deafknife

 

Deafknife

VI ER DØDE

2012

Je ne sais pas pour vous mais moi, jusqu’à très récemment, je n’étais pas très familier avec la scène métal de l’Europe de l’Est. Je crois que je pouvais carrément compter sur une seule main les groupes de l’ex U.R.S.S. qui avaient su capter mon attention. Honte à moi me direz vous peut-être. D’accord, je vous l’accorde. Mais bon, qu’est-ce que vous voulez, j’imagine qu’on ne peut être de toutes les guerres, après tout.

Or, définitivement résolu à corriger ma ligne de tirs, c’est avec tout le courage du monde et le le cœur empreint d’une volonté sans borne, qu’il n’y a pas si longtemps, je décidai de prendre les armes et de me botter les fesses pour essayer de dénicher quelques groupes intéressants appartenant à cette partie du monde. C’est donc armé de mon éternel NetBook et de quelques bières que je me lançai à l’assaut du World Wide Web à la recherche de ces soldats que j’avais laissés pour mort sur le champ d’honneur. Aussitôt dit, aussitôt fait, la première reconnaissance de ce secteur m’apparut difficile d’accès et mon axe d’avance s’avéra complètement nul. Mon plan d’attaque était à revoir.

En effet et bien malgré moi, les premiers résultats de ma recherche furent assez décevants. Je me suis immédiatement buté sur un terrain miné de plusieurs et inutiles formations néo-nazis qui adhéraient tous à l’idée de la suprématie de la race Aryenne et à l’asservissement du reste de l’humanité en esclavage. Bon, rien ne sert de mentir, je m’étais probablement fait fourguer de fausses informations et l’ennemi s’était bien joué de moi. On m’avait mené tout droit dans un guet-apens.

L’idée de tourner au ridicule cette ribambelle de joyeux lurons me traversa instantanément l’esprit mais je ne devais pas me laisser abattre par toute cette grandeur d’esprit. Non. Oh grand jamais, non! La mission était beaucoup trop importante pour être abandonnée à d’obscures groupuscules qui se réjouissent à l’idée que quelqu’un, quelque part, à réussi à conserver le pénis D’Adolf Hitler dans un bocal de formol pour un clonage ultérieur.

Je n’allais certainement pas me laisser décourager par autant d’hostilité. Après tout, il était hors de question que je laisse mon objectif être anéantit par ces pauvres cancres effrayés par eux-mêmes; cette poignée d’incultes petits humains ostracisés par l’impureté des races inférieures qui polluent de leur existence leur belle et grande nation.

Devais-je donc laisser ces nobles défenseurs de la civilisation et de cette soi disant «race blanche» me mettrent des bâtons dans les roues? Certainement pas! Ma foi en l’humanité était tout de même un tantinet plus élevée que le quotient intellectuel de ces fiers guerriers. Je me retranchai donc sur ma position, ajustai mes arcs de tirs et changeai mon sujet de recherche pour «Russian metal bands that are not a bunch of crazy retards who likes to fucks with others fucking fuckers»

À mon grand étonnement, ma contre offensive se révéla toujours aussi inefficace. Le moteur de recherche Blackle ne me donna pas les résultats escomptés et j’avouerai qu’à ce moment, j’eus une légère défaillance. J’eus vraiment envie de tout abandonner lorsque l’encyclopedia metallum, sortie de je ne sais où pour venir à mon secours, me ravitailla d’un espoir nouveau. Mes tergiversations bel et bien terminées, j’engageai donc violemment mes adversaires sur tous les flancs et leurs défenses finirent par céder. Une première brèche s’ouvrit et je me retrouvai, illico presto, derrière les lignes ennemies. Je m’infiltrai discrètement dans les quadrilatères les plus secrets de leur périmètre et mes efforts furent finalement récompenser. Je pus mettre la main sur le document tant convoité; une liste assez exhaustive qui semblait contenir certaines des plus crédibles formations de cette région. Mission accomplie. Aucune perte substantielle ne semblait apparente et les dommages collatéraux avaient été maintenus au minimum. Peu de chance qu’un syndrome post-traumatique ne revienne hanter mes cauchemars en évoquant les sinistres noms des escadrons de la mort qui ont passés si près de ruiner toute chance tangible de dénicher quoi que ce soit en ces contrées austères.

Ceci étant dit, mon repli fut coordonné à la perfection et une fois mon extraction jusqu’au Check point Charlie complété, je pus me reposer un peu et commencer à éplucher l’information récupérée avant de soumettre mon rapport à ma chaîne de commandement. Bien que je revins avec une cargaison assez surprenante de groupes à explorer, un en particulier semblait vouloir se démarquer du lot avec son très surprenant Blackened post-hardcore (ou post-hardcore bien noirci, c’est comme vous voulez) et je fais référence ici à la jeune mais prometteuse formation Deafknife (2011) et leur plus qu’extraordinaire album VI ER DØDE.

Paru via Opposing Music le 30 novembre dernier (2012), VI ER DØDE est un amalgame de nouvelles pièces et de plus anciennes ré-enregistrées ou remastérisées pour l’occasion. Cette combinaison de titres, tous aussi excellents les uns que les autres, forment ensemble un des meilleurs disques que j’ai eu la chance d’écouter depuis des mois. 

C’est à la fois mélodique et brutal, énergique et posé et tout ça est transcrit à travers une haine et une grogne perceptible dès les premiers soubresauts de Kings Don’t Reign Forever, premier des neuf titres de l’album. Sans qu’il ne soit complètement désillusionné, ce disque baigne aussi dans une humeur plutôt négative et on ressent à plusieurs occasions le désespoir se balader sur les portés musicales concoctées par ce quatuor russe. Le vocal déchirant et parfois très aigu de Gleb, chanteur de la formation, vient mettre l’emphase sur ce sentiment d’étouffement. Normalement, je ne me plais pas trop avec ce genre de vocal mais j’ignore pourquoi, avec DeafKnive, il ne semble pas me déranger outre mesure. Il faut dire aussi que la gamme de notes atteintes par les capacités vocales de ce dernier est vaste et on les exploite de façon convaincante. On ne s’empâte jamais sur une seule et unique fréquence et c’est probablement pourquoi on ne s’inquiète pas plus qu’il ne le faut de ce ton qui pourrait finir par irriter le tympan.

De pièce en pièce, on passe de structures de chansons qui tirent leur influence autant dans le hardcore que dans les ramifications d’un black plus cru mais aussi plus élaboré. Toutefois, rien au niveau de la production ne vient rappeler l’étrange sentiment d’incompréhension qu’on peut ressentir lorsqu’on écoute un disque qui semble avoir été enregistré dans le fond d’une baignoire tellement le tout est d’une qualité douteuse.

Tout les instruments sont audibles et leur rôle, bien défini. On s’amuse même avec les effets d’écho et de délais pour créer une ambiance rêveuse à l’occasion, surtout vers les derniers titres du disque.

Tout ceci considéré, nous avons tout de même droit à une musique bien ancrée dans les racines du black métal mais d’une façon ou d’une autre, le résultat final en est tout de même assez éloigné. D’ailleurs, à ce que j’ai pu comprendre du traducteur Google (la plupart des textes sont en biélorusse si je ne me trompe pas), on s’éloigne aussi de cette scène de par les propos tenus dans les textes et on se rapproche ainsi beaucoup plus du mouvement hardcore. Le discours est, effectivement, plus près de cette scène du fait qu’il est beaucoup plus engagé socialement. Beaucoup plus politisé et radical.

Une autre chose qui ne me déplaît pas du tout avec ce groupe (et avec cette affirmation, me voilà bien obligé de dévoiler une facette plus «geek» de ma personnalité) est l’utilisation de termes en lien avec l’univers de la mythologie Lovecraftienne.

En effet, même si aucune d’entre elle ne fait partie de VI ER DØDE, on retrouve chez certaine de leurs plus anciennes pièces de leur premier EP Pantheon, sorti en 2011,  l’emprunt de noms de personnages, de lieux et de renvoies qui appartiennent tous aux romans et nouvelles d’H.P. Lovecraft, mystérieux et prolifique auteur du siècle dernier. Moult références se retrouvent aussi à l’intérieur des textes eux-mêmes et servent de métaphores pour dénoncer plusieurs absurdités du monde moderne.

Cette tangente semble être mise un peu de côté sur le disque dont il est question ici, mais une récente prestation live d’une toute nouvelle pièce (Nyarlathotep) récemment publiée sur le Facebook du groupe laisse croire qu’il retourneront peut-être vers celle-ci pour le prochain album. Nous verrons bien.

Au final et en ce qui me concerne, VI ER DØDE est un petit chef d’œuvre d’album que je ne cesse d’écouter et de réécouter depuis que je l’ai découvert. Je crois aussi qu’avec le temps, il pourrait très bien devenir un album culte. À condition que DeafKnife reçoive la couverture médiatique qu’il mérite, bien entendu. Mais d’une façon ou d’une autre, DeafKnive reste une formation prometteuse sur laquelle je garderai une oreille attentive.

Pour le moment, il ne semble pas exister de version physique de l’album (ou du moins, je n’en ai pas trouvé) mais vous pouvez toujours vous retourner vers la version numérique disponible pour le montant qui vous plaira sur Bandcamp.

Voici les différents liens pour vous procurer leur matériel et allez voir de quoi il en retourne.

 

Cheers!

 

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