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Il survient parfois qu’une formation musicale soit plus grande que la somme de ses parties. Lorsqu’on se trouve en présence de ce phénomène on peut affirmer sans douter que le groupe forme une entité presque totalement indépendante de ses membres. C’est certainement le cas avec Daedalean Complex, une formation bien connue de Québec, fondée en 2007, qui a toujours poursuivi sa course malgré de nombreux changements au sein de la formation. Le dernier de ces changements s’amorça l’an passé et fut majeur pour le groupe qui perdit d’abord les services de son chanteur original (Herr Nox (2007-2012)), puis de son bassiste (M.A.D (2009-2012)) et de son guitariste (Atah’Khan (2009-2012). Cependant, cela était trop peu pour freiner les ardeurs des deux membres restants, le fondateur Daedalus (claviers) et Idrys (ex-Endless Horizon) (batterie), qui décidèrent de se retrousser les manches et de trouver de nouveaux membres pour poursuivre l’aventure. Ainsi, Daedalus prit les rennes du chant et SineHertz (guitares, ex-Utlagr), Doom6 (guitares) et Davey (ex-Moonlyght) (basse) rejoignirent la formation et entamèrent le travail de création d’un troisième album pour le groupe et une évolution stylistique vers un son plus agressif qu’auparavant. Désirant prouver à leurs fanatiques qu’ils étaient toujours en vie et leur présenter les pièces qui se retrouveront sur leur prochain opus intitulé : The Rise of Icarus, Daedalean Complex avait donc réservé la soirée du 29 juin à l’Agitée pour un spectacle de résurrection. Ceux-ci seraient accompagnés de l’armée des ténèbres d’Erimha, un excellent groupe de Black Metal Symphonique provenant de Valleyfield et qui vient tout juste de signer un contrat sur Victory Records. La soirée serait aussi entamée par les guérilleros industriels d’Ögenix, sortis des bas-fonds contaminés aux hydrocarbures de la Métropole pour nous livrer leur Métal Industriel survitaminé. C’est donc avec un enthousiasme certain que ma féline muse et moi prîmes le chemin de l’indispensable Agitée en cette soirée fraîche et ennuagée.

Arrivés aux abords des lieux projetés du massacre peu avant la vingtième heure de la journée, nous constatâmes que les expérimentations sonores, dirigées par le magicien du son François C. Fortin, n’étaient point terminées. Cela n’entama en rien notre détermination homérique à passer du bon temps et nous en profitâmes pour déglutir une cervoise froide sur la sympathique terrasse de l’Agitée. Nous pûmes bientôt y saluer  et nous y entretenir avec notre ami Idrys que j’ai côtoyé brièvement au sein d’Endless Horizon et sa jolie compagne et portière de la soirée, Julie Martin. Puis, nous entrâmes à l’intérieur de la salle où je bénéficiai de l’accès, gracieuseté de David « Daedalus » Habon (milles mercis!) et où nous fûmes bientôt rejoints par l’animateur de la soirée, nul autre que la tornade Dave « Princesse »Rouleau, Jonathan « Goatier » « Chronique Mode » Gauthier et le propriétaire du Sonum et guitariste de La Corriveau, Marc Légaré. Je profitai aussi d’une sortie à l’extérieur pour renouer avec les sympathiques membres d’Erimha avec lesquels mon groupe, Endless Horizon, avait partagé la scène du Café Chaos à Montréal le 22 décembre dernier. Les conversations allèrent bon train et passèrent rapidement, puis vers les vingt et une heures, Dave monta sur scène pour introduire le premier groupe de la soirée devant une foule relativement restreinte, quoique décente.

Ögenix est un groupe assez particulier de la région de Montréal que l’on peut classer dans le Métal Industriel et qui combine des influences Thrash Metal, Hardcore et Électroniques. Le groupe existe depuis 2001 et se compose ainsi : Dave Hazel et Set Landerich aux guitares, Gabriel Duceppe au chant et au synthétiseur modulaire, Jérémie Martin à la basse et Gabash à la batterie. Si sur album (voir leur album éponyme) leur son peut parfois souffrir d’un excès de compression qui enlève de l’ampleur et de la profondeur à leur musique, sur scène le résultat fut tout autre. En effet, le groupe m’étonna totalement avec un son immense et puissant et une présence scénique monumentale de la part de tous les membres. Ce second aspect très intéressant fut amplifié par les costumes de scène du groupe qui sont très appropriés en rapport avec la thématique industrialo-futuriste du groupe qui ressemblait vraiment à une bande de guerriers post-apocalyptiques issus d’un futur glauque. Ne lésinant aucunement sur l’énergie et le mouvement, le quintette s’exécuta avec un professionnalisme digne de mention et sembla apprécier la réponse enthousiaste de plusieurs des spectateurs présents qui se dégourdirent assez rapidement pour appuyer la formation. Nous fûmes donc très agréablement surpris par la performance d’Ögenix, puisque nous ne connaissions le groupe que de nom auparavant et ce sera très certainement un groupe que je surveillerai à l’avenir. Vous pouvez avoir un aperçu de leur performance en question ici:

 

 

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Après une pause rafraîchissement bien méritée, Dave remonta sur scène afin d’inciter les spectateurs maintenant plus nombreux à remercier Ögenix pour leur prestation du tonnerre par un « Hell Yeah! » retentissant et nous présenter les guerriers antiques d’Erimha. La formation composée de Gore au vocal, Ksaos à la batterie, Kthien et Diusternas  aux guitares ainsi que du bassiste de spectacle et vocaliste d’appoint Leather King (Dark Century, Sacrifycia) venait nous présenter pour la première fois, des pièces de leur tout nouvel opus Reign Through Immortality à paraître sous peu, ainsi qu’une sélection de pièces de leur premier album intitulé Irkalla (2010). Bénéficiant d’un son parfait (merci encore Franky) la formation entama son assaut avec conviction et énergie nous livrant ses motifs de guitare Black/Death au caractère accrocheur infectieux. L’utilisation de séquences afin de reproduire l’aspect symphonique de leur musique n’amoindrit en rien leur performance et la synchronisation était parfaite grâce à la maîtrise experte du clic par Ksaos. Les spectateurs furent encore plus participatifs que pendant la prestation précédente et les musiciens d’Erimha levèrent l’intensité d’un cran en ne quittant jamais l’extrême devanture de la scène. Un autre aspect de leur performance que je souhaite noter est l’addition très importante de Leather King à la basse et aux chœurs, qui complète de belle façon la formation « live » d’Erimha avec une basse vibrante et une présence scénique remarquable. En effet, lorsque j’avais eu la chance de partager la scène avec eux à Montréal, je les avais trouvés excellents malgré l’absence d’un bassiste en chair et en os, mais je n’avais pu m’empêcher de leur mentionner qu’ils seraient encore plus puissants avec la complétion de leur section rythmique. Force est de constater que Leather King apporte cet ingrédient manquant et même plus encore. On ne peut donc que s’incliner devant la puissance de l’armée sumérienne d’Erimha et se demander à quels sommets ils se rendront dans un futur rapproché. Je vous conseille fortement d’aller consulter cette page si vous ne connaissez pas encore cette formation des plus prometteuses.

 

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Un autre entracte suivit la sortie de scène d’Erimha et nous en profitâmes pour aller nous remplir les poumons de fumée d’amnésie. Un fou rire s’empara de nous lorsque Jonathan Gauthier se risqua à commenter la tenue vestimentaire gothique et les cheveux savamment shampouinés de François C. Fortin, ce qui nous inspira la création d’une chronique : « Parlons mode avec Goatier », à venir sur Ondes Chocs (lol). Passé ces plaisanteries, nous retournâmes à l’intérieur où Dave présenta les coqueluches de la soirée avant que ceux-ci ne prennent d’assaut la scène avec une belle mise en scène théâtrale. Les membres de Daedalean Complex arrivèrent de parmi les spectateurs costumés et maquillés comme à leur habitude, Daedalus tenant en laisse une esclave fétichiste portant un masque à gaz. Les musiciens entamèrent ensuite leur prestation et on put constater que la nouvelle formation est tout aussi efficace sur scène que par le passé. En effet, Daedalus livra une excellente performance en tant que frontman en restant bien dans son rôle même lors de ses interventions entre les pièces. Ses voix, râpeuses, gutturales ou chantées étaient superbement rendues et sa présence scénique digne des plus grands alors que ses claviers étaient livrés par des séquences. Les nouveaux instrumentistes à corde firent aussi un travail remarquable et tout le groupe démontra une belle chimie, ce qui augure bien pour l’avenir de cette nouvelle incarnation de DC. Je me dois aussi de noter l’excellente performance d’Idrys à la batterie avec les nouvelles pièces beaucoup plus rapides que ce à quoi DC nous avait habitués dans le passé. Le changement de style de la formation fit énormément ressortir leurs influences Black Metal tout en gardant le côté gothico symphonique qui a fait la renommée de la formation. Ceci fut particulièrement évident lors de la dernière pièce de leur manche, une nouvelle version de « Chrysalis » issue de leur premier album, beaucoup plus agressive. Ce fut donc un retour à la scène très réussi pour Daedalean Complex et la foule maintenant beaucoup mieux garnie en redemanda. Malheureusement, le groupe dut décliner l’offre d’un rappel, puisque la nouvelle formation avait interprété l’ensemble des pièces qu’elle a travaillées. On attend donc avec impatience leur nouvel album en cours d’enregistrement.

 

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En somme, ce fut encore un autre excellent spectacle présenté à l’Agitée et tous les groupes présents ont donné des performances mémorables. Le seul point négatif que j’aurais à souligner fut la foule qui me semblait quelque peu réduite pour un samedi soir et avec le  grand retour d’un groupe local aussi connu que DC. Cela est peut-être dû à la mauvaise température qui sévissait ou au fait que les vacances, voyages et déplacements estivaux sont commencés pour plusieurs, mais je me serais attendu à plus de ferveur de la part des métaleux de Québec. Quoi qu’il en soit, la soirée fut une réussite à tous les autres points de vue et je désire remercier chaleureusement David Habon pour l’accès à la salle.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas