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The Monolith Deathcult

« Tetragrammaton »

2013

 

Le groupe néerlandais THE MONOLITH DEATHCULT se classe lui-même comme étant du  « supreme avant-gard death metal » et considérant mon attrait pour la musique éclectique qui sort des sentiers battus, la sortie de leur tout nouvel et 5ème album, « Tetragrammaton » ne pouvait faire autrement que d’attiser ma curiosité. Surtout que leur nouvel album allait sortir sur le label « Season of Mist » que je considère parmi les labels les plus intéressants dans leur recherche de groupes innovateurs. Par contre, leur album précédent sorti en 2010 n’avait absolument rien d’un album d’avant-gard metal puisque qu’ils avaient ressorti, avec une pièce supplémentaire, leur 2ème album « The white crematorium » paru en 2005, époque où leur musique était plutôt du « extreme/brutal death » dans la continuité de leur 1er album, « The apotheosis », sorti en 2003. Donc si je résume mon état d’esprit, mettons que j’abordais la chose avec un brin de recul. Premier album en 5 ans depuis la sortie de leur seul album, « Triumvirate », qui sortait du son auquel ils nous avaient habitué. Sans être classifiable comme avant-gard non plus, l’ajout du claviériste/bidouilleur électro et du fait même, d’expérimentations électroniques sur « Triumvirate » avait modifié leur musique et on sentait aussi un désir de créer une musique extrême se rapprochant d’un « blackened death ». Qu’allait donc nous offrir cet album. Devais-je m’attendre à la suite de « Triumvirate » et considérer que la ressortie de « The white crematorium » en version 2.0 n’avait servi qu’à nous faire patienter (tant mieux!) ou justement que la ressortie de ce dernier signifiait que l’expérimentation était finie et qu’ils retournaient à leur source (ah shit!). Un indice d’une suite à « Triumvirate » aurait dû m’être suggéré par le titre du nouvel album, « Tetragrammaton » mais j’ai vérifié tout ça a posteriori. Je vous fais donc part du résultat de mes recherches.

 

Le tétragramme (ou tétragrammaton) est un mot grec qui correspond au nom hébraïque YHWH (יהוה) qui se compose des quatre lettres yōḏ (י), (ה), wāw (ו), (ה). Présenté comme le nom propre de Dieu dans le judaïsme – le Tanakh (la Bible hébraïque) rapporte que cette expression fut entendue par Moïse au sommet du mont Horeb dans le désert du Sinaï – ce mot est alors désigné par les Grecs comme le « Tétragramme » et utilisé en place et lieu de YHWH, qui est frappé d’interdiction de prononciation selon le 3ème Commandement biblique – Tu ne prononceras pas le nom de YHWH en vain. Pour nous, c’est « l’Éternel » ou le « Tout-Puissant » qui est utilisé. Le lien que j’y vois (et je suis peut-être complètement dans le champ) avec « Triumvirate » est dans la provenance même du tétragramme. Ses quatre lettres sont issues de la racine trilittérale היה (HYH) du verbe « être » qui, par extension, peut être reliée à la Sainte Trinité de l’Éternel, soit ses 3 composantes indissociables qui forment donc le « Triumvirate » ou regroupement de 3 entités omnipotentes et omnipuissantes qui dirige la destinée de l’humanité et qui correspond en fait à une seule et même entité, celle dont tu ne prononceras pas le nom. Il est intéressant de constater que The Monolith Deathcult ont appliqué le 3ème Commandement à leur 2 derniers albums originaux qui, selon mon délire religieux(!), seraient tous les 2 intitulés « Dieu » sans prononcer son « Nom ». Ouf! Si on retournait à la musique maintenant …

 

Dès l’ouverture de la 1ère pièce, j’ai eu une sensation de soulagement car on sentait déjà l’esprit de « Triumvirate » – une intro « samplée » et des claviers omniprésents comme pour le début de « Deus Ex Machina », pièce d’ouverture de « Triumvirate ». Donc, « Gods among insects » débute sur une intro style cinématographique où on a un dialogue qui établit l’esprit de l’album. Ce sera la narration d’une bataille épique dont l’intro ne nous laisse pas deviner directement les 2 protagonistes mais on devine rapidement qu’un est humain alors que l’autre pourrait bien être un dieu/démon ou quelconque entité extra-terrestre. Dès qu’on est avertit qu’il ne pourra jamais y avoir de paix entre cette entité et l’humanité, le clavier tisse une trame de fond majestueuse sur laquelle se surimposent des blastbeats de double bassdrum pendant quelques mesures. Puis c’est le déchaînement. Pour ceux qui aiment le « extreme blackened death » à la Nile avec une touche de clavier à la Dimmu Borghir, vous devriez tout de suite y trouver votre compte. Le vocal est également parfaitement dans le ton avec un « growl » guttural profond et sombre. Vers la fin de la 2ème minute et au centre de la pièce, alors qu’on revient à des passes de clavier plus atmosphériques, on a une intervention narrée qui rappelle fortement les interventions semblables dans la musique de Bal-Saggoth. Puis on retourne à la violence. Tout au long des 10 minutes de cette pièce, ils nous serviront divers tableaux qui montrent bien leur volonté d’être tout sauf unidirectionnel.

 

La 2ème pièce, « H.W.A. (Human wave attack) » débute avec une track électro et un clavier de horn qui rappelle un peu les trompettes du jugement dernier ou « death toll ». Puis la narration revient nous dire qu’un jour l’humanité cherchera la mort mais que celle-ci l’éludera. Cette pièce débute dans le style industriel traditionnel de la fin des années 1990 début 2000. On pense tout de suite à Fear Factory, Ministry, KMFDM et autres Misery Loves Co. de cette époque et j’ai également souri de plaisir à réentendre le son de guitare qui avait caractérisé God is LSD.

 

La 3ème pièce, « Drugs, thugs and machetes », débute avec un autre sampling et un beat tribal caractéristique de la période de grande popularité du nu-metal et le jeu de basse/drum caractéristique de Korn/Sepultura de cette époque. Puis on repart dans un « extreme blackened death » avec un refrain en chœur qui nous rappelle les incantations entonnées lors des danses tribales. On a aussi un 2ème refrain qui lui me fait plus penser à des cris de soldats faisant de la « drill ». À souligner que l’utilisation du sifflet d’arbitre dans la pièce renforce ce petit côté « exercice militaire ».

 

La 4ème pièce, « Todesnacht von Stammheim » débute avec un beat militaire de caisses claires qui se métamorphose en un beat fidèle à « More human than human » de White Zombie puis on sent les influences industrielles teutoniques dans la construction lente et pesante de la pièce qui reste pourtant appuyée par des blastbeats de double bassdrum. Cette pièce est probablement la plus industrial metal de l’album.

 

La 5ème pièce, « S.A.D.M. (Supreme avant-gard death metal) », débute avec une intro de trompette qui m’a fait penser au début de « Atom heart mother » de Pink Floyd. Remarquez que c’est ce que je lui ai associé mais en même temps comme ce sont des trompettes qu’on imagine bien sur les champs de bataille médiévaux, cette intro de trompettes peut tout aussi bien provenir d’une pièce du répertoire classique, allemand de préférence. Les « horns » resteront présents pendant toute l’intro narrée sur fond de claviers qui offrent une ambiance épique. Encore une fois, l’intro mènera à un déchaînement de « blastbeats » mais cette fois les riffs de guitares sont plus « extreme brutal thrash ». Je veux souligner que pour cette pièce qui est plus dans un esprit thrash, les vocaux s’ajustent et on nous propose un couplet avec l’utilisation d’un « screech » pas mal plus près de John Conelly de Nuclear Assault par exemple.

 

La 6ème, « Qasr Al-Nihaya », débute avec un beat death plus traditionnel avec à l’arrière-plan une mélodie de clavier sortie directement du Proche-Orient. D’ailleurs cette touche de musique sémitique reviendra tout au long de la pièce souvent en background. Dans l’ensemble, cette pièce est dans l’esprit de Fear Factory avec le combo bass/drum dans le tapis mais la pièce est encore une fois plus un « extreme brutal thrash » où revient la voix en « screech ».

 

La dernière, « Aslimu – All slain those who bring down our highly respected symbols to the lower status of the barren earth » débute avec un chant aux consonnances traditionnelles arabiques qui scande le nom de Allah, puis on retourne dans le « extreme brutal death » à la Nile. À noter l’incorporation des paroles d’un chant de révolte musulman envers Israël qui disent Khaybar Khaybar yā Yahūd, jaysh-i Muḥammad sawf-a ya‘ūd qui se traduit par « Khaybar, Khaybar o Jews, the army of Muhammad will return ».

 

Ce que j’apprécie fortement de cet album est leur capacité à composer des pièces qui, malgré leur longueur de plus de 6 minutes et atteignant même près de 11 minutes pour « Gods among insects », ne sont pas redondantes et qui, en même temps ne versent pas dans la composition surchargée qui offrent trop en même temps. Même l’omniprésence des échantillonnages qui sont enfouies dans les pièces ne devraient pas trop déranger les puristes. De l’autre côté,  vous reconnaîtrez également leurs nombreuses influences qui remontent au death metal des années 1990 avec des clins d’œil entre autres à Cannibal Corpse, Napalm Death, Nile, Sepultura et à Death.

 

Pour ceux qui s’intéressent également aux paroles de l’album, elles revisitent des situations où le mal s’est incarné à des moments précis de l’Histoire. Ainsi après la 1ère pièce qui comme je vous l’ai mentionné plus haut sert d’avertissement par la bouche d’un dieu qui fait référence … aux Transformers, à Unicron, le dévoreur des mondes et le « Dark Energon »; « Human wave attack » fait référence aux « suicidebombers » islamistes qui frappent le monde occidental; « Drugs, thugs and machetes » parle du massacre des Tutsis par les Hutus; « Todesnacht von Stammheim » fait référence à ce qui est aussi connu sous « German autumn » alors que des militants du « Rote Army Faktion »(Red Army Faction, un groupe communiste extrémiste anti-fasciste allemand) ont été assassinés pendant leur incarcération, directement dans leur cellule d’un coup de feu à bout portant; « Qasr Al-Nihaya » fait aussi référence à une prison, cette fois en Iraq, et connue principalement ici suite à la parution du livre, « Dreaming of Bagdad » de la dissidente iraquienne, Haifa Zangana, qui y fut emprisonnée en 1971 et torturée par la police secrète iraquienne pour ses activités au sein de la faction extrémiste du parti communiste iraquien; et finalement, « Aslimu » parle de l’expulsion de tous les Juifs foulant les terres arabes en faisant référence à l’expulsion de la communauté juive de Khaybar en 629 AD par le prophète Mohammed lui-même et ses troupes. Je n’ai pas trop compris le sens des paroles de S.A.D.M. mais elles semblaient vouloir montrer que la Hollande se veut l’épicentre de la concentration du Mal et responsable de sa propagation, cherchant à reprendre la place qui était la sienne alors qu’elle contrôlait la traite des esclaves depuis ses débuts jusqu’à l’abolition de celle-ci.

Il est aussi intéressant de constater que les pièces sont construites avec des ambiances qui créent le décor approprié pour mettre en scène l’histoire racontée. Ainsi, on a un beat tribal pour l’Afrique, de la musique traditionnelle sémitique pour le Proche-Orient, des beats aux sonorités teutoniques et militaires pour l’Europe, bref ils ont su créer un album de « extreme brutal death » où la créativité est au rendez-vous tout en respectant les éléments qui font du bon « death ».

Note: 9,5/10

Voici 2 extraits proposés par leur compagnie de disque, « Season of Mist ». Premièrement, « Gods among insects » puis ensuite « Todesnacht von Stammheim ». Bonne écoute!

 

 

 

Lex