Messianisme métallique…

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Festival d’Été de Québec, vendredi 12 juillet 2013 : Guns N’ Roses sur les Plaines d’Abraham. Une telle entrée dans la programmation du FEQ aurait pu être extrêmement intéressante, si le vrai groupe en question était encore de ce monde. Or, il n’en est rien. En effet, l’incarnation actuelle du controversé et célèbre groupe de Hard Rock ne comprend plus aucun des membres qui ont contribué à sa renommée hormis le prétentieux, désagréable, surévalué et maintenant bedonnant AXL Rose et le claviériste Dizzy Reed. De plus, les performances récentes du groupe, pour le moins inégales, font qu’il a acquis la réputation de n’être qu’un vulgaire hommage à GNR plutôt qu’une véritable incarnation du groupe. Je n’avais donc aucune envie d’aller me joindre à une foule immense de curieux qui ne connaissent que quelques succès du groupe pour encourager les lubies d’un être que je déteste profondément, à l’exception de son talent passé de chanteur. Heureusement, Félix de Solaris Booking nous préparait une alternative très intéressante avec la venue à l’Agitée de Mass Murder Messiah, qui lancerait son EP The Rise of Evil en cette chaude soirée de juillet. J’étais donc heureux de faire un pied de nez à AXL et ses amis qui se prennent pour Guns et d’aller me gaver de véritable métal avec de vrais métaleux.

C’est donc à 19 h que ma tendre moitié et moi arrivassions à notre résidence secondaire où nous profitâmes du chaud soleil estival en déglutissant une cervoise bien méritée sur la terrasse. Nous fûmes bientôt rejoints dans notre beuverie par le sympathique Pascal Chenard et la tornade Dave Rouleau, puis vers 20 h nous entrâmes à l’intérieur où je bénéficiai de l’accès, gracieuseté de Solaris Booking, puis je saluai Dania Forget à la porte et François C. Fortin derrière la console avant que l’on ne s’installe pour assister à la performance d’Oneiric.

Oneiric est une formation Metalcore de Québec qui existe depuis 2004 et qui nous présentait, cette soirée-là, son dernier spectacle accompagnée du bassiste Sam Matte. Fringués de manière conforme au style dans lequel ils évoluent (oreilles distendues, tatouages, casquettes de baseball et vêtements de skateboard), les membres du groupe prirent d’assaut la scène avec les motifs de guitare techniques de Simon B. et Éric, la basse omniprésente de Sam et les voix gutturales de Frad. Du côté de la batterie, Lehou frappait ses peaux et ses cymbales avec une force remarquable, mais sa performance fut cependant amoindrie par le fait qu’il ne semblait pas toujours à l’aise derrière ses tambours. Cela provoqua malheureusement quelques passages plutôt laborieux. Frad, quant à lui, décida de rejoindre les quelques spectateurs qui se tenaient à bonne distance de la scène en se plaçant directement dans la fosse pour chanter, ce que je trouve toujours très bien : « S’ils ne viennent pas à toi, va à eux! ». Toutefois, sa présence scénique souffrit d’une trop grande économie de mouvement, de manque de regards vers les spectateurs et du fait qu’il restait statique et se retournait, tel un simple spectateur, vers son groupe lorsqu’il ne chantait pas. Les deux guitaristes et le bassiste donnèrent quant à eux un très bon spectacle mouvementé et on peut même dire que Sam vola le rôle de frontman en étant très démonstratif dans son jeu et en intervenant fréquemment entre les pièces. Le groupe acheva sa bonne prestation dans l’ensemble, avec une reprise plutôt comique de « The Bad Touch » de Bloodhound Gang qui amusa bien les quelques spectateurs présents. Si cette formation correspond à vos goûts musicaux, sachez qu’elle a deux albums à son actif dont le dernier, Perennial Blackout, est sorti le 24 janvier dernier. Vous pourrez vous informer sur les activités d’Oneiric ici.

 

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Après un (trop) court entracte passé en bonne compagnie sur la terrasse, nous nous précipitâmes à l’intérieur en nous apercevant que Meet the Mailman avait déjà entamé son tour de chant et en était à la seconde pièce de sa manche. Très originale et unique en son genre, la formation de Québec pratique un Thrash Metal teinté d’influences progressives, d’influences Power et de claviers. Voyant le groupe pour la seconde fois sur scène, je ne pus m’empêcher d’être épaté encore une fois par la qualité de leur prestation. La voix agressive et le charisme très particulier de Miguel Arsenault; le jeu irréprochable et la précision chirurgicale des guitares de Martin Robitaille et Dominic Brillant; l’ossature rythmique solide et efficace érigée par Vincent Pruneau à la batterie et Mathieu Théberge à la basse; l’atmosphère de films d’horreur et les envolées mélodiques de Jean-François Durand au clavier, tous ses éléments se combinaient pour nous en mettre plein les oreilles et la vue. Dave Rouleau sembla d’ailleurs hautement impressionné par ce qui se déroulait devant nous, lui qui n’en était qu’à sa première fois avec Meet the Mailman. Très constant, le groupe nous offrit donc une sélection de ses meilleures pièces sans anicroche et avec un savoir-faire impressionnant qui laissa les spectateurs présents pantois. Si cet ovni musical de chez nous pique votre curiosité, cliquez de ce côté.

 

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Encore une autre brève sortie sur la terrasse, et nous revenions rapidement à l’intérieur afin de ne rien manquer de la performance de la jeune formation Metalcore Behind the Revolver, qui terminait son installation sur la scène de l’Agitée. Évoluant depuis 2010 sur la scène locale, le quintette compte parmi ses rangs : Yan Mottard au vocal, Alex Deleon-Cativo à la basse, Rémy Bouthillette à la batterie, Mario Bouthillette et Tomy Robert aux guitares. Contrairement à la troupe précédente, Behind The Revolver se replie sur une forme plus conventionnelle de son style de prédilection; soit, le mélange bien connu entre une infusion de Breakdowns et de voix hardcores et une torréfaction de virtuosité et de motifs métalliques, mais le fait avec une efficacité surprenante. Effectivement, en cette soirée caniculaire, leur performance fut d’une précision musicale exemplaire combinée à une présence scénique explosive. À ce chapitre, je me dois de souligner le grand talent de Yan Mottard, qui nous livra sa prestation avec un très grand charisme et une énergie palpable. Les autres membres du groupe ne furent pas en reste, ne lésinant aucunement sur les mouvements et les contacts visuels avec les spectateurs. Je fus donc agréablement surpris par mon premier spectacle de Behind the Revolver, un groupe qui a un très bel avenir en perspective, j’en suis certain. Si vous ne connaissez pas encore ce nom, je vous conseille d’aller voir cette page.

Une dernière pause-terrasse et nous étions prêts pour la tête d’affiche; Mass Murder Messiah et leur « Rockcore » mélangeant motifs de guitare Thrash, structures accrocheuses, breakdowns et voix agressives. Le groupe montréalais existe depuis 2009, a un album à son actif et nous présentait son nouvel EP  Rise of Evil disponible en téléchargement gratuit sur leur site, tout comme leur opus précédent. La formation menée par Jef Fortin (Anonymus), compte aussi parmi ses rangs : Jean-Michel Vallières au vocal, Vince « Watou » Bourassa à la guitare et au vocal d’appoint, Fred Bizier à la basse et Sammoth à la batterie. En cette humide nuit de juillet, j’assistais à un de leurs spectacles pour la première fois et j’appréciai grandement ce qui me fut présenté. En effet, le groupe nous offrit une prestation précise, endiablée, mouvementée et sans compromis. Bénéficiant d’un excellent son, grâce au travail exemplaire de François C. Fortin à la console, ceux-ci nous démontrèrent donc leur talent et la grande aise qu’ils ont sur scène. Je pus aussi noter l’efficacité de leur musique aux nombreux passages accrocheurs qui font facilement embarquer les spectateurs. Malheureusement, je me dois de relever qu’une bonne part desdits spectateurs avait mystérieusement déserté la salle, comme cela arrive souvent lorsque le dernier groupe de la soirée est de l’extérieur, ce que je trouve très irrespectueux. Quoi qu’il en soit, Mass Murder Messiah nous présenta une excellente prestation qui démontre son statut de nouvelle force du Metal québécois et je n’ai aucun doute que ce groupe est promis à un avenir prospère.  Aller voir leur page facebook et téléchargez leurs deux opus gratuitement ici.

 

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En somme, tels des messies du véritable métal, Solaris Booking et leurs invités du 12 juillet à l’Agitée ont offert une alternative plus qu’intéressante à la venue de la farce pathétique d’AXL Rose et ses petits amis sur les Plaines. De plus, nous pûmes y bénéficier des prix très sympathiques et de la variété de produits alcoolisés de l’Agitée, contrairement à ceux qui ont opté pour les Plaines et la Molson Dry en canette à 6,25 $ l’unité, tout en encourageant des vrais groupes de métal québécois et non des « has-been » défraîchis. Je termine en remerciant chaleureusement Félix de Solaris Booking pour les accès!

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Fantaisie fromagée, psychose cybernétique et violence

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Avant de commencer cette revue critique, j’aimerais retourner dans le passé brièvement, plus précisément dans la seconde moitié des années 1990. À cette époque, ma soif de littérature fantastique et de virtuosité musicale m’attira vers un courant métal en plein essor à ce moment; le Powermetal. Étant à la fin du secondaire, j’avais déjà découvert plusieurs de mes styles musicaux de prédilection, mais le Power devint de  plus en plus important dans mes choix musicaux. J’étais complètement conquis par cette musique à grand déploiement, les chanteurs/chanteuses aux voix titanesques et opératiques et les paroles inspirées de mes auteurs favoris, tels que l’immense Tolkien. C’est ainsi que je découvris, les uns à la suite des autres, des groupes comme : Stratovarius, Rhapsody, Sonata Arctica, Nightwish, Blind Guardian, Helloween, Gamma Ray, Symphony X, Iced Earth, Edguy…etc. Ma passion pour ce genre se poursuivit au début de la décennie suivante et c’est à ce moment que Tobias Samnet, le chanteur d’Edguy mit au monde Avantasia, un projet d’opéra grandiose enraciné dans le Powermetal et le Hard Rock. Je fus immédiatement conquis par l’œuvre conceptuelle en deux parties qui en résultat en 2001-2002 et qui devait être la seule du super groupe comprenant de nombreux musiciens et chanteurs invités de marque. Lors de mes premières écoutes de cet opus en deux parties, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que cette musique et ses harmonies vocales élaborées donneraient en spectacle, mais le projet était censé se limiter au studio.

Cependant, le courant Power s’essouffla progressivement au milieu des années 2000 en raison de plusieurs facteurs: sa répétitivité (toujours en 4/4, structures prévisibles et chant presque toujours en falsetto), les excès de fromage des paroliers (lire « cheezyness »), et des albums de plus en plus médiocres de la part de plusieurs des groupes séminaux du genre (Stratovarius et son album éponyme, Sonata Arctica, Unia, Rhapsody of Fire Triumph or Agony). Tout cela fit en sorte que je délaissai de plus en plus ce courant pour me concentrer sur d’autres formes de métaux que je trouvais plus constants en qualité et plus variés en son. Au même moment, Tobias Samnet faisait d’Avantasia un super groupe permanent qui allait même éventuellement se produire sur scène, une fois en 2008, puis régulièrement, tout en délaissant lui aussi le son Power pour une forme plus accessible encore de Hard rock à grand déploiement, qui me laissait plutôt perplexe quoique j’appréciai quelques-unes des nouvelles pièces. Tout ceci nous mène en 2013, lorsque j’aperçus le nom Avantasia sur la programmation du Festival d’été de Québec, aussitôt je me frottai les yeux pour m’assurer que c’était bien réel et je commençai à me demander si Avantasia, pour son premier passage à vie en Amérique du Nord, allait venir en tant que super groupe ou sous une forme plus réduite, étant donné la logistique et les coûts qu’implique la venue d’un groupe de plus d’une dizaine de membres venant d’Europe et des États-Unis. Une chose était toutefois sûre, je ne manquerais pas ce spectacle.

C’est ainsi, qu’armés de pied en cap, ma fée et moi montâmes l’escarpement vers le mythique pigeonnier en cette belle soirée chaude et humide de juillet. Arrivant aux abords de l’amphithéâtre naturel que constitue le parc de la Francophonie peu avant 19 h nous y rencontrâmes Christian « LordGore » Godin (guitariste d’Endless Horizon) ainsi que son frère Phil Godin (guitariste-chanteur des Résiduents d’Amerdique) avant d’entrer sur le site et d’apercevoir Marc Légaré (propriétaire du Sonum et guitariste de La Corriveau) qui recherchait activement le fantomatique Dave Rouleau. N’apercevant nulle part cette tempête humaine, nous en conclurent qu’il devait être quelque part en train d’interviewer un groupe au téléphone, tout en conduisant et en faisant une de ses capsules sur son portable. Quelques minutes après ces plaisanteries, Never More Than Less entra en scène.

Le groupe de Québec qui définit son genre comme étant du «Artcore», un mélange de Métal, de Hardcore, de Rock et de Punk, qui existe depuis 1999 et qui a trois albums à son actif, avait effectivement la difficile tâche d’ouvrir la soirée pour deux groupes aux styles bien différents. Qu’à cela ne tienne, Never More Than Less possède une grande expérience de scène glanée au fil de tournées qui ont mené la formation dans plusieurs coins du Canada et même de la France et ils étaient visiblement conscients de l’opportunité qu’ils avaient en jouant au FEQ. Le groupe livra donc une courte performance endiablée et extrêmement énergique qui bénéficia d’une sonorisation exemplaire. La foule déjà nombreuse et bien dégourdie répondit très bien à cette performance de maîtres en déclenchant sans attendre les hostilités dans la fosse et en ne ratant pas une occasion de marquer son appréciation du spectacle à grand renfort de cris. La formation composée de Paul DiGiacomo (chant), Louis Martineau (guitare), David Ouellet (basse) et Patrick Labbé (batterie et chant) a donc largement réussi sa mission et a réussi à faire oublier les divergences stylistiques de la soirée en embarquant avec elle une bonne part des spectateurs présents. Les membres de NMTL ont ainsi prouvé qu’ils méritent pleinement leur statut de groupe de pointe à Québec.

 

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Après un entracte relativement court, le mythique groupe québécois de Thrash Metal aux accents progressifs Voivod prit la scène d’assaut pour nous livrer sa première prestation en sol québécois de l’année, suite aux problèmes de santé de Snake (vocal). Aussitôt, je remarquai que le son était beaucoup moins puissant et défini que pendant la prestation précédente. Toutefois, cela ne freina en rien les ardeurs de ces légendes vivantes qui semblaient en très grande forme et donnèrent une prestation mouvementée et garnie des incontournables classiques issus de leur longue carrière (« Forgotten In Space », «  Voivod », « The Unknown Knows », « Astronomy Domine (reprise de Pink Floyd)», « Tribal Convictions », « Ripping Headaches » et « Chaosmöngers »), ainsi que deux pièces de leur dernier effort Target Earth (2013) : « Target Earth » et « Mechanical Mind ». Le groupe que j’avais vu en spectacle à de nombreuses reprises fut donc égal à sa réputation légendaire et nous offrit une excellente prestation qui plut beaucoup à la foule maintenant compacte qui se massait au parc de la Francophonie. On put ainsi assister à un « circle pit » qui ne connut pas de répit avant la toute fin de la représentation de Voivod et Snake nous démontra l’étendue de ses capacités à faire des grimaces qui collent à l’imaginaire tordu développé par le groupe. En somme, ce fut donc une superbe prestation pour Voivod malgré les défaillances sonores et le fait que le groupe évolue dans un créneau très différent de la tête d’affiche de cette soirée. La foule était donc maintenant bien réchauffée pour Avantasia.

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Comme je le mentionnais plus haut, ma grande question en me préparant pour ce spectacle était de savoir si on aurait droit à toute la grandiloquence de l’Opéra métal d’Avantasia ou si on se replierait sur une version plus sobre du super groupe. La réponse me fut en partie livrée pendant l’entracte, alors qu’une l’installation scénique sous forme d’escalier comprenant plusieurs micros et un grand espace, fut révélée à nos regards inquisiteurs. Puis, l’éclairage de scène s’anima pendant l’introduction « Also Sprach Zarathustra » de Richard Strauss et la magie opéra. En effet, dès l’entrée en scène du groupe, nous pûmes noter une sonorisation s’approchant dangereusement de la perfection et la présence de tous les musiciens, très connus dans l’univers du Powermetal européen, qui ont fait la renommée actuelle d’Avantasia : Sascha Paeth à la guitare, Oliver Hartmann à la guitare et au chant, Michael « Miro » Rodenberg aux claviers, Felix Bonhke (Edguy) à la batterie, André Neygenfind à la basse, les choristes de renom Thomas Rettke et Amanda Somerville et bien sûr, le chanteur et maître de cérémonie Tobias Samnet. Le super groupe était donc là pour nous en mettre plein la vue et les oreilles et c’est ce qu’il fit dès cette première chanson où on put remarquer que Tobias était particulièrement en voix, atteignant sans peine les notes les plus élevées solidement appuyées par Oliver Hartmann et les musiciens au jeu exemplaire. Et ça ne faisait que commencer! En effet, dès la troisième pièce, « The Story Ain’t Over », le chanteur du groupe britannique Magnum, Bob Catley, fit son entrée avec sa superbe voix. Puis, ce fut au tour du monumental Michael Kiske (ex-Helloween, Unisonic et bien d’autres) de faire son entrée avec « Reach Out For The Light » et plus tard, ce fut Eric Martin (Mr. Big) qui vint nous gratifier de sa voix renommée avec « What’s left of Me ». On eut ainsi droit au meilleur des mariages vocaux qui ont fait le pain et le beurre d’Avantasia dans un emballage sonore impressionnant et soutenu par une interprétation musicale hors du commun. Je me dois aussi de souligner la superbe présence scénique des quelque onze musiciens qui interagirent tous avec brio entre eux et avec la foule ne laissant aucune seconde sans intérêt pour les spectateurs conquis qui chantaient les paroles en chœur. La foule ne se fit donc pas prier pour demander un rappel en piétinant la plateforme de bois qui délimitait le parterre et en scandant : « Toby! Toby! Toby! devant le principal intéressé, visiblement touché, qui amorça « Twisted Mind ». Enfin, tous les chanteurs se réunirent pour entonner « Sign of The Cross ». Ce fut donc un spectacle sans faille, magique et puissant qui nous fut offert en cette superbe soirée de juillet qu’aucun des spectateurs présents n’oubliera de si tôt.

 

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Setlist d’Avantasia :

 

Intro: « Also Sprach Zarathustra » (de Richard Strauss)

«Spectres» (Avec Tobias Samnet et Oliver Hartmann)

«The Watchmaker’s Dream » (Avec Oliver Hartmann)

«The Story Ain’t Over» (Avec Bob Catley )

«Prelude»

«Reach Out For The Light» (Avec Michael Kiske)

«Avantasia» (Avec Michael Kiske)

«Scales of Justice» (Avec Thomas Rettke)

«What’s Left of Me» (Avec Eric Martin et Oliver Hartmann)

«Dying For an Angel» (Avec Eric Martin et Michael Kiske)

«Promised Land» (Avec Eric Martin et Oliver Hartmann)

«The Wicked Symphony» ( Avec Bob Catley, Thomas Rettke, Amanda Somerville et Oliver Hartmann)

«Farewell» (Avec Amanda Somerville, Michael Kiske et Thomas Rettke)

«Lost In Space» (Avec Tobias Samnet)

«Stargazers» (Avec Oliver Hartmann, Michael Kiske et Thomas Rettke)

«The Scarecrow» (Avec Oliver Hartmann et Thomas Rettke)

 

Rappel:

«Twisted Mind» (Avec Eric Martin et Thomas Rettke)

«Sign of The Cross» (Avec tous les chanteurs)

Outro: «Cry Just a Little»

 

En somme, le Festival d’été nous a offert une inoubliable soirée de métal de trois sous-genres différents et couronnée par le premier passage en sol nord-américain d’Avantasia qui a dépassé toutes les attentes imaginables envers un tel super groupe et a ranimé, l’instant d’une soirée, mon ancienne passion pour le Powermetal et ses doses élevées de fromage. Je tiens aussi à féliciter particulièrement les membres de NMTL qui ont ouvert la soirée de fort belle façon avec leur énergique prestation et bien entendu, les légendes de Voivod qui ont donné un excellent spectacle malgré un son défaillant. Je lève donc mon chapeau à l’organisation du Festival d’été qui a encore su surprendre les métaleux de Québec cette année.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

La renaissance d’un phœnix, des guerriers sumériens et une guérilla industrielle futuriste


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Il survient parfois qu’une formation musicale soit plus grande que la somme de ses parties. Lorsqu’on se trouve en présence de ce phénomène on peut affirmer sans douter que le groupe forme une entité presque totalement indépendante de ses membres. C’est certainement le cas avec Daedalean Complex, une formation bien connue de Québec, fondée en 2007, qui a toujours poursuivi sa course malgré de nombreux changements au sein de la formation. Le dernier de ces changements s’amorça l’an passé et fut majeur pour le groupe qui perdit d’abord les services de son chanteur original (Herr Nox (2007-2012)), puis de son bassiste (M.A.D (2009-2012)) et de son guitariste (Atah’Khan (2009-2012). Cependant, cela était trop peu pour freiner les ardeurs des deux membres restants, le fondateur Daedalus (claviers) et Idrys (ex-Endless Horizon) (batterie), qui décidèrent de se retrousser les manches et de trouver de nouveaux membres pour poursuivre l’aventure. Ainsi, Daedalus prit les rennes du chant et SineHertz (guitares, ex-Utlagr), Doom6 (guitares) et Davey (ex-Moonlyght) (basse) rejoignirent la formation et entamèrent le travail de création d’un troisième album pour le groupe et une évolution stylistique vers un son plus agressif qu’auparavant. Désirant prouver à leurs fanatiques qu’ils étaient toujours en vie et leur présenter les pièces qui se retrouveront sur leur prochain opus intitulé : The Rise of Icarus, Daedalean Complex avait donc réservé la soirée du 29 juin à l’Agitée pour un spectacle de résurrection. Ceux-ci seraient accompagnés de l’armée des ténèbres d’Erimha, un excellent groupe de Black Metal Symphonique provenant de Valleyfield et qui vient tout juste de signer un contrat sur Victory Records. La soirée serait aussi entamée par les guérilleros industriels d’Ögenix, sortis des bas-fonds contaminés aux hydrocarbures de la Métropole pour nous livrer leur Métal Industriel survitaminé. C’est donc avec un enthousiasme certain que ma féline muse et moi prîmes le chemin de l’indispensable Agitée en cette soirée fraîche et ennuagée.

Arrivés aux abords des lieux projetés du massacre peu avant la vingtième heure de la journée, nous constatâmes que les expérimentations sonores, dirigées par le magicien du son François C. Fortin, n’étaient point terminées. Cela n’entama en rien notre détermination homérique à passer du bon temps et nous en profitâmes pour déglutir une cervoise froide sur la sympathique terrasse de l’Agitée. Nous pûmes bientôt y saluer  et nous y entretenir avec notre ami Idrys que j’ai côtoyé brièvement au sein d’Endless Horizon et sa jolie compagne et portière de la soirée, Julie Martin. Puis, nous entrâmes à l’intérieur de la salle où je bénéficiai de l’accès, gracieuseté de David « Daedalus » Habon (milles mercis!) et où nous fûmes bientôt rejoints par l’animateur de la soirée, nul autre que la tornade Dave « Princesse »Rouleau, Jonathan « Goatier » « Chronique Mode » Gauthier et le propriétaire du Sonum et guitariste de La Corriveau, Marc Légaré. Je profitai aussi d’une sortie à l’extérieur pour renouer avec les sympathiques membres d’Erimha avec lesquels mon groupe, Endless Horizon, avait partagé la scène du Café Chaos à Montréal le 22 décembre dernier. Les conversations allèrent bon train et passèrent rapidement, puis vers les vingt et une heures, Dave monta sur scène pour introduire le premier groupe de la soirée devant une foule relativement restreinte, quoique décente.

Ögenix est un groupe assez particulier de la région de Montréal que l’on peut classer dans le Métal Industriel et qui combine des influences Thrash Metal, Hardcore et Électroniques. Le groupe existe depuis 2001 et se compose ainsi : Dave Hazel et Set Landerich aux guitares, Gabriel Duceppe au chant et au synthétiseur modulaire, Jérémie Martin à la basse et Gabash à la batterie. Si sur album (voir leur album éponyme) leur son peut parfois souffrir d’un excès de compression qui enlève de l’ampleur et de la profondeur à leur musique, sur scène le résultat fut tout autre. En effet, le groupe m’étonna totalement avec un son immense et puissant et une présence scénique monumentale de la part de tous les membres. Ce second aspect très intéressant fut amplifié par les costumes de scène du groupe qui sont très appropriés en rapport avec la thématique industrialo-futuriste du groupe qui ressemblait vraiment à une bande de guerriers post-apocalyptiques issus d’un futur glauque. Ne lésinant aucunement sur l’énergie et le mouvement, le quintette s’exécuta avec un professionnalisme digne de mention et sembla apprécier la réponse enthousiaste de plusieurs des spectateurs présents qui se dégourdirent assez rapidement pour appuyer la formation. Nous fûmes donc très agréablement surpris par la performance d’Ögenix, puisque nous ne connaissions le groupe que de nom auparavant et ce sera très certainement un groupe que je surveillerai à l’avenir. Vous pouvez avoir un aperçu de leur performance en question ici:

 

 

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Après une pause rafraîchissement bien méritée, Dave remonta sur scène afin d’inciter les spectateurs maintenant plus nombreux à remercier Ögenix pour leur prestation du tonnerre par un « Hell Yeah! » retentissant et nous présenter les guerriers antiques d’Erimha. La formation composée de Gore au vocal, Ksaos à la batterie, Kthien et Diusternas  aux guitares ainsi que du bassiste de spectacle et vocaliste d’appoint Leather King (Dark Century, Sacrifycia) venait nous présenter pour la première fois, des pièces de leur tout nouvel opus Reign Through Immortality à paraître sous peu, ainsi qu’une sélection de pièces de leur premier album intitulé Irkalla (2010). Bénéficiant d’un son parfait (merci encore Franky) la formation entama son assaut avec conviction et énergie nous livrant ses motifs de guitare Black/Death au caractère accrocheur infectieux. L’utilisation de séquences afin de reproduire l’aspect symphonique de leur musique n’amoindrit en rien leur performance et la synchronisation était parfaite grâce à la maîtrise experte du clic par Ksaos. Les spectateurs furent encore plus participatifs que pendant la prestation précédente et les musiciens d’Erimha levèrent l’intensité d’un cran en ne quittant jamais l’extrême devanture de la scène. Un autre aspect de leur performance que je souhaite noter est l’addition très importante de Leather King à la basse et aux chœurs, qui complète de belle façon la formation « live » d’Erimha avec une basse vibrante et une présence scénique remarquable. En effet, lorsque j’avais eu la chance de partager la scène avec eux à Montréal, je les avais trouvés excellents malgré l’absence d’un bassiste en chair et en os, mais je n’avais pu m’empêcher de leur mentionner qu’ils seraient encore plus puissants avec la complétion de leur section rythmique. Force est de constater que Leather King apporte cet ingrédient manquant et même plus encore. On ne peut donc que s’incliner devant la puissance de l’armée sumérienne d’Erimha et se demander à quels sommets ils se rendront dans un futur rapproché. Je vous conseille fortement d’aller consulter cette page si vous ne connaissez pas encore cette formation des plus prometteuses.

 

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Un autre entracte suivit la sortie de scène d’Erimha et nous en profitâmes pour aller nous remplir les poumons de fumée d’amnésie. Un fou rire s’empara de nous lorsque Jonathan Gauthier se risqua à commenter la tenue vestimentaire gothique et les cheveux savamment shampouinés de François C. Fortin, ce qui nous inspira la création d’une chronique : « Parlons mode avec Goatier », à venir sur Ondes Chocs (lol). Passé ces plaisanteries, nous retournâmes à l’intérieur où Dave présenta les coqueluches de la soirée avant que ceux-ci ne prennent d’assaut la scène avec une belle mise en scène théâtrale. Les membres de Daedalean Complex arrivèrent de parmi les spectateurs costumés et maquillés comme à leur habitude, Daedalus tenant en laisse une esclave fétichiste portant un masque à gaz. Les musiciens entamèrent ensuite leur prestation et on put constater que la nouvelle formation est tout aussi efficace sur scène que par le passé. En effet, Daedalus livra une excellente performance en tant que frontman en restant bien dans son rôle même lors de ses interventions entre les pièces. Ses voix, râpeuses, gutturales ou chantées étaient superbement rendues et sa présence scénique digne des plus grands alors que ses claviers étaient livrés par des séquences. Les nouveaux instrumentistes à corde firent aussi un travail remarquable et tout le groupe démontra une belle chimie, ce qui augure bien pour l’avenir de cette nouvelle incarnation de DC. Je me dois aussi de noter l’excellente performance d’Idrys à la batterie avec les nouvelles pièces beaucoup plus rapides que ce à quoi DC nous avait habitués dans le passé. Le changement de style de la formation fit énormément ressortir leurs influences Black Metal tout en gardant le côté gothico symphonique qui a fait la renommée de la formation. Ceci fut particulièrement évident lors de la dernière pièce de leur manche, une nouvelle version de « Chrysalis » issue de leur premier album, beaucoup plus agressive. Ce fut donc un retour à la scène très réussi pour Daedalean Complex et la foule maintenant beaucoup mieux garnie en redemanda. Malheureusement, le groupe dut décliner l’offre d’un rappel, puisque la nouvelle formation avait interprété l’ensemble des pièces qu’elle a travaillées. On attend donc avec impatience leur nouvel album en cours d’enregistrement.

 

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En somme, ce fut encore un autre excellent spectacle présenté à l’Agitée et tous les groupes présents ont donné des performances mémorables. Le seul point négatif que j’aurais à souligner fut la foule qui me semblait quelque peu réduite pour un samedi soir et avec le  grand retour d’un groupe local aussi connu que DC. Cela est peut-être dû à la mauvaise température qui sévissait ou au fait que les vacances, voyages et déplacements estivaux sont commencés pour plusieurs, mais je me serais attendu à plus de ferveur de la part des métaleux de Québec. Quoi qu’il en soit, la soirée fut une réussite à tous les autres points de vue et je désire remercier chaleureusement David Habon pour l’accès à la salle.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Critique d’Album: Hagl – « In The Heart »

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Hagl

« In The Heart »

(2013)

Depuis le début des années 2000, un foisonnement assez impressionnant sévit dans le monde des hybrides entre métal et musique folklorique de diverse catégorie (Viking, celtique, Slave, polka…etc.). De plus, longtemps presque entièrement exclus de l’univers du métal connu en Occident en raison du totalitarisme soviétique, les pays de l’ancien bloc communiste connaissent une vague déferlante d’excellents groupes métalliques depuis le milieu des années 1990. Profitant de ces deux lames de fond, Hagl, un groupe de Pagan Black Metal russe fondé en 1999 sous le nom Darkomen, nous présentait, le 30 avril dernier, son troisième album complet en carrière intitulé In The Heart. La question était maintenant de savoir; si le groupe, qui a évolué au fil de ses sorties du Black Metal pur vers le Pagan, allait parvenir à se démarquer dans un sous-genre maintenant très saturé ou s’il allait se contenter de surfer sur la vague en employant les codes bien établis dudit sous-genre? Manifestement, après de nombreuses écoutes, il s’agit plutôt de la deuxième option.

En effet, ce qui frappe dès l’introduction, qui consiste en un monologue en russe sur un fond sonore de pluie et de claviers atmosphérique, est l’étonnante ressemblance avec la musique de leurs compatriotes d’Arkona. On a donc droit à des motifs de guitare typiquement Black Metal intercalés avec d’autres motifs à saveur païenne, parfois acoustiques, et qui s’approchent parfois bien près d’une tendance Death mélodique ou même Powermetal qui rappelle Ensiferum. L’approche vocale du chanteur-guitariste Swarm est quant à elle beaucoup moins variée, se concentrant uniquement sur des hurlements râpeux caractéristiques du Black Metal, dans sa langue natale, qui sont toutefois très bien exécutés. Le jeu de batterie d’Alarm utilise les blastbeats de façon plutôt modérée en préférant se concentrer sur une approche plus organique qui accentue le côté épique des motifs de guitare. Les claviers d’Arian se font très discrets et subtils et se contentent d’un rôle de soutien atmosphérique et d’introduction. La basse d’Isulv est aussi plutôt enterrée dans le collage sonore et est utilisée presque uniquement pour élargir le son d’ensemble. Du côté de la production, Hagl a opté pour un son moderne, travaillé et propre plutôt que pour un son crasseux, ce qui fait ressortir le caractère mélodique et épique de leur musique.

Tout est donc très bien exécuté, le tout s’écoute très bien et la production convient bien à leur style, mais Hagl ratte complètement la cible au point de vue de l’originalité. En effet, leur musique n’amène strictement rien de nouveau ou d’unique sur la table et elle se contente de reproduire les caractéristiques communes du Pagan Black Metal/ Folk Metal. Les motifs de guitare, les claviers et les passages atmosphériques ont tous un air familier de déjà entendu, qui rappelle les gros noms du genre. Si vous avez déjà écouté du Ensiferum et du Arkona, cet album ne vous impressionnera en rien. On y retrouve exactement la même combinaison de voix Black Metal, de motifs mélodiques et Folk avec des claviers pour le côté épique, les voix chantées en moins. Le tout donne donc une impression de manque d’inspiration et de recherche musicale, malgré le fait que la musique est par ailleurs très bien interprétée et que les compositions fonctionnent très bien. Cela est un manque que je considère toutefois majeur étant donné que le groupe officie dans un sous-genre déjà passablement saturé, où il faut absolument se démarquer d’une façon ou d’une autre pour perdurer. Après plusieurs écoutes, l’album peine donc à se faire mémorable malgré le côté accrocheur de certaines mélodies et donnera plutôt envie à l’auditeur d’aller réécouter les groupes séminaux du genre que de revenir à Hagl.

En somme, avec In The Heart, Hagl nous offre un troisième album aux compositions bien montées, bien exécutées et très bien produites qui peinent cependant à se démarquer de ses pairs et influences par leur manque flagrant d’originalité. Cet album sera donc à ne suggérer qu’aux plus fervents amateurs de Pagan/Folk Black Metal, ceux qui ne peuvent tolérer de ne pas connaître un des milliers de groupes du genre. Pour ceux qui recherchent quelque chose de plus unique ou poussé, cet album vous laissera malheureusement cruellement sur votre faim.

6/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

 

Critique d’Album: Vanhelga – « Höst »

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Vanhelga

 « Höst »

(2012)

La Suède est certainement un des pays les plus prolifiques et les plus influents de la planète métal. Il est effectivement très impressionnant de constater le nombre de groupes et de sous-genres qui ont pris racine dans ce pays pourtant relativement peu peuplé de Scandinavie. L’un des sous-genres où des musiciens suédois se sont notamment bien illustrés est certainement l’univers restreint et souvent réservé aux connaisseurs du DSBM (Depressive Suicidal Black Metal). Ce courant est non seulement né sous l’impulsion de groupes suédois tels que Silencer et Shining, mais il continue de connaître un excellent développement dans cette région du globe, ce qui nous amène à Vanhelga (qui signifie ‘profaner’ en suédois), un « one-man project » qui nous présentait l’an passé son second album entier intitulé; Höst (Automne), sur le label Art of Propaganda.

Présenté sous une couverture dans un ton glauque très approprié pour le genre; une photographie assombrie d’un crâne d’animal reposant sur des feuilles mortes, le projet entièrement composé et performé par le musicien qui se désigne du matricule 145188 s’ouvre avec « A Sinister Longing » une pièce aux motifs de guitare hyper saturés sur une rythmique aussi proche du rock alternatif que du Black Metal rappelant le « Shoegazing » des derniers efforts d’Alcest. Cependant, contrairement à la formation française, la production est beaucoup plus sale et agressive, les vocaux seront sporadiques et alterneront entre déclamations sur un ton traînant guttural et hurlements rauques de démence et nous auront droit à un contenu très varié qui fera tantôt appel à des influences postrock marquées et même des expérimentations électroniques ambiantes. Le tout rappelle donc énormément le défunt groupe Lifelover de par sa diversité, son caractère ambiant et sa propension à l’exploration musicale. Il est d’ailleurs à noter la participation de 1853 (ex-Lifelover) qui a collaboré au projet à titre de parolier.

La première grande qualité de cet album sera donc sa diversité bien exploitée qui nous fera passer par des moments plus près d’un rock alternatif dépressif teinté de Black Metal comme sur « Overklighet » (Irréalité) et « Desperation », d’autres moments plus lents et mélancoliques comme sur l’instrumentale « Lugn » (Calme) qui comporte de très beaux motifs de claviers superposés à une base de guitare très sale ou encore les superbes « Underbart Sant » (Grande Vérité) et « Sorg » (Tristesse), des interludes électroniques d’influence Dark Ambient très bien montés comme « Udda Tankar » (Coquilles étranges) et « Armageddon » ou finalement des passages de pure extase Black Metal comme la merveilleuse « Pessimist » et son motif principal de guitare qui envoie des frissons le long de la colonne vertébrale à chaque écoute. L’album est donc non seulement bien varié, mais il est aussi étonnamment efficace, immense et beau, comme si 145188 arrivait toujours à frapper dans le mille, peu importe l’avenue musicale empruntée. De plus, après plus d’une trentaine d’écoutes, je ne suis toujours pas arrivé à trouver une faiblesse majeure à cet opus. Höst a donc une forte valeur de réécoute et tend même à devenir meilleur à chacune de celles-ci de par la présence de nombreuses subtilités, variations de ton et mélodies hautement mémorables.

En conclusion, Vanhelga frappe très fort avec son deuxième LP en carrière et réussit même à atteindre les standards très élevés établis par Shining avec leurs derniers efforts de par sa diversité et ses explorations musicales très pertinentes. Je conseille fortement cet album à tous ceux qui regrettent la disparition prématurée de l’excellent groupe Lifelover en 2011. Celui-ci réussit à raviver et même à pousser plus loin l’esprit musical que cette formation avait créé.

9,5/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas