by Coeur Noir | Juin 30, 2013 | Critiques d'Albums

Mare Cognitum – Spectral Lore (Split)
« Sol »
2013
L’univers; mystérieux et insaisissable dans toute sa grandeur et sa splendeur. Depuis le Big Bang originel en passant par la conception des toutes premières étoiles et la formation des milliards de galaxies qui aujourd’hui le composent et l’habitent, les abîmes insondables de son ultime dessein nous seront probablement à jamais interdit. Autant dans le micro que le macrocosme, son infinie créativité qui régit la mécanique céleste devant laquelle nous nous émerveillons avec autant d’humilité nous révèle à la fois la complexité et l’intelligibilité de ses structures et l’incroyable distance qui nous reste à parcourir afin de pouvoir remettre en place toutes les pièces du puzzle. Est-ce que la totalité de sa compréhensibilité nous sera un jour dévoilée dans son intégralité? Probablement pas.
Mais émergeant du vide initial, l’ultime conception a tout de même été achevée. Jusqu’à la création de notre Soleil qui brille de ses milles éclats et depuis les premiers balbutiements de la vie dans les eaux troubles d’une Terre encore adolescente, l’odyssée de la grande marche vers l’évolution allait un jour réussir à accomplir l’incompréhensible. Ce même univers allait prendre conscience de lui-même par l’intermédiaire d’un animal capable d’observer et de raisonner; l’homme.
Mais maintenant que nous sommes «là», qu’avons-nous fait de se prodigieux cadeau qu’est la conscience, de ce «miracle» qu’est la vie? Avons-nous réussi à construire une civilisation digne de ce nom ou n’avons nous pas inversement réussi à ériger la faillite de notre propre espèce? Bien sur, nous avons accompli de grandes et magnifiques choses mais au final, que reste t-il de tout ça? Que reste-il de nous? Se pourrait-il qu’il ne reste rien d’autre que les vestiges de ce qu’un jour quelqu’un osa appeler «l’humanité»?
Quand on s’arrête quelques instants pour y penser, on ne peut faire autrement que de ressentir un affreux vertige et une terrible nausée. Il suffit, en effet, de regarder par la fenêtre pour constater l’immense échec qu’est devenu notre (im)monde et dans quel pétrin nous nous sommes mis les pieds. Au mépris de notre propre essence et au détriment du genre humain, nous avons gaspillé l’incroyable potentiel qui se cache inévitablement aux tréfonds de chacun d’entre nous et sommes devenus les pathétiques victimes de notre propre design. Nous avons faillit à la tâche et les portes de la «terre promise» se sont refermées à tout jamais devant nos yeux. De facto, une question s’impose violemment et vient alors hanter nos angoisses les plus sombres: «Comment l’enfer pourrait-il être pire?».
Et il est tout à fait légitime de se la poser, cette question. C’est vrai quoi! Au lieu de trouver un moyen pour nous affranchir de notre tourment éternel et de concentrer notre attention vers l’avenir en édifiant les balises d’un style de vie durable et équitable pour tous, nous avons choisi de nous abandonner à la peur, la haine et la destruction et l’avons retourné contre nous tel le canon d’un revolver.
Mais ce refus de s’émanciper de la sorte se traduit aussi par le rejet de l’acceptation de notre lignée comme descendant des étoiles et le refus de comprendre notre place dans l’univers. Ce lien intime qui nous uni avec la nature qui nous entoure a été machiavéliquement saboté et nous voilà maintenant devenus de misérables êtres incomplets et incompatibles avec le monde qui nous a vu naître. Errant sans but ni raison, effrayés et confus devant notre propre existence, ne sommes nous pas devenus que l’ombre de nous-mêmes?
Si on prend en considération tout ça plus le fait qu’il ne fallut pas moins de 14 milliards d’années d’évolution pour que l’univers puisse enfin accoucher de nous et prendre conscience de lui-même à travers nos yeux. N’est-il pas de notre devoir de se questionner à savoir si nous avons le droit de laisser tout ça tomber en ruine et finalement dans l’oubli? Sommes nous à ce point satisfaits de notre condition que nous pouvons nous permettre de nous admirer avec contemplation et béatitude? Est-il à ce point trop tard pour que la chenille ne devienne un jour papillon?
Voilà ce qui pourrait servir de postulat à Sol, le plus qu’admirable split de Mare Cognitum et Spectral Lore. Un questionnement bien lourd de sens, j’en conviens, mais oh comment important en des heures aussi creuses que les nôtres. Mais bien que, comme nous le verrons juste un peu plus loin, j’aille grandement apprécié la partie musicale de ce disque, je crois que la force de Sol réside dans l’effort mis pour étayer les idées et édifier le concept de celui-ci. Cet album thématique conçu par nos deux «one man band» est vrai délice. Il est d’une qualité sans équivoque et c’est un petit bijou qui doit être considéré comme un tout qui se complète mutuellement et non comme une simple plaquette qui réunit, pour l’instant d’un moment, deux artistes qui se questionnent – avec raison – sur l’arrogance de l’homme et sur la place que celui-ci n’arrive pas à réclamer comme héritier de l’univers et protecteur de son habitat en tant qu’espèce dominante.
J’ai d’ailleurs eu la chance d’avoir un court entretien avec Mr. Buczarsky (Mare Cognitum) à ce sujet et de ses propres aveux, cette collaboration est le fruit d’échange de courriel et de plusieurs heures de discussion que nos deux protagonistes ont passées à définir la direction qu’il voulait donner à cette union musicale.
Le résultat final en est rien de moins que deux gigantesques pièces de plus de 25 minutes chacune et d’une troisième instrumentale de presque 15. Un total de presque 70 minutes de musique bien grim qui vous fera voyager jusqu’aux confins de votre désarroi et de vos craintes. Tout ceci sans mentionner les frissons qui vous parcourront l’échine dorsale si vous prenez le temps de vivre le périple de Sol avec les textes à la main.
Le tout débute dans le calme de la pièce de Mare Cognitum, Sol Ouroboros.
Il y déjà quelques mois, je vous avais fait l’éloge du deuxième LP (http://ondeschocs.com/critique-dalbum-mare-cognitum-an-extraconscious-lucidity/)de cette formation et, à mon grand plaisir, ce titre est la suite parfaite à ce dernier. Il contient à lui seul tous les éléments qui font que j’adore tout simplement la musique de Mare Cognitum. Des guitares grinchantes, une voix sinistre, des atmosphères et des ambiances qui vous prennent à la gorge et vous glacent le sang et des interstices aux accents énigmatiques et lugubres. Tout y est pour un succès garanti.
Ce morceau exhibe aussi le généreux talent de l’artiste en question qui nous offre un black métal ambiant et mélodique avec de violents tressaillements death métal par-ci, par-là. À vrai dire, les influences de Mare Cognitum sont vastes et ne sont pas restreintes à une seule palette de couleurs mais plutôt à la totalité du spectre visible du métal extrême et cette qualité la rend riche en profondeur et en musicalité.
Et comme pour ainsi dire, arrivé au milieu de la pièce, Buczarsky décroche de sa trajectoire et se plaît à nous envoyer en orbite pour quelques minutes d’exploration dans les méandres de l’espace galactique. Il nous offre alors un magnifique passage ambiant qui nous cale confortablement dans notre siège pour ensuite nous ramener subtilement à la dure et triste réalité de la Terre. Suivra ensuite une finale explosive qui égalera la force d’une super-nova et la beauté d’une nébuleuse. Sol Ouroboros est définitivement une pièce complète en soi et représente peut-être le meilleur matériel offert par Mare Cognitum à ce jour et je ne peux faire autrement que de me languir d’envie pour le prochain LP de ce projet qui ne cesse de s’améliorer avec chaque nouvelle sortie.
Cependant, au-delà de tout mon enthousiasme , je crois que certains pourront peut-être se laisser tenter à croire que tout ça est du déjà vu ou du pré-mâché mais en ce qui me concerne, il n’en est rien. La recherche du son me semble être bien authentique et la démarche littéraire nous offre une prose qui n’a rien à envier même aux plus érudit des écrivains. L’emblématique de l’idée, la qualité de l’écriture et les métaphores utilisées pour exprimer la déchéance et la fuite de l’homme sont extrêmement intéressantes et évocatrices et c’est ce qui rend le tout, à mon avis, distinct et unique. Un travail exceptionnel et une approche qui pourrait savoir plaire même aux oreilles les plus exigeantes. Mais bon, à vous d’en juger!
Pour ce qui est de la pièce de Spectral Lore, je suis bien obligé d’avouer que je suis très surpris. Bien que je sois relativement familier avec cette formation native de la Grèce, et bien que j’avais vachement apprécié«z leur dernier effort «Sentinel», il reste que je ne fais pas jouer un de leur album très très souvent. Par contre, le morceau offert sur Sol, en est un qui cadre à la perfection avec le concept du disque. Comme à l’habitude, nous avons droit à un black ambiant qui ne pardonne pas et qui dégage un fiel des plus amères à travers les échos torturés d’une rythmique chaotique et orageuse et, comme je disais à l’instant, on ne pouvait espérer rien de mieux pour un split aux allures de Sol.
De plus, Ayloss, unique membre de Spectral Lore, pousse son raisonnement et la thématique de l’album encore plus loin. Pour lui, si l’humain achève sa quête vers la perfection et arrive à son apogée, il n’en résultera rien de moins que son anéantissement complet par l’arrêt de la recherche du mieux. Il doit donc être constamment en recherche d’identité et se redéfinir au gré des cycles qui se succèdent. Si le genre humain veux continuer de s’améliorer et de s’achever en tant qu’être à part entière de ce monde, il doit lui-même se retirer de la course vers la «terre promise» et continuer son chemin. Selon lui, son salut ne peut se trouver que dans le rejet de cette idée. Par incidence, on comprendra que la pièce en est aussi beaucoup plus chaotique et plus «libérée», si on peut dire, que celle de Mare Cognitum.
Mais aussi, un peu étrangement et un peu à l’opposé de Sol Ouroboros, Sol Medius est une pièce beaucoup plus langoureuse, plus voluptueuse. Mais n’aller pas croire qu’elle est plus ennuyeuse pour autant, non, seulement que les sections ambiantes sont plus élaborées et semblent appartenir à la charpente même de la chanson. Elles sont comme les fondations et les poutres qui soutiennent la structure et qui lui donne toute la cohésion voulue pour tenir le bâtiment solidement en place. Tout semble être effectivement construit autour de ceux-ci et arrive à nous faire dériver dans le songe et la rêvasserie éveillée. Il ne restera alors qu’à s’abandonner à la pièce instrumentale finale composée à l’unisson par nos deux acteurs et qui termine ce EP comme il se doit.
Au final, Sol Medius est tout ce qui définit une bonne pièce de black ambiant mais aussi une bonne pièce progressive dans le sens où les riffs sont constamment poussés vers l’avant et ne regarde jamais derrière eux pour voir la traînée qu’ils ont laissée. Ils filent tel une comète et cela crée un mouvement ascendant qui fait monter la tension qui s’organise autour du morceau. La voix gutturale et profonde d’Ayloss donne aussi le ton à une ambiance ténébreuse et intrigante qui augmente davantage le mystère et l’angoisse recherchée. Pour tout dire, ce deuxième titre du split est une solide trame de fond qui auscultera les recoins les plus sombres de vos âmes impies.
Cependant et pour conclure, je dirais que l’ultime aboutissement de ce split est le fait qu’il réussit à accomplir ce qu’il doit accomplir. C’est-à-dire qu’il retrace l’épopée de l’homme à travers un superbe enchevêtrement musical et l’amène à se regarder lui-même et à contempler son achèvement. Il nous force à mettre en perspective notre propre existence face au désordre général qui règne ici-bas et nous reflète la possibilité de vivre mieux et de prendre conscience de notre place en tant qu’être unique, exceptionnel et intimement lié à la nature.
Le split De Mare Cognitum et Spectral Lore sera disponible via I, Voidhanger records d’ici la fin juin donc, si vous êtes un amateur de ce style musical, n’hésitez pas à les encourager.
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by Coeur Noir | Juin 28, 2013 | Critiques d'Albums

Sombres Forêts
« La Mort du Soleil »
2013
Sepulchral Prods
Décidément, la scène black métal de notre superbe capitale nationale ne cesse de prendre du galon avec les saisons qui se succèdent. Les formations de qualité se multiplient et celles déjà bien en place se solidifient les unes après les autres avec du nouveau matériel toujours plus impressionnant qu’auparavant. Cependant, et en ce qui me concerne, depuis la sortie de Quintessence en 2005, Sombres Forêts a toujours été l’une de mes préférées. Et quand Royaume de Glace naquit quelques trois années plus tard, la réputation d’excellence qui était vouée à s’épingler à ce nom ne fit que se concrétiser dans l’univers souterrain de cet occulte sous-genre musical. Cependant, avec leur toute dernière offrande, Sombres Forêts réussit à élever les standards et vient placer la barre encore plus haute que la dernière fois.
Or, entre Royaume de Glace (2008) et le disque dont il sera question ici, La Mort du Soleil (2013), il s’écoulera cinq années durant lesquelles l’union de Sombres Forêts et de Gris – une autre excellente formation native de Québec que vous connaissez probablement tous – résultât en un projet black avant-gardiste qui accoucha d’un puissant album en 2009. Je fais, bien entendu, référence au long jeu éponyme de Miserere Luminis. Ce projet se voulait bien plus ambiant et feutré que tout ce que ces deux groupes s’étaient alors habitués à nous offrir. L’impact et l’influence de cette association ne pouvait faire autre chose sinon que de déteindre sur l’agencement des couleurs musicales de Sombres Forêts et en imbiber ainsi son essence d’une teinte beaucoup plus étoffée. Cependant, il faut aussi comprendre que malgré l’ajout de ce côté plus lustré et vaporeux, l’archétype de Sombres Forêts est resté le même. Son ossature ne s’est pas dissoute pour autant et l’adhésion de ce nouveau souffle au corps glacial de cette formation ne l’empêche en rien de rester dans la plus dur des traditions black métal. Ce n’est vraiment que le système nerveux qui a été modifié.
Néanmoins, et comme le mentionne le site de Sepulchral productions, le troisième LP de Sombres Forêts marque définitivement un tournant un peu plus atmosphérique pour ce one man band de Québec. Et cette fois, Annatar a décidé de laisser de côté la nature plus crue des deux précédents albums. Il passe au niveau supérieur et élève ainsi sa création d’un cran. Il ne fait plus aucun doute, et ce à mon plus grand ravissement, que la musique de Sombres Forêts a gagné en sagesse et en maturité.
Mais avant que je ne commence cette revue de La Mort du Soleil, je tiens à mentionner que je ne tarirai pas d’éloge à l’égard de cet extraordinaire disque car, pour ma part, il vient aisément de prendre le titre de meilleur album de l’année 2013 et je doute fortement qu’il ne soit surpassé par aucune autre sortie dans les mois qui suivront. Il vient aussi de s’inscrire dans mon top 10 des meilleurs albums jamais enregistrés toutes catégories confondus tellement il est exceptionnel et d’une beauté sans nom. Bon d’accord, je me laisse probablement emporter par l’excitation du moment mais tout de même, quel album époustouflant!
Je vous l’assure, ce disque est d’une qualité hors du commun et il est promis à de grandes choses. Pour tout dire, il s’agît d’un immense album comme rarement il s’en produit. Il a été confectionné avec une main de maître et buriné dans l’or le plus pur et je suis convaincu qu’il rayonnera de mille feux sur la scène internationale.
De plus, l’intensité émotionnelle sur La mort du Soleil est si prenante qu’elle m’a littéralement envoyé au tapis lors de ma première écoute. J’en suis resté bouche bée, la gueule ouverte comme un con et depuis, ses mélodies qui s’entretuent entre l’espoir, la douleur et un étrange sentiment de liberté ne cessent de me hanter d’effroi.
Mais justement, avant de commencer à discuter des mélodies proprement dîtes, regardons d’abord le artwork de l’album d’un peu plus près.
Dessiné par nul autre que Fursy Teyssier (Les Discret, Amesoeurs), la pochette nous révèle le caractère peut-être un peu plus personnel du disque, peut-être un peu plus intimiste et introverti de celui-ci. On peux, en effet, y apercevoir un navire qui manœuvre désespérément contre vents et marées pour se sortir des tumultes d’une mer qui ne semble vouloir que chercher à l’aspirer vers la profondeur de ses abysses. Sous un ciel orageux, ses oriflammes sont déchirées, sa poupe endommagée et il est laissé à lui-même pour livrer son ultime combat. Tout indique que son sort en est jeté et que la fureur de l’eau le fera bientôt sombrer.
Est-ce que l’on doit traduire cette scène comme il se doit et comprendre la nature plus autobiographique de celui-ci? Je crois bien que oui. Du moins, c’est ce que moi j’en perçois. Mais ce sera à vous d’en tirer vos propre conclusions car est-ce que l’interprétation de l’art ne se trouve pas justement dans le regard de celui qui le regarde?
Quoi qu’il en soit, je crois que ce tableau dépeint l’affrontement d’une force contre une autre où l’espérance de survie, une âme torturée et le désir de s’éveiller à quelque chose de mieux sont en jeu. Une thématique par laquelle plusieurs d’entre nous seront à bien de s’identifier, j’en suis certain.
Ceci nous amène aussi au titre du LP comme tel, La Mort du Soleil. Quatre mots qui peuvent évoquer autant de choses positives que négatives; le froid, la conclusion d’une histoire, la fin de toute lumière, la perte d’un point de repère, l’anéantissement de l’espoir ou encore, un nouveau départ pour une meilleur vie, ailleurs, loin d’ici. Mais chose certaine, peu importe comment le voyage finira, il s’annonce épineux et tortueux d’embûches et lorsque l’heure arrive enfin de prendre le large, Annatar se prépare et lève doucement les amarres pour soixante minutes d’un des plus grandiose black dépressif que vos oreilles n’auront jamais eu la chance d’écouter. Il nous tend ainsi la main et nous invite à quitter le port pour le suivre dans son périple qui confrontera le rêve et l’amertume à des mers inconnues.
L’album nous est introduit avec une superbe guitare acoustique digne de celles qui ont su faire la renommée de la formation et aussitôt vient déposer les balises sonores auxquelles nous nous référerons tout au long de l’aventure. Déjà, on s’abandonne au bon vouloir du capitaine qui, jusqu’à maintenant, navigue des eaux calmes et claires. Toutefois, tranquillement nous nous éloignons de la terre ferme et l’horizon commence soudain à se confondre en ton de gris avec la mer qui oscille de son œil menaçant. L’orage nous guette au loin et bientôt, l’écume de son tourment viendra se fracasser violemment sur la carlingue de notre épave déjà affaiblie par les torrents qui déferlent.
À peine quelques mesures plus loin, porté sur une vague texturée et enivrante, la cellule orageuse se gonfle et se colore d’orangé, d’ocre et de sang. Le temps s’inverse, le vent se lève et souffle de plus en plus fort, le tonnerre se met à gronder dans l’écho du vide ambiant et c’est à cet instant précis que le silence se met à rugir avec toute la véhémence du monde. La poésie d’Annatar se déchaîne alors dans un évoquant lyrisme et l’embarcation sonore commence à tanguer. On s’agrippe comme on peut au mât du navire qui s’agite de plus en plus et au moment ou Étrangleur de Soleil entame ses premiers gémissements, nous voilà pris dans les déchirements de la sinistre et mélancolique voix de ce talentueux multi-instrumentiste. D’ailleurs, cette atmosphère mélancolique et nostalgique sera présente dans les moindres recoins des sept pièces qui composent La Mort du Soleil. Elle voguera à la dérive avec l’auditeur qui ne peut faire autrement que de s’en approprier toute son aigreur.
Qu’elle soit dissimulée derrière l’harmonie de la tristesse fantomatique de la symphonie ou encore dans la résonance des cordes et des battements de tambours qui retentissent. Qu’elle se trouve dans l’ingéniosité des réverbérations et dans l’agression de l’archet qui lacère l’épiderme des guitares, cet état d’esprit est ancré dans le spectre musical qui cherche à s’ouvrir et percer le ciel de ses rayons. Il cherche à s’affranchir de son oppression mais n’y parviendra jamais vraiment totalement. L’obscurité accablante persistera tout au long des pièces qui s’enchaîneront élégamment et en ce qui me concerne, j’en ai des frissons juste à y penser.
Arrivé au troisième titre, nous essayons de garder le cap mais les lumières des phares se font rares à travers les brumes qui s’épaississent. L’eau engorge le pont depuis un bon moment et nous cherchons en vain un moyen de nous élever au-dessus de ce brouillard.
Ici, encore une fois, les poignantes guitares font un excellent boulot (et je fais pas seulement référence aux riffs de guitares mais tout autant aux adroites lignes de basse). Le travail effectué avec celle-ci est aussi un des aspects qui me plaît le plus avec cet album. Toujours en contraste avec une lourde et intense batterie, les différentes techniques utilisées pour les faire vibrer sont le condensateur du climat recherché. Comme un «Soleil dans les nuées», elles font resplendir de leurs prouesses pratiquement chaque instant de chacun des différents morceaux et, à mon humble avis, elles sont l’élément-clef de cet hypnotique et envoûtant environnement sonore.
Avec Au flambeau, la pièce médiane, on peut dire qu’on se retrouve dans l’œil de l’ouragan, si on veut. Plus calme et posée, surtout de son introduction qui débute piane-piane, l’océan semble vouloir nous laisser respirer un peu et apporte avec lui l’oxygène nécessaire pour éviter la noyade. À travers la tempête, on réussit à apercevoir l’azur enflammé pour quelques secondes mais soyez assurés que le répit sera de courte durée. Sous ce ciel vindicatif déjà submergé par la souffrance du texte d’Annatar, la douleur ne saurait attendre.
On nous inonde donc dans une douloureuse ambiance qui, tout au long du morceau, gardera un simple mais efficace piano en trame de fond. Sa stigmate dépressive est, il va de soi, plus qu’évidente mais nous prouve d’une part que le black métal de qualité peut s’organiser autour d’autre chose qu’une rythmique agressive et chaotique et d’autre part, que l’essentiel d’une bonne chanson n’a rien à voir avec la complexité de celle-ci mais plutôt sur l’émotion qui s’y transcrit.
En dépit de sa nature un peu différente de ses consœurs, Au flambeau reste une de mes favorites et elle nous apporte subtilement et habilement vers la seconde moitié de l’album.
Et effectivement, nous voilà à présent à mi-chemin du parcours lorsque la batterie et la guitare aux allures « post-rock » de L’Éther, cinquième piste de la pastille, nous mortifie devant son horrible beauté. Elle est, si je peux me permettre, plus satinée et moins sale que les autres mais sous son manteau malicieux se cache une vapeur perfide qui émane toute « la tristesse de la terre ». Outre le texte et la voix, ce morceau m’apparaît un peu moins accablé que les autres dans sa structure musicale. Je crois qu’il est peut être celui qui s’écarte le plus du tempérament black métal de l’album. Il s’agit, en fait, d’une pièce où la constance atmosphérique prédomine sur la férocité électrique. Toutefois, sans nécessairement faire bande à part et comme je disais à l’instant, je crois qu’elle se rapproche un peu plus du rock dépressif que du black métal en soi. Cela ne lui interdit pas pour autant d’être une excellente chanson où la passion qui s’en dégage n’empêchera pas de faire frémir même les plus comateux d’entre nous. Mais je trouve néanmoins que sa fougue réside plutôt dans la détresse que dans la colère et réussit tout de même à nous flageller avec de violentes saccades.
Avec L’Éther nous étions à mi-chemin, oui, mais aussi dans les derniers halètements de La Mort du Soleil puisqu’une fois son incandescence éteinte, il ne restera que deux pièces. La Disparation et une autre qui fait office de outro de l’album.
La Disparition est une deuxième pièce qui se sert du piano pour mettre en relief le récif de son caractère plus personnel. Annatar « s’échappe tel un spectre » et se désole du paysage entre des passages hyper relax, voire presque silencieux, et d’autres remplis de hargne et de désespoir. Notre protagoniste nous récite toujours sa poésie avec ferveur et dévotion et se laisse bercer sur la délicatesse du décor nocturne si bien imagé.
C’est avec le cœur dans les mains et les yeux rivés vers la voûte étoilé qu’Annatar cherche à « fuir la lumière » en empruntant « des corridors interdits ». Si on oublie le titre qui suivra, ce morceau aurait très bien pu boucler la boucle de La Mort du Soleil et venir achever ce joyaux nacré de chagrin et de désolation. Mais malgré sa finale malsaine où les cymbales explosent à travers la voix écorchée et fatiguée d’Annatar, il fallait remettre les pendules à l’heure avant de disparaître jusqu’à une prochaine fois. Ce qui nous amène à la septième et dernière litanie de cet opus, L’effondrement.
Je crois que le titre de celle-ci est un renvoi direct au titre de l’album . En effet, il est vrai de dire que lorsqu’une étoile se meurt – en l’occurrence ici notre Soleil – elle est victime de sa propre fatalité et la gravité la compacte jusqu’à ce qu’elle s’effondre sur elle-même. À partir de ce moment, soit elle se dessèche et devient un débris glacial, ou soit elle explose en supernova pour créer une pouponnière stellaire qui transformera à tout jamais la face de l’univers.
Ce cycle de vie et de mort des étoiles est immuable à la vie et il est la seule façon de modifier la matière pour la remodeler en quelque chose de mieux et de plus puissant. Ceci peut paraître bien abstrait pour nous mais si on le rapporte à notre échelle, on peut y voir et comprendre que la mort est nécessaire pour que l’on puisse un jour se libérer de nos démons et ainsi s’émanciper vers des horizons nouveaux. Ce symbole de renaissance à travers la fin de quelque chose de grand, fort et inoubliable pourrait tout aussi bien se coller au titre de La Mort du Soleil qu’à l’essence même de l’album.
Ce sont, au bas mot, les conclusions que j’en ai tiré mais allez donc savoir! Il se pourrait très bien que je ne me trompe et que je délire complètement. Mais peu importe.
Ceci étant dit, certes, la personnalité de Sombres Forêts a changé depuis Quintessence et Royaume de Glace. Son agressivité primaire s’est reformée autour de quelque chose d’autre et aujourd’hui elle n’est plus ce qu’elle était. Avec ce disque, Annatar a visé sur l’atmosphère et les textures plutôt que sur les « blast beats » et la vitesse d’exécution. À dire vrai, même si ce caractère furieux n’a jamais vraiment été proéminent avec Sombres Forêts, ici, il est tout simplement resté en cale sèche. Ne vous faites donc pas trop d’attente de ce côté car vous ne trouverez rien qui ressemble à ceci à l’intérieur de La Mort du Soleil et, à mon avis, c’en est très bien comme ça
De plus, rien n’a été construit à la hâte sur La Mort du soleil. Avec son vaste et poétique décor, le flot sonore coule à merveille et le verbe acéré d’Annatar regorge d’images fortes qui frappent l’imaginaire et apostrophent l’entendement. C’est un disque entier et opaque qui raconte une épique quête intérieure pour conquérir les chimères qui nous consument et les éradiquer une bonne fois pour toute.
Je crois aussi que vous aurez compris que ce disque est immergé dans la douleur et le bonheur illusoire. La tragédie se trouve à chaque tournant et à chaque note. Pour cette raison, il se pourrait très bien que certains d’entre vous le trouve trop mélodramatique pour savoir l’apprécier à sa juste valeur mais tout de même, je suis plus que convaincu que chaque cœur naufragé qui lui porte l’attention qu’il mérite saura si retrouver. Et puis de toute façon, est-ce que quelqu’un a déjà juré que la vie était une sinécure, après tout?
Pour finir je dirais tout simplement que la coque de La Mort du Soleil est très, très, très solide et qu’elle ne contient aucunes avaries majeures sinon que sa longueur; j’en aurais voulu encore beaucoup plus. C’est un album mémorable que je vous invite plus que fortement à vous procurer. Pour ma part, comme je n’achète plus de CDs depuis des lunes, j’attendrai avec impatience l’annonce d’une sortie sur vinyl avant de l’ajoutez à ma bibliothèque puisque pour l’instant, il n’est disponible qu’en format digital. Ceux et celles qui voudraient tout de même mettre la main sur une version CD de cette perle, peuvent le faire via le site de Sepulchral productions (lien en haut du texte) en passant votre commande au coût de 10$ plus shipping.
Cheers!
by Lex Ivian | Juin 26, 2013 | Critiques d'Albums

Septekh
« Apollonian eyes » EP
2013
Septekh est un groupe de death/thrash suédois fondé en 2008 qui a jusqu’à présent enregistré 1 démo et 3 EP (en vérité 2 EP car ils ont sorti « Not quite what I had in mind » en 2009 et l’ont ressorti en 2012 sur Abyss Records, remasterisé sous le titre « The Seth avalanche »). Je vous parle du petit dernier paru aussi sur Abyss Records en 2013, « Apollonian eyes ».
1- Apollonian eyes
2- Burn it to the ground
3- Cursing the skies
4- Vlad Tepes
Note: 8,5/10
D’entrée, l’album se garroche dans un drumming et shredding frénétique et ça donne le ton pour les 4 pièces. On aura un bon thrash. Les gars ne révolutionneront rien mais ils font des pièces qui font headbanger dans le salon et créeront sûrement de bons moshpits. Les 4 compositions ont aussi de légères variantes qui rendent l’écoute intéressante. Ainsi, la 1ère est un thrash « straight in your face » comme il se faisait dans les années 1980-90, la 2ème navigue à la limite du thrash’n’roll avec un refrain très catchy qui fera banger les poings en l’air; « Cursing the skies » qui explore un son plus death/thrash, est probablement leur pièce la plus complexe avec du « stop and go » intercalé du refrain en « blastbeat »; finalement la dernière rappelle les vieux riffs black de Bathory ce qui permet d’apprécier un bon shredding et des riffs un peu plus epic. D’ailleurs, tout au long de l’album, le vocal un peu « shrieké » amènera cette sensation d’une vague atmosphère black à la Emperor ou Bathory justement. Pour vous les faire découvrir, je vous envoie l’album au complet, tiré du youtube channel de Abyss Records.
Comme je disais plus haut, Septekh ne nous inventent rien mais trouvent le moyen de nous faire un EP thrash qui est varié et qui effleure le death et le black. Ah oui, en passant, ils ont aussi un petit look « gentleman du 19ème siècle » avec des maudites belles moustaches. Hell Yeah!
by Lex Ivian | Juin 24, 2013 | Critiques d'Albums

Woccon
« The wither fields »
2013
Le groupe Woccon existe depuis 2011, sorti tout droit de l’imagination du multi-instrumentaliste américain de Athens, Georgie, Tim Rowland. Il s’adjoindra le vocaliste Ryan Morgan de Misery Signals pour sortir un 1er démo de 4 pièces la même année, « Through Ancestral Fires ». Depuis, il a formé un vrai groupe – au sein duquel il assume maintenant le vocal – avec l’addition de Tim Kuykendall, Wade Jones et Sam Dunn et leur musique a évolué vers un son et des ambiances plus doom. J’aimerais souligner le remplacement de Jones au drum par Kellen Harris depuis. Je vous présente donc ici leur 1er EP, « The wither fields » dont nous avons reçu la version de luxe (Collector’s edition) qui comprend 3 pièces bonus qui s’additionnent aux 4 pièces de l’édition normale.
1- Our ashes
2- Shattered mirrors
3- Lament
4- A failing devotion
5- Solitary pressure (bonus)
6- Bereavement (bonus)
7- Sea of trees (bonus)
Note: 8/10
À regarder la pochette, ça sent le doom atmosphérique. Un plancher de feuilles mortes qui aboutit sur de la fardoche dans un éclairage gris verdâtre légèrement glauque. Même pas une petite trouée pour nous laisser passer, une éclaircie pour nous laisser respirer. On se dit qu’on ne sera sûrement pas emmené dans un voyage très joyeux, craignant même l’introspection méditative à outrance. Ainsi, lorsque l’album a débuté et que j’ai entendu les premières notes de guitare acoustique de « Our ashes », je me suis préparé mais lorsque le « hummm » des guitares électriques s’est amplifié, j’ai souri en pensant à Cathedral et son intro de flûte et guitare qui s’enchaîne un peu de la même façon sur l’album « Forest of equilibrium ». Ça créait exactement l’ambiance propice pour entrer dans un album aux atmosphères lourdes accentuées par le growl torturé et mélancolique de Tim Rowland. On aura droit à plus que doom atmosphérique, Woccon ne se contente pas de nous créer de la musique ambiante.
Oui, les tableaux répétitifs et planant sont aux rendez-vous mais plutôt servis dans un doom mélodique construit autour de structures où les mélodies de guitares se superposent et forment un paysage qui ne se découvre pas totalement à la 1ère écoute – comme une randonnée en forêt justement, où l’œil averti reconnaît la variété des essences arboricoles alors que la majorité des promeneurs ne voit qu’une forêt aux reflets changeants mais tout de même répétitifs. Parfois, on a l’impression de retraverser la même portion croyant tourner en rond – et c’est là que j’ai un peu tiqué, certaines pièces sont construites sur le même pattern, la 1ère et 3ème commencent et se terminent très semblablement et c’est le cas de la 2ème et 4ème. Pourtant, et pour continuer avec mes métaphores sylvestres, une exploration plus attentive de cette forêt permet de discerner une variété d’agencements des essences déjà entrevues et une incursion dans le sous-bois mène à la découverte d’essences plus subtiles mais non moins essentielles à notre expérience sensorielle. C’est le cas par exemple pour « Lament » où l’utilisation de sons inversés sur fond de pluie pour créer l’intro de la pièce atténue cette sensation de déjà-vu ressentie bien que le canevas de celle-ci soit dans le même genre que celui de la 1ère pièce – la guitare acoustique et le « humm ».
Ma 2ème réticence face à leurs compositions est que je trouve toujours un peu décevant quand des pièces se terminent par une répétition puis un fade out et c’est le cas de la 1ère, 2ème et 5ème. Ça c’est mon problème, peut-être pas le vôtre, mais j’ai toujours comme l’impression qu’on n’a pas su amener la pièce vers un riff et une atmosphère concluante. Pourtant, certaines de leur compositions montrent justement l’inverse. Ainsi, « A failing devotion » présente une belle mélodie et un petit crescendo avant de se terminer. Peut-être dois-je y voir une volonté de nous donner la sensation que, justement c’est nous qui quittons et pour cette raison la musique continue mais disparaît à nos oreilles dans un fade-out.
Enfin … j’ai bien apprécié cet album malgré ces petits accros mentionnés mais ce ne sont que de menus détails. Cet album est hors de tout doute pour les amateurs de Wood of Ypres ou Daylight Dies, mais aussi pour ceux qui ont aimé le début de la vague de death mélodique/symphonique à l’aube du nouveau millénaire (Katatonia, Tristania, The Gathering …). D’ailleurs, l’addition de Lili Le Bullet du groupe Drakkara – une agréable surprise – pour la 4ème pièce, »A failing devotion » apporte cette touche féminine qui m’envoûtait à l’époque. Je vous la propose ci-dessous.
Pour ceux qui n’ont pas les pièces bonus, leur EP se termine justement après la 4ème pièce, »A failing devotion », les autres poursuivent leur exploration avec « Solitary Pressure », « Bereavement » et « Sea of Trees » qui sont un peu plus death avec une présence beaucoup plus marquée du drum, surtout les passes de double-bassdrum. Doit-on y voir une implication tardive du drummer dans la composition des pièces d’où leur présence en « bonus » ou penser que ce sera la prochaine étape de l’évolution de leur son? On verra bien. En attendant, je vous laisse avec la 1ère pièce « bonus », « Solitary pressure ».
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juin 13, 2013 | Critiques d'Albums

Vanhelga
« Höst »
(2012)
La Suède est certainement un des pays les plus prolifiques et les plus influents de la planète métal. Il est effectivement très impressionnant de constater le nombre de groupes et de sous-genres qui ont pris racine dans ce pays pourtant relativement peu peuplé de Scandinavie. L’un des sous-genres où des musiciens suédois se sont notamment bien illustrés est certainement l’univers restreint et souvent réservé aux connaisseurs du DSBM (Depressive Suicidal Black Metal). Ce courant est non seulement né sous l’impulsion de groupes suédois tels que Silencer et Shining, mais il continue de connaître un excellent développement dans cette région du globe, ce qui nous amène à Vanhelga (qui signifie ‘profaner’ en suédois), un « one-man project » qui nous présentait l’an passé son second album entier intitulé; Höst (Automne), sur le label Art of Propaganda.
Présenté sous une couverture dans un ton glauque très approprié pour le genre; une photographie assombrie d’un crâne d’animal reposant sur des feuilles mortes, le projet entièrement composé et performé par le musicien qui se désigne du matricule 145188 s’ouvre avec « A Sinister Longing » une pièce aux motifs de guitare hyper saturés sur une rythmique aussi proche du rock alternatif que du Black Metal rappelant le « Shoegazing » des derniers efforts d’Alcest. Cependant, contrairement à la formation française, la production est beaucoup plus sale et agressive, les vocaux seront sporadiques et alterneront entre déclamations sur un ton traînant guttural et hurlements rauques de démence et nous auront droit à un contenu très varié qui fera tantôt appel à des influences postrock marquées et même des expérimentations électroniques ambiantes. Le tout rappelle donc énormément le défunt groupe Lifelover de par sa diversité, son caractère ambiant et sa propension à l’exploration musicale. Il est d’ailleurs à noter la participation de 1853 (ex-Lifelover) qui a collaboré au projet à titre de parolier.
La première grande qualité de cet album sera donc sa diversité bien exploitée qui nous fera passer par des moments plus près d’un rock alternatif dépressif teinté de Black Metal comme sur « Overklighet » (Irréalité) et « Desperation », d’autres moments plus lents et mélancoliques comme sur l’instrumentale « Lugn » (Calme) qui comporte de très beaux motifs de claviers superposés à une base de guitare très sale ou encore les superbes « Underbart Sant » (Grande Vérité) et « Sorg » (Tristesse), des interludes électroniques d’influence Dark Ambient très bien montés comme « Udda Tankar » (Coquilles étranges) et « Armageddon » ou finalement des passages de pure extase Black Metal comme la merveilleuse « Pessimist » et son motif principal de guitare qui envoie des frissons le long de la colonne vertébrale à chaque écoute. L’album est donc non seulement bien varié, mais il est aussi étonnamment efficace, immense et beau, comme si 145188 arrivait toujours à frapper dans le mille, peu importe l’avenue musicale empruntée. De plus, après plus d’une trentaine d’écoutes, je ne suis toujours pas arrivé à trouver une faiblesse majeure à cet opus. Höst a donc une forte valeur de réécoute et tend même à devenir meilleur à chacune de celles-ci de par la présence de nombreuses subtilités, variations de ton et mélodies hautement mémorables.
En conclusion, Vanhelga frappe très fort avec son deuxième LP en carrière et réussit même à atteindre les standards très élevés établis par Shining avec leurs derniers efforts de par sa diversité et ses explorations musicales très pertinentes. Je conseille fortement cet album à tous ceux qui regrettent la disparition prématurée de l’excellent groupe Lifelover en 2011. Celui-ci réussit à raviver et même à pousser plus loin l’esprit musical que cette formation avait créé.
9,5/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Coeur Noir | Juin 10, 2013 | Critiques d'Albums

DeafHeaven
« Sunbather »
2013
À mon avis, si vous n’avez toujours pas entendu parler de DeafHeaven à ce jour c’est soit que 1: vous êtes séquestré dans le sous-sol d’un individu aux pulsions sexuelles douteuses depuis les 3 dernières années et dans ce cas, vous devriez plutôt vous servir de l’ordinateur sur lequel vous lisez cette revue pour envoyer un appel à l’aide au staff d’Ondes Chocs car avec un peu de chance, ils pourraient réussir à vous sortir de là. Ou que 2: vous êtes un hippie et vous vivez nu dans une cabane faite de terre cuite en plein milieu de la forêt boréale en méditant pour aligner vos chakras avec Jupiter et la déesse du vent pour je ne sais trop quelle raison d’ordre astral. Dans cet autre cas, vous pouvez continuer votre ascension vers le nirvana puisque rien ici ne saura satisfaire vos carences spirituelles.
Or, si vous ne correspondez à aucune de ces descriptions et que vous vous tenez un peu au courant de ce qui se trame dans le monde souterrain de la musique extrême, vous avez probablement déjà une bonne idée de qui sont DeafHeaven et une opinion tranchée sur la nature de ce qu’il nous offre comme musique.
En effet, avec ce que j’ai pu comprendre de DeafHeaven, soit on aime, soit on n’aime pas. Mais peu importe qu’elle soit détestée par certains ou idolâtrée par d’autres, il est vrai de dire que la musique de ces derniers peut être difficile à catégoriser, surtout sur leur tout dernier album Sunbather. Elle ne tombe pas que dans un seul créneau où on peut la définir en lui attachant une simple et unique étiquette pour l’abandonner ainsi à la banalité. Elle est, bien au contraire, plus nuancée que morne et plus haute en couleur que monochrome.
Toutefois, sans qu’elle n’appartienne non plus à un mouvement musical digne de l’expérimentation expérimentale des groupes rock des années 70, elle reste tout de même complexe à cerner et tire son originalité parmi de nombreux genres et sous-genres musicaux qui ont tous su marquer et attirer une bonne quantité de fidèles depuis leur apparition. La mixture qui en résulte alors est telle qu’elle pourrait être décrite de la sorte. On parlera ainsi d’un post-métal shoegazé servi sur un plateau post-rock entaché d’une note de screamo et injecté d’une dose relativement grande d’un solide black atmosphérique. J’ajouterai même que sur Sunbather, une petite tendance dirigée vers un côté moins sale, plus «pop», semble vouloir percer à travers l’opacité générale de l’ambiance parce que oui, d’ordinaire, la musique de DeafHeaven en est une bien lugubre. Mais malgré qu’une pâle lumière émane de Sunbather (et que son artwork me rappelle tout d’un band de «dream pop» avec sa palette principal de rose…), elle ne réussit tout de même pas à le faire tremper dans une eau à l’éclat aveuglant de positivisme.
Cette tendance pourrait peut être s’expliquer de la façon suivante puisque si le premier LP de DeafHeaven, Roads to Judah, traitait des années de débauche du chanteur de la formation George Clarke, Sunbather, lui, est plus centré sur le caractère insaisissable de l’idée qu’il se fait de la perfection et de l’amertume qui en découle inévitablement. Il en ressort alors un assemblage plus gracieux que désemparé et plus esthétique que crasseux. Ce brillant alliage d’or et de fer réussi à faire miroiter en nous chaque petites parcelles d’émotions et chaque bribe d’utopie que ce disque tente d’exploiter. Un habile concept que DeafHeaven développe avec brio.
Ce disque est aussi méticuleusement étoffé pour avoir une grande valeur de ré-écoute avant qu’on puisse s’en lasser. Il se construit brique par brique devant nos yeux et notes après notes, il devient un immense et imposant monument qui vous fera frémir d’émerveillement. Pour tout dire, plusieurs passages vous laisseront tout simplement bouche bée tellement ils sont de purs instants de délectation musicale.
Même les courtes intermèdes insérées entre les 4 principaux morceaux du LP sont fort intéressantes. Ils font l’effet d’une sorte de colle qui donne une bonne cohérence et une direction vers le titre qui le suivra. J’aime bien l’effet de cohésion progressive qu’elles apportent avec elles et dans ce sens, la plus indie-rock «Irrestible» et la non moins angoissante «Windows» sont les parfaites prémisses des deux titres qu’elles précèdent, soit la chanson éponyme de l’album «Sunbather» et l’excellent dénouement final, The Pecan Tree.
Comme j’ai aussi mentionné plus haut et bien qu’elle ne soit pas nécessairement une musique expérimentale (on ne parle pas non plus de quelque chose de simpliste), elle est tout de même élaborée et complexe dans ses structures. Chaque pièce semble être composée avec une attention particulière et rien ne s’y trouve pour remplir un trou laissé béant par un manque d’idée. Chaque titre prends définitivement la place qui lui revient et il en résulte ainsi une plaquette de plus d’une heure de musique à la fois déchirante et exaltante où l’espace sonore devient une ode à la célébration de ce qui reste encore de bien, de vrai et de beau dans nos jungles de béton aseptisées à l’idiotie humaine. Sunbather est un album hyper inspiré et mouvementé qui oscille entre le possible et l’impossible et qui vient inscrire ses intentions quelque part entre l’imaginaire et le réel. Vraiment un album achevé d’une grandeur épique ou rien n’est laissé au hasard mais plutôt aux plaisirs de s’enivrer de celui-ci.
DeafHeaven à aussi apporté un changement de batteur à son alignement pour l’enregistrement de Sunbather. D’ailleurs, et contrairement à Roads to Judah qui avait été composé en groupe, cette fois-ci ils ont plutôt opter pour revenir à leur ancienne formule pour édifier Sunbather. C’est-à-dire, que la totalité des maquettes a été créées par George Clarke et Kerry Mckoy (guitare) – les deux fondateurs du quatuor – et le reste s’est concrétisé en studio. Une technique de travail qui à mon avis devrait être retenue pour le prochain effort puisque Sunbather m’apparaît de loin supérieur à son grand frère.
Mais ce qui rend la musique de DeafHeaven une expérience à part entière est sans aucun doute cette aptitude qu’ils ont à vous amener ailleurs avec leur son. Cette subtile qualité de compositeur qui vous porte sur les mesures et vous fait voyager avec eux. Cette caractéristique musicale bien à eux qui vous berce doucement sur la portée et vous fait complètement oublier que vous êtes tout bonnement en train d’écouter un disque. Dans cette ordre d’idées, j’ai lu sur la toile que quelques uns les comparaient à la formation japonaise Envy à ce niveau et je peux bien leur accorder le point s’il le faut mais pour ma part, j’arrêterai le rapprochement ici.
À l’opposé d’Envy, DeafHeaven n’a pas cette personnalité cinématographique que le quintet nippon à appris à maîtriser à la perfection avec le temps. Bien entendu, on peut relever certaines similarités entre les deux formations mais pour tout dire, je trouve la comparaison de ces deux entités distinctes bien boiteuse.
Quoi qu’il en soit, avec ses «blast beats» explosifs, ses moments de piano et acoustique plus relaxe, ses riches moments planants et méditatif, sa force et sa conviction, le vocal lacérant de George Clarke et ses épiques montées de «tremolo picking» en crescendo, Sunbather se taille définitivement une place de choix pour faire la liste des meilleurs albums de 2013.
Mais que vous aimiez DeafHeaven ou pas, Sunbather comporte définitivement les éléments qui font de lui le meilleur matériel offert par ces californiens jusqu’à maintenant. Je vous somme donc de mettre la main sur cet extraordinaire disque qui passera sans aucun doute dans les annales du genre et ce, même si vous n’avez pas accroché auparavant puisque je suis plus que certain que cette fois vous serez conquis.
Sunbather est déjà disponible en pré-commande sur Deatwish Inc. et sera révélé à la face du monde le 11 juin prochain sur CD, LP et en format digital.
Bonne écoute.