Critique d’Album: Harakiri for the Sky – « Harakiri for the Sky »

226616_410031642406969_768318018_n

Harakiri for the Sky 

« Harakiri for the Sky »

2013

 

Bon, je vais probablement me faire crucifier sur l’autel des parjures ou encore me faire donner en offrande dans un rituel païen quelconque pour mes prochains propos mais oui, c’est bien vrai, j’ai adoré le EP d’Harakiri For The Sky sorti il y déjà quelques temps sur Art of Propaganda. 

Oui, oui, vous avez bien lu. J’aime bien la nouvelle vague, dite de post-black métal, qui incorpore des éléments post-rock aux ténébreuses abysses des sonorités du black pour créer une atmosphère mélodique et mélancolique sans pareil. Donc, avant que vous ne commenciez à me traiter de tous les noms possibles et inimaginables ou que vous me psalmodiez vos injures et vos idéologies qui me rappelle celles du Vatican sur le pourquoi du comment le black métal devrait rester ancré dans le moyen âge, s’encrasser dans le statu quo, s’enraciner dans le passé pour protéger des valeurs qui semblent appartenir à l’époque de la glaciation quaternaire, je vous invite poliment à retourner vénérer vos divinités septentrionales et votre style de vie viking et de me ficher la paix avec toutes ces absurdités puisque je m’en balance comme du mur des lamentations.

Par contre, si vous êtes un amateur d’Austere, Amesoeurs, Grey Waters, Lantlos, Heretoir, Todtgelichter, Ellende et plus nouvellement, De Arma, je vous invite fortement à porter une attention particulière à la formation autrichienne nommée ci-haut car, à mon avis, elle en vaut vraiment le détour.

Soite, il n’est pas faux de dire que certains de ces groupes aux mélodies un peu plus accessibles attirent (malgré elles?) des fanatiques de musique de tout acabit. Que ce soit le punk rockeur en mal de révolution, le métalleux qui se noie dans l’écume de la commercialisation qui pervertie sa propre scène, l’amateur de hardcore ou même le plus forcené des guerriers nordiques qui se voit dans l’obligation d’abandonner le drakkar parce que sa propre culture se refuse elle-même l’exploration d’eaux moins dogmatiques, personne ne reste indifférent face à ce son émergeant qui semble définitivement en déranger plus d’un.

Derechef, il va sans dire que tout ce beau monde n’arrive pas seul. Ils apportent avec eux tout un bagage d’influences musicales et, du même coup, tout un nouveau flot d’idées, concepts et opinions qui ouvrent de nouveaux horizons, notamment en ce qui attrait au discours tenu dans les textes et au idéaux prônés qui, avouons le, n’ont absolument rien à voir avec les préceptes habituels du black métal et de ses hymnes à propos du sang de la vierge marie, de l’épée de Conan ou encore du plaisir de faire la conversation avec une roche vieille de plus de 10 000 ans dans la tranquillité d’une forêt mystique.

Toutefois, force est de constater que parfois on pousse probablement la note un peu trop loin et nous avons ainsi droit à des formations qui s’égarent un peu trop des sentiers battus – je pense, entre autre, à l’over rated formation Alcest et son très moyen dernier album, Les voyages de l’âme. Mais détrompez-vous, je n’ai absolument rien contre le fait de faire évoluer son groupe au-delà des pseudos balises en place. Non, rien à voir. Seulement, je crois qu’il faut tout de même se garder un certain degré de latitude à explorer pour ne pas tomber du côté obscur de la lumière…mais peu importe, continuons.

Généralement, l’attitude empruntée par les groupes de cette nouvelle vague se rapproche étrangement de celle des punks des années 80 avec leur côté DIY (Do It Yourself) et leur éthique pour un monde plus juste et plus propre. Certains d’entre eux vont même jusqu’à préconiser un style de vie plus engagé et plus vert, exempt de toute drogue et, par dessus le marché, végétalien. Ils insistent sur le respect de la nature qui nous entoure et sur l’importance de préserver nos fébriles écosystèmes de la main destructive de l’homme. Évidemment, tout cela gravite autour d’un fort sentiment athée. Des idées qui, vous conviendrez, détonne violemment avec l’habituel souhait de voir le monde brûler dans les flammes de l’enfer pour l’éternité ou encore de le voir disparaître sous le givre des neiges éternelles pour des siècles à venir.

La coupure est à ce point drastique qu’elle enflamme les passions sur les médias sociaux et crée de nombreux débats sur les forums de discussion du merveilleux monde de l’internet. Une récente anecdote en lien avec ceci m’a particulièrement fait rigoler et je ne peux m’empêcher de la partager avec vous. Vous me pardonnerez donc cette légère interruption mais je me dois de relater ce pathétique épisode.

Donc voilà, l’excellente formation allemande Thränenkind (qui a évolué vers ce style musical avec le temps) ayant décidé d’apporter un peu de nouveauté pour la sortie de leur prochain opus (album intitulé The Elk qui devrait sortir au courant de la prochaine année)ont publié, via leur mur Facebook, une image qui nous montrait à quoi pourrait bien ressembler un futur gilet et du même coup, nous donnait une bonne idée des valeurs véhiculées par la formation. Une publication qui, au départ, se voulait fort banale et routinière mais qui s’est vite transformée en un un débat endiablé sur l’orientation sexuelle des membres et sur le fait qu’il ne sont pas dignes de leur porte-étendard.

Voyez-vous, la banderole en question, sobre mais efficace, rappelait un peu celle du groupe punk activiste canadien Propagandhi du temps de leur très politisé album Less talk, More rock. En effet, tout en haut, on pouvait lire le nom du groupe en blanc sur fond noir et juste en dessous, un gros A dans un cercle nous laissait tout de suite deviner leur penchant pour l’athéisme purificateur. Autour de celui-ci, les slogans «green-minded, anti-fascist, drugfree et anarchistic» formaient un autre cercle. Mais la vrai perversion de ce logo, l’outrage ultime, l’odieux sacrilège commis par Thränenkind, était que tout en bas, on pouvait clairement lire en grosses lettres blanches: VEGAN STRAIGHT EDGE BLACK METAL. Voici le lien pour les intéressés.

En quelques minutes, des tonnes de commentaires haineux à leur égard commencèrent à pleuvoir comme le jour du déluge. Tous et chacun se permettant de donner son opinion et d’étaler ses théories sur le satanisme et blah blah blah. Un vrai cirque! Je vous ne vous dit pas.

J’imagine que le groupe suivit le débat avec recul, mais surtout avec un regard amusé puisqu’il ne fallut d’à peine quelques heures avant qu’une réplique de leur part ne soit publiée.

Devant autant de colère, de haine et d’inepties, Thränenkind décida donc de publier un commentaire indiquant qu’à l’avenir le groupe se dissocierait complètement du mouvement black métal et de tous ses belliqueux puristes et élitistes figés dans le passé. La formation laissait derrière elle la nature archaïque et rétrograde de ce mouvement en remplaçant tout simplement le terme black métal pour celui de post-hardcore sur leur bannière. Maintenant, on peut lire sur la page Facebook de la formation que Thränenkind pratique un post-crustcore agrémenté d’une touche de post-rock. Haha! Je ne sais pas vous, mais moi, ça me fait bien marrer!

Bien sur, ce ne sont pas tous ces groupes qui optent pour cette vision et qui la partagent mais on sent qu’un vecteur pousse dans cette direction et en ce qui me concerne, j’en suis plus que satisfait!

Bon, cette petite incartade terminée, revenons à nos moutons et au EP D’Harakiri For The Sky.

Comme je disais en introduction, j’adore tout simplement cet album (et grâce aux merveilles des convertisseurs de vidéo Youtube en mp3, ça doit faire plus ou moins un an et demi, sinon plus, qu’il tourne régulièrement sur mon Ipod) et je ne me lasse toujours pas de l’écouter.

Ce qui me plaît particulièrement est que la formation ne tombe jamais dans le cliché mélodramatique avec ses insertions Post-rock. On ne s’éternise pas pour rien et on circonscrit au minimum les moments planant. Choix judicieux qui donne exactement la bonne dose et vous garde en alerte pour la suite.

À dire vrai, la qualité des sections de ce type sont telles que je suis bien obligé d’avouer qu’elles sont parmi les meilleures que j’ai eu la chance d’entendre jusqu’à ce jour. Elles s’incorporent aisément et judicieusement au travers d’une musique meurtrie mais sans jamais s’enliser dans un vortex de douleur et de souffrance qui peut finir par dégoûter et nous donner l’envie de lancer le disque par la fenêtre. Cependant, et ce sans aucun doute, nous avons droit à une musique tourmentée. Mais à mon avis, elle se situe plutôt dans le cadre d’un black métal mélodique qui flirte avec le rock mélancolique plutôt qu’avec le black dépressif.

Certes, Harakiri For The Sky ne réinvente pas la roue. Mais avec ce premier effort, il réussi tout de même à la faire tourner foutrement bien. Les arrangements sont ingénieux, la voix est juste et les courts moments de clean vocal auxquels nous avons droit (02:19 AM, Psychosis) ne viennent en rien gâcher le ton mais polissent plutôt avantageusement le grain guttural de J.J., chanteur de la formation. Les positions restantes derrière chacun des instruments étant tous comblées par M.S., seul et unique compositeur du groupe, Harakiri For The Sky ne sont donc que deux pour accomplir la totalité des tâches mais réussissent sans contredit à créer une musique hyper immersive et dès les premiers instants de Lungs filled with water, première des 5 pièces du EP, on s’oublie et s’abandonne totalement dans l’ambiance.

Aussi étrange que cela puisse paraître, cette musique me détend et c’est plus souvent qu’autrement que ce disque m’accompagne dans les bras de Morphée ou encore qu’il vient combler le vide sonore d’une soirée illuminée de quelques lampes à l’huile et bougies. Un album parfait pour une trame de fond et structuré pour passer un moment plus tranquille avec soi-même, voire même, en bonne compagnie.

Je crois que finalement, il faudrait aussi souligner l’excellent travail au niveau des guitares qui nous bercent constamment de mélodies à la fois mielleuses et nostalgiques mais aussi plus dures et grinçantes. On joue constamment entre des riffs qui semble vouloir nous faire exploser les coutures du cœur et d’autres qui vous donnent tout simplement envie de démolir des villes entières. Une belle réussite si vous voulez mon avis.

Tout ceci considéré, je vous invite fortement à vous procurer le format DIGIPAK de ce EP juste ici car je ne crois pas que vous le regretterez et vos 11 Euros plus shipping auront été définitivement bien investis.

Pour ma part, j’attends toujours la version vinyle qui devrait sortir d’ici la fin de l’été (toujours via Art of Propagandha) et qui contiendra une pièce inédite.

 

Sur ce, bonne écoute.

 

Cheers!

 

 

Critique d’album: Sanguine Glacialis – « Dancing with a hanged man »

2768_442606609154675_33550606_n

 

Sanguine Glacialis

« Dancing with a hanged man »

(2012)

 

Lorsque j’ai découvert la pièce « La valse des condamnés » de SANGUINE GLACIALIS en 2012, immédiatement plus d’une chose avait attiré mon attention. Premièrement et naturellement, une pièce en français a le don de piquer la curiosité. Comment ça allait sonner puisque l’opinion générale est qu’il est difficile de faire de bons textes et d’être mélodique en français? Je vous reviens plus loin là-dessus mais dites-vous tout de suite que ma 1ère écoute de cette pièce m’avait donné le goût de les voir en spectacle où je m’y suis procuré leur album, « Dancing with a hanged man ». Au 1er coup d’oeil, la pochette m’a suggéré un univers où Lewis Carroll rencontre Tim Burton alors que la fiancée cadavérique est personnifiée par la petite Alice qui n’aurait jamais trouvé la sortie ou plutôt aurait trouvé celle qui mène encore plus loin au coeur de la folie.

C’est donc avec une curiosité attisée de plus belle que j’allais pousser « PLAY ».

L’album débute avec une intro d’un peu plus de 2 minutes, « Exordium », un mot latin qui signifie commencement, prélude – et pour les férus de rhétorique, il constitue la 1ère partie du discours qui non seulement nous annoncera ce dont il sera question mais doit également nous mettre dans des dispositions favorables à apprécier l’argumentaire qui sera développé. Des lamentations et des raclements sur fond de tonnerre qui annonce l’orage qui s’amène – constituent une belle entrée en matière et installent une atmosphère lugubre parfaite pour la suite.

La vraie 1ère pièce de l’album, « Goddess of the frozen souls », débute avec un pounding qui sera rapidement remplacé par le clavier (au son de clavecin) et une envolée de vocalise de leur chanteuse, Audrey, alors que derrière s’installe la batterie et les cordes. Je suis de retour à la période de la  Renaissance quand tout à coup Mikaïl murmure pour remplacer le chant classique avec un growl torturé. Je quitte dès lors les atmosphères baroques pour passer dans un univers death mélodique agrémenté de la très belle voix de Audrey qui alternera avec les growls puissants, profonds et brutaux de Mikaïl. Le mélange des 2 voix et l’orchestration me rappellent les 1ers albums de Tristania et la vague de death symphonique qui s’est propagée au tournant du millénaire. On sent une formation classique dans leur instrumentation et également dans les structures de leur composition qui offrent de nombreux changements de rythmique sans jamais déstabiliser l’auditeur.

La pièce suivante, « The buccaneer’s lament », débute avec une intro de piano classique avec comme toile de fond, les vagues et autres bruits familiers aux corsaires qui sillonnaient les mers en quête de butins et d’aventure. Ces sons rappellent aussi les légendes et toutes les histoires qui entouraient la navigation en hautes mers. Corsaires, pirates et autres baroudeurs … quoi de mieux qu’une attaque de riffs powermetal où les guitares prennent le devant accompagnées par un martèlement de drum alors que le clavier forme la toile de fond, la ligne d’horizon vacillante.  Le refrain arrive entonné en choeur par les filles sur un air de comptine et en français. Malheureusement, comme il est souvent le cas des comptines, elles ne servent qu’à apaiser nos peurs mais elles ne sauvent personne à la fin. Demander aux enfants de Elm’s Street!! Il y a aussi des atmosphères de musique de chambre tout en douceur et mélancolie avant que la violence se déchaîne de nouveau, faisant fi des comptines et emportant tout avec elle. Je dois dire que la 1ère utilisation du français dans le texte coule agréablement sur la musique faisant apprécier la beauté des vers et de leur rendu lyrique.

L’enchaînement avec la pièce suivante est « spooky » avec le clavier qui imite cris de spectres ou de sirènes (si vous êtes toujours sur le bateau de la pièce précédente) qui viennent hanter les premières notes et je suis projeté « In the heart of chaos ». Encore une fois je m’enfonce dans une pièce qui me surprendra par ses transitions bien amenées et continuera à me bercer par ses envolées lyriques. Ça démontre encore une fois leur belle versatilité. L’utilisation du piano et de la guitare acoustique pour clore la pièce ramène cette touche nostalgique qui convient tout à fait.

C’est à la pièce suivante qu’entre en scène « Alice au pays des pendu(le)s ». Perdue dans le temps, perdue dans l’irréel, elle cherche la sortie, la solution. L’utilisation du vocal lyrique pour narrer l’histoire alors que le growl sert à personnifier la menace est très efficace. De plus, les diverses transitions me font imaginer les moments d’égarement et les courses éperdues qui mènent Alice toujours plus loin au creux de la démence. Si vous n’êtes pas sûr de la menace contenue dans la voix de Mikaïl, écoutez attentivement la fin de la pièce.

Lorsqu’est arrivée « La valse des condamnés », j’avais trop hâte de la réentendre dans le contexte de l’album et je dois avouer qu’elle occupe une place judicieuse dans la suite de l’histoire (que je me suis imaginé lors de l’écoute). Après avoir affronté et perdu mon âme aux mains de la déesse blanche, m’être égaré en mer et avoir pénétré au coeur du chaos, avoir suivi Alice au plus profond de sa folie et compris que ma seule issue est la mort, il était plus que temps d’entreprendre la danse qui m’emporterait vers mon inéluctable destin. Une intro à la guitare sèche avec une envolée lyrique me ramène l’atmosphère nostalgique nécessaire pour un cortège funèbre. Puis la pièce nous transporte dans de multiples variations dont une passe death mélodique aux growls féminins exquis et naturellement de la très belle valse. La-la-la, la-la-la, la-la-la’ … la-la-la,

Le duo Timeless I et II débute avec une ambiance théatrâle amplifiée par l’utilisation de la voix narrative. Un tableau monté en 3 actes qui permettent encore une fois via les transitions de vivre l’évolution de l’histoire et le revirement de situation. L’utilisation du tuba, dans la 2ème partie, est une autre petite perle cachée qui s’amène pour me rappeler que SANGUINE GLACIALIS sont inattendus mais rarement non pertinents.

La dernière pièce, « The damned king », débute avec un roulement de tambour militaire qui met en place une atmosphère majestueuse. Je peux apprécier de nouveau leur habileté à construire des ambiances épiques et puissantes parfaites pour raconter l’histoire d’un roi …. même déchu car cette descente aux enfers provoque la malédiction qui déferle sur les terres. Death to all!

Je pourrais …. mais vous avez compris que je suis complètement ravi par cet album qui marie à merveille plusieurs des genres métal que j’aime à des orchestrations classiques. L’utilisation de diverses formes de chant et leur façon de rendre les textes constituent également des facettes intéressantes de leur identité qui permettent de créer les diverses atmosphères de leur imaginaire lugubre et sombre, très bien dépeint par une belle poésie qui brosse des tableaux où tout le cinéma se passe entre vos 2 oreilles. Sanguine Glacialis ont créé un deathmetal aux orchestrations classiques qui aurait sa place dans tous les châteaux …………. de l’enfer.

Pour les amateurs d’Avant-Garde metal, je vous le recommande très fortement. Pour tous les autres, cet album devrait vous permettre de découvrir et d’apprécier un genre musical aux structures variées dont le death metal reste le fil conducteur.

Bonne écoute

Lex

Critique d’Album: Svalbard – « The Fall »

a0803545066_10

 

Svalbard

« The Fall »

(2013)

 

L’année en cours est certainement un millésime prometteur pour le Black Metal québécois. En effet, après les excellentes offrandes consécutives de Monarque et Neige Éternelle, c’est maintenant aux vétérans de Svalbard de nous présenter leur premier LP en quelque onze années d’existence. Ayant maintenu leur barque à flot à travers les eaux parfois troubles de la contre-culture souterraine en nous laissant quelques sorties sur leur propre label (HSP productions) au passage dont deux albums live, trois splits et le EP Raising Hell (2012), est-ce que le quatuor de True Black Metal nous surprendra après toutes ces années à attendre un véritable opus complet? La réponse est oui!

Amorçant son massacre avec « Viking Raiders » et ses sirènes typiques signalant un blitz aérien, la formation de Québec nous prend d’assaut avec une production, œuvre de Jack Moose au Studio Sismique, digne des grands classiques du genre. Si la première chanson nous démontre une brutalité rappelant Marduk, Tsjuder et même le vieux Impaled Nazarene, avec des riffs très violents et certaines influences Grindcores dans la rythmique, le groupe enchaîne ensuite avec une pièce beaucoup plus mélancolique, épique et élaborée s’ouvrant sur un motif de guitare mélodique très efficace, l’épique « For The North ». Malgré son penchant pour un métal sombre qui reste fidèle aux origines scandinaves du genre et qui perd ainsi un peu au chapitre de l’originalité, Svalbard ne néglige donc pas la diversité. On aura ainsi droit à des pièces plus courtes et violentes telles que : « The Fall », qui contient un motif d’ouverture rappelant le Crossover Thrash des années 1980, « Étoiles Noires » et « Malignant Coronation », une excellente reprise de Tsjuder. Svalbard nous offrira aussi son savoir-faire en matière de pièces plus longues et élaborées avec les superbes : « For The North » et « War ». Enfin, la formation nous présentera même deux pièces acoustiques atmosphériques très bien montées : « Until You Take Me Away » et « Les Parcours de l’Âme », œuvre d’Ulroth, l’ancien bassiste et guitariste acoustique de la formation.

Comme mentionnée précédemment, la production crue et sans artifice de Jack Moose est parfaitement adaptée au style. Les guitares bien sales, la basse distordue et bien audible, la batterie très organique (pas de triggers ici!) bien présente sans toutefois tout enterrer et les grognements remplis d’effets maléfiques de Goat au vocal, tous les éléments contribuent à créer l’atmosphère obscure nécessaire à un excellent opus de Black Metal pur. Ma seule véritable réserve se situe au chapitre du calibrage du vocal qui est parfois un peu trop écrasé dans le mix. Cela fait en sorte qu’on a parfois l’impression qu’il est un peu trop à l’arrière-plan alors qu’il amène un côté encore plus malsain très approprié à la musique de Svalbard. Je dois aussi souligner la qualité de la présentation visuelle de cet album. En effet, l’œuvre en ton de gris représentant une cathédrale et un Christ crucifié sur une croix surmontée d’un pentagramme est très réussie et Svalbard nous présente ses paroles dans un beau livret détaillé avec les photos des membres, ce que je trouve toujours plaisant de la part d’un groupe. Tout pour plaire aux fanatiques, quoi!

En somme, Svalbard nous démontre tout son sérieux avec The Fall, qui vient couronner onze années de pur Black Metal pratiqué dans l’underground. Loin de s’essouffler, la formation de Québec nous a préparé un album qui surpasse les attentes avec une production adaptée au genre et une diversité de chansons qui respecte l’esthétique « True » que le groupe a adoptée depuis ses débuts. J’encourage tous les amateurs de vrai Black Metal à découvrir cet album qui ne les laissera sûrement pas sur leur faim.

8/10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas 

 

Critique d’Album: Drugzone – « Plastic Kids »

d

Drugzone

« Plastic Kids » CD1

4/6/12

Que je l’attendais cet album de Drugzone, celui-ci ayant connu diverses péripéties l’amenant finalement à devenir un double album, sortant en deux occasions, digital et gratuit.

« Plastic Kids CD1 » nous fait entrer dans son monde avec immédiatement la touche électro de Drugzone, puis la voix de Linda Daemon tout d’abord légère, avant de nous envoyer son délicieux venin de manière très incisive avec ses percutants « Pop Your Brain » répétés. Ceux-ci accrochent et deviendront à coup sûr de grands moments avec le public lors des ‘lives’ et cela risque bien de ne pas être le seul titre dans ce cas.  « Plastic Kids », la chanson cette fois-ci et non l’album, est accessible par sa douceur pop sans jamais renier son côté indus, quelle alchimie et quelle prise de risque! Avec son refrain vite saisissable et saisissant et son final à tambour battant, on ne peut qu’être pris dans le mouvement, au même titre que les riffs du percutant « Only One ».

« Sliders » est lui très rock et entraine avec son refrain qui en remet même une couche lors de sa conclusion un peu plus tapageuse. Beaucoup d’émotions remontent à la surface avec « Heal » et ses passages calmes, voir même mélancoliques. La sauce ne retombe pas pour autant, le groovy « Monster Under the Bed » relançant la machine efficacement et il en profite pour s’annoncer clairement comme le titre qui va faire remuer plus d’un public, y compris les habitués des bras croisés. Plus pop rock « I Wanted To » possède également un refrain captivant que l’on chantonne assez vite en leur compagnie. A part Drugzone, qui peut se permettre une telle intro électro après une chanson pop rock ? Eux en tout cas ils n’hésitent pas à se lancer dans une telle voie avec « Push It », oscillant entre électro et pop rock indus. Finale toute en légèreté à l’instar d’une feuille tombant de son arbre au début de l’automne, « Autumn Leaves » nous fait découvrir par-là une autre facette du groupe. On notera également leur pochette particulièrement plaisante avec les membres en Lego et si vous me connaissez, vous savez que je souhaite ardemment la version Playmobil pour le CD2.

Aucun doute, DRUGZONE sait toujours aussi bien manier les genres : metal, rock, indus, pop, électro, ils ne craignent rien et n’ont que faire des esprits fermés, leur musique se renouvelle sans cesse et propose de véritables originalités, du jamais entendu ailleurs. Qui plus est l’album est gratuit, j’espère donc que vous êtes déjà partis le télécharger, tout en continuant à lire ma chronique parce que ça serait mignon tout plein de votre part tout de même. Et pour remercier le groupe de ce qu’il nous apporte par sa musique, allez les voir lors de leurs concerts, que ce soit chez eux en Hongrie ou bien poussez le monde entier à les faire jouer un peu partout sur la planète, notamment au Canada et en France pour arranger la plupart d’entre vous, afin de les apprécier en live.

1.Pop Your Brain
2.Plastic Kids
3.Only One
4.Sliders
5.Heal
6.Monster Under the Bed
7.I Wanted To
8.Push It
9.Autumn Leaves

Page Facebook

– blytch

Critique d’Album: Beyond The Styx – « Sloughing Off the Shades »

3043041235-1

 

Beyond The Styx

« Sloughing off the shades » (EP)

23/10/12

Ayant eu l’occasion de découvrir il y a quelques temps la démo de Beyond the Styx sortie en 2011 et suivant depuis l’évolution de leur E.P. « Sloughing off the shades » et ce jusqu’à sa sortie, c’est désormais brûlant d’impatience que j’attaque ce fameux CD.

Connaissant donc le style affirmé du groupe, la présence d’une intro, « Prelude to the shades », ne m’étonne point. Celle-ci fait très bien son boulot d’approche vers le Styx, dans lequel on plonge de plein fouet dès les premières notes de « Between Scylla & Charybdis ». Le morceau clipé de Beyond the Styx fait preuve d’une énergie sans faille et symbolise complètement l’ambiance globale de ce disque. Ce dernier oscillant entre des ambiances parfois glauques, parfois dynamiques, voire même les deux à la fois.

On retrouve d’ailleurs dans chaque titre plusieurs univers, ceux-ci ne sont donc pas uniquement découpés piste après piste, mais à l’intérieur même de celles-ci. Cela vaut tout autant pour le chant principalement death qui nous assène de ses growls profonds comme on adore, mais ça ne s’arrête pas là. Nous avons droit à l’intervention de passages screamos bien sentis sachant jouer avec les growls pour mieux surprendre, ainsi qu’une variété de chants avec plus ou moins d’effets ajoutés à ceux-ci pour leur donner une plus imposante dimension, tout en délivrant ainsi un côté surnaturel. On dénote aussi la présence d’une chanson qui était déjà de la partie sur leur démo, « Xcalibur (call to sword) », avec ses fameux appels lancés d’entrée de jeu, appels de détresse, appels à la foule, appels dans le vide… appels à l’épée, ça au moins c’est sûr.

BTS passe l’épreuve de la chronique de « Sloughing off the shades » avec mention très bien. Le mélange des genres permet une variété ambiante et une énergie sachant vous dénicher là où vous vous planquez : dans le death, dans le screamo, dans le trash… Beyond the Styx saura vous y secouer et vous retourner comme un pancake!

1.Prelude to the shades (intro)
2.Between Scylla & Charybdis
3.Petroleum
4.Xcalibur (call to sword)
5.Labyrinthectomy
6.Heca3

www.beyondthestyx.com

Page Bandcamp

blytch

Critique d’Album: Neige Éternelle – « Neige Éternelle »

883168_504404966287126_1694283222_o

Neige Éternelle

« Neige Éternelle »

(2013)

 

Le black métal est un style de musique qui a évolué énormément depuis la première vague de ce genre qui était constitué généralement de groupe plutôt thrash métal que de black métal. La deuxième vague eut un tout autre impact avec les groupes principalement considérés comme le black métal sous sa forme plus traditionnelle et convoités par les plus grands puristes du style en général de nos jours.

C’est dans cette lignée que le groupe Neige Éternelle trace sa place au sein de la scène pour son 1er album. Le groupe Nord-Côtier n’a pas peur de nous offrir un black métal cru et ‘’old school’’ avec des influences légèrement thrash métal et une sonorité qui cadre parfaitement avec le message que nous lance le groupe; haine, violence et souffrance. Les pièces sont toutes en français et on peut facilement remarquer la haine et la puissance qui se dégage dans la partie vocale. La batterie est bien présente dans le mix et nous offre une rythmique efficace avec un style barbare et même une partie blast beat typique du Death Métal dans la chanson ‘’Fier patriote’’ qui ajoute une touche d’originalité sans sortir de la thématique. La basse à certains moments se démarque bien et ne se contente pas de seulement suivre la guitare chose qui est facilement remarquable dans ‘’Pluie de couteaux’’ et cela confère un élément très appréciable mélodiquement à l’album tout en allant chercher une certaine profondeur que la plupart des groupes traditionnel négligent. D’ailleurs cette pièce est surement celle qui se démarque le plus des autres par son coté exclusivement plus dépressif. La guitare nous offre aussi de bons passages et des enchaînements mélodiques sans pour autant délaisser son côté agressif. C’est un album très homogène au niveau de la composition et on ne sort que très rarement des sentiers battus, chose que je considère parfaite et que j’aime bien entendre dans le black métal du genre.

Si on compare la démo de 2010 et l’album complet, je crois que Neige Éternelle a maintenant trouvé un son qui lui est  propre et offre une évolution positive sur tous les points et ils ont également acquis une certaine maturité.  Par contre, le son de guitare je le préfère nettement sur la démo pour la simple raison d’une meilleur présence dans le mix tout en notant que je n’ai jamais été un fan de guitare avec beaucoup d’effets, ce qui influence probablement mon choix.

Bref, Neige Éternelle est un groupe qui ne laisse pas la scène locale indifférente et j’espère que ce sera le cas aussi de la scène internationale très bientôt, car c’est un groupe qui mérite d’être découvert tant par son authenticité, son nouvel album et son attitude sur scène qui est « on se saoule et on se calisse de vous autres, mangez de la marde’’.  De plus, leur compositions font de ce groupe un groupe différent de la plupart des autres du genre au Québec et ne tombent pas dans le cadre d’une certaine copie d’un groupe déjà très connu. Je recommande cet album sorti sur le label Sepulchral pour tous les fans des groupes du genre, dont Sargeist (premiers albums) , Darkthrone et Peste Noire.

 

8/10