Opeth et Katatonia au Capitole le 21 avril 2013
C’était vers la fin de 2003, j’avais vingt ans, j’étais étudiant à l’université et j’étais passionné de tout ce qui se faisait de métal et de progressif. Opeth venait de sortir un premier album entièrement composé de pièces acoustiques; Damnation, qui faisait suite à un de ses albums le plus violemment Death Metal; Deliverance. Le nom du groupe était sur toutes les lèvres et n’étant pas familier avec leur musique, j’allai immédiatement télécharger des chansons du groupe. De cette manière, je découvris les pièces du brillant Blackwater Park (2001), des deux albums précédemment évoqués ainsi que des quatre premiers opus du groupe, sortis dans la seconde moitié des années 1990. Je fus immédiatement conquis par leur mixture particulière de Death Metal mélodique et de rock progressif tout droit sorti des années 1970 et je devins un fanatique du groupe. Après les magnifiques Ghost Reveries (2005), Watershed (2008) et le superbe spectacle de la tournée éponyme à l’Impérial de Québec, mon histoire d’amour avec Opeth pris abruptement fin avec Heritage (2011). En effet, mes attentes envers cet album étaient astronomiquement élevées et je fus totalement déçu du fait que Mikael Åkerfeldt et sa bande semblaient avoir oublié le secret de leur recette unique pour nous servir une copie modernisée de ce que King Crimson et Jethro Tull faisaient dans les années 1970. Donc, lorsque l’annonce fut faites qu’Opeth passerait par Québec avec Katatonia pour un concert au Capitole, je tergiversai et je finis par me dire que je passerais mon tour. C’était sans compter sur l’incandescent Dave Rouleau, qui me contacta à un peu plus d’une semaine de préavis pour m’offrir de couvrir le spectacle déjà complet avec accès média! Toutes mes objections tombèrent aussi rapidement qu’elles s’étaient levées et j’acceptai avec grand plaisir!
C’est donc après une éreintante journée au travail et une véritable course afin de me nourrir et me laver, que j’arrivai autour de 19 h 30 en face de l’illustre Capitole de Québec, pour y rencontrer Alain Gagnon de Capitale du Metal, qui me donnerait gracieusement accès à la salle si convoitée en cette soirée dominicale. Avant cette rencontre, j’eus le temps de constater qu’une énorme file de disciples s’était formée le long des murs de défense de la cité de Champlain et que les yeux desdits disciples brillaient d’impatience en vue de la soirée future. J’eus aussi la chance d’assister à la chance incroyable d’un certain Mathieu, un fanatique de Katatonia, qui n’avait pas de billet pour le spectacle, mais qui grâce à la générosité d’un inconnu qui avait un billet de trop et à la présence d’esprit d’une employée du Capitole aura pu assister au spectacle! À 19h30 tapantes, Alain Gagnon et Martin Bouchard de CDM vinrent me chercher et je suivis Alain à l’intérieur par les couloirs de service jusqu’au balcon ou je retrouvai le gérant de mon groupe (Endless Horizon), Marc Lavoie et aperçu un certain Jonathan Gauthier qui me criait des insanités au parterre. Après quelques minutes de jasette, les lumières s’estompèrent et Katatonia fit son entrée sur scène.
Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la formation suédoise, celle-ci a entamé sa carrière en 1991 et a neuf albums à son actif. Pratiquant un Doom Metal teinté de Black à ses débuts, celle-ci a sans cesse évolué vers un hybride de rock alternatif et de Gothic Doom Metal aux ambiances dépressives et éthérées. Katatonia pratique donc un genre dont je ne suis pas un grand admirateur, mais que j’apprécie énormément sur disque lors de journées maussades accompagnées de l’arôme de mon amie Marie-Jeanne. Profitant d’une scène entièrement décorée aux couleurs de leur dernier album Dead End Kings paru en 2012, ceux-ci entamèrent leur prestation sous un tonnerre d’appréciation de la foule avec « Buildings » tiré de leur dernier effort. Aussitôt, je remarquai deux choses : que le son et la performance musicale du groupe expérimenté étaient de classe mondiale, mais, ce qui m’agacera le plus de leur prestation, que la performance scénique de Jonas Renkse est beaucoup trop réservée et statique à mon goût. En effet, avec les autres membres du groupe qui se déplaçaient, brassaient la tête et faisaient tout pour faire lever la foule et l’utilisation d’un micro sans fil, le chanteur paraissait encore plus endormi avec ses cheveux cachant son visage et ne quittant presque jamais sa position entre les deux guitaristes. Toutefois, lors de ses interventions entre les chansons, il sembla susciter de nombreuses réactions positives en nous répétant qu’il aimait Québec. Le public comptait donc de nombreux amateurs du groupe. Côté musical, leur prestation composée principalement de pièces de leurs trois derniers albums fut particulièrement réussie quoique le choix des pièces rendit le setlist quelque peu monotone. Effectivement, le choix de n’interpréter aucune pièce des albums précédant les années 2000 et une collection de chanson de leur période récente très gothique sur un tempo toujours moyen, donnaient une impression un peu ennuyante à l’auditeur difficile que je suis en raison de l’imminente similarité entre les pièces. Quoi qu’il en soit, la foule démontra sans cesse son appréciation avec tout le bruit dont les métaleux de Québec sont capables. On peut donc affirmer que ce fut mission accomplie pour Katatonia, qui à son précédent spectacle à Québec avait joué à l’Agitée! Voici le setlist de leur performance :
- Buildings
- Day And Then The Shade
- My Twin
- Burn The Remembrance
- Teargas
- The Racing Heart
- Lethean
- The Longest Year
- July
- Dead Letters
- Forsaker
Pendant l’entracte, j’allai discuter avec Jonathan Gauthier ainsi que quelques autres visages connus sur le parterre et ceux-ci semblaient partager mes impressions quant à la prestation précédente. Vers 21 h 30, ce fut au tour d’Opeth de faire son entrée sur la scène majestueuse de l’impressionnante salle qu’est le Capitole avec « The Devil’s Orchard », qui est ironiquement ma pièce favorite de l’album décevant (pour moi) qu’est Heritage. Aussitôt, le public démontra sa ferveur envers Mikael Åkerfeldt et ses acolytes en chantant en choeur les « God is dead! » du refrain et en hurlant le nom du leader de la formation. Le chanteur et guitariste profita ensuite d’une pause avant d’entamer l’excellent classique « Ghost of Perdition » pour saluer la foule et nous faire grâce de ce qui est devenu sa marque de commerce : son humour pince-sans-rire typique. Après une autre pièce classique; la superbe « White Cluster » de l’album Still Life (1999), qui permit à la foule de démontrer son agressivité, Opeth passa en mode douceur en enchaînant « Hope Leaves » et « Atonement ». On était donc partis pour un tour de montagnes russes avec la célèbre troupe suédoise, qui alternerait entre les pièces plus violentes, séparées par des pièces plus douces pour le reste du setlist. Le groupe versa aussi à plusieurs reprises dans l’humour avec les nombreuses interventions comiques de Mikael, qui auraient parfois être un peu plus concises. En effet, bien que j’adore l’humour du légendaire chanteur-guitariste, quand les interventions sont presque plus longues que les chansons, ça casse un peu le rythme de la représentation. La prestation d’Opeth suivit donc une dynamique intéressante, nous faisant passer par toute une gamme d’émotions, tout en laissant éclater le formidable talent musical de la formation, qui nous offrit même une surprenante version acoustique de « Demon of The Fall ». La salle remplie à craquer fut donc facilement conquise, si elle ne l’était pas d’avance et marqua son appréciation à grand renfort de cris, de chants et même parfois de violence dans la fosse. Terminant sa prestation avec l’intense et bienvenue « Reverie/Harlequin Forest » et un rappel fort nécessaire; la célèbre « Blackwater Park », Opeth quitta la scène sous un tonnerre d’applaudissements et de cris mérités. Effectivement, Opeth a encore une fois prouvé que malgré un album qui n’a pas fait l’unanimité (comme le nota d’ailleurs Mikael lors d’une de ses interventions), ils sont au faîte de leur gloire et que leur progression vers un son plus près des racines du rock progressif attire un public de plus en plus varié et large. Voici la liste des pièces interprétées lors de ce magnifique spectacle :
- The Devil’s Orchard
- Ghost of perdition
- White Cluster
- Hope Leaves
- Atonement
- Deliverance
- Hessian Peel
- Häxprocess
- Demon of The Fall (version acoustique)
- Reverie/Harlequin Forest
- Blackwater Park (Rappel)
En somme, les membres de l’équipe de Capitale du Metal peuvent encore ajouter un succès à la longue liste d’incontournables spectacles qu’ils ont réussi à amener à Québec. Bien que j’aie eu mes réserves quant à la prestation impeccable musicalement, mais quelque peu statique et monotone de Katatonia, Opeth a largement surpassé mes attentes de fanatique déçu par leur dernier opus. Ce groupe, qui a traversé plus de vingt ans d’existence en progressant vers un son de plus en plus progressif et en transcendant les catégorisations musicales définitives, nous a encore démontré son incomparable talent sur scène. En terminant, j’aimerais en profiter pour remercier Alain Gagnon de CDM et toute son équipe pour l’accès au Capitole lors de ce superbe spectacle et pour leur travail hautement professionnel comme organisateurs de la soirée.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





