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The Outborn

 

Je n’ai jamais cru à l’objectivité pure. Pour moi, il est impossible d’atteindre cet idéal philosophique pour la simple et bonne raison qu’il restera toujours des parcelles de goûts, préjugés et autres idées purement subjectives qui orienteront le jugement d’un être humain par rapport à n’importe quel sujet, mais surtout par rapport à l’art. Effectivement, l’art est un domaine où l’irrationnel, le subjectif, prédomine. L’art est une création faite à partir d’émotions vécues par l’artiste pour les transmettre à un public, qui retransmet une énergie émotive à l’artiste en retour. Donc, la seule façon pour une personne qui prétend à « critiquer » une œuvre d’art quelconque de se rapprocher de l’objectivité est d’admettre ses biais d’entrée de jeu : Je ne suis pas un grand fanatique de Metalcore, Deathcore et toutes leurs déclinaisons. Cependant, j’ai toujours été un mélomane ouvert d’esprit qui ne s’impose pas de limites stylistiques et qui se méfie des clichés et des préjugés. Il y a donc quelques groupes de ces courants que j’ai su apprécier au cours des années : Despised Icon, The Faceless, The Agonist et Unfallen en sont des exemples. De plus, étant moi-même issu d’une mouvance plutôt Punk Hardcore (des années 1980-1990) et du Metal extrême en général, je comprends quand même très bien les racines de l’hybridation stylistique qui a mené à l’apparition de ces genres. Ceci étant dit, il y avait longtemps que je n’avais pas fait une incursion dans un spectacle de cet univers peuplé de breakdowns, d’oreilles distendues et de katas pratiqués dans la fosse (allo les clichés!). En fait, ma dernière véritable expérience dans un spectacle entièrement « Core » était celle du spectacle d’adieu de Despised Icon à l’Impérial en 2010. Donc, lorsque le mouvement perpétuel nommé Dave Rouleau me demanda de couvrir ce spectacle dédié à quatre formations québécoises montantes qui officient dans cet univers, je sautai sur l’occasion. Cela allait me donner l’opportunité de sortir de ma zone de confort habituelle et de jeter un œil à l’évolution de cette scène que je savais déjà fort prolifique en ces contrées.

C’est donc à peine remis du « Council of Hell » de la veille que je me dirigeai, accompagné de ma délicieuse compagne vers mon logis d’adoption, l’Agitée, en cette belle soirée de la fin d’avril. Arrivés vers 20 h dans le temple de la musique underground à Québec je bénéficiai avec remerciements de l’accès de la part de Charles Miller, qui organisait ce spectacle en collaboration avec Exofest. Aussitôt, j’aperçus dans la salle un certain Alex Deleon-Cativo armé de sa fidèle caméra et j’en profitai pour piquer une conversation avec lui. Celui-ci était excité quant à la soirée à venir et m’assura qu’on aurait droit à ce qu’il se fait de mieux en matière de Deathcore au Québec en cette soirée. Nous discutâmes aussi du fait que The Aftermath évoluerait à cours d’un guitariste en raison de l’absence de Raphaël Malenfant, qui devait répondre à des obligations professionnelles de soundman (chose que j’avais apprise la veille, puisque Raphaël était le soundman du Council of Hell). Comme la veille, la foule tardait quelque peu à se constituer à l’intérieur de l’Agitée, probablement en raison du beau temps qui régnait à l’extérieur. Les promoteurs décidèrent donc de reporter l’entrée en scène de The Outborn à 21 h. Cela me permit de constater que le public était différent de celui qu’on retrouve lors des spectacles de mes styles de prédilection (Black, Death, Thrash). Généralement plus jeunes, sapés de manière beaucoup plus décontractée, les spectateurs affluaient toutefois de façon régulière dans la salle. Cela entraîna une réflexion sur la segmentation de plus en plus évidente de la scène métal, propos que je partageai avec Maxime Gélinas, guitariste des groupes Unfallen et Black Khox accoudé près de nous au bar.

Vers 21 h, The Outborn (Québec) s’installa sur la scène de l’Agitée devant une centaine de spectateurs et aussitôt le chanteur Max « Viktorr » Martel réclama un pichet d’eau et de la bière au bar pour commencer sa prestation. Cela laissait présager une performance brutale, mais l’effet souhaité par cette manifestation d’attitude fut quelque peu amoindri par le fait que le barman était occupé avec plusieurs clients, ce qui causa un drôle de temps mort où le reste du groupe improvisa des remerciements aux organisateurs et au public qui leur a permis, grâce à leurs votes à un concours, de faire la première partie de The Faceless, à l’Agitée, le 6 juin prochain. Une fois les demandes du vocaliste remplies, la formation composée de : Rick « Bidou » Lepage (guitare rythmique), Gabriel « Gilbert » Joly (guitare soli), Chris « Mika » Peretti (basse) et John « Ninjon » Bourgeois (batterie), entama sa violente performance. Le groupe pratique un Deathcore progressif qui se rapproche des styles développés par Between the Buried and Me, Job For A Cowboy et The Black Dahlia Murder. Leur musique se caractérise par une dominante de motifs Death Metal, des passages progressifs mélodiques très intéressants et une dose modérée et bien utilisée de breakdowns caractéristiques. Par-dessus tout cela, le frontman Viktorr rajoute, en alternance, ses impressionnantes voix gutturales, aiguës et hurlements hardcores. Nous avons donc eu droit à une très solide prestation du groupe qui démontre une grande maîtrise de son matériel d’une complexité technique élevée et une très bonne énergie sur scène. De plus, le groupe a même interprété une chanson à trois vocalistes avec la présence de William Lapointe (The Aftermath) et Francis Naud-Mostert (Unfallen) qui se joignirent avec leurs micros à l’imposant chanteur de The Outborn pour déclencher les hostilités dans la foule. Je fus donc agréablement surpris par le premier groupe qui nous livra une prestation très professionnelle et débordant d’énergie. Allez écouter les trois chansons disponibles sur leur page facebook.

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La prochaine formation à s’amener sur scène était The Aftermath, comme je l’ai mentionné plus haut ceux-ci devaient livrer leur prestation à cours d’un homme avec l’absence du guitariste Raphaël. Toutefois, comme celui-ci m’en avait parlé la veille, cela leur permettrait de jouer des nouvelles pièces encore plus brutales qu’il n’a pas encore eu le temps de travailler. The Aftermath officie dans un style plus près de mes intérêts habituels; une mixture de Brutal/Death Metal et de Grindcore, qui mise sur une forte dose d’agressivité, des rythmiques brutales et des motifs de guitare hautement complexes. En cette soirée le groupe était composé de : William Lapointe (vocal), Stéphane Simard (guitares, aussi dans Deviant Process), Phillip Cimon (basse) et Alexandre Savard (batterie). Encore une fois, je fus impressionné par une performance scénique aussi brutale et violente que la musique du groupe. William, au chant nous fit une démonstration d’agressivité à peine retenue en n’hésitant à brutaliser la foule et même à démolir une cymbale et son pied directement dans la fosse tout en continuant de nous attaquer de sa voix gutturale. Stéphane Simard, encouragé par les invectives de son collègue JD Villeneuve de Deviant Process, livra une solide performance à la guitare en nous faisant même totalement oublier l’absence de son comparse Raphaël. The Aftermath nous présenta certainement une des prestations les plus relevées de la soirée et je vous encourage à surveiller l’ascension de cette formation de Québec. Quelques pièces d’une sortie intitulée, Meurs, sont disponibles sur leur page facebook. Suivez ce lien parce que plusieurs autres groupes partagent leur nom.

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Sur papier, ç’aurait été maintenant au tour d’Epiphany from the Abyss de faire son entrée sur scène. Cependant, pour éviter un phénomène dont je vous ai parlé dans ma précédente critique, c’est-à-dire la tendance (que je déteste) qu’ont les gens de quitter la salle après les groupes locaux, les organisateurs de la soirée ont eu la bonne idée de faire jouer Obsek avant eux. Toutefois, cela n’empêcha pas de nombreux spectateur de déserter la salle pour aller flâner dehors alors que la troupe de Rouyn-Noranda, qui a fait plus de neuf heures de route pour se rendre à Québec, commençait sa prestation, ce que je trouve hautement irrespectueux. J’en profitai donc pour saluer, de la part de Dave qui les avait rencontrés à Rouyn à la mi-avril, Nicholas Gagné et Simon Turcotte, les deux sympathiques chanteurs de la formation, peu avant qu’ils n’entament leur show. Obsek joue un deathcore qui laisse beaucoup de place aux mélodies de guitares tout en comprenant des beakdowns caractéristiques du genre. Les deux vocalistes échangent des voix plus Death (principalement Nicholas) et plus Hardcore (Simon). Outre ce duo vocal, la formation est composée de : Benoit Breton (batterie, aussi dans Cryptic Howling), Seb Thériault (guitares), Miguel Hunter (guitares) et Guillaume Audet (basse). La troisième formation livra une prestation tout aussi relevée que les deux premières en démontrant tout autant de professionnalisme et d’expérience scénique. On peut d’ailleurs constater en consultant leur page Facebook que les gars ont partagé la scène à maintes reprises avec des formations importantes et que le groupe existe depuis 2004. Ainsi, malgré son attitude réticente du début, la foule se retrouva de plus en plus compacte au fur et à mesure que la prestation avançait et quelques malades, dont le batteur de The Outborn, nous démontrèrent leurs aptitudes au karaté dans la fosse, ce qui plut certainement aux membres d’Obsek. Leur premier album Traumatic Experiment  (2010) est disponible en téléchargement sur Bandcamp et je vous conseille fortement son achat, si vous aimez le genre.

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Après ces trois excellentes entrées en matière, ce fut maintenant au tour d’Epiphany from the Abyss d’entamer son tour de chant. Le groupe officiant dans le domaine du Technical Deathcore fortement inspiré de Despised Icon comprend : Anthony Caron (vocal), Mathieu « L’Inde » Dhani (vocal), Tristan Tremblay (8 cordes), Jamie Roy (guitare), David « Dov » Rousseau (basse, aussi dans Unfallen) et Alexandre « Xander » Delisle-Drouin à la batterie. Visiblement attendue du public qui se pressa devant la scène, la jeune formation née en 2010 vint nous présenter un spectacle tout aussi rodé et énergique que les autres groupes de la soirée. Toutefois, sa musique fortement axée sur les breakdowns à répétition et presque dénuée de véritables motifs de guitares mélodiques me rejoignit beaucoup moins. Cela étant spécifié, je me dois de souligner la performance de Tristan avec sa guitare à huit cordes qui est un véritable virtuose, qui écrit les pièces du groupe, qui présente des soli très bien composés et qui amenait de très bons motifs, malheureusement souvent gâchés par l’abus de cassures rythmiques précédemment évoqué. Cet abus m’a empêché d’apprécier à son plein potentiel la qualité technique et mélodique des compositions du groupe. Le travail des deux vocalistes est aussi à souligner, chacun exécutant des voix complémentaires (Mathieu dans un registre plus aigu et Anthony dans un registre plus guttural) efficaces et bien placées. Malgré mes réserves, la prestation fut très appréciée du public, dont les trois jolies groupies en chef du groupe à l’avant. Vers 1 h du matin, la soirée était donc terminée.

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Pour conclure, je fus donc très satisfait, en prenant le pouls d’une scène que j’avais délaissé depuis trop longtemps, de constater que ladite scène semble regorger de groupe au talent et au professionnalisme incontestables. Malgré certaines réserves qui tiennent plus à mes préférences de métaleux qu’à de grosses lacunes objectives, j’ai été impressionné du foisonnement et de la cohésion entre les membres de ces groupes qui forment une clique qui se soutient. Cependant, cela m’a aussi permis de constater une segmentation que je trouve parfois un brin trop hermétique entre les différents courants de Metal. En effet, j’ai vu de nombreux visages lors de ce spectacle que je ne vois pas dans les spectacles d’autres genres et inversement. Je trouve très dommage que les amateurs d’un style de Metal ne soient pas plus ouverts aux autres courants de ce genre merveilleux. Une plus grande ouverture et une plus grande unité des métaleux seraient sûrement bénéfiques pour tout le monde. En terminant je remercie Charles Miller et Exofest pour l’accès et Alex Deleon Cativo pour les photographies!

Louis-olivier « Winterthrone » B. Gélinas