Putamen Insula, Sights of War, Svalbard (lancement d’album), Hell Crucificator et Outre-Tombe le vendredi 26 avril 2013 à l’Agitée
C’est bien connu, la ville de Québec regorge d’excellentes formations dans l’impitoyable genre musical qu’est le Black Metal. Cependant, lorsqu’on pense au True Black Metal, la forme la plus malsaine et agressive du genre, Svalbard est un nom qui devrait immédiatement apparaître dans votre esprit. En effet, le quatuor ayant vu le jour sous sa première incarnation en 2002, a réussi à mener sa barque jusqu’à ce jour, malgré le tumulte et les changements de membres, en produisant une musique fidèle à l’esprit haineux et je-m’en-foutiste requis par le courant en question. Après 11 ans d’existence et de nombreuses sorties auto produites sur le petit label des frères Yan « Zulnoch »Dugas (batterie) et Max « Myth Croth » Dugas (guitare/backvocal) (HSP productions) Svalbard lançait enfin son premier album pleine longueur intitulé, The Fall, à l’Agitée vendredi passé. Pour l’occasion, les frangins avaient concocté un programme varié de groupes émergents. Nous aurions donc droit à du bon vieux Death/Thrash avec Outre-Tombe (Qc), du Death Metal Old-School avec Hell Crucificator (Saguenay), du Crossover Thrash Metal avec Sights of War (Sherbrooke) et au « Disgusted metal » (en fait un amalgame de Crust Punk et de Black Metal d’esthétique plutôt dépressive) de Putamen Insula (MTL). La soirée s’annonçait donc bien malsaine et foutrement intéressante.
C’est donc avec hâte que nous nous dirigeâmes, ma jolie compagne et moi, vers l’habituelle Agitée. C’est qu’en plus de tout ce qui a été énoncé précédemment, ayant étudié en Science politique en même temps que Zulnoch, j’ai personnellement eu la chance d’assister aux premiers balbutiements de Svalbard lorsqu’ils se formèrent sous le nom Hollow avec Jeff « Cyroth » Metal au vocal et qu’ils donnèrent leurs tout premiers concerts. De surcroît, j’ai eu la chance de partager la scène avec la formation actuelle il n’y a pas très longtemps, le 1er décembre 2012, lorsque mon groupe (Endless Horizon) lança son album à l’Agitée. J’avais donc bien hâte de revoir les sympathiques frères Dugas et leurs collègues Maxime «Goat » Gauthier-Dionne (ex-Herskip) et Void (basse) et d’en profiter pour leur poser quelques questions sur le passé et le futur de la formation. Nous fîmes donc notre entrée à l’Agitée vers les 19h tapantes où nous fûmes accueillis à bras ouvert par Max Dugas, qui semblait très heureux de nous revoir et qui nous encouragea à prendre nos aises et à aller rencontrer les autres groupes de la soirée au sous-sol, ce que nous nous empressâmes de faire. Nous eûmes donc le plaisir de faire connaissance avec les gars de Sights of War, un groupe qui a commencé comme un duo et qui a évolué vers un quintette de Crossover particulièrement efficace. Je saluai aussi Sovannak, Vincent VDM et Jo de Putamen Insula qui sortira un second album intitulé, Souriez, lors d’un spectacle le 3 mai à Montréal. Ce spectacle sera aussi leur dernier en tant que trio, car le bassiste quittera la formation pour se concentrer sur d’autres projets. Ceux-ci continueront en tant que duo d’après les informations que j’ai pu glaner. J’y rencontrai finalement Ulysse « Cobra » Nadeau, guitariste d’Outre-Tombe qui me parla brièvement de l’évolution de ce groupe du Thrash/Speed Metal vers le Death/Thrash de la vieille école. J’eus ensuite la chance de m’entretenir brièvement avec le chanteur et le guitariste de Svalbard sur l’histoire de son entrée dans la formation. Officiant d’abord dans le défunt groupe local de Black Metal Herskip, celui-ci joignit Svalbard peu après leur dissolution intervenue suite à un spectacle au Saguenay qui se termina par l’internement de leur guitariste à Robert-Giffard, vers 2010. Svalbard évoluait à ce moment sous la forme d’un trio, ayant subi la perte de leur chanteur original qui partît en 2006 en voyage en Océanie et en Asie et la perte de leur guitariste Ulroth qui s’était établi à Sept-Îles. Ils furent donc heureux d’accueillir Goat au sein de leur groupe. Nous échangeâmes aussi sur leurs projets futurs, eux qui souhaitent sortir de Québec pour jouer au Saguenay et à Montréal dans un avenir rapproché. À ce moment, je pus constater que plusieurs membres de la scène métal de Québec répondaient à l’appel : Pat Monarque, Fiel (Grimoire, Forteresse, Csejthe), Yvan Létourneau (Phosphorus), Stan Stefanovski (Phosphorus) ainsi que Haze et Goliatt de Morgue entre autres, mais que la foule restait plutôt maigre, ce qui poussa les organisateurs à retarder l’entrée en scène d’Outre-Tombe de 20 h 30 à 21 h 30. Nous continuâmes donc de faire le plein de houblon jusqu’à ladite entrée en scène.
C’est donc devant un public assez intime de connaisseurs, d’amis et de membres de la scène qu’Outre-Tombe s’installa pour nous livrer leur prestation. Le trio composé Fred « Crachat » Tremblay à la basse (qui officie aussi à la guitare et au vocal dans le groupe Death Kaotik), de Nicholas « Vitesse » Gagné à la batterie (qui est aussi batteur dans Phosphorus) et d’Ulysse « Cobra » Nadeau (ex-Saccage) à la guitare pratiquent une mixture de Death Metal fortement teintée de Thrash Metal qu’on croirait tout droit sortie de l’époque glorieuse de la fin des années 1980 et du début des années 1990. Autopsy, Death (les premiers opus), Deicide, Entombed, Sepultura et même le Darkthrone de l’album Soulside Journey (1990) sont des noms qui viennent à l’esprit lorsqu’on écoute leur musique. C’est violent, c’est très gras et c’est rapide comme un train sans pilote. Côté scénique, bien qu’il était évident de par la justesse de leur interprétation et de leur son que les gars n’en étaient pas à leurs premières armes, leur représentation souffrit d’une tendance un peu statique. En effet, les membres du groupe, qui ne semblent pas avoir eu la chance de se produire souvent ensemble dans la dernière année, me paraissaient un peu nerveux et figés, à l’exception du batteur plus démonstratif. Quoi qu’il en soit, nous eûmes droit à une solide sélection de chansons du groupe et les réactions de la salle démontraient une bonne appréciation de leur musique, qui nous plongeait dans une époque révolue, mais ô combien électrisante. Outre-Tombe sera donc un groupe de Québec à surveiller à l’avenir et je crois qu’ils ont un énorme potentiel de réussite.
Le second groupe à faire son entrée sur scène fut Hell Crucificator, un groupe de Death Metal du Saguenay. Ayant déjà joué avec eux le 1er décembre à Québec quelle ne fut pas ma surprise de constater que groupe a subi entre-temps la perte de son chanteur, rôle maintenant exécuté par le bassiste. La formation actuelle comprend donc : Karl Tremblay à la basse et au chant, les solistes Guillaume Simard et Tommy Gilbert aux guitares et Michel Gagné-Bouchard à la batterie (qui est aussi batteur pour Deathroner). Ceux-ci jouent un Death Metal très vintage où on reconnaît des fortes influences de Cannibal Corpse, Morbid Angel (particulièrement, dans les échanges de soli des guitaristes) et Slayer. Leur exécution en ce vendredi soir était très énergique, mouvementée et précise lorsqu’ils nous livrèrent une sélection des pièces de leur album Evil Never Dies (2012). Le bassiste n’a eu aucune difficulté à bien rendre les parties de chant sur scène, mais semblait avoir un peu plus de difficulté dans son interaction avec la foule. En effet, celui-ci semblait parfois ne pas trop savoir quoi dire et s’emmêler dans ses mots. Toutefois, c’est bien la seule faiblesse que j’ai pu relever dans leurs set de compositions originales et je crois que cela s’arrangera avec l’expérience. Les gars d’Hell Crucificator nous réservaient aussi une petite surprise pour la fin de leur prestation. En effet, ceux-ci avaient préparé des reprises avec un chanteur invité. Cependant, le choix de ces reprises était plutôt inusité pour un groupe de Death Metal. Nous eûmes en effet droit à des interprétations très près des originales de « Phantom of The Opera » d’Iron Maiden, « Iron Man » de Black Sabbath et « Ace of Spades » de Motörhead. Quoiqu’en général très bien rendu, le groupe sembla connaître quelques petites ratées au cours de cette finale et le choix des pièces sembla perdre quelques spectateurs qui sortirent prendre l’air. Pour ma part je trouvai cette surprise plutôt sympathique.
Après ces deux entrées en matière de bonne qualité, c’était maintenant aux vétérans de Svalbard de lancer leur album avec une prestation endiablée. Dépourvus de leurs corpsepaints habituels en raison d’un problème d’absence de blanc, les quatre morts-vivants entamèrent leur quart de travail avec la violente et excellente « Viking Raiders » issue de leur tout nouvel opus. Aussitôt, nous pûmes remarquer les points saillants de leur musique : un True Black Metal sans compromis marqué par des motifs cycliques typiques de guitare, des blastbeats sans merci, certaines influences grindcore qui rappellent parfois le vieux Impaled Nazarene (probablement issue de l’époque où les frères Dugas évoluaient dans Matière Fécale) et la dégaine inhabituellement (pour le genre) décontractée de Goat, le chanteur au gigantesque crucifix inversé de bois. Celui-ci fait fi, excepté pour sa ceinture de balles et son immense pendentif, de toutes les conventions stylistiques du Black Metal en se présentant sur scène en jeans baggy et en souliers de skate, ce que je trouve particulièrement rafraîchissant. Son vocal composé de grognements et de hurlements bien malsains convient particulièrement bien à la musique de Svalbard. Poursuivant avec plusieurs pièces de leur nouvel effort, dont la mémorable « For The North », l’éponyme « The Fall » et d’autres pièces tirées de leurs démos et EP précédents, Svalbard parvint sans problème à déchaîner les ardeurs de la cinquantaine de spectateurs présents qui s’en donnèrent à cœur joie dans la fosse. Le bassiste « Void », qui dû jouer sans distorsion en raison d’un problème de pédale, semblait quant à lui être un peu plus stressé et statique qu’à l’habitude, alors que les deux frères Dugas avaient un plaisir évident à nous casser la figure avec leur jeu organique. Ce fut donc un spectacle de lancement bien réussi pour Svalbard, dont le chanteur lança littéralement un cd dans la foule d’ailleurs, qui confirme leur statut de vétérans de la scène Black à Québec. Ma seule réserve est que j’aurais aimé un peu plus de mouvement et de regards agressifs de la part du chanteur et du bassiste durant leur prestation.
Malheureusement, et c’est quelque chose que je déteste, la salle se vida de beaucoup juste avant l’entrée en scène des Sherbrookois de Sights of War. En effet, c’est une tendance que j’observe souvent à Québec : les gens quittent souvent après le passage des groupes locaux, ce que je trouve vraiment irrespectueux. Ces groupes de l’extérieur se tapent la route et l’organisation pour venir vous livrer leur musique et vous foutez le camp avant leur entrée en scène. Il est vrai que ce spectacle a commencé plutôt tardivement et qu’il y avait cinq groupes au programme, mais on était vendredi soir : donnez-leur une chance s’il vous plaît! Toutefois, Rodolphe « Invocator » Ménard (guitare soliste), JF « Occultor » Ouimet (chant), Marc-Étienne Morin (basse), Martin Bolduc (batterie) et Mathieu Gosselin (guitare) s’installèrent rapidement pour nous présenter leur musique. Ceux-ci pratiquent un mélange habile de Punk, de Thrash, de Black de Speed Metal qui nous rappelle des groupes tels que : Darkthrone, Toxic Holocaust, Inepsy, Discharge, Celtic Frost, Sodom…etc. Leur prestation fut particulièrement efficace et bien rodée. On avait devant nous des musiciens expérimentés qui savent comment donner un bon spectacle. Enlevante, la prestation fut de (trop) courte durée, comme le signala l’insistance des quelques irréductibles de la salle, qui aurait bien souhaité un rappel. Je vous recommande donc d’aller vous renseigner sur cette formation, ils ont deux sorties à leur actif : Anthology of Destruction (Demo 2012) et For I am…(EP 2012), tous deux sur HSP.
C’est donc devant une foule grandement décimée que Putamen Insula entra en scène vers 1 h du matin. Le trio montréalais existe depuis 2008 et joue un mélange de Punk et de Black Metal qui me rappelle beaucoup la musique de Peste Noire. Dotés d’une énergie et d’une présence scénique hautaine et malsaine très adaptées à leur musique, ceux-ci nous présentèrent un très bon set d’environ 45 minutes. Sovannak, le chanteur et guitariste de la formation nous livra des motifs très violents et entraînants couplés de ses hurlements aigus et disjonctés, tout en ne ratant aucune occasion de se frapper la tête avec une bouteille de bière pour en faire jaillir le sang. Le batteur livra les traditionnels blastbeats réclamés par le Black Metal, entrecoupés de parties plus organiques dans les motifs plus punks. La basse, bien présente et distordue, venait ajouter profondeur et couleur à l’ensemble. Une autre performance de qualité en ce vendredi soir et je dois avouer que j’ai été bien impressionné par la musique de ces Montréalais, qui passe sans problème le test du live. Si vous êtes fanatiques du genre je vous conseille d’aller écouter leurs albums : Putamen Insula (2011) et le futur, Souriez, à paraître le 3 mai 2013. Pour notre part, le spectacle se termina donc peu avant 2 h et nous restâmes encore sur place pour prendre quelques verres en la bonne compagnie des gars de Svalbard!
En conclusion, HSP productions nous avait préparé un excellent spectacle en cette soirée de lancement de l’album The Fall des expérimentés musiciens de Svalbard. Malgré quelques anicroches reliées au stress et au manque d’expérience de certains des groupes présents, la qualité des groupes présentés varia entre très prometteuse et très élevée. La seule véritable ombre au tableau vient de la participation inégale de la foule, qui aurait dû être beaucoup plus nombreuse et constante à mon avis. Il est vrai que le spectacle a commencé de façon tardive et que l’affiche ne comprenait pas de grosses vedettes, mais la qualité des groupes québécois présents aurait dû attirer beaucoup plus de gens et les faire rester jusqu’à la fin, un vendredi soir qui plus est! Pour terminer, je remercie chaleureusement les frères Dugas pour l’accès au spectacle. Longue vie à HSP productions!
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

















