Critique d’Album: Khaos Aeon – « Koenigreich »

364356

Khaos Aeon

« Koenigreich » 

(2013)

Indépendant 

 

Liste des pièces
«Death »
«Pyre»
«Night»
«Koenigreich»
«Sutech»
«Blood»
«Khaon»
«Life»

 

Fondée dans la ville-arrondissement de Worms dans le Bundesland Rhénanie-Palatinat en Allemagne, la formation Blackened Death Metal Khaos Aeon nous présentait, début 2013, son deuxième album complet en carrière intitulé « Koenigreich« . Si « Exitus » (2011), son premier album, nous présentait une musique entièrement tributaire de l’héritage laissé par les maîtres suédois de Dissection, le fait que le second album soit sorti de manière indépendante alors que le premier l’avait été sur l’étiquette Fog of The Apocalypse Records, et la superbe présentation graphique colorée de l’album laissaient entendre une évolution ou un changement dans la signature sonore de la formation. C’est donc avec intérêt et curiosité que votre humble serviteur y porta une oreille attentive pour vous en décortiquer le contenu.

Tout d’abord, dès l’amorce de la première chanson introduite par un effet sonore, sans doute destiné à reproduire le bruit de lames pendulaires frôlant une victime contrainte à attendre la mort avec anxiété, suivi d’un motif de guitare en trémolo sur un rythme lent, on remarque comme prévu une grande évolution dans la direction musicale du groupe. En effet, de façon admirable, sur cet opus Khaos Aeon parvient à se distancier de Dissection pour élaborer sa propre version d’un hybride entre Death et Black Metal, fondé sur un côté mélodique assumé, des rythmiques lentes à moyennes et l’utilisation de gammes et influences orientales qui créent une atmosphère occulte très intéressante. Le groupe se permettra aussi quelques incursions en territoire plus rapide, notamment avec les pièces « Pyre » et l’éponyme « Koenigreich« , mais la dominante de l’album restera dans des rythmiques de type Doom plus propices à l’élaboration d’atmosphères poignantes, que dans la violence brutale et véloce. Le groupe s’appuie donc maintenant sur l’héritage immense de ses illustres lumières pour se bâtir une identité musicale propre plutôt que pour les cloner à la perfection comme leurs compatriotes de Thulcandra l’ont fait, par exemple.

La production, œuvre du groupe et de Necromorbus Studio, est d’une qualité irréprochable avec un spectre sonore large et enveloppant qui met en valeur la profondeur des compositions fondées sur des motifs de guitares épiques et des solos superbes. Celle-ci parvient aussi à mettre en valeur les basses tout en gardant une atmosphère malveillante qui sert bien la thématique lyrique luciférienne, occulte et morbide du groupe. La basse de G amène d’ailleurs une dimension imposante, menaçante et hiératique très appropriée dans un contexte lent et pesant comme celui proposé par le trio allemand. En ce qui concerne la voix, Izethos (voix, guitares) nous gratifie d’une approche variée très bien réalisée qui comprend une voix râpeuse, mais facilement déchiffrable, en registre moyen typiquement Black Metal, des voix claires graves rehaussant le côté mystique de la musique de Khaos Aeon ainsi que des grognements gutturaux occasionnels. Le tout se fond extrêmement bien à la musique de grande qualité présentée sur « Koenigreich« . Les percussions organiques et extrêmement bien calibrées de Phosphoros, quant à elles, charpentent admirablement bien l’ensemble en restant au service des compositions et en évitant de tomber dans un excès de flamboyance ou d’artificialité fréquent dans l’univers du Death Black Metal.

En somme, la seconde offrande impure concoctée par le trio infernal de Khaos Aeon est un véritable petit bijou qui sera apprécié par ceux qui chercheraient à contempler de nouveau la grandeur épique, héritage de feu Jon Nödveit, tout en y retrouvant créativité et évolution. Dotée d’une production puissante et profonde, cette galette présente de grandes qualités de composition dans un ensemble cohérent et dangereusement efficace qui saura ravir tous ceux qui sont assoiffés des énergies du chaos en raison de son atmosphère résolument occulte. Avec « Koenigreich« , la formation allemande est donc en mesure de nous démontrer de façon affirmée que sa musique ne se résume pas à un exercice de style et mérite grandement d’être découverte par les adorateurs du malin.

Pièces favorites: Pyre; Night; Koenigreich; Sutech; Blood et Khaon

8,5/10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

La perfection des pyramides

10259894_493676357399937_7816273218776378952_n

 

Nile à Québec…Le moins qu’on puisse dire est que cette occurrence était fort attendue depuis de nombreuses, trop nombreuses, années. En effet, les titans du Death Metal technique américain n’avaient étonnamment jamais visité le Canada tout en y étant attendus de pied ferme depuis, au minimum, le tout début des années 2000. Or, après 21 ans d’existence pour le groupe, le moment tant attendu était maintenant venu et il était absolument hors de question pour moi de manquer cet évènement vraiment spécial. De plus, le groupe jouerait en tête d’affiche en compagnie de groupes locaux, ce que je trouve extrêmement sympathique de la part de l’organisation de tournée considérant l’aide que cela peu apporter à la visibilité de groupes travaillant extrêmement fort pour être reconnus. Ainsi, à Québec, Nile serait accompagné d’une sélection de certains des meilleurs groupes du spectre Death Metal de la ville choisis par Karl-Emmanuel Picard de District 7. C’est donc avec un enthousiasme sans borne que ma délicieuse déesse métallique et moi prîmes le chemin du réputé Impérial pour assister à la tuerie.

Arrivés sur les lieux peu après l’ouverture des portes, je bénéficiai de l’accès gracieusement délivré par District 7, tout en saluant le dépravé portier Marc Lavoie du Challenge Parkinson Metal avant de profiter du temps généreux qu’il restait avant le début du spectacle pour me procurer un t-shirt de Nile et prendre un verre en excellente compagnie. Puis, à 19 h 30, dans une salle encore faiblement peuplée en raison de l’heure précoce et du jour de milieu de semaine, Feast of Flesh entama rapidement sa prestation.

Feast of Flesest un groupe de Death Metal à l’ancienne qui commence et fait actuellement son nom sur la scène locale et ce n’est donc pas un hasard si c’était la troisième fois que je les voyais sur scène cette année. Composée de musiciens d’expérience, le groupe m’a habitué à des prestations extrêmement divertissantes sans toutefois réinventer la roue. Fidèle à ses habitudes, le charismatique chanteur Martin Bélanger, arborant un mohawk frais fait, fut encore une fois le clou de leur performance arpentant la scène, haranguant la foule et livrant ses grognements avec efficacité. Les musiciens semblaient aussi très en forme avec une prestation très solide qui fut cependant amoindrie par un son quelconque qui manquait cruellement de définition. Les guitares se fondaient l’une dans l’autre et il était difficile de distinguer les solos de Damien Langlois-Verret. Néanmoins, la foule qui s’agrandissait progressivement apprécia visiblement la vingtaine de minutes de prestation en participant allègrement et en se laissant même aller à quelques sursauts de violence dans la fosse. La soirée était donc bien commencée, malgré les problèmes sonores.

 

Feast of Flesh-6

Feast of Flesh

 

Après une très courte pause, Ancestors Revenge dut rapidement entreprendre sa prestation avec un son plutôt approximatif en raison de l’absence de tests de son et de calibrage pour les groupes locaux de l’affiche, comme cela me fut confirmé plus tard par Bob Jr. Girard, le chanteur de la formation. Les guitares étaient très étouffées alors que la batterie était très à l’avant-plan, grâce à l’utilisation par Richard-WilliamTurcotte de déclencheurs automatiques («triggers» dans la langue de Shakespeare). De plus, les deux guitaristes se regardaient fréquemment mutuellement, ce qui m’indiqua qu’ils peinaient à s’entendre sur scène. Toutefois, le groupe sut quand même livrer une prestation à la hauteur des attentes envers une valeur sûre de la scène locale. Avec leur Death/Black/Thrash endiablé et la présence charismatique, énergique et puissante du chanteur couplé à des musiciens talentueux, le quintette parvint sans grande peine à faire monter l’intensité de l’ambiance dans un Impérial qui commençait drôlement à se réchauffer. En vingt minutes, le groupe put donc accomplir sa mission et laisser place à Morgue, sous des acclamations de la foule.

 

Ancestors Revenge-5

Ancestors Revenge-4

 

Les cinq cadavres de Morgue furent aussi poussés par le personnel de scène à entamer leur prestation rapidement et sans les vérifications sonores d’usage, ce qui entraîna un son difficile à cerner. Cette fois, la batterie était étouffée, la basse de Plague était beaucoup trop forte et la guitare de Haze était tout simplement inaudible pendant une bonne part de leur courte prestation. Malgré cela, la violence et la présence scénique menaçante et hiératique de la troupe leur permirent de susciter une frénésie meurtrière sur le parterre. Un peu comme Ancestors Revenge sut donc tirer parti de la situation, malgré le manque d’application des techniciens de son et l’horaire peu accommodant de la soirée pour les formations locales forcées de jouer dans des conditions un peu rocambolesques. Ainsi, le groupe d’expérience parvint à susciter la violence de la fosse et des commentaires très positifs que je pus entendre dans l’assistance avant qu’il ne se retire pour laisser la scène à Unbreakable Hatred.

 

Morgue-4

Morgue-6

 

Le trio de Brutal Death s’installa à une vitesse comparable à celle de sa musique, avant d’entamer une véritable entreprise de destruction musicale. Expérimentée et talentueuse tout comme les groupes locaux précédents, la formation bénéficia en plus d’un son mystérieusement beaucoup mieux calibré que pour ces derniers. En effet, bien que la basse ait souffert d’un certain déficit sonore au début de leur prestation, cette fois tous les instruments furent audibles et aucun n’enterrait totalement les autres. De plus, bien qu’il s’agisse d’un trio, ce qui rend la formation moins imposante et impose une posture plus statique, le groupe compensa facilement par sa précision et son élaboration techniques. Unbreakable Hatred nous asséna donc une véritable raclée musicale en très peu de temps, comme à son habitude, d’ailleurs. Le groupe nous démontra donc qu’il n’a rien à envier à des formations du même acabit, comme Dying Fetus ou Krisiun par exemple.

 

Unbreakable Hatred

Unbreakable Hatred-2

 

Après cette entrée en matière à saveur locale, Nile se fit attendre pendant un entracte d’environ une demi-heure, juste le temps nécessaire à ce que l’ambiance monte d’un cran dans l’Impérial rempli à moitié de sa capacité. Puis, le quatuor entra sur scène et ce fut un véritable massacre qui commença sous nos yeux écarquillés. Entamant leur prestation dans un tonnerre de batterie et de distorsion confirmant que la tête d’affiche s’était réservé le meilleur son de la soirée, le groupe suscita immédiatement le déchaînement des spectateurs en délire avec la succession de « Sacrifice Unto Sebek » de l’incontournable « Annihilation of the Wicked » (2005) et « Defiling the Gates of Ishtar » de l’admirable « Black Seeds of Vengeance«  (2000). Puissance, précision et charisme, tout y était pour écarquiller les yeux, défoncer les tympans et inciter les fanatiques des égyptologues du Death Metal à se démolir mutuellement. S’en suivit donc une superbe sélection allant puiser dans tous les recoins de la discographie du groupe et même jusqu’à leur tout premier opus, « Amongst the Catacombs of Nephren-Ka » (1998). Personne dans l’Impérial ne put rester indifférent à la véritable performance d’anthologie qui se déroulait. Je me dois à ce titre de mentionner la prestation complètement inhumaine de George Kollias derrière la batterie, sans oublier la précision et le son de Karl Sanders à la guitare et les voix gutturales et claires de Dallas Toler-Wade exécutées à la perfection. En somme, bien qu’il me soit devenu difficile, avec le nombre gargantuesque de spectacles que je vois par année, de classifier ces derniers, je peux dire sans l’ombre d’un doute que le premier passage de Nile en sol québécois fut certainement parmi mon top 5 de spectacles à vie. Phil Drouin, guitariste de Unbreakable Hatred eu même la chance d’être invité par Karl Sanders à exécuter une ligne vocale durant la dernière pièce de leur manche, ce qu’il n’oubliera certainement pas de si tôt!

 

Nile-5

Nile-12

Nile

 

En conclusion, c’est complètement abasourdis et impressionnés que nous quittâmes l’Impérial après nous être fait littéralement démolir par Nile. La tête d’affiche nous aura présenté un spectacle musicalement démentiel avec une attitude souriante et hautement charismatique sans aucune tape à l’œil. Ma seule réserve quant à cette soirée de première provient des aléas du son pendant les premières parties locales qui furent un peu précipitées à jouer sans avoir fait les tests d’usage. Il est louable de la part de l’organisation de tournée de Nile et de District 7 d’avoir donné de la visibilité à des artistes locaux, mais peut-être aurait-il été préférable d’en mettre un peu moins que quatre et de leur donner le temps de s’exécuter dans des conditions plus optimales. Cela dit, tous les groupes locaux ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans les conditions données, ce qui prouve leur savoir-faire et leur professionnalisme de grand calibre. En terminant, je remercie chaleureusement Karl-Emmanuel Picard de District 7 pour l’accès à la salle.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

Revamper les guerriers de la Terre glacée!

1461210_600948426633454_2044386071_n

 

Iced Earth, Sabaton et ReVamp à l’Impérial de Québec, le 15 avril 2014. Une présentation de Capitale du Metal.

Par un mardi pluvieux et neigeux d’avril, un superbe menu musical se préparait pour les maniaques de la Capitale alors que Iced Earth ramenait sa mixture reconnue de Heavy, Power et Thrash Metal à l’Impérial pour nous présenter son nouvel album « Plagues of Babylon« . Les vétérans américains seraient accompagnés des guerriers suédois de Sabaton avec leur Power Metal à saveur historico-belliqueuse et des métalleux  gothiques symphoniques de ReVamp et leur célébrissime chanteuse Floor Jansen. Devant une telle offre musicale, votre humble serviteur et sa délicieuse compagne ne purent s’empêcher de quitter leur antre pour participer à ladite sauterie.

Arrivés sur les lieux du spectacle peu avant 19 h, je bénéficiai de l’accès à la salle, gracieuseté d’Alain Gagnon de Capitale du Metal, j’eus le temps de faire un brin de jasette avec Marc Lavoie du Challenge Parkinson Metal et nous nous dirigeâmes sans tarder dans la salle afin de nous désaltérer de précieux houblon. À ce moment, je constatai que la salle était à peine au tiers de sa capacité, quelque minutes à peine avant le début du spectacle, ce qui m’étonna peu considérant le peu de publicité fait pour ce spectacle et aussi en raison de l’offre de spectacles complètement saturée du mois d’avril. Qu’à cela ne tienne, l’éclairage baissa bientôt et ReVamp entra en scène.

ReVamp est né en 2010 suite à la fin définitive d’After Forever, célèbre groupe hollandais au sein duquel la talentueuse et plantureuse chanteuse Floor Jansen avait débuté sa fulgurante carrière pendant une décennie. Avec deux albums derrière la cravate (« ReVamp » (2010) et « Wild Card » (2013)), la troupe complétée par Arjan Rijnen (guitare), Jord Otto (guitare), Henk Vonk (basse), Ruben Wijga (clavier) et Matthias Landes (batterie) entama sa prestation devant une foule enthousiaste qui s’avança immédiatement et continua de s’agrandir tout au long de leur tour de chant. Le son excellent permit au groupe de bien mettre en valeur sa  musique interprétée avec un professionnalisme, une énergie et un charisme irréprochable. Bien que je ne sois pas forcément attiré par la musique du groupe sur album, la voix incroyable et hypnotisante de la séduisante Floor Jansen me transporta et me confirma qu’elle est l’élément principal et central qui propulse la carrière de ReVamp. Celle-ci sut d’ailleurs soulever la foule en la filmant parfois de la scène et en utilisant quelques mots de français. Enfin, elle termina la prestation en souhaitant revenir l’an prochain dans la Belle Province avec son illustre nouveau groupe d’adoption, soit Nightwish, ce qui souleva une approbation généralisée dans la foule. Ce fut donc une entrée en matière très réussie par ReVamp.

 

Setlist de ReVamp:

« Wild Card »
« The Anatomy of a Nervous Breakdown: The Limbic System »
« Head Up High »
« The Anatomy of a Nervous Breakdown: Neurasthenia »
« In Sickness ‘Till Death Do Us Part: Disdain »
« Wolf and Dog »

 

Après un court entracte, c’était au tour de Sabaton de venir nous assaillir avec leurs histoires de combat. Sabaton provient de Falun en Suède, mène sa carrière depuis 1999 et sortira son septième album complet intitulé « Heroes » le 16 mai prochain. La formation se compose, après un important remaniement en 2012, de Joakim Brodén (chant, claviers (sur album)), Pär Sundström (basse), Chris Rörland (guitare), Thobbe Englund (guitare) et Hannes Van Dahl (batterie). La salle était maintenant beaucoup mieux garnie et la popularité du groupe à Québec se signala immédiatement par une ambiance survoltée, bruyante au possible et un parterre en véritable ébullition. Le groupe mena une prestation endiablée, précise et puissante bénéficiant lui aussi d’un son de grande qualité. Très entraînantes et accrocheuses, leurs pièces eurent tout un effet sur la foule qui ne cessait de scander le nom de la formation et de s’entrechoquer. Bien que je ne soit plus très friand, depuis longtemps, de Power Metal à l’européenne, cette prestation me plut grandement et me prouva que ce genre peut encore être pertinent lorsque bien fait. De plus, le groupe suscita une telle réaction qu’il était difficile de croire qu’il n’était que support direct à la tête d’affiche. Nous étions donc bien prêts et réchauffés pour ce qui allait suivre.

Setlist de Sabaton:

« Ghost Division »
« Gott Mit Uns »
« Carolus Rex »
« Swedish Pagans »
« To Hell and Back »
« 40:1 »
« Primo Victoria »
« Metal Crüe »

 

Après un second entracte un peu plus long, Iced Earth s’amena sur scène. Fondée par Jon Schaffer (guitare et chant) dès 1984 et comptant onze albums originaux à son actif, la formation américaine a connu une histoire plutôt mouvementée avec de nombreux changements de membres avant de se fixer sur son alignement actuel comprenant le fondateur , Troy Steele (guitare), Stu Block (chant), Luke Appleton (basse) et John Dette comme batteur de tournée. Entamant sa prestation avec sa puissance habituelle, le groupe nous attaqua avec la nouvelle « Plagues of Babylon » de l’album éponyme récemment sorti. Après quelques pièces des deux derniers opus enregistrés avec Stu Block au vocal, le groupe entama une sélection de vieux classiques commençant avec la superbe « The Hunter » de l’album « The Dark Saga » (1996) oubliant cependant plusieurs de ses albums au passage, notamment « Night of The Stormrider » (1991), « Burnt Offerings » (1995) et « Horror Show » (2001). Qu’à cela ne tienne, la sélection fut assez variée pour plaire à tous les fanatiques présents et le groupe donna une prestation fidèle à son habitude, soit absolument impeccable, sur tous les plans. La foule d’environ 500-600 personnes (à l’œil) manifesta bruyamment son approbation et le groupe sembla vraiment apprécier son troisième passage à Québec. Enfin, encore une fois, le son fut d’excellente qualité ce qui ajouta une aura de magie au spectacle. Après un généreux rappel de trois titres, le groupe se retira avec l’inévitable « Iced Earth » devant une foule conquise.

Setlist de Iced Earth (de mémoire):

« Plagues of Babylon »
« Democide »
« V »
« If I Could See You »
« The Hunter »
« Burning Times »
« Red Baron/Blue Max »
« Blessed Are You »
« Vengeance Is Mine »
« Cthulhu »
« My Own Savior »
« A Question of Heaven »

Rappel:

« Dystopia »
« Watching Over Me »
« Iced Earth »

 

En somme, Iced Earth n’aura pas raté son coup à son troisième passage en carrière à Québec en s’entourant de deux groupes à la hauteur des attentes pour un tel spectacle. Ma seule déception de la soirée est en lien avec la foule décevante en nombre si on la compare aux deux autres passages du groupe à Québec, ce qui peut s’expliquer par un grand manque de publicité regrettable de la part des organisateurs du spectacle. Cependant, il faut aussi noter, comme je le signalais en introduction, que le mois d’avril est particulièrement saturé en spectacles, ce qui peut aussi avoir joué. Enfin, je remercie chaleureusement Alain Gagnon et Capitale du Metal pour l’accès!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

 

Critique d’Album: Black Empire – « 2000 AD »

black empire

 

Black Empire

«2000 AD»

Indépendant

2013

Liste des pièces
«Diabolical Invocation»
«For the Flag»
«River of Ice»
«As the World Burn»
«Son of Death»
«For Those Who Stay Alive»
«Prophecy of Chaos»
«Lucifer Rebellion»

 

Originaire de l’Abitibi et affichant déjà environ treize ans au compteur, la formation Black Empire nous offrait enfin en octobre dernier son tout premier album complet en carrière. Une aussi longue période de gestation peut se révéler être une arme à double tranchant pour un groupe musical qui a ainsi eu beaucoup de temps pour peaufiner son art, mais aussi pour créer des attentes démesurées chez ses fanatiques de la première heure. En effet, les quatre morts-vivants de Black Empire se sont taillés une place respectable sur la scène Black Metal québécoise au cours des dernières années en participant à de nombreux spectacles en compagnie des sommités de leur courant musical, et ce, sans même avoir produit un seul enregistrement. C’est donc avec de grandes attentes et une curiosité assoiffée que je plaçai cette offrande très attendue dans mon lecteur et que j’en débutai l’écoute.

Le premier constat que je posai lorsque s’estompait l’introduction inquiétante de « Diabolical Invocation » composée de voix d’outre-tombe superposée sur une trame de fond glauque, et que les premiers accords martiaux de ladite pièce martelaient mes oreilles, fut que le groupe optait pour une approche efficace plutôt que pour la poudre aux yeux. Dans cette optique, la production, œuvre de Emmanuel «Audeath» Audet (guitare, voix) sera le premier élément remarquable, avec une sonorité à la fois très bien calibrée, mais aussi crue et agressive. Celle-ci rappelle immédiatement le style de production habituellement affectionné par le Black Metal suédois de Marduk, Dissection, Dark Funeral par exemple en ce qu’elle présente une clarté très moderne tout en conservant assez de saleté et de froideur pour bien représenter le caractère malsain dudit courant musical. Du côté des compositions, l’efficacité est aussi le mot d’ordre avec des motifs de guitare relativement simples, mais extrêmement accrocheurs et très bien différenciés complémentés par un jeu de batterie qui se place au service des compositions. La voix de Audeath, quant à elle, excelle dans un registre moyen très râpeux et méchant à souhait, éructant des paroles sur des thématiques satanistes et guerrières.

Avec cette approche calculée et sobre, le groupe arrive donc sans grande peine à nous faire passer un solide moment de Black Metal à se dévisser les vertèbres cervicales avec des pièces toutes plus accrocheuses et efficaces les unes que les autres en s’appuyant sur un côté mélodique très assumé. Chaque pièce possède ainsi son petit élément qui nous donne le goût d’y revenir, que ce soit la cavalcade centrale de « For The Flag« , les superbes motifs de guitare épiques de « River of Ice« , la lente lourdeur de « As the World Burns« , la section centrale déjantée «Slayeresque» de « Son of Death« , la puissance violente de « For Those Who Stay Alive » et « Prophecy of Chaos » ou encore les motifs cycliques typiques et le refrain mémorable de « Lucifer Rebellion« . Le seul reproche que l’on pourra faire au groupe est le défaut de ses qualités principales, donc justement de s’être cantonné à une approche sécuritaire, calculée et efficace sans oser y ajouter un grain de folie, une touche plus aventureuse qui aurait amené « 2000 AD » a un autre niveau. Comprenons-nous bien, il s’agit d’un album accrocheur, hautement efficace et très bien composé, mais une certaine impression de retenue se dégage de l’ensemble qui aurait pu bénéficier d’une sortie de la zone de confort du groupe. Cela dit, l’album mérite largement l’attention des fanatiques de Black Metal à la scandinave.

En somme, Black Empire remporte aisément son pari avec « 2000AD« , un album accrocheur, produit de manière impeccable et privilégiant l’efficacité à la poudre aux yeux. L’unique réserve que j’aurai pu trouver à cette offrande aura été son côté peut-être un peu trop retenu et conservateur, mais je suis sûr que cela sera réglé sur le second opus du groupe auquel celui-ci travaille déjà en ce moment. Voilà donc une entrée en matière très réussie pour la troupe de Rouyn-Noranda. À écouter en se cassant le cou et en admirant la magnifique pochette de Jean-Pascal Fournier!

Pièces favorites : Diabolical Invocation, River of Ice, For Those Who Stay Alive et Lucifer Rebellion.

8/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas

Critique d’album: Compilation – « Légendes » (Double 7 pouces en format «gatefold» édition limitée

SP037

Forteresse, Chasse-Galerie, Monarque et Csejthe

« Légendes« 
(Double 7 pouces en format «gatefold» limité à 500 exemplaires)

Sepulchral Prods

2014

Liste des pièces :
Face A: « Wendigo » (Forteresse)
Face B: « Le Bois des Belles » (Chasse-Galerie)
Face C: « La Griffe du Diable » (Monarque)
Face D: « Murmures Nocturnes » (Csejthe)

 

Spécialisée dans la production et la diffusion de l’Art noir québécois, Sepulchral Prods fête son quinzième anniversaire cette année et poursuit sur sa lancée en nous offrant des sorties de qualité pour le moins constante dans des formats qui ont tout pour attirer les convoitises des vrais fanatiques de la sombre musique. Nouveau méfait dans cette série, la compilation « Légendes » regroupe quatre formations séminales du Métal noir québécois, nous présentant chacune une pièce inédite inspirée d’une légende du riche folklore de la Belle Province, œuvres exclusivement rassemblées sur deux vinyles 7 pouces dans une pochette pliable. Décortiquons maintenant le contenu de cette offrande comme il se doit.

Tout d’abord, l’auditeur est accueilli par le cri puissant du « Wendigo« , célèbre créature anthropophage de la mythologie algonquienne, dans une pièce épique et furieuse composée par Forteresse. La rythmique est implacable, les motifs de guitare sont hautement mémorables et la voix déchire nos tympans. Que demander de plus? Du côté de la production, on a droit à un son rehaussant les aspects atmosphériques de la pièce avec force réverbérations, une puissante distorsion sur la guitare et une voix aux textures résonantes et mystiques. La batterie bénéficie quant à elle d’un son très organique. L’entrée en matière est donc formidablement réussie.

Ensuite, c’est au tour de Chasse-Galerie de prendre le crachoir et on est aussitôt transporté ailleurs avec « Le Bois des Belles« , une pièce au tempo un peu plus relâché et aux motifs de guitare plus harmoniques et mélodiques que la précédente. L’auditeur y découvrira aussi une facette un peu plus folk et, disons-le, un peu moins agressive que ce à quoi Chasse-Galerie nous a habitués sur leurs autres sorties. Conséquemment, la production est aussi plus claire, plus définie et plus axée sur les basses que sur la première pièce de l’opus, ce qui met en valeur le style différent de Black Metal présenté par le groupe. Le résultat est une pièce mélancolique et très intéressante qui introduit une variation dans le flot de la compilation.

Fidèle à sa méchanceté et à sa réputation légendaire, Monarque intervient ensuite avec « La Griffe du Diable« , inspirée d’une légende du terroir où l’innommable aurait été si enragé qu’il aurait égratigné profondément la pierre. Présentée dans un format sonore typiquement cru et sombre, encore plus que le dernier album de l’artiste intitulé « Lys Noir » (2013) qui présentait un son un peu plus poli, la pièce présente une accélération puissante avec des motifs mélodiques prenants et des voix inhumaines.  Présentant une section rythmique ultraviolente vers la fin, la pièce nous amène donc dans les textures les plus frigorifiques et obscures du Métal Noir, nous faisant état d’une autre déclinaison possible du genre.

Pour la quatrième et dernière pièce de cette compilation spéciale, Csejthe nous emmène encore en d’autres lieux avec une pièce plus lente et atmosphérique que les précédentes, intitulée « Murmures Nocturnes« . Superbement élaborée et arrangée, cette œuvre rend justice au catalogue de ces maîtres du mystère et de l’ambiance. Les mélodies accrochent l’oreille et la production complimente bien le style du groupe avec sa réverbération et ses textures enveloppantes. Ladite pièce termine donc le tout en beauté et laisse à l’auditeur un goût de revenez-y fort utile à la valeur de réécoute de l’ensemble.

En somme,  la compilation « Légendes » est encore synonyme de succès pour Sepulchral Prods et les artistes incontournables du Métal noir qui y figurent. Bien pensée, somptueusement présentée, remarquablement variée en textures et très bien ordonnée dans une progression qu’on pourrait qualifier de logique, cette sortie dépasse le concept habituel d’une compilation et représente plutôt une sorte de testament ou de monument dédié au Métal noir québécois. À cet effet, seule l’idée de présenter des œuvres musicales des quatre fers de lance de ce courant sous une thématique commune liée aux légendes du terroir aura tout pour attirer et combler les fanatiques. Cette édition spéciale est donc fortement recommandée aux aficionados de notre obscur trésor national!

8,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas