by Lex Ivian | Juin 9, 2013 | Critiques d'Albums
![monolithdeathcult-tetragrammaton-620x620[1]](http://ondeschocs.com/wp-content/uploads/2013/06/monolithdeathcult-tetragrammaton-620x6201.jpg)
The Monolith Deathcult
« Tetragrammaton »
2013
Le groupe néerlandais THE MONOLITH DEATHCULT se classe lui-même comme étant du « supreme avant-gard death metal » et considérant mon attrait pour la musique éclectique qui sort des sentiers battus, la sortie de leur tout nouvel et 5ème album, « Tetragrammaton » ne pouvait faire autrement que d’attiser ma curiosité. Surtout que leur nouvel album allait sortir sur le label « Season of Mist » que je considère parmi les labels les plus intéressants dans leur recherche de groupes innovateurs. Par contre, leur album précédent sorti en 2010 n’avait absolument rien d’un album d’avant-gard metal puisque qu’ils avaient ressorti, avec une pièce supplémentaire, leur 2ème album « The white crematorium » paru en 2005, époque où leur musique était plutôt du « extreme/brutal death » dans la continuité de leur 1er album, « The apotheosis », sorti en 2003. Donc si je résume mon état d’esprit, mettons que j’abordais la chose avec un brin de recul. Premier album en 5 ans depuis la sortie de leur seul album, « Triumvirate », qui sortait du son auquel ils nous avaient habitué. Sans être classifiable comme avant-gard non plus, l’ajout du claviériste/bidouilleur électro et du fait même, d’expérimentations électroniques sur « Triumvirate » avait modifié leur musique et on sentait aussi un désir de créer une musique extrême se rapprochant d’un « blackened death ». Qu’allait donc nous offrir cet album. Devais-je m’attendre à la suite de « Triumvirate » et considérer que la ressortie de « The white crematorium » en version 2.0 n’avait servi qu’à nous faire patienter (tant mieux!) ou justement que la ressortie de ce dernier signifiait que l’expérimentation était finie et qu’ils retournaient à leur source (ah shit!). Un indice d’une suite à « Triumvirate » aurait dû m’être suggéré par le titre du nouvel album, « Tetragrammaton » mais j’ai vérifié tout ça a posteriori. Je vous fais donc part du résultat de mes recherches.
Le tétragramme (ou tétragrammaton) est un mot grec qui correspond au nom hébraïque YHWH (יהוה) qui se compose des quatre lettres yōḏ (י), hē (ה), wāw (ו), hē (ה). Présenté comme le nom propre de Dieu dans le judaïsme – le Tanakh (la Bible hébraïque) rapporte que cette expression fut entendue par Moïse au sommet du mont Horeb dans le désert du Sinaï – ce mot est alors désigné par les Grecs comme le « Tétragramme » et utilisé en place et lieu de YHWH, qui est frappé d’interdiction de prononciation selon le 3ème Commandement biblique – Tu ne prononceras pas le nom de YHWH en vain. Pour nous, c’est « l’Éternel » ou le « Tout-Puissant » qui est utilisé. Le lien que j’y vois (et je suis peut-être complètement dans le champ) avec « Triumvirate » est dans la provenance même du tétragramme. Ses quatre lettres sont issues de la racine trilittérale היה (HYH) du verbe « être » qui, par extension, peut être reliée à la Sainte Trinité de l’Éternel, soit ses 3 composantes indissociables qui forment donc le « Triumvirate » ou regroupement de 3 entités omnipotentes et omnipuissantes qui dirige la destinée de l’humanité et qui correspond en fait à une seule et même entité, celle dont tu ne prononceras pas le nom. Il est intéressant de constater que The Monolith Deathcult ont appliqué le 3ème Commandement à leur 2 derniers albums originaux qui, selon mon délire religieux(!), seraient tous les 2 intitulés « Dieu » sans prononcer son « Nom ». Ouf! Si on retournait à la musique maintenant …
Dès l’ouverture de la 1ère pièce, j’ai eu une sensation de soulagement car on sentait déjà l’esprit de « Triumvirate » – une intro « samplée » et des claviers omniprésents comme pour le début de « Deus Ex Machina », pièce d’ouverture de « Triumvirate ». Donc, « Gods among insects » débute sur une intro style cinématographique où on a un dialogue qui établit l’esprit de l’album. Ce sera la narration d’une bataille épique dont l’intro ne nous laisse pas deviner directement les 2 protagonistes mais on devine rapidement qu’un est humain alors que l’autre pourrait bien être un dieu/démon ou quelconque entité extra-terrestre. Dès qu’on est avertit qu’il ne pourra jamais y avoir de paix entre cette entité et l’humanité, le clavier tisse une trame de fond majestueuse sur laquelle se surimposent des blastbeats de double bassdrum pendant quelques mesures. Puis c’est le déchaînement. Pour ceux qui aiment le « extreme blackened death » à la Nile avec une touche de clavier à la Dimmu Borghir, vous devriez tout de suite y trouver votre compte. Le vocal est également parfaitement dans le ton avec un « growl » guttural profond et sombre. Vers la fin de la 2ème minute et au centre de la pièce, alors qu’on revient à des passes de clavier plus atmosphériques, on a une intervention narrée qui rappelle fortement les interventions semblables dans la musique de Bal-Saggoth. Puis on retourne à la violence. Tout au long des 10 minutes de cette pièce, ils nous serviront divers tableaux qui montrent bien leur volonté d’être tout sauf unidirectionnel.
La 2ème pièce, « H.W.A. (Human wave attack) » débute avec une track électro et un clavier de horn qui rappelle un peu les trompettes du jugement dernier ou « death toll ». Puis la narration revient nous dire qu’un jour l’humanité cherchera la mort mais que celle-ci l’éludera. Cette pièce débute dans le style industriel traditionnel de la fin des années 1990 début 2000. On pense tout de suite à Fear Factory, Ministry, KMFDM et autres Misery Loves Co. de cette époque et j’ai également souri de plaisir à réentendre le son de guitare qui avait caractérisé God is LSD.
La 3ème pièce, « Drugs, thugs and machetes », débute avec un autre sampling et un beat tribal caractéristique de la période de grande popularité du nu-metal et le jeu de basse/drum caractéristique de Korn/Sepultura de cette époque. Puis on repart dans un « extreme blackened death » avec un refrain en chœur qui nous rappelle les incantations entonnées lors des danses tribales. On a aussi un 2ème refrain qui lui me fait plus penser à des cris de soldats faisant de la « drill ». À souligner que l’utilisation du sifflet d’arbitre dans la pièce renforce ce petit côté « exercice militaire ».
La 4ème pièce, « Todesnacht von Stammheim » débute avec un beat militaire de caisses claires qui se métamorphose en un beat fidèle à « More human than human » de White Zombie puis on sent les influences industrielles teutoniques dans la construction lente et pesante de la pièce qui reste pourtant appuyée par des blastbeats de double bassdrum. Cette pièce est probablement la plus industrial metal de l’album.
La 5ème pièce, « S.A.D.M. (Supreme avant-gard death metal) », débute avec une intro de trompette qui m’a fait penser au début de « Atom heart mother » de Pink Floyd. Remarquez que c’est ce que je lui ai associé mais en même temps comme ce sont des trompettes qu’on imagine bien sur les champs de bataille médiévaux, cette intro de trompettes peut tout aussi bien provenir d’une pièce du répertoire classique, allemand de préférence. Les « horns » resteront présents pendant toute l’intro narrée sur fond de claviers qui offrent une ambiance épique. Encore une fois, l’intro mènera à un déchaînement de « blastbeats » mais cette fois les riffs de guitares sont plus « extreme brutal thrash ». Je veux souligner que pour cette pièce qui est plus dans un esprit thrash, les vocaux s’ajustent et on nous propose un couplet avec l’utilisation d’un « screech » pas mal plus près de John Conelly de Nuclear Assault par exemple.
La 6ème, « Qasr Al-Nihaya », débute avec un beat death plus traditionnel avec à l’arrière-plan une mélodie de clavier sortie directement du Proche-Orient. D’ailleurs cette touche de musique sémitique reviendra tout au long de la pièce souvent en background. Dans l’ensemble, cette pièce est dans l’esprit de Fear Factory avec le combo bass/drum dans le tapis mais la pièce est encore une fois plus un « extreme brutal thrash » où revient la voix en « screech ».
La dernière, « Aslimu – All slain those who bring down our highly respected symbols to the lower status of the barren earth » débute avec un chant aux consonnances traditionnelles arabiques qui scande le nom de Allah, puis on retourne dans le « extreme brutal death » à la Nile. À noter l’incorporation des paroles d’un chant de révolte musulman envers Israël qui disent Khaybar Khaybar yā Yahūd, jaysh-i Muḥammad sawf-a ya‘ūd qui se traduit par « Khaybar, Khaybar o Jews, the army of Muhammad will return ».
Ce que j’apprécie fortement de cet album est leur capacité à composer des pièces qui, malgré leur longueur de plus de 6 minutes et atteignant même près de 11 minutes pour « Gods among insects », ne sont pas redondantes et qui, en même temps ne versent pas dans la composition surchargée qui offrent trop en même temps. Même l’omniprésence des échantillonnages qui sont enfouies dans les pièces ne devraient pas trop déranger les puristes. De l’autre côté, vous reconnaîtrez également leurs nombreuses influences qui remontent au death metal des années 1990 avec des clins d’œil entre autres à Cannibal Corpse, Napalm Death, Nile, Sepultura et à Death.
Pour ceux qui s’intéressent également aux paroles de l’album, elles revisitent des situations où le mal s’est incarné à des moments précis de l’Histoire. Ainsi après la 1ère pièce qui comme je vous l’ai mentionné plus haut sert d’avertissement par la bouche d’un dieu qui fait référence … aux Transformers, à Unicron, le dévoreur des mondes et le « Dark Energon »; « Human wave attack » fait référence aux « suicidebombers » islamistes qui frappent le monde occidental; « Drugs, thugs and machetes » parle du massacre des Tutsis par les Hutus; « Todesnacht von Stammheim » fait référence à ce qui est aussi connu sous « German autumn » alors que des militants du « Rote Army Faktion »(Red Army Faction, un groupe communiste extrémiste anti-fasciste allemand) ont été assassinés pendant leur incarcération, directement dans leur cellule d’un coup de feu à bout portant; « Qasr Al-Nihaya » fait aussi référence à une prison, cette fois en Iraq, et connue principalement ici suite à la parution du livre, « Dreaming of Bagdad » de la dissidente iraquienne, Haifa Zangana, qui y fut emprisonnée en 1971 et torturée par la police secrète iraquienne pour ses activités au sein de la faction extrémiste du parti communiste iraquien; et finalement, « Aslimu » parle de l’expulsion de tous les Juifs foulant les terres arabes en faisant référence à l’expulsion de la communauté juive de Khaybar en 629 AD par le prophète Mohammed lui-même et ses troupes. Je n’ai pas trop compris le sens des paroles de S.A.D.M. mais elles semblaient vouloir montrer que la Hollande se veut l’épicentre de la concentration du Mal et responsable de sa propagation, cherchant à reprendre la place qui était la sienne alors qu’elle contrôlait la traite des esclaves depuis ses débuts jusqu’à l’abolition de celle-ci.
Il est aussi intéressant de constater que les pièces sont construites avec des ambiances qui créent le décor approprié pour mettre en scène l’histoire racontée. Ainsi, on a un beat tribal pour l’Afrique, de la musique traditionnelle sémitique pour le Proche-Orient, des beats aux sonorités teutoniques et militaires pour l’Europe, bref ils ont su créer un album de « extreme brutal death » où la créativité est au rendez-vous tout en respectant les éléments qui font du bon « death ».
Note: 9,5/10
Voici 2 extraits proposés par leur compagnie de disque, « Season of Mist ». Premièrement, « Gods among insects » puis ensuite « Todesnacht von Stammheim ». Bonne écoute!
Lex
by Dave Rouleau | Juin 6, 2013 | Critiques d'Albums

Burning the Oppressor
« Verbal Aggressor »
2013
C’est toujours un défi pour un band comme Burning the Oppressor de garder le momentum avec un bon deuxième opus, après avoir réussi à avoir un impact majeur dès son premier sur la scène québécoise; les attentes sont hautes et en même temps un musicien ne veut habituellement pas stagner.
« The Ignition », leur premier album de 2012 qui a été nominé à la GAMIQ comme album métal de l’année, nous offrait un mix de groove, thrash et furie qui nous rappelait l’intensité de Hatebreed, le groove de Pantera et les riffs plus complexes de Lamb of God. Les membres nous venaient de Sight Slave et Armory of Justice pour nous sacrer un coup de poing musical en pleine face et cette mission était plus que réussie. Ajoutez les nombreuses dates de shows et les promos constantes et on obtenait une formation métal originaire de la Rive-Sud de Montréal qui était déterminée à être là pour rester.
Ceci nous amène, un an plus tard, à leur deuxième offrande, « Verbal Aggressor ». Maintenant connu de la scène, ils en profitent pour mettre en vedette quelques acteurs de cette communauté métal de la province dont Oscar Souto (Anonymus), Pat Martin (Reanimator), Jean-Michel Vallières (Mass Murder Messiah), Olivier (Citizen Vicious) comme co-vocaliste, ainsi que (et plus humblement) l’auteur de ces lignes comme choriste sur « Verbal Aggressor », « You Can’t Hide » et « It’s All Lost » en compagnie de Marc Légaré et Fred Rainville. Ce qui est cool dans le cas de ces participations est le choix des tracks qui est parfait pour les invités, comme par exemple le thrash métal offert sur « Sans Pitié » avec Oscar Souto. Même Jef Fortin (Anonymus, Mass Murder Messiah) est mis à contribution, mais dans son cas c’est derrière la console de ‘mastering’.
Ça aurait été un crime pour le quatuor de changer son style drastiquement quand on connaît la puissance et efficacité de leurs tracks en show. Les balades en voiture, les vitres baissées, avec leur beat dans le fond est aussi un plaisir que je ne me passerais pas. Ceci dit, est-ce qu’ils ont trop misé sur leur style sur cet album?
Peut-être un tout petit peu. Regardons de plus près.
« Pissed Off » est la première pièce après l’intro et JeanFeu, le chanteur, nous rassure dans ses paroles qu’il est encore, et éternellement, « pissed off » envers tout et je me dois de souligner son dernier cri de mort de la track. Malade! Les riffs, le blastbeat, le groove… tout y est! Cette pièce est exactement ce que représente BTO et son énergie. Il est aussi évident que la production a été rehaussée et tout sonne plus clair et compact, surtout au niveau de la batterie et de la basse (Gabriel Jetté). À ce sujet, Sam Venne est probablement, avec les solos de Jean-François Roy (guitare), l’élément qui s’est le plus amélioré en un an.
« Verbal Aggressor » embarque ensuite et celle-ci aussi se démarque par ses riffs accrocheurs et l’attaque verbale de JeanFeu (« So you think I’m weak/I will show you wrong/You will feel the pain/From verbal agressor »). Tout y est et elle met aussi en avant-plan une autre facette de leur musique qui est différente: les solos. En effet, le travail général sur les solos a été rehaussé et c’est intéressant de voir la variété que Jeff nous offre sur cet album. Par exemple, la mélodie du solo retrouvé sur « QC Militia », qui m’a tout de suite plu, vient offrir une autre perspective du talent du guitariste… et que dire de celui de « Sans Pitié »?!
« Built like a tank » et « The Puppeteers audience » sont aussi des tracks qui montrent tout l’aplomb de la musique de la formation et, encore une fois, des pièces qui nous offrent des prestations vocales d’invités très réussies.
La voix de JeanFeu se veut un exutoire pour une génération qui encaisse beaucoup de frustrations envers et par les institutions gouvernementales et toutes ces forces qui nous dirigent souvent dans l’ombre et sans qu’on en ait le choix. Cette férocité du chanteur et sa façon de créer des mélodies et refrain puissant sans chanter « clean » est impressionnante. Cependant, ces « patterns » et son débit peuvent se répéter, comme sur « Mute », où la stratégie s’essouffle et le contenu devient prévisible, tout comme certains riffs qui suivent la cadence, ou plutôt l’encouragent. Il sera important pour le vocaliste et le compositeur de faire attention à ces tendances sur le troisième album. Dans le cas du chant, une façon de remédier à cette situation pourrait être l’utilisation accrue du français dans les paroles, car comme en témoigne la pièce « Sans Pitié », JeanFeu se débrouille très bien dans la langue de Molière et pourrait même en bénéficier.
Ce qui sauve un album comme celui-ci d’être redondant sont les enchaînements que nous offre la musique créée majoritairement par JF Roy. Ironiquement, « Always the Same » vient casser le moule avec son solo au début et à la fin, en plus des ‘spoken words’ crachés par le chanteur. Une belle touche en fin d’album.
En résumé, les boys voulaient nous donner une autre taloche en pleine gueule et ça a réussi. L’exécution est bonne et l’énergie y est, mais il sera important pour eux de bien se renouveler et trouver une manière de nous accrocher encore pendant un autre 12 tracks.
8/10
by Luc St-Laurent | Juin 6, 2013 | Critiques d'Albums

Inextalis
« Catatonic Universe »
2013
Bon sang, je ne sais pas par où commencer! J’ai attendu la sortie de cet album si longtemps, que jusqu’à tout récemment je n’y croyais simplement plus. D’abord, merci à Inextalis de nous offrir une nouvelle fois l’exclusivité à Ondes Chocs! Je sais pour la plupart d’entre vous, le nom d’Inextalis n’évoque probablement pas grand-chose, mais la donne est sur le point de changer puisque le groupe, anciennement connu sous le nom d’Amnesia,pendant près de vingt ans, lance cette année son nouvel album intitulé Catatonic Universe, le premier depuis 1998!
Donc, il en a coulé de l’eau sous les ponts depuis la sortie de Land of No Return, et même si le groupe a dû passer au travers de diverses embûches au cours de la dernière décennie qui avait conduit jusqu’à la dissolution du groupe vers 2006. L’idée du second opus d’Amnesia, qui se nommait déjà à l’époque Catatonic Universe, refit surface en 2010 avec la reformation du groupe et le retour du bassiste original, Michael Simard ainsi que l’arrivée d’un nouveau chanteur Pascal Dark Gagnon. Mais que reste-t-il aujourd’hui de cette session de Catatonic Universe qui avait débuté près de 10 ans plus tôt? La réponse: 3 des 6 pièces furent conservées en majeure partie, soit; The Watcher, Opposition (invitation to Athena) et la pièce titre, alors que le reste fut recyclé (ou pas?). Hormis l’absence notable, sauf dans certains moments clés, d’un clavier autrefois omniprésent, le son d’Inextalis n’est pas si loin d’Amnesia, car celui-ci continue de partager ces mêmes influences combinant une myriade de genres différents qui nous compliquent la tâche lorsque l’on veut apposer une étiquette au groupe. Essentiellement ici, nous avons affaire à du death métal, à la fois lourd comme Morbid Angel (Domination), mélodique comme Dark Tranquillity (The Gallery), parfois complexe dans sa structure comme Pestilence ou Atheist, et définitivement progressif. Ajoutez à cela, une superposition de plusieurs types de voix, qui donne un côté assez unique à la musique, alors que se chevauchent les chants « clean » de Kevin Ouellet inspirés entre autres par ICS Vortex (Borknagar, ex-Dimmu Borgir) et les multiples variations de la voix de Pascal Dark Gagnon, qui passe aisément d’un genre à un autre.
Bien que je connaisse la plupart des membres depuis environ 20 ans et que je les aie vu jammer plus souvent qu’à mon tour à l’époque de Land of no Return, ces occasions se sont faites plus rares depuis leur réunification, ce qui m’a donné droit à plusieurs belles surprises tout au long de l’écoute de ce dernier. Enregistré au Studio Hemisphere à Québec et produit par Antoine Baril (Symbolic, Deviant Process), Catatonic Universe contient 8 pièces de death métal progressif totalisant plus de 55 minutes. Celui-ci débute par une courte introduction qui nous mène au cœur du scénario d’une terrifiante science-fiction avant d’exploser avec Solar Pulsation qui donne le ton et nous démontre bien dans quoi nous venons de nous embarquer pour les 50 prochaines minutes. Ensuite nous enchaînons avec The Watcher qui est une pièce que j’avais déjà entendue des dizaines de fois dans sa forme originale puisqu’elle est déjà vieille d’une décennie, mais celle-ci s’est littéralement refait une beauté pour 2013! Définitivement, bien meilleure que l’originale! Et puis, nous continuons avec The Last Scene, le premier extrait présenté il y a quelques semaines – vous pouvez l’écouter ou la réécouter un peu plus bas. Personnellement, c’est la pièce qui m’avait la plus accrochée dès la première écoute, tellement que je leur avais justement suggéré comme premier extrait, merci de m’avoir fait confiance! C’est alors que survient la pièce The Ultimate Star, qui devient tranquillement ma favorite de l’album pour plusieurs raisons qui se termineront par un de ces solos tout à fait exquis d’Éric Bédard! Notre périple n’est pas encore à mi-chemin que le cou commence déjà à me chauffer, alors que deux pièces qui me sont plus familières se succèdent coup sur coup! Cependant peu de retouches furent nécessaires pour les remettre au goût du jour. Opposition (invitation to Athena) et Catatonic Universe ont très bien vieilli! Après la pièce titre, nous voilà rendu à l’avant-dernière pièce de l’album, mais rassurez-vous car Euphorical Transition affiche près de 10 minutes au compteur, 9m47s bien remplies pour être exact, qui nous semblent beaucoup plus courtes en vérité! Possédant plusieurs rebondissements et enchainements de moments forts comme à la septième minute lorsque piano et guitare acoustique suivent un autre de ces solos mémorables, il n’est donc pas trop difficile de comprendre pourquoi cette ode épique est une des fiertés d’Inextalis. Et finalement, la dernière pièce de l’album intitulée Gift of Death, nous offre encore une fois le meilleur d’Inextalis et se terminera par un ultime clin d’œil à Morbid Angel avant de conclure avec la sortie acoustique Angel’s Den qui nous indiquera que toute bonne chose a malheureusement une fin.
Maintenant que vous en savez un peu plus long concernant le contenu musical de Catatonic Universe, parlons d’un autre aspect non négligeable, l’image. Bien qu’une jolie pochette ne soit aucunement garante de la qualité musicale d’un album, l’importance qu’un groupe lui apporte nous en dit souvent beaucoup à propos de son degré de professionnalisme. De plus, celle-ci favorisera le côté développement au niveau de la marchandise de plus en plus essentielle à l’économie d’un groupe, alors que les ventes de disques sont vouées à la régression constante au profit du téléchargement. Dans le cas qui nous intéresse, sans être extrêmement originale, la pochette de Catatonic Universe est selon moi très jolie puisqu’elle est adroitement réalisée. De plus, elle remplit bien son mandat consistant à nous plonger mentalement au cœur de leur univers! Par contre, en ce qui concerne le logo, je suis définitivement moins convaincu de son design aux lettres difformes plutôt difficiles à lire au premier coup d’œil. Et pour ceux qui aiment toujours posséder l’original en CD, il est offert avec un livret au design classique, simple et efficace incluant toutes les paroles d’autant de couplets accrocheurs! Vous pourrez d’ailleurs vous le procurer lors de son lancement officiel le 8 juin prochain au Scanner. Les premiers t-shirts du groupe seront également disponibles.
Certes, le groupe est technique et la structure de chacune des pièces peut prendre quelques écoutes avant d’être parfaitement assimilée, toutefois si on est convaincu dès le début du talent de ces musiciens, ceux-ci n’en abusent pas pour nous abasourdir et faire la grosse tête au point de causer la déroute de l’auditeur moyen. Donc, il y a beaucoup à découvrir sur Catatonic Universe, car au-delà des mélodies tenaces qui hanteront votre mémoire longtemps après votre dernière dose, se cache un album possédant une réelle profondeur, qui fera durer le plaisir durant un bon moment. En espérant ne pas devoir attendre une autre quinzaine d’années avant le prochain Inextalis!
Note: 9,5/10
Tous les détails, du lancement de Catatonic Universe qui aura lieu le 8 juin, sont disponibles en suivant ce lien.
Page Facebook d’Inextalis :
by Coeur Noir | Mai 31, 2013 | Critiques d'Albums

Deafknife
VI ER DØDE
2012
Je ne sais pas pour vous mais moi, jusqu’à très récemment, je n’étais pas très familier avec la scène métal de l’Europe de l’Est. Je crois que je pouvais carrément compter sur une seule main les groupes de l’ex U.R.S.S. qui avaient su capter mon attention. Honte à moi me direz vous peut-être. D’accord, je vous l’accorde. Mais bon, qu’est-ce que vous voulez, j’imagine qu’on ne peut être de toutes les guerres, après tout.
Or, définitivement résolu à corriger ma ligne de tirs, c’est avec tout le courage du monde et le le cœur empreint d’une volonté sans borne, qu’il n’y a pas si longtemps, je décidai de prendre les armes et de me botter les fesses pour essayer de dénicher quelques groupes intéressants appartenant à cette partie du monde. C’est donc armé de mon éternel NetBook et de quelques bières que je me lançai à l’assaut du World Wide Web à la recherche de ces soldats que j’avais laissés pour mort sur le champ d’honneur. Aussitôt dit, aussitôt fait, la première reconnaissance de ce secteur m’apparut difficile d’accès et mon axe d’avance s’avéra complètement nul. Mon plan d’attaque était à revoir.
En effet et bien malgré moi, les premiers résultats de ma recherche furent assez décevants. Je me suis immédiatement buté sur un terrain miné de plusieurs et inutiles formations néo-nazis qui adhéraient tous à l’idée de la suprématie de la race Aryenne et à l’asservissement du reste de l’humanité en esclavage. Bon, rien ne sert de mentir, je m’étais probablement fait fourguer de fausses informations et l’ennemi s’était bien joué de moi. On m’avait mené tout droit dans un guet-apens.
L’idée de tourner au ridicule cette ribambelle de joyeux lurons me traversa instantanément l’esprit mais je ne devais pas me laisser abattre par toute cette grandeur d’esprit. Non. Oh grand jamais, non! La mission était beaucoup trop importante pour être abandonnée à d’obscures groupuscules qui se réjouissent à l’idée que quelqu’un, quelque part, à réussi à conserver le pénis D’Adolf Hitler dans un bocal de formol pour un clonage ultérieur.
Je n’allais certainement pas me laisser décourager par autant d’hostilité. Après tout, il était hors de question que je laisse mon objectif être anéantit par ces pauvres cancres effrayés par eux-mêmes; cette poignée d’incultes petits humains ostracisés par l’impureté des races inférieures qui polluent de leur existence leur belle et grande nation.
Devais-je donc laisser ces nobles défenseurs de la civilisation et de cette soi disant «race blanche» me mettrent des bâtons dans les roues? Certainement pas! Ma foi en l’humanité était tout de même un tantinet plus élevée que le quotient intellectuel de ces fiers guerriers. Je me retranchai donc sur ma position, ajustai mes arcs de tirs et changeai mon sujet de recherche pour «Russian metal bands that are not a bunch of crazy retards who likes to fucks with others fucking fuckers»
À mon grand étonnement, ma contre offensive se révéla toujours aussi inefficace. Le moteur de recherche Blackle ne me donna pas les résultats escomptés et j’avouerai qu’à ce moment, j’eus une légère défaillance. J’eus vraiment envie de tout abandonner lorsque l’encyclopedia metallum, sortie de je ne sais où pour venir à mon secours, me ravitailla d’un espoir nouveau. Mes tergiversations bel et bien terminées, j’engageai donc violemment mes adversaires sur tous les flancs et leurs défenses finirent par céder. Une première brèche s’ouvrit et je me retrouvai, illico presto, derrière les lignes ennemies. Je m’infiltrai discrètement dans les quadrilatères les plus secrets de leur périmètre et mes efforts furent finalement récompenser. Je pus mettre la main sur le document tant convoité; une liste assez exhaustive qui semblait contenir certaines des plus crédibles formations de cette région. Mission accomplie. Aucune perte substantielle ne semblait apparente et les dommages collatéraux avaient été maintenus au minimum. Peu de chance qu’un syndrome post-traumatique ne revienne hanter mes cauchemars en évoquant les sinistres noms des escadrons de la mort qui ont passés si près de ruiner toute chance tangible de dénicher quoi que ce soit en ces contrées austères.
Ceci étant dit, mon repli fut coordonné à la perfection et une fois mon extraction jusqu’au Check point Charlie complété, je pus me reposer un peu et commencer à éplucher l’information récupérée avant de soumettre mon rapport à ma chaîne de commandement. Bien que je revins avec une cargaison assez surprenante de groupes à explorer, un en particulier semblait vouloir se démarquer du lot avec son très surprenant Blackened post-hardcore (ou post-hardcore bien noirci, c’est comme vous voulez) et je fais référence ici à la jeune mais prometteuse formation Deafknife (2011) et leur plus qu’extraordinaire album VI ER DØDE.
Paru via Opposing Music le 30 novembre dernier (2012), VI ER DØDE est un amalgame de nouvelles pièces et de plus anciennes ré-enregistrées ou remastérisées pour l’occasion. Cette combinaison de titres, tous aussi excellents les uns que les autres, forment ensemble un des meilleurs disques que j’ai eu la chance d’écouter depuis des mois.
C’est à la fois mélodique et brutal, énergique et posé et tout ça est transcrit à travers une haine et une grogne perceptible dès les premiers soubresauts de Kings Don’t Reign Forever, premier des neuf titres de l’album. Sans qu’il ne soit complètement désillusionné, ce disque baigne aussi dans une humeur plutôt négative et on ressent à plusieurs occasions le désespoir se balader sur les portés musicales concoctées par ce quatuor russe. Le vocal déchirant et parfois très aigu de Gleb, chanteur de la formation, vient mettre l’emphase sur ce sentiment d’étouffement. Normalement, je ne me plais pas trop avec ce genre de vocal mais j’ignore pourquoi, avec DeafKnive, il ne semble pas me déranger outre mesure. Il faut dire aussi que la gamme de notes atteintes par les capacités vocales de ce dernier est vaste et on les exploite de façon convaincante. On ne s’empâte jamais sur une seule et unique fréquence et c’est probablement pourquoi on ne s’inquiète pas plus qu’il ne le faut de ce ton qui pourrait finir par irriter le tympan.
De pièce en pièce, on passe de structures de chansons qui tirent leur influence autant dans le hardcore que dans les ramifications d’un black plus cru mais aussi plus élaboré. Toutefois, rien au niveau de la production ne vient rappeler l’étrange sentiment d’incompréhension qu’on peut ressentir lorsqu’on écoute un disque qui semble avoir été enregistré dans le fond d’une baignoire tellement le tout est d’une qualité douteuse.
Tout les instruments sont audibles et leur rôle, bien défini. On s’amuse même avec les effets d’écho et de délais pour créer une ambiance rêveuse à l’occasion, surtout vers les derniers titres du disque.
Tout ceci considéré, nous avons tout de même droit à une musique bien ancrée dans les racines du black métal mais d’une façon ou d’une autre, le résultat final en est tout de même assez éloigné. D’ailleurs, à ce que j’ai pu comprendre du traducteur Google (la plupart des textes sont en biélorusse si je ne me trompe pas), on s’éloigne aussi de cette scène de par les propos tenus dans les textes et on se rapproche ainsi beaucoup plus du mouvement hardcore. Le discours est, effectivement, plus près de cette scène du fait qu’il est beaucoup plus engagé socialement. Beaucoup plus politisé et radical.
Une autre chose qui ne me déplaît pas du tout avec ce groupe (et avec cette affirmation, me voilà bien obligé de dévoiler une facette plus «geek» de ma personnalité) est l’utilisation de termes en lien avec l’univers de la mythologie Lovecraftienne.
En effet, même si aucune d’entre elle ne fait partie de VI ER DØDE, on retrouve chez certaine de leurs plus anciennes pièces de leur premier EP Pantheon, sorti en 2011, l’emprunt de noms de personnages, de lieux et de renvoies qui appartiennent tous aux romans et nouvelles d’H.P. Lovecraft, mystérieux et prolifique auteur du siècle dernier. Moult références se retrouvent aussi à l’intérieur des textes eux-mêmes et servent de métaphores pour dénoncer plusieurs absurdités du monde moderne.
Cette tangente semble être mise un peu de côté sur le disque dont il est question ici, mais une récente prestation live d’une toute nouvelle pièce (Nyarlathotep) récemment publiée sur le Facebook du groupe laisse croire qu’il retourneront peut-être vers celle-ci pour le prochain album. Nous verrons bien.
Au final et en ce qui me concerne, VI ER DØDE est un petit chef d’œuvre d’album que je ne cesse d’écouter et de réécouter depuis que je l’ai découvert. Je crois aussi qu’avec le temps, il pourrait très bien devenir un album culte. À condition que DeafKnife reçoive la couverture médiatique qu’il mérite, bien entendu. Mais d’une façon ou d’une autre, DeafKnive reste une formation prometteuse sur laquelle je garderai une oreille attentive.
Pour le moment, il ne semble pas exister de version physique de l’album (ou du moins, je n’en ai pas trouvé) mais vous pouvez toujours vous retourner vers la version numérique disponible pour le montant qui vous plaira sur Bandcamp.
Voici les différents liens pour vous procurer leur matériel et allez voir de quoi il en retourne.
Cheers!
Bandcamp – Album
Bandcamp – Band
Bandcamp – Broken Limbs Recordings
by Lex Ivian | Mai 20, 2013 | Critiques, Critiques d'Albums

Entrails
« Raging death«
2013
Jusqu’à présent, les albums sortis (2 démos et 2 LP) par le groupe Entrails depuis leur retour en 2008 étaient principalement leurs vieilles compositions revampées et ce n’est pas avant leur 2ème album, « The tomb awaits » que quelques nouvelles compositions sont apparues. Cette fois-ci, l’album « Raging death » se veut leur premier album de pièces originales composées par Jimmy Lundqvist (guitariste, leader et seul membre original) depuis leur résurrection.
L’album débute avec une petite intro de piano sur un fond de clavier et on se fait avertir
Believe me
If I’d start murdering people
There’d be none of you left
Les premiers accords de l’album « Raging death » règle d’entrée une question. Il est évident que Entrails sont restés fidèles à leurs racines et que cet album sera du « Swedish old school death metal ». D’ailleurs, pour être encore plus précis, ce sera du Entombed/Dismember. Même le son d’ensemble est pareil. Cette sensation de déjà-vu m’est malheureusement restée en tête tout au long de l’album ce qui a gâché ma première écoute. Que voulez-vous, j’ai cette fâcheuse tendance à toujours comparer et contraster les groupes que j’entends. Je sais que, dès leurs débuts en 1991, ils ont avoué suivre la piste de groupe comme Entombed, Dismember et Grave mais là, je trouvais la ligne mince.
Après quelques écoutes qui m’ont permis de me faire à l’idée, j’ai réussi à me concentrer plus sur les pièces. Ça m’a permis de constater que les compositions renferment tout ce qui fait du bon « old school death ». Le son des cordes et de la voix est gras en masse, les riffs sont puissants et gardent un focus death sans s’éparpiller dans toutes sortes d’improvisation et l’alternance des passes death traditionnel au death’n’roll au blastbeat nous fait passer d’un headbanging groovy à des headmills violents. Y’a même des solos « out of nowhere » (par exemple à 3:18 de la pièce « In pieces ») comme c’était l’habitude à l’époque. L’enregistrement est également supérieur à leur album précédent et cette petite coche de plus permet d’obtenir un son mieux défini qui ajoute à la puissance des compositions.
Entrails ont donc composé un album de death qui porte bien son titre. On ne se trompe pas quant à la facture musicale. C’est du maudit bon death exactement comme ça devrait être joué. Lors d’une écoute à l’aveugle, j’aurais facilement pu penser que Entombed était retourné à ses racines, à l’époque de Left Hand Path. Dans leur cas, il semble qu’on doive oublier ça. Entrails pourrait donc maintenant s’approprier haut la main le titre de leader du « Swedish old school death metal ». En tout cas, pour les fans de ce genre, je recommande que vous écoutiez cet album. D’une pièce à l’autre, c’est du solide.
Bonne écoute
Lex
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 17, 2013 | Critiques d'Albums

Ocram
Praeludium (EP)
Le Black Metal a longtemps été dominé par les formations scandinaves, à quelques exceptions près, et ce n’est pas un secret. Cependant, depuis la glorieuse époque des années 1990, le mal et l’obscurité se sont répandus, ignorant les frontières et les différences culturelles. C’est ainsi qu’aujourd’hui, on peut retrouver des artistes de ce courant dans les lieux les plus improbables, comme sous le soleil de plomb de l’Andalousie en Espagne, où naquit le projet Black Metal éponyme du chanteur de la formation Blackened Death Metal Tsar Bomb et ancien bassiste-chanteur du défunt groupe de Black Metal mélodique Nox Invicta. Celui-ci nous livrait, le 30 mars de cette année, sa toute première offrande, un EP entièrement autoproduit de 7 pièces, qui plaira sans aucun doute aux amateurs de la seconde vague de Black Metal.
Dès la sinistre introduction éponyme de l’album et la première pièce intitulée « Rebirth », la qualité de la production se fait remarquer. Œuvre de l’unique membre d’OCRAM, celle-ci conserve l’aspect malsain et crasseux inhérent au Black Metal tout en étant superbement bien équilibrée. Tous les instruments sont audibles et nous permettent d’apprécier le talent de l’homme-orchestre qui est tout aussi habile avec sa guitare, sa basse, ses hurlements de possédé et sa programmation de percussions. Concernant ce dernier aspect, les percussions programmées sont particulièrement réussies, nous faisant presque oublier qu’il ne s’agit pas d’une vraie batterie.
En ce qui concerne le contenu musical, OCRAM demeure en terrain connu. En effet, « Rebirth », « My Last Prey », « My Death », « This is My Throne » et « Arrogant To The End » rappellent immédiatement Marduk et 1349 avec leur vélocité, leur blasbeats et leurs motifs cycliques aux mélodies infernales, mais contiennent aussi des passages au tempo traînant qui rappellent parfois le vieux Satyricon et les pièces plus lentes de Marduk. L’album s’achève d’ailleurs sur une reprise de l’éminent groupe suédois; l’ambiante « Opus Nocturne ». Si la qualité sonore et le talent musical sont au rendez-vous, l’originalité elle fait donc quelque peu défaut et l’auditeur expérimenté ne pourra s’empêcher de remarquer les influences évidentes de l’artiste, ce qui laisse une impression de déjà entendu qui en laissera certainement quelques-uns insatisfaits.
Cependant, entendons-nous bien, cela ne va quand même pas jusqu’au plagiat, c’est plutôt que les modes, mélodies, tonalités et les voix utilisées par OCRAM s’inscrivent clairement dans la tradition développée par les artistes susnommés. Cela dit, l’exécution est quant à elle impeccable et l’album plaira sans doute à ceux qui cherchent du bon Black Metal typique à se mettre sous la dent, sans trop se soucier de l’originalité.
En conclusion, le démon andalou connu sous le nom d’OCRAM nous a livré cette année une première offrande caractérisée par une production impeccable et un talent musical certain. Toutefois, cette première œuvre restera sans doute dans l’ombre des grands piliers historiques du Métal noir, car elle ne s’éloigne aucunement des sentiers que ceux-ci ont défrichés depuis les années 1990. En somme, cet album plaira certainement aux plus puristes des fanatiques du malin, alors qu’il laissera malheureusement les amateurs avides d’innovation plutôt froids. Découvrez cet album, sans la reprise de Marduk, en suivant ce lien.
7/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas