by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 17, 2013 | Critiques d'Albums

Ocram
Praeludium (EP)
Le Black Metal a longtemps été dominé par les formations scandinaves, à quelques exceptions près, et ce n’est pas un secret. Cependant, depuis la glorieuse époque des années 1990, le mal et l’obscurité se sont répandus, ignorant les frontières et les différences culturelles. C’est ainsi qu’aujourd’hui, on peut retrouver des artistes de ce courant dans les lieux les plus improbables, comme sous le soleil de plomb de l’Andalousie en Espagne, où naquit le projet Black Metal éponyme du chanteur de la formation Blackened Death Metal Tsar Bomb et ancien bassiste-chanteur du défunt groupe de Black Metal mélodique Nox Invicta. Celui-ci nous livrait, le 30 mars de cette année, sa toute première offrande, un EP entièrement autoproduit de 7 pièces, qui plaira sans aucun doute aux amateurs de la seconde vague de Black Metal.
Dès la sinistre introduction éponyme de l’album et la première pièce intitulée « Rebirth », la qualité de la production se fait remarquer. Œuvre de l’unique membre d’OCRAM, celle-ci conserve l’aspect malsain et crasseux inhérent au Black Metal tout en étant superbement bien équilibrée. Tous les instruments sont audibles et nous permettent d’apprécier le talent de l’homme-orchestre qui est tout aussi habile avec sa guitare, sa basse, ses hurlements de possédé et sa programmation de percussions. Concernant ce dernier aspect, les percussions programmées sont particulièrement réussies, nous faisant presque oublier qu’il ne s’agit pas d’une vraie batterie.
En ce qui concerne le contenu musical, OCRAM demeure en terrain connu. En effet, « Rebirth », « My Last Prey », « My Death », « This is My Throne » et « Arrogant To The End » rappellent immédiatement Marduk et 1349 avec leur vélocité, leur blasbeats et leurs motifs cycliques aux mélodies infernales, mais contiennent aussi des passages au tempo traînant qui rappellent parfois le vieux Satyricon et les pièces plus lentes de Marduk. L’album s’achève d’ailleurs sur une reprise de l’éminent groupe suédois; l’ambiante « Opus Nocturne ». Si la qualité sonore et le talent musical sont au rendez-vous, l’originalité elle fait donc quelque peu défaut et l’auditeur expérimenté ne pourra s’empêcher de remarquer les influences évidentes de l’artiste, ce qui laisse une impression de déjà entendu qui en laissera certainement quelques-uns insatisfaits.
Cependant, entendons-nous bien, cela ne va quand même pas jusqu’au plagiat, c’est plutôt que les modes, mélodies, tonalités et les voix utilisées par OCRAM s’inscrivent clairement dans la tradition développée par les artistes susnommés. Cela dit, l’exécution est quant à elle impeccable et l’album plaira sans doute à ceux qui cherchent du bon Black Metal typique à se mettre sous la dent, sans trop se soucier de l’originalité.
En conclusion, le démon andalou connu sous le nom d’OCRAM nous a livré cette année une première offrande caractérisée par une production impeccable et un talent musical certain. Toutefois, cette première œuvre restera sans doute dans l’ombre des grands piliers historiques du Métal noir, car elle ne s’éloigne aucunement des sentiers que ceux-ci ont défrichés depuis les années 1990. En somme, cet album plaira certainement aux plus puristes des fanatiques du malin, alors qu’il laissera malheureusement les amateurs avides d’innovation plutôt froids. Découvrez cet album, sans la reprise de Marduk, en suivant ce lien.
7/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 15, 2013 | Critiques de Shows
Il y a de ces spectacles métaux à l’affiche qui sont étranges. Parfois c’est l’agencement de sous-genres qui est original, parfois c’est l’ordre dans lequel se produiront les artistes invités qui a de quoi provoquer des grattements de tête. Vendredi dernier, ces deux conditions étaient réunies pour le spectacle de La Corriveau en tête d’affiche l’Agitée de Québec avec son tout nouveau concept scénique, une présentation de Félix de Solaris Booking. En effet, l’affiche se composerait des rockeurs industriels montréalais de Projekt F en ouverture de soirée, suivis d’un groupe hommage à Deftones appelé Blind Colors, des rockeurs glamour montréalais de D.O.H et enfin du Groove/Thrash Metal moderne avec la tête d’affiche. Preuve qu’il n’est pas toujours simple (je ne blâme personne ici!) de composer une affiche viable sans sortir d’un cadre parfaitement logique, cette soirée avait le mérite d’être prometteuse pour moi en termes de qualité des artistes présentés, puisque j’avais entendu beaucoup de bien de Projekt F et que j’avais déjà vu La Corriveau brûler les planches au lancement d’Aeternam. En prime, j’aurais la chance de découvrir D.O.H, que je ne connaissais pas et d’entendre un hommage aux légendaires Deftones. C’est donc avec un très grand plaisir que j’acceptai l’offre de l’hyperactif Dave Rouleau qui animerait la soirée et souhaitait que je fasse le rôle du critique grincheux pour éviter qu’il se retrouve en conflit d’intérêts.
Un peu passé 19 h, nous arrivâmes, la petite Julie et moi, à l’éternelle Agitée, où nous menâmes une brève conversation sur le thème des guitares et des « shredders » avec le sympathique routier de Projekt F qui fumait une cigarette à l’avant pendant que je terminais une dose d’énergie en canette. Nous fûmes bientôt rejoints par Dave et nous pénétrâmes à l’intérieur après avoir conjuré la gardienne des portes infernales, Dania Forget. Aussitôt, nous pûmes constater que seule une poignée de spectateurs étaient arrivés, hormis les artisans de la soirée : François C. Fortin à la console de son, Félix de Solaris Booking et sa collègue de Montréal Sophie Mousseau-Saint-Onge, qui est aussi gérante du groupe D.O.H. Après quelques intéressantes conversations, Dave prit place sur la scène pour lancer son énergique animation et nous présenter le premier groupe de la soirée, Projekt F.
Sur papier, la formation montréalaise en question officie dans l’univers du Rock/ Metal Industriel. Fondée en 2006 par le chanteur, claviériste et compositeur principal Jonh M. Miller, le groupe s’est vite fait remarquer avec un Ep, intitulé 0000 (2009) et en faisant paraître un premier LP, intitulé Skins au mois d’avril 2013. Le reste du groupe comprend : Dany Burton (batterie), William Hicks (basse) et Riff (Guitare). En ce vendredi pluvieux, ils se présentèrent sur scène avec leurs maquillages de scène typiques très réussis devant une salle malheureusement assez timidement remplie à peine au cinquième de sa capacité. Faisant fi de tout cela, le frontman encouragea les spectateurs présents à avancer, n’hésitant pas à multiplier les descentes dans la fosse, allant même à faire participer les spectateurs au chant (dont votre humble serviteur), notamment durant l’excellente pièce « Room 13 ». Tout le groupe livra une prestation marquée par une présence scénique de premier ordre, une énergie palpable et un professionnalisme de calibre international. Musicalement, le groupe livra des pièces d’un Metal Industriel typique qui, tout en n’étant pas forcément hyperoriginal, était terriblement efficace et bien exécuté. La simplicité de leur musique se révéla être la racine de leur succès, car elle se transmet très bien en spectacle. De plus, le groupe bénéficia d’un excellent son de la part de François C. Fortin qui nous permit d’apprécier la qualité du chant de Jonh, qui alterne entre voix cleans et screams et la précision des musiciens. Je fus donc impressionné par la qualité de la prestation de Projekt F, mais ne pus m’empêcher d’être déçu de la case horaire qui leur avait été décernée. En effet, d’après moi un groupe de ce calibre aurait dû jouer en troisième, juste avant la tête d’affiche, et non en premier devant un public encore timide à cette heure précoce. J’appris cependant par la suite que le groupe aurait dû jouer en deuxième (ce que je ne crois pas suffisant non plus), mais qu’en raison d’un problème de logistique il a dû laisser sa place à Blind Colors. Si vous ne connaissez pas ce quatuor, allez vite consulter leur page facebook.
Après une seconde intervention de Dave, qui avait plein d’albums à donner et faire tirer, ce fut au tour de l’hommage à Deftones, Blind Colors, d’exécuter son tour de chant. Aussitôt, le doute envahit mon esprit. En effet, je n’ai jamais été un grand maniaque des groupes hommages et je me questionnais sur la pertinence de mettre un tel projet sur une affiche entièrement composée d’artistes originaux et après Projekt F qui plus est. Dès les premières notes, mes doutes furent en partie dissipés; oui, le rythme de la soirée était un peu cassé en raison de l’ordre des artistes, mais l’hommage qui nous était présenté était de très bonne qualité. Interprétant une série de succès de son légendaire mentor avec conviction, précision et talent, la troupe de Marc-André Gionet (chant, guitare) me transporta mentalement à l’époque de mon adolescence où se mélangeaient Nu Metal et Rock alternatif. Répliquant à merveille les sonorités du groupe et le chant caractéristique de Chino Moreno avec l’utilisation de maintes pédales d’effets, il ne suffisait que de fermer les yeux pour se croire dans un vrai spectacle de Deftones. Blind Colors a donc assuré une très bonne prestation, quoiqu’elle ne parvînt pas à me faire oublier le drôle de contexte dans lequel elle était placée, mais qui s’expliquait sans doute par le fait que le chanteur de la formation avait eu droit à toute une journée, se levant à 4 h du matin pour aller travailler à Montréal et revenir en soirée pour le spectacle, comme il le précisa dans une intervention entre deux pièces. Ils n’ont donc certainement pas eu le choix d’échanger leur place avec Projekt F.
Après un interlude où je pus faire connaissance avec un de mes collègues d’Ondes Chocs, le très sympathique Pat Graham et aussi avec Dany Burton de Projekt F et le photographe Phil Rousseau, Dave remonta sur scène pour introduire D.O.H. Avec des titres de chanson clichés tels que : « Speed Legend », « Hollywood Baby » et « Turbo Cowboy », le quintette de la Métropole pratique un Glam Rock/Metal tout ce qu’il y a de plus classique qui rappelle fortement les belles années de Motley Crüe, Poison et compagnie. La formation est composée de : Bross (chant), Alex Firebert (guitare), Chuck Stevens (guitare), Mitch Michon (basse) et Nikko Cyr (batterie). Sur scène, le groupe arriva fringué de façon si « années 1980 » que je ne pus réprimer un rire : foulards roses, veste en poil de minou, torse, nus, leggings trop serrés en paillettes et basse aux couleurs de l’Union Jack qui s’allume! Toutefois, le clou était le chanteur gogo-boy vêtu d’une panoplie de cowboy sado-maso avec les jambières de cuir et le fouet en fausse peau de serpent en prime. Côté musical, leur prestation allait se révéler excellente, dans le genre. Bien que leur style de prédilection soit loin d’être original en 2013, les musiciens donnent effectivement une performance précise et énergique qui démontre une très bonne maîtrise de leurs instruments respectifs. Le groupe sortit même des limites de son style pour nous offrir une reprise d’Anthrax, soit « Efilnikufesin (N.F.L.) » tirée du célèbre album Among The Living. Là où leur prestation souffrit un peu, ce fut du côté de leur aspect théâtral. En effet, le chanteur devait tenter un striptease devant le public qui était maintenant mieux garni et comptait de nombreuses filles qui semblaient être là pour eux en particulier. Cependant, le tombeur de ces dames se retrouva bientôt coincé dans ses jambières de cuir dont les lacets étaient pris dans le poil de ses pantalons ce qui donna lieu à une interminable scène cocasse qui provoqua l’hilarité de Dave, Pat Graham (qui immortalisa le tout!), ma blonde et moi. Tout cela lui fit manquer quelques lignes de chant, mais il poursuivit quand même avec des danses homos érotiques autour de son guitariste (WTF!) qui semblèrent plaire aux dames présentes. Leur prestation fut donc très divertissante, même si je ne suis pas parvenu à savoir si le groupe se prend au sérieux ou s’il se veut satyrique. Vous pouvez écouter leur musique en suivant ce lien.
Le tour de montagne russe tirait maintenant à sa fin et Dave monta sur la scène une dernière fois pour présenter La Corriveau. Le quintette originaire de Québec venait nous présenter un setlist pleine longueur se concentrant sur son excellent premier album, Soul Possession, sorti l’an passé, combiné a une toute nouvelle approche scénique comprenant des projections et une belle petite mise en scène. Pour ceux qu’ils ne les connaitraient pas encore, La Corriveau est un groupe qui joue un Heavy Metal moderne fortement teinté d’influences Thrash Metal et de Groove Metal à Pantera et Machine Head. C’est pesant, efficace et drôlement bien composé. La formation est constituée de : Marc Légaré (guitare rythmique), Diamond (chant), Glitche (batterie), Jasper (guitare soli) et Tim (basse). Débutant sa prestation avec une introduction enregistrée couplée d’une projection sur écran, le groupe enchaîna immédiatement son superbe single « Find A Way » de manière impeccable, professionnelle et débordante d’énergie. Toute la prestation du groupe fut d’ailleurs irréprochable y compris la mise en scène vers le dernier tiers de leur setlist qui comprenait un prêtre satanique et son chariot rempli de reliques qui fit une incantation avant retourner dans les profondeurs de l’Hadès. Les spectateurs, qui occupaient environ le tiers de la capacité de l’Agitée, semblèrent fortement apprécier la prestation livrée par la formation qui est certainement destinée à devenir une force majeure du Métal québécois. Je me serais d’ailleurs attendu à une foule bien plus imposante un vendredi soir pour un groupe de ce calibre, mais ce qui compte c’est que La Corriveau a assuré. Je vous encourage fortement à découvrir leur musique, si ce n’est pas encore fait en visitant ce site.
Enfin, malgré une affiche drôlement composée et variée, Solaris Booking nous a présenté une soirée métal de qualité où chacun des groupes a su tirer parti de cases horaires pas nécessairement avantageuses de prime abord. J’espère que Projekt F, entre autres, pourra jouer à une heure plus tardive à son prochain spectacle et que les spectateurs seront plus nombreux pour l’excellent groupe de Métal qu’est La Corriveau la prochaine fois qu’ils joueront dans leur patelin. Je souhaite aussi féliciter Blind Colors pour son hommage très bien monté à Deftones. D.O.H. a aussi un très grand talent dans son style, mais l’aspect théâtral sera à peaufiner pour éviter les problèmes techniques. Encouragez la scène locale, mécréants!
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 13, 2013 | Critiques de Shows

Vers la toute fin des années 1970 et au début des années 1980 apparut, principalement aux États-Unis, un nouveau courant musical, l’Hardcore-Punk. Combinant le nihilisme et l’anticonformisme des premiers groupes Punk avec l’agressivité et la puissance du Metal des premières heures, des groupes tels que : Black Flag, Bad Brains, Minor Threat, 7 Seconds, Dag Nasty et Misfits naquirent et révolutionnèrent la musique rock en général avec des chansons extrêmement courtes, parfois quelque secondes seulement, mais aussi violentes et efficaces. Le courant grandit, essaima et influença à son tour d’autres courants comme le Thrash Metal et des groupes comme : Celtic Frost, Bathory, Mayhem, Slayer et Metallica, qui en adoptèrent différents aspects avant de les intégrer dans des recettes toujours plus violentes, jusqu’à l’apparition de déclinaisons encore plus démentes comme le Grindcore de Napalm Death, par exemple. Or, au début des années 1990 apparut un courant qui allait être l’incarnation probablement la plus radicale et intransigeante de l’Hardcore Punk : le Powerviolence. Caractérisé par une rapidité hors du commun, des pièces extrêmement courtes, de constants changements de tempo, des breakdowns à la rythmique étrange et des thématiques lyriques politiquement et socialement chargées, ce genre difficile d’accès pour les masses connaîtra un développement toutefois intéressant dans la contre-culture des souterrains urbains crasseux. Tout cela nous mène au sympathique Pierre-Luc Germain, un organisateur de spectacles DIY qui avait concocté une soirée Powerviolence en invitant Despise You, un groupe très influent du genre fondé en 1995, à faire un arrêt à l’Agitée jeudi passé. Trois groupes québécois officiants dans le même univers seraient aussi de la partie : Vile Intent, Fistfuck et les chimpanzés enragés d’Apes (trop facile!). La table était donc mise pour une autre soirée violente et malsaine dans le temple de la musique underground.
Arrivés à ma résidence secondaire, c’est-à-dire l’Agitée, vers 19 h et des poussières, moi et ma précieuse Julie Bédard rencontrâmes l’organisateur de la soirée qui nous fit bénéficier de l’accès à la salle (merci beaucoup!) et allâmes rejoindre les quelques spectateurs et musiciens déjà arrivés sur la terrasse afin de laisser libre cours à notre alcoolisme. Bien que le ciel se fit menaçant et laissait présager un orage, l’ambiance était très décontractée et nous apprîmes rapidement que le spectacle prévu pour 19 h 30 commencerait avec du retard en raison de délais routiers pour certains des groupes invités. Tout cela nous permit de discuter brièvement avec Pierre-Luc Germain, qui travaille parfois avec Karl-Emmanuel Picard de District 7 Productions, mais organise aussi parfois des spectacles plus DIY pour ses amis musiciens, comme c’était le cas en ce jeudi. Pendant ce temps, la terrasse se remplissait avec un débit régulier et peu avant 20 h 30, au même moment où la pluie semblait vouloir débuter, Apes s’installa sur la scène et nous nous dirigeâmes à l’intérieur.
Apes est un quatuor de Québec qui se spécialise dans une forme très sombre de Grindcore/Hardcore caractérisée par des motifs de guitare distordue simples, lourds soutenus par une rythmique pesante et agrémentés d’une basse bourrée de distorsion. La voix du chanteur est composée de hurlements gutturaux malsains qui entraînent l’auditeur dans un univers sans issue et sans espoir. Lors de leur entrée sur scène, les spectateurs occupaient environ le tiers de la capacité de l’Agitée et se tenaient, probablement craintifs, au fond la salle. Le chanteur de la formation décida donc d’aller les chercher en exécutant l’ensemble de sa prestation directement dans la fosse, manifestant ainsi une attitude agressive tout à fait appropriée au style musical de son groupe. Celui-ci ne se gêna d’ailleurs pas pour inviter les spectateurs à se rapprocher à plusieurs reprises ce qu’ils n’eurent pas trop le choix de faire en raison de l’arrivée régulière de nouveaux venus. Le reste du groupe resta quant à lui installé sur la scène livrant leurs pièces, généralement de durée moyenne (entre une et deux minutes) pour le genre avec une relative sobriété, quoique non dénuée de mouvement. Apes livra donc une très bonne prestation bénéficiant d’un son très puissant, cependant celle-ci fut de trop courte durée. En effet, lorsque le groupe descendit de scène après à peine une vingtaine de minutes de prestation je restai plutôt sur ma faim. J’en aurais pris beaucoup plus! Ce sera pour une prochaine fois, car le groupe se reproduira le 21 juin prochain à l’Agitée avec Masakari, Khan et Rope. Vous pouvez écouter deux pièces du groupe en suivant ce lien.
L’orage était maintenant bien entamé dehors, la foule se faisait plus compacte et c’était maintenant aux vétérans de Fistfuck de monter sur scène. Le quintette qui définit son style comme Grind n’Roll existe en effet depuis 2003 et a trois albums pleine longueur, deux splits et un EP à son actif. Le groupe s’était dissout en 2008, mais s’est reformé en 2009 et se compose maintenant de : SteveJonk (voix, aussi dans Disjonktation et Mesrine), Déro (guitare), Dallaire (guitare), Crocko (basse, aussi dans Bombnation et Mesrine) et Yvan (batterie, aussi dans Disjonktation). Musicalement le groupe était le plus différent de la soirée, car celui-ci mélange son Grindcore aux thèmes humoristiques et absurdes avec des influences Rock qui se manifestent par des chansons plus structurées, longues et développées que celles du reste de l’affiche. Leur prestation, en ce jeudi soir orageux, fut puissante, intense et menée de main de maître par Steve, le frontman très habile avec son humour particulier entre les chansons et ses hurlements caractéristiques du Grindcore. Voici une jolie citation de ce dernier entre deux chansons : « Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de filles qui dansent en avant du stage! Allez-y, Fistfuck c’est de la musique de filles! » (LOL). Les autres musiciens ne furent pas en reste avec une performance précise et efficace, qui démontrait tout le savoir-faire de ces « grindeux » expérimentés. La foule démontra son appréciation en formant les premiers moshpits de la soirée, qui furent toutefois timides en raison des propriétés hautement glissantes du planché maintenant détrempé par les spectateurs qui arrivaient de dehors. Après un set qui tournait autour des trente minutes, Fisfuck céda la place au prochain groupe de la soirée. Si vous ne les connaissez pas, allez visiter leur Bandcamp.
Le quatuor de Powerviolence montréalais Vile Intent monta alors sur la scène pour livrer ses pièces de quelques secondes chacune. Le groupe pratique une forme particulièrement intransigeante de ce style qui frise parfois le Noise avec une utilisation forte de feedbacks de guitare contrôlés, de passages carrément piochés et déstructurés garnis de voix hurlées du chanteur et du guitariste se situant entre le guttural du Grindcore et le cri purement Hardcore de la vieille école. Le tout donne une impression de violence à peine contrôlée particulièrement réussie, se combinant à des thématiques nihilistes, politiques et sociales. En cette soirée leur prestation fut particulièrement bien menée du point de vue musical, ce qui n’a rien d’étonnant, compte tenu de la relative simplicité des pièces jouée, hormis la batterie parfois drôlement syncopée et changeante. Du côté de la présence scénique, leur prestation ne m’a cependant pas tout à fait convaincu. En effet, j’ai trouvé étrange que le chanteur laisse toujours le guitariste parler entre les chansons et aussi qu’il restât plutôt statique au centre de la scène hormis quelques brassages de tête. L’interaction avec les spectateurs en souffrit un peu, mais la performance d’ensemble du groupe fut quand même réussie d’après les réactions positives de la foule plus bruyante et active qu’auparavant. Après un bref setlist d’une demi-heure environ, le groupe se retira sans cérémonie pour faire place à la tête d’affiche. Le groupe conserve une esthétique très DIY et n’a pas de Facebook, ni de myspace, ni de Bandcamp et garde le mystère, tout comme Apes d’ailleurs, sur l’identité de ses membres. Vous pouvez cependant écouter et télécharger leur musique au lien suivant.
Le mythique groupe californien Despise You s’installa alors assez rapidement devant une salle maintenant aux trois quarts pleine, alors que j’eus la chance d’avoir une conversation sur les subtilités de la prononciation française avec le guitariste Phil Vera, qui me demandait comment se prononçait le mot « noire » de « bière noire » et le mot « veux » de « Je veux » pour commander son rafraîchissement favori dans la langue de la Belle Province! L’excitation était à son comble dans la salle, ce qui a sans doute un lien avec le fait que le groupe s’est relativement rarement produit sur scène malgré ses dix-neuf ans d’existence. En effet, le chanteur et leader du groupe, Chris Elder, a longtemps refusé de faire des spectacles en raison de son trac excessif et le groupe n’a pris la scène d’assaut qu’après sa reformation en 2006. De voir le quintette d’Inglewood faire un arrêt à Québec sur sa tournée de cinq dates était donc une chance inouïe. Pour les non-initiés, Despise You est un des groupes les plus influents du courant Powerviolence. Leur musique est composée de pièces extrêmement courtes basées sur des motifs de guitare sale très punks et agressifs et des paroles traitant de la vie de rue, de la consommation de stupéfiants, de misanthropie et de brutalité policière. Le groupe a aussi l’originalité de combiner les voix hurlées de Chris Elder avec les cris féminins de Cynthia Nishi, ce qui est plutôt rare dans ce style. Livrant une succession de brèves pièces efficaces avec une énergie palpable et une attitude sans compromis devant une foule conquise et active, Despise You nous prouva en cette soirée que son statut de groupe mythique ne se base pas sur du vent. En effet, la prestation fut enlevante avec son rythme effréné et son rendu impeccable de pièces qui sont parfois si courtes et rapides qu’elles réclament une attention particulière des musiciens. En effet, une seule petite erreur de synchronisation peut faire s’écrouler une pièce qui ne dure qu’à peine 30 secondes, mais Despise You a évité cet écueil avec brio. Bien entendu, le style pratiqué par le groupe ne sera pas accessible à tous, mais les non-initiées qui souhaiteraient se faire contaminer les tympans par cette musique étonnamment violente peuvent accéder à une multitude de sélections Despise You en suivant ce lien.
En conclusion, nous fûmes très satisfaits de cette soirée d’agression punk à l’Agitée et je désire remercier chaleureusement Pierre-Luc Germain pour les accès qu’il nous a gracieusement offerts, ainsi que pour l’organisation de ce spectacle de grande qualité. Malgré mes réserves quant à la prestation un peu froide de Vile Intent et le setlist un peu trop court d’Apes (on en veut plus les gars!), le spectacle fut une très belle réussite autant sur le plan de l’achalandage que de la qualité des groupes présentés et cela me fait souhaiter la venue d’autres groupes dans des styles plus obscurs que la moyenne à l’avenir!
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 9, 2013 | Critiques de Shows
Dans un de mes précédents compte-rendu de spectacle, nommément celui du superbe spectacle de Goatwhore et 3 Inches of Blood à l’Agitée le 22 avril passé, j’évoquais en introduction que la célèbre haine du chat Garfield envers les lundis provenait probablement du fait qu’il n’avait jamais assisté à un bon spectacle de métal un lundi soir. Je pourrais sans aucun doute vous servir la même introduction pour le présent compte-rendu de la venue de Vital Remains à Québec en compagnie de Deviant Process, qui donnait leur première prestation avec Antoine Baril à la batterie (Symbolic, ex-Augury et propriétaire du magnifique Hemisphere Studio) et de la formation lévisienne Upon Your Grave, le tout présenté par Mathieu Paré (Valfreya, Bookakee) et Corinne Cardinal (Valfreya) sous la bannière de Xtrem Productions. En effet, l’affiche était donc très prometteuse pour un soir de semaine aussi peu attrayant normalement et c’est donc avec joie que j’acceptai l’offre de l’omniprésent Dave Rouleau qui me proposa de faire la critique du spectacle à sa place, malgré le fait qu’il serait lui aussi de la partie.
C’est avec anticipation, en cette magnifique journée à la température estivale, que ma fidèle accompagnatrice et moi prîmes le désormais rituel chemin de l’Agitée, avec un détour vers un endroit où nous pourrions rassasier notre faim avant une soirée métallique, ce qui nous permit de croiser François C. Fortin, le soundman attitré de la soirée. Celui-ci nous donna encore plus hâte en nous parlant des prouesses de Jack Blackburn, le batteur de Vital Remains, pendant les tests de son. C’est donc après une véloce sustentation de nos besoins primaires, que nous arrivâmes à destination où je bénéficiai de l’accès à la salle, gracieuseté de Xtrem Productions (merci beaucoup Mathieu!) et où nous pûmes saluer Mathieu Paré et sa conjointe et chanteuse de Valfreya, Corinne Cardinal. Comme il n’était que 19h30 environ et que la température était superbe, nous optâmes immédiatement pour la terrasse et des rafraîchissements houblonnés en compagnie des membres de Deviant Process : Antoine Baril, JD Villeneuve (guitares, voix), Stéphane Simard (guitares,voix), ainsi que d’autres joyeux lurons tels que Jonathan Gauthier. Nous fûmes bientôt rejoints par la photographe Laura Morency, Dave Rouleau et les comparses de Morgue : le guitariste Iron et le chanteur Goliatt. Après d’intéressantes conversations et quelques breuvages alcoolisés, Corinne Cardinal, vers 20 h 15, nous annonça que le premier groupe allait entamer les hostilités.
À peine entrés à l’intérieur de l’Agitée, nous pûmes constater que la formation Upon Your Grave se tenait déjà sur la scène, mais incomplète. Le chanteur Jordan Jolicoeur nous expliqua, avant de commencer la prestation, que leur bassiste avait quitté la formation deux semaines auparavant et qu’ils se débrouilleraient donc avec une section rythmique amputée. Upon Your Grave est une formation de Lévis sur la Rive-Sud de Québec qui pratique une mixture sonore que l’on pourrait identifier comme faisant partie de la famille du Death Metal Mélodique à laquelle ils ajoutent des influences thrash, groove et core. En cette soirée, outre le vocaliste, la formation était composée d’Alex Grave (guitares), Sim Diamond (guitares) et de Manuel Allaire à la batterie. Entamant leur représentation devant une salle encore timidement garnie et des spectateurs plutôt froids, qui se tenaient majoritairement et silencieusement au fond de la salle, le groupe me laissa malheureusement plutôt sur ma faim. Tout d’abord, bien que les guitaristes et le batteur démontrent un talent technique certain et une exécution sans reproche, la musique qu’ils présentèrent me semblait souffrir d’un certain déficit d’originalité. En effet, bien qu’ils importent des influences diverses dans leur musique, celles-ci ne semblent pas être assez intégrées, ce qui fait que les motifs de guitare et les rythmiques utilisés donnent une trop grande impression de déjà entendu et une prévisibilité décevante. Assistant à leur performance, je ne pus m’empêcher de me dire, par exemple : « Tiens, voilà du Arch Enemy, un petit peu de vieux Entombed ici et une voix à la Dani Filth par là ». Un autre aspect qui me déplut, furent les excès du vocaliste du groupe qui sembla souvent déborder ses capacités en cherchant à en faire trop. Cela eut pour effet que les pièces donnaient parfois l’impression d’étouffer sous une surenchère de paroles et de voix différentes que le chanteur ne maitrise pas toujours. À ce chapitre, le chanteur était très efficace avec ses voix gutturales, mais ça se gâtait énormément lorsqu’il utilisait ses voix plus aiguës ressemblantes, comme évoqué précédemment, à celles du chanteur de Cradle of Filth. Le chanteur ne les place pas toujours sur les bons motifs et elles sortent parfois de sa portée. Enfin, la formation me donna bien souvent l’impression d’assister à un jam plutôt qu’à un spectacle. Effectivement, leurs amis étant très enthousiastes comparativement au reste de la foule, le chanteur s’adressait à ceux-ci en leur parlant souvent directement sans utiliser son micro, en utilisant des « inside » obscurs pour les autres et en semblant ignorer les autres spectateurs (WTF?). Malheureusement, je fus donc très peu convaincu de la performance du premier groupe.



Après un bref retour sur la plaisante terrasse de l’Agitée nous retournâmes à l’intérieur pour la prestation des virtuoses du Death Metal Progressif à haute teneur technique de Deviant Process. Mes attentes envers ce groupe étaient très élevées. Tout d’abord, parce que j’ai eu la chance de les avoir comme voisins de local lorsqu’ils évoluaient avec leur premier batteur, Olivier Genest, qui était d’ailleurs sur place lors du spectacle et, en outre, parce qu’Endless Horizon et moi avons enregistré notre album avec Antoine Baril et qu’il m’avait parlé en bien de leur premier EP, Narcissistic Rage, qu’il a enregistré avant de devenir leur batteur. Le groupe qui, à part les membres précédemment nommés, compte aussi sur les services de l’excellent Pierre-Luc Beaulieu à la basse ne me déçut aucunement et c’est un euphémisme. En effet, prenant d’assaut la scène avec leur musique hautement élaborée et comportant un nombre incalculable de notes, les gars nous livrèrent une prestation incroyablement précise et énergique devant une Agitée conquise et beaucoup mieux remplie que pour le groupe précédent. Leur setlist ne souffrit aucun temps mort, hormis un court intermède jazzé, et on put y reconnaître les excellentes pièces de leur premier EP. Le groupe nous présenta aussi des pièces qui se retrouveront sans doute sur l’album qu’ils sont en train d’enregistrer en ce moment et qui se révélèrent être tout aussi techniquement impressionnantes tout en étant à mon avis, plus accrocheuses. Outre la virtuosité sans égal des trois manipulateurs d’instruments à cordes, je me dois de souligner celle d’Antoine qui a brisé la glace avec une performance d’une précision millimétrique. La seule anicroche qui put être relevée pendant cette superbe prestation, fut les quelques problèmes techniques éprouvés par Stéphane Simard qui sembla perdre son amplificateur juste avant la dernière pièce de leur performance. Cependant, le problème fut vite réglé par François C. Fortin, qui par ailleurs nous a encore livré un son impeccable en cette soirée. Deviant Process ne mérite donc que des félicitations pour le spectacle qu’ils nous donnèrent en cette soirée et leur nouveau batteur nous démontra encore pourquoi sa réputation n’est plus à faire sur la scène métal québécoise. La foule était maintenant bien réchauffée et sans être complète, la salle était très bien remplie pour un lundi soir.






Après une troisième visite sur la terrasse où je pus déguster une autre bière offerte par la très sympathique Claudine Hasty (un gros merci!), qui devait animer un spécial Jeff Hanneman à son émission « Le Thrashoir » sur CKRL FM immédiatement après le spectacle, nous nous dirigeâmes sans tarder à l’intérieur pour la performance des vétérans du Death Metal, Vital Remains. La formation incomplète, suite au départ inopiné de son guitariste (remplacé par un nouveau à un jour de préavis!) et du fait que le bassiste n’a pas passé la frontière avant le début de la tournée, devait de plus composer avec les problèmes de voix de Brian Werner qui a attrapé une vilaine grippe depuis leur passage à Sherbrooke. Qu’à cela ne tienne, rien ne pouvait préparer Québec, l’assaut de Brian Werner (voix), Tony Lazaro (guitares), Jack Blackburn et leur nouveau comparse dont j’ignore le nom. En effet, dès l’introduction tirée de l’album Icons of Evil l’excitation monta dans la foule et éclata avec le premier blastbeat. Je fus complètement abasourdi par l’efficacité du Death Metal survitaminé du groupe en spectacle et par l’énergie dégagée par le chanteur, pourtant malade, qui multiplia les promenades sur le bar, dans la fosse et sur les tables de marchandise, tout en livrant une performance très correcte au vocal (pour un gars grippé c’était excellent). Les autres membres n’étaient pas en reste, notamment le nouveau guitariste qui semblait faire partie du groupe depuis beaucoup plus longtemps qu’en réalité. L’imposant batteur livra aussi une performance incroyable avec ses blastbeats effrénés, sa technique impeccable ressemblante à celle de Nicholas Barker et ses roulements de bass drums incroyablement rapides. Après une interprétation obligatoire de « Dechristianize » où Goliatt, le chanteur de Morgue, se fit prêter un micro supplémentaire par Brian Werner pour l’appuyer au vocal (wow!), le groupe se retira de la scène. La foule réclama alors un rappel à grand renfort de cris, c’est alors que le chanteur invita la foule à envahir la scène pour une reprise du légendaire groupe Deicide, l’indémodable « Lunatic of God’s Creation ». Je ne pus m’empêcher de me joindre aux hostilités et je peux vous dire que ce fut un moment d’extase pour tous ceux présents. En somme, Vital Remains, malgré les malheurs qui se sont abattus sur le groupe avant et pendant le début de leur tournée de l’est du Canada, a offert une performance grandiose et mémorable.





En somme, malgré la quantité impressionnante de spectacles offerts aux métaleux de Québec ce printemps, ce que l’on retiendra sans doute est la qualité des groupes qui seront venus se produire pour nous. Parmi ceux-ci il faudra retenir le passage de Vital Remains et de Deviant Process, un lundi soir à la température radieuse à l’Agitée. Pour ce qui est d’Upon Your Grave, malheureusement pour eux, je suis resté plutôt perplexe devant leur prestation qui n’était pas à la hauteur des deux autres formations présentes. Toutefois, je crois que le groupe a un potentiel certain qu’il pourrait mieux exploiter en recherchant une identité musicale qui lui serait propre, en améliorant les arrangements vocaux et en bonifiant son interaction avec les spectateurs. Merci à Xtrem Productions, Mathieu Paré et Corinne Cardinal pour l’accès à la salle! Merci à Laura Morency à la photographie!
Louis-Olivier « Winterthrone »B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mai 2, 2013 | Critiques d'Albums

Svalbard
« The Fall »
(2013)
L’année en cours est certainement un millésime prometteur pour le Black Metal québécois. En effet, après les excellentes offrandes consécutives de Monarque et Neige Éternelle, c’est maintenant aux vétérans de Svalbard de nous présenter leur premier LP en quelque onze années d’existence. Ayant maintenu leur barque à flot à travers les eaux parfois troubles de la contre-culture souterraine en nous laissant quelques sorties sur leur propre label (HSP productions) au passage dont deux albums live, trois splits et le EP Raising Hell (2012), est-ce que le quatuor de True Black Metal nous surprendra après toutes ces années à attendre un véritable opus complet? La réponse est oui!
Amorçant son massacre avec « Viking Raiders » et ses sirènes typiques signalant un blitz aérien, la formation de Québec nous prend d’assaut avec une production, œuvre de Jack Moose au Studio Sismique, digne des grands classiques du genre. Si la première chanson nous démontre une brutalité rappelant Marduk, Tsjuder et même le vieux Impaled Nazarene, avec des riffs très violents et certaines influences Grindcores dans la rythmique, le groupe enchaîne ensuite avec une pièce beaucoup plus mélancolique, épique et élaborée s’ouvrant sur un motif de guitare mélodique très efficace, l’épique « For The North ». Malgré son penchant pour un métal sombre qui reste fidèle aux origines scandinaves du genre et qui perd ainsi un peu au chapitre de l’originalité, Svalbard ne néglige donc pas la diversité. On aura ainsi droit à des pièces plus courtes et violentes telles que : « The Fall », qui contient un motif d’ouverture rappelant le Crossover Thrash des années 1980, « Étoiles Noires » et « Malignant Coronation », une excellente reprise de Tsjuder. Svalbard nous offrira aussi son savoir-faire en matière de pièces plus longues et élaborées avec les superbes : « For The North » et « War ». Enfin, la formation nous présentera même deux pièces acoustiques atmosphériques très bien montées : « Until You Take Me Away » et « Les Parcours de l’Âme », œuvre d’Ulroth, l’ancien bassiste et guitariste acoustique de la formation.
Comme mentionnée précédemment, la production crue et sans artifice de Jack Moose est parfaitement adaptée au style. Les guitares bien sales, la basse distordue et bien audible, la batterie très organique (pas de triggers ici!) bien présente sans toutefois tout enterrer et les grognements remplis d’effets maléfiques de Goat au vocal, tous les éléments contribuent à créer l’atmosphère obscure nécessaire à un excellent opus de Black Metal pur. Ma seule véritable réserve se situe au chapitre du calibrage du vocal qui est parfois un peu trop écrasé dans le mix. Cela fait en sorte qu’on a parfois l’impression qu’il est un peu trop à l’arrière-plan alors qu’il amène un côté encore plus malsain très approprié à la musique de Svalbard. Je dois aussi souligner la qualité de la présentation visuelle de cet album. En effet, l’œuvre en ton de gris représentant une cathédrale et un Christ crucifié sur une croix surmontée d’un pentagramme est très réussie et Svalbard nous présente ses paroles dans un beau livret détaillé avec les photos des membres, ce que je trouve toujours plaisant de la part d’un groupe. Tout pour plaire aux fanatiques, quoi!
En somme, Svalbard nous démontre tout son sérieux avec The Fall, qui vient couronner onze années de pur Black Metal pratiqué dans l’underground. Loin de s’essouffler, la formation de Québec nous a préparé un album qui surpasse les attentes avec une production adaptée au genre et une diversité de chansons qui respecte l’esthétique « True » que le groupe a adoptée depuis ses débuts. J’encourage tous les amateurs de vrai Black Metal à découvrir cet album qui ne les laissera sûrement pas sur leur faim.
8/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas