponse sera certainement positive.

Tout d’abord, plutôt que de s’orienter dans une direction totalement novatrice que l’ont pourrait affubler du suffixe « Post– » tel que ses compatriotes de Sombres Forêts et Gris l’ont fait avec beaucoup de succès l’an passé, Spiritus préfère se diriger vers un retour aux sources du Black Metal atmosphérique. Ainsi, le nouvel album de Neige et Noirceur est centré sur des motifs de guitare cycliques et épiques qui rappellent immédiatement les années 1990. Toutefois, cela ne signifiera pas pour autant que le côté ambiant du projet sera relégué aux oubliettes, loin de là. Effectivement, l’ajout de claviers aux textures froides et obscures ainsi que de trames sonores typiques du style de Neige et Noirceur seront immédiatement reconnaissables.

De cette façon, la pièce titre de l’album, offerte comme mise en bouche au reste, présente une introduction de guitares distordues sur un tempo lent rappelant fortement certaines pièces du maître de Burzum. La pièce présente ensuite un enchaînement de motifs cycliques de guitare couplés à des vocalises mystiques et des nappes de claviers atmosphériques nous faisant voyager immédiatement dans un univers onirique mélancolique et froid. Puis c’est au tour de « Future Torture » de s’amorcer sur une introduction lente de claviers aux sonorités pouvant faire penser à celles employées par Satyricon sur « Dark Medieval Times« , puis Spiritus enchaîne avec une rythmique beaucoup plus rapide et encore une fois, centre cette composition sur de superbes motifs de guitares arrangés avec goût couplés à des voix tantôt gutturales, tantôt chuchotées et râpeuses. Spiritus poursuit avec les mêmes ingrédients assemblés de façon différente et y ajoutant d’autres épices comme des narrations lugubres sur « Écho des Abysses« , « Le Portail de Kadath » et « La Marche des Astres Noirs » qui s’enchaînent tel un voyage en des contrées entre cauchemar et rêve fantasmagorique. Puis, on retourne à un univers centré sur l’ambiance avec la suite en trois parties intitulées « Les Cavernes de Glace » qui se rapproche plus près du style développé par Neige et Noirceur sur ses albums précédents.

Côté production, on reconnaît une volonté de rester près du son Black Metal typique des années 1990 tout en proposant une qualité sonore permettant d’apprécier l’ensemble des instruments employés. Le résultat ainsi obtenu présente donc toutes les caractéristiques voulues dans ce style, soit des guitares bien sales, des percussions vibrantes, des textures sonores glacées, des claviers enveloppants et des voix mystérieuses et inquiétantes. Ma seule réserve quant à la production réside du côté de la sonorité des percussions programmées employées par Spiritus ou plutôt la combinaison de percussions réelles et de programmation. En effet, le mariage ne m’a pas semblé nécessairement heureux, puisque les percussions programmées conservent un son quelque peu plastique qui rompt de manière trop évidente avec le son organique de la batterie réelle. Cela dit, la qualité d’ensemble des compositions de ce nouvel opus est très élevée et la production vient clairement bien compléter le paysage sonore voulu par l’artiste.

En somme, Neige et Noirceur réussit, avec « Gouffre Onirique et Abîmes Cosmiques« , son pari de recentrer son Black Metal atmosphérique sur ce qui a fait la renommée de genre dans les années 1990, soit les froids motifs de guitare épiques. Toutefois, loin de désavouer le son très ambiant qu’il a élaboré au cours de ses albums précédents, Spiritus arrive plutôt ainsi à lui infuser un côté classique et une très belle profondeur dans les compositions qui font la force de ce nouvel album. Les amateurs d’ambiances sombres et glacés, tout comme ceux qui préfèrent un son typiquement ancré dans le Black Metal de la seconde vague seront donc comblés par celui-ci. Cet opus sera donc à consommer sans modération dans vos nuits de délire, à la lumière de chandelles et accompagné de sombre littérature occulte.

 

Pièces favorites : « Future Torture« , « Écho des Abysses« , « La marche des Astres Noirs« , « Les Cavernes de Glace I, II et III »

8,5/10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas