by Louis Olivier Brassard Gelinas | Août 6, 2013 | Critiques d'Albums

Issfenn
« Issfenn »
2011
Quelque part, dans un sous-sol ou un quelconque endroit sombre, inquiétant et crasseux de l’infâme Montréal, deux créatures nocturnes aux visages creusés par les affres du temps et blanchis par une trop rare exposition aux rayons de la sphère solaire se tapissent et se démènent à la création d’un second opus composé d’hymnes malsains. Or, pendant ce temps, votre humble serviteur, scribe, mécréant partisan de la noirceur éternelle, savoure encore les relents de leur premier méfait éponyme datant de l’an de disgrâce 2011 et désire vous en glisser quelques mots destinés à vous faire saliver, ô admirateurs du malin!
Entreprenons donc cette missive par un bref aperçu de l’entité qu’est Issfenn; un duo de Black Metal teinté d’une bonne dose de Thrash Metal composé de Vitrid, créature affectionnant autant les manifestations vocales râpeuses que la bastonnade de percussions, et de Xost, un cadavre armé d’une guitare et de ses gargouillis vocaux empreints de méchanceté. Loin d’être minimaliste, la musique produite par les deux comparses fourmille de motifs variés et accrocheurs rappelant la gloire des premiers méfaits d’Immortal, mais aussi les sonorités utilisées par Satyricon et même les premiers Darkthrone.
Plongeons maintenant dans l’écoute dudit opus qui débute avec un assaut de Blackened Thrash Metal intitulé « The Betrayal » pour ensuite poursuivre avec « Plague Bringer » qui s’amorce sur un motif lent plutôt ambiant avant d’accélérer subitement dans des motifs tout droit sortis du Black Metal scandinave des années 1990. Aussitôt ces deux premières pièces passées, l’auditeur sait qu’il aura droit à de la variété de la part de nos deux protagonistes. En effet, même si le duo reste dans un cadre musical relativement défini, celui-ci ne se répète jamais en ce qui concerne les structures. Les influences Thrash Metal se feront ainsi sentir souvent, non seulement avec les guitares de Xost, mais aussi dans le jeu de batterie sautillant et organique de Vitrid qui recourt aux blastbeats avec parcimonie, mais le groupe sait aussi faire intervenir des passages plus atmosphériques et des motifs typiquement Blacks en les agençant de façon différente à chaque fois.
Côté production, œuvre de nos deux démons assistés de Colin Marston au mastering, Issfenn a opté pour une approche combinant l’agressivité crue du Black Metal avec un son moderne et pleinement audible. Le groupe parvient ainsi à faire oublier l’absence de basse par l’utilisation d’un son de guitare saturé, qui contrairement à plusieurs groupes de Black, ne fait pas appel seulement aux aigües, mais aussi à une bonne dose de basses bien sales. La batterie quant à elle bénéficie d’un son très organique et naturel bienvenu à une époque de sur utilisation des triggers. Les voix des deux membres d’Issfenn se confondent à merveille et rappellent celles utilisées par Abbath, avec une absence d’effets. Le son d’ensemble qui en résulte est merveilleusement bien équilibré en nous permettant de percevoir toutes les subtilités de la musique d’Issfenn en conservant le côté malsain du Black Metal grâce à la forte présence de distorsion et de sa bien-aimée crasse.
Là où l’opus contient quelques faiblesses, à mon humble avis, est très certainement en ce qui concerne l’originalité de certains passages qui ont une ressemblance trop évidente à leurs influences. En effet, si la musique d’Issfenn est par ailleurs très bien composée et accrocheuse, presque chaque pièce contient des moments qui sont un peu trop près de leurs pères spirituels. Cependant, aucun passage de l’album n’est plus criant à cet effet que le motif d’entrée de « Light’s Last Sight On The Equinox » qui ressemble à s’y méprendre à celui de « Hans Siste Vinter » de Darkthrone sur l’album Panzerfaust. Bien qu’il ne s’agisse aucunement de plagiat à proprement parler, cela agacera l’auditeur qui aimerait entendre quelque chose de plus inédit sans toutefois nuire outre mesure à la qualité d’ensemble très élevée de l’album.
En conclusion, les deux morts-vivants d’Issfenn nous ont prouvé, avec leur album éponyme paru en septembre 2011, qu’ils avaient le talent pour se hisser parmi les formations les plus prometteuses du Black Metal de la Belle Province. Il reste maintenant à entendre leur prochain opus prévu pour 2014. Sauront-ils égaler ou mieux, dépasser ce premier opus de qualité? Seul l’avenir nous le dira, mais votre humble scribe sera au rendez-vous!
8/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juil 31, 2013 | Critiques de Shows

Nos deux protagonistes, un scribe et sa muse, se dirigeaient d’un pas décidé vers le temple où était prévu un quadruple rituel afin de célébrer La Mort du Soleil. Arrivées audit temple, ils allèrent rencontrer le gardien du sépulcre qui leur permit d’accéder à la cérémonie et à ses merveilles. Profitant du temps clément, ceux-ci allèrent s’imbiber de potion de sagesse houblonnée en compagnie de quelques-uns des prêtres et des disciples invités : Ascèse (Acédia), Erebos (Acédia), Ghorn (Haeres), Sryzir (Haeres), Gauthier (Haeres), Gia Hoi (Wendess, Crépuscule (guitare de session), Matrak Tveskaeg (Chasse-Galerie), Voldsom (Haeres, Crépuscule (guitare de session)) et Fiel (Csejthe, Forteresse, Grimoire). De nombreux échanges intéressants et cabotins eurent lieu entre les invités partageant leur amour inconditionnel de la noirceur métallique, pendant qu’à l’intérieur se préparaient les membres de la première entité musicale de la soirée.
Bientôt, tels des phalènes attirés non pas par la lumière, mais par l’obscurité la plus profonde, les disciples se ruèrent dans le tunnel. D’en bas, ils pouvaient déjà entendre les premières notes fières de « Un Fruit Mourrant pour les Corbeaux de l’Immortalité » et lorsqu’ils arrivèrent en haut le Crépuscule les frappa d’une charge de shrapnel. Sur l’autel illuminé de chandelles, le grand prêtre Bardunor menait la cadence de ses condisciples armés d’instruments à cordes. Le métal noir sombre et ambiant qu’ils produisaient pénétrait l’esprit des nombreux disciples présents pour leur suggérer des rêves de mort et de déliquescence. Hypnotisés, ceux-ci hochaient la tête en parfaite synchronie tout comme les prêtres musiciens livrant leur cérémonial avec une grande précision, une présence scénique autoritaire et un son puissant créé par François C. Fortin. Les disciples furent cependant tirés trop vite de leur transe onirique lorsque les prêtres du Crépuscule terminèrent leur rituel alors que les premiers réclamaient d’autres visions. « Ce sera pour la prochaine fois et je ne manquerai certainement pas ça! », dit le scribe, hautement impressionné par ce qu’il venait de vivre, à sa jolie muse au creux de son oreille.
Après une brève pause, les quatre patriotes de Chasse-Galerie montèrent sur l’autel. Derrière eux, le glorieux fleurdelisé trônait à côté d’un piteux unifolié en lambeaux. Avec une justesse d’exécution mémorable, le quatuor se précipita dans des hymnes nous rappelant la beauté de notre peuple et sa sordide oppression par une puissance coloniale étrangère. Les hurlements râpeux et les guitares aiguisées de Blanc-feu, la basse vibrante de Matrak, la guitare précise de Viscère et les percussions véloces et solides de Cadavre se combinaient à merveille au cours de pièces anciennes et nouvelles qui laissaient présager un prochain opus superbe de la part des rebelles. D’une puissance majestueuse, leur performance ravit les très nombreux disciples qui manifestèrent leur approbation avec maints cris et un tonnerre d’applaudissements. Véritable symphonie de notre passé et de notre identité de Québécois, leur musique rendit le scribe et sa douce à fleur de peau quand leurs auteurs achevèrent leur rituel sur une interprétation mémorable de « La patrie des sans âme » tirée de l’excellent album Ars Moriendi (2010). Encore une fois semblant trop court en raison de sa grande qualité, le second rituel se termina et les disciples se retrouvèrent à l’extérieur où d’autres potions de houblon furent servies.
Maintenant dans un état d’esprit complètement réceptif, les mécréants se massèrent rapidement encore devant l’autel et son candélabre, pour le troisième rituel. Cette fois, Csejthe était l’entité musicale qui invoquerait la terreur d’une Comtesse du passé, du sang de jeunes vierges assoiffé. La triade maléfique composée de Fiel aux tambours et aux chœurs, de Strigat aux six cordes rythmées et aux cris, et de Bardunor à la guitare soli et aux chœurs, nous livra sa prestation avec une présence scénique hiératique et un raffinement aristocratique. Suscitant en nous des images de terreur occulte médiévale, de la folie sanguinaire de la dame Bathory et de cérémonies occultes, leur musique fut interprétée avec un immense talent et un rendu déconcertant d’unité. Les disciples, fortement satisfaits par la performance épique qui se déroulait sous leurs yeux, s’agitèrent avec dévotion et hurlèrent leur contentement. Superbe et inoubliable, leur rituel atteint donc toutes ses prétentions avec une aisance remarquable et laissa les disciples hantés par une volonté incontrôlable d’en entendre plus. Une large part de ceux-ci trouva refuge de la chaleur suffocante à l’extérieur où des fumées aux parfums divers furent inhalées.
Peu après, les partisans des sombres maléfices nocturnes se massèrent une dernière fois, pour assister aux promises obsèques de l’astre lumineux. L’entité Sombres Forêts, dont Annatar et ses comparses se présentèrent à nous masqués de noir venaient mettre fin au règne de la boule solaire pour nous plonger dans une salvatrice obscurité éternelle. Leur musique innovatrice, profonde et aux atmosphères immenses se transposa de façon hautement efficace à un rituel de scène servi de façon si parfaite qu’on aurait cru à un sortilège. Un trio de guitares, du piano, du violoncelle électrique, une batterie tantôt tribale, tantôt explosive et une basse solide furent donc livrés de manière experte devant une foule conquise, méditative, dont quelques individus béotiens brisèrent quelque peu les songes de par leurs excès de cris, durant des moments où une écoute approfondie était de mise. Qu’à cela ne tienne, le rituel présenté était si parfaitement beau, varié et bien exécuté que tous les vrais fanatiques furent peu atteints par la bêtise de ces quelques ivrognes sans raffinement. Sombres Forêts nous présentèrent donc une dernière cérémonie extrêmement bien réussie qui ne quittera pas la mémoire du scribe de sitôt. Le cœur et la tête remplie de sombres et belles visions oniriques les disciples se séparèrent au petit matin après avoir refait le plein d’alcool, pour regagner le confort douillet de leurs demeures.
Le quadruple rituel présenté par Sepulchral Prods fut donc une immense réussite démontrant la santé forte du Métal Noir québécois. Nous présentant quatre variantes différentes du courant métallique le plus sombre, le spectacle donna lieu à des performances toutes aussi excellentes les unes que les autres. Je lève mon chapeau et tire ma révérence la plus sentie à Martin Marcotte, gardien du sépulcre, pour l’accès au temple et l’organisation de cette formidable soirée.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juil 28, 2013 | Critiques d'Albums

Gris
« À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée »
(2013)
Les courants d’Avant-garde ont toujours été très importants pour l’avancement des arts. Que ce soit en musique, en peinture, en littérature, en sculpture, en théâtre, en danse ou en cinéma, les avant-gardistes, de par leur penchant à sortir des sentiers battus et à force d’audace dénuée de tout conformisme, sont effectivement responsables de maintes percées artistiques qui ont parfois complètement révolutionné le rapport que les gens avaient avec l’art, quel qu’il soit. C’est précisément ce que Gris vient de faire cette année, après six ans d’attente, avec la sortie d’une œuvre musicale d’une immensité et d’une beauté qui outrepasse les frontières connues d’un courant s’auto condamnant souvent à une orthodoxie stérile, soit le Black Metal. À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée est donc une œuvre d’exception, à laquelle je tenterai humblement de rendre justice au cours des prochaines lignes.
Contenant plus de quatre-vingts minutes de musique à la production léchée réparties sur deux disques, le nouvel opus de Gris étonne d’abord par son dépouillement de la plupart des caractéristiques inhérentes au Black Metal ambiant typique, hormis certains passages plus agressifs et l’utilisation de voix criées. Neptune et Icare optent donc pour une instrumentation, des arrangements et une interprétation qui a quelque chose de révolutionnaire pour le genre en se concentrant sur la création d’atmosphères sombres, spirituelles et d’une grande mélancolie, à l’aide d’influences clairement néo-classiques, acoustiques et parfois même folkloriques, voire exotiques. On notera à cet effet la quasi-omniprésence des instruments à cordes; violons et violoncelles utilisés de façon exemplaire, de percussions aérées et parcimonieuses et de nombreux passages acoustiques atmosphériques d’une profondeur impressionnante. Tous ces éléments se combinent pour entraîner l’auditeur dans un univers enveloppant et d’une puissance émotive rare.
En outre, les deux membres du groupe n’hésitent pas à varier les structures en proposant des pièces longues et progressives (« Les Forges », « Igneus », « Seizième Prière », « Une Épitaphe de Suie » et « Nadir ») entremêlées d’intermèdes et de pièces plus courtes aux sonorités exploratoires nous amenant dans un monde spirituel teinté d’influences folkloriques orientales (« Samsara », « Dil », « Moksha », « Sem »). La musique est donc très liée aux thématiques lyriques qui se penchent sur la spiritualité de la bête humaine.
Inévitablement, une œuvre aussi immense et audacieuse réclamera toute l’attention de l’auditeur et de nombreuses écoutes avant d’être appréciée à sa juste valeur. Effectivement, compte tenu de la grande richesse des compositions, des structures variées et de la continuité thématique entre les pièces, l’auditeur aura peut-être tendance à être quelque peu pris de vertige lors de la première écoute qui lui donnera l’impression d’écouter une seule et immense pièce musicale. Après quelques écoutes attentives, toutefois, le mélomane ouvert d’esprit appréciera les subtilités et la qualité incomparable d’un opus qui transcende les genres métalliques établis et ouvre un monde de possibilité pour l’avenir du métal noir atmosphérique. Enfin, cette œuvre musicale s’appréciera beaucoup mieux dans son entière magnificence que prise pièce par pièce, en raison de l’enchaînement parfait entre les morceaux et du sentiment de plénitude découlant de l’écoute entière de cet album constituant un tout plus grand que la somme de ces parties.
En somme, avec À l’Âme Enflammée, l’Äme Constellée, Neptune et Icare ont poussé le raffinement de leur art au-delà de toutes les frontières stylistiques connues pour nous offrir un opus d’une qualité devant laquelle le plus sévère des critiques ne peut que s’incliner. Immense, riche et d’une infinie beauté, cet album constitue un achat obligatoire pour tous les mélomanes, aussi blasés soient-ils, qui se disent ouverts d’esprit et à la recherche de nourriture pour leurs âmes égarées. Seuls les puristes les plus fermés seront effrayés par une œuvre aussi peu touchée par l’orthodoxie. Cet effort m’aillant littéralement soufflé, je ne peux que lui accorder une note parfaite, ce que je ne fais pratiquement jamais.
10/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juil 24, 2013 | Critiques d'Albums

Erimha
« Reign Through Immortality »
(2013)
À une époque jugée immémoriale de nos jours, Sumer (signifiant approximativement « pays des rois civilisés ») était une civilisation florissante comprenant de nombreux États multiethniques établis dans la bande de terre fertile appelée Mésopotamie (qui en grec signifie au milieu des eaux) située entre le Tigre et l’Euphrate, dans l’actuel Irak. Les sumériens utilisaient le mot « erimha » pour désigner une armée ou une légion. Aujourd’hui ce mot est toujours utilisé pour désigner une armée de guerriers provenant de Valleyfield au Québec et qui utilise le Death/Black Metal symphonique comme arme pour conquérir la planète et faire revivre la gloire de l’Empire sumérien. Forte d’un excellent premier album intitulé Irkalla (2010), de la signature d’un contrat de disque avec Victory Records et d’une association avec Galy Booking, la formation nous présentait cet été son second album en carrière qui sera certainement à classer parmi les meilleurs disques métalliques québécois de l’année.
S’amorçant de façon assez classique pour le genre avec une introduction orchestrale («Enlightenment») nous donnant l’impression de passer à travers une porte spatio-temporelle qui nous ramène dans l’antique Sumer, superbement illustrée dans notre esprit par une mélodie épique et des tambours guerriers à saveur orientale, l’album se poursuit ensuite de façon impitoyable avec « Ascetic » et ses motifs hautement accrocheurs qui laisseront assurément votre cou meurtri. D’une constance honorable, Erimha enchaîne ensuite avec la tout aussi efficace « Condemned To Desolation » et l’auditeur averti sait maintenant à quoi s’attendre pour le reste de l’opus : des pièces magnifiquement bien composées, des motifs de guitare épique accrocheurs qui ne sacrifient jamais l’efficacité pour la virtuosité, des claviers rehaussant le côté épique et atmosphérique des compositions, une batterie puissante et précise, les voix râpeuses variées et efficaces de Gore et une production grandiose de Chris Donaldson (Mythosis, Cryptopsy).
Ne contenant aucun moment faible et aucun relâchement, Reign Through Immortality poursuit sur sa lancée à un rythme effréné interrompu seulement par un superbe intermède atmosphérique (« Saunter To Extinction ») et maintient l’intérêt grâce à des variations de structures bienvenues. On aura ainsi droit à des pièces courtes et agressives, comme : « Ascetic », « Condemned To Desolation », «The Ritual of Internicion », « Verdict of The Soul » et « Cataclysmic Tides ». Erimha nous présentera aussi une pièce au tempo plus modérée, comme « Metaphysic Countenance » qui me rappelle des pièces plus contemplatives de Keep of Kalessin. Enfin, le tout s’achèvera sur une pièce monumentale et épique de plus de dix minutes, la superbe « Metempsychosis ». Ne réinventant pas la roue et ne cherchant pas forcément à sortir des sentiers battus, Erimha nous présente tout de même un Death /Black symphonique qui brille par son efficacité, la qualité de son interprétation et la puissance de sa production. Les admirateurs du genre seront donc conquis dès la première écoute et l’efficacité des compositions en fera un album qui jouera assurément sur « repeat « dans votre lecteur.
En somme, forts de trois années d’expérience marquées par de nombreux spectacles, une forte dévotion à leur musique et la consolidation de leur formation, les gars d’Erimha nous présentent cette année un deuxième opus de grande qualité. En effet, si Reign Through Immortality ne réinvente pas la roue, il présente cependant des compositions superbement efficaces, produites de façon experte qui placera inévitablement le groupe parmi les incontournables du genre. Surveillez l’arrivée des légions sumériennes!
9/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Juil 24, 2013 | Critiques d'Albums

Obsek
« Traumatic Experiment »
(2010)
Il y a déjà trois ans, en juillet 2010, un jeune groupe prometteur de l’Abitibi sortait son premier album enregistré chez Chris Donaldson (Mythosis, Cryptopsy). Pourquoi en faire une critique trois ans plus tard? Tout d’abord, parce qu’Ondes Chocs n’existait pas il y a trois ans et ne pouvait donc pas examiner cette sortie québécoise! En second lieu, parce que Simon Turcotte, l’un des deux vocalistes de la formation, est un mec très sympathique qui m’a demandé une critique de son album pour deux raisons : très peu de critiques francophones se sont penchées sur son album et se sont surtout des critiques spécialisées dans le Metalcore/Deathcore qui s’y sont attardées. Ce qui m’amène à la troisième raison, j’adore sortir de ma zone de confort et explorer des styles métalliques avec lesquels je suis moins familier, afin de voir si je suis en mesure d’en saisir la substance de façon adéquate. Penchons-nous donc sur cette offrande d’un passé somme toute récent.
Pour commencer, parlons du style musical exploré par Obsek sur cet album. Dès la première écoute de Traumatic Experiment, on reconnaîtra immédiatement une combinaison d’éléments Metalcore/Deathcore; un mélange de voix gutturales, de voix porcines et de hurlements plus aigus que s’échangent deux vocalistes, des breakdowns très bien utilisés, une rythmique sautillante et des voix claires occasionnelles; avec des éléments issus d’un Death Metal à tendance très mélodique qui rappellent les efforts de groupes scandinaves comme Scar Symmetry et Solution .45, par exemple. Passée cette première constatation, on remarquera le travail formidable de Chris Donaldson du côté de la réalisation et de la production, qui donne au travail d’Obsek un son puissant, propre (mais pas trop) et très bien équilibré qui rend justice à l’interprétation précise et professionnelle des membres du groupe. Ensuite, on remarquera la grande qualité de plusieurs des pièces choisies pour l’album qui oscillent presque toutes entre deux minutes et demie et quatre minutes, mais présentent tout de même une variété de structures et d’éléments assez grande pour garder l’intérêt de l’auditeur éveillé. On notera ainsi que la force et l’originalité du groupe se situe dans son mariage judicieux de mélodies entraînantes, d’influences variées de virtuosité bien utilisée et d’une économie de breakdowns judicieuse qui permet une meilleure différenciation des morceaux, dans un style où l’abus d’un tel procédé est parfois la règle. Par exemple, une pièce comme « The Missing Element » nous fera passer par une introduction aux accents de Death Mélodique avant de nous entraîner dans des passages plus Grindcore, puis nous entraînera dans un passage marqué par des voix chantées, puis hurlées sous fond de breakdown pour ensuite nous présenter un motif plus Black de transition avant de terminer sur une sortie plutôt Grindcore qui rappelle Anaal Nathrakh. Malgré ce caractère déjanté et hétéroclite, les pièces de l’album se tiennent très bien de par un évident travail de composition de la part des membres du groupe. De plus, comme je l’ai souligné plus haut, tous les membres du groupe offrent des performances exemplaires avec leurs instruments respectifs, notamment Benoît Breton à la batterie et les deux vocalistes (Simon Turcotte et Nicholas Dubé) avec leurs voix variées et toujours exécutées parfaitement. Je me dois aussi de souligner la très belle présentation visuelle de l’album en format DVD avec, comme devanture, la peinture d’un champignon magique qui s’autocannibalise dans une ruelle.
Malheureusement, Traumatic Experiment comporte aussi deux lacunes principales : sa très courte durée (largement en dessous des trente minutes) et la dernière pièce qui se veut probablement humoristique, mais qui laisse un arrière-goût de remplissage à l’auditeur sévère que je suis. En effet, après la fermeture de l’album à proprement parler sur l’excellente pièce ambiante « Temptacles » le groupe nous offre une pièce supplémentaire intitulée « This One Doesn’t Start With A T (Jean Coutu) » qui consiste en fait en la même phrase (« Tu devrais aller chez Jean Coutu ») répétée sur une rythmique répétitive pour deux minutes. Je me questionne donc grandement sur l’utilité de cette pièce qui est nettement moins intéressante que les autres et qui fait en sorte, combinée à la très courte durée de l’opus, qu’on a l’impression que le groupe manquait d’inspiration et a rajouté cette pièce brouillonne dans l’intention de rallonger un peu sa durée. Enfin, le reste de l’album étant très intéressant, j’aurais apprécié qu’ Obsek nous offre quelques autres pièces de qualité comparable aux excellentes huit premières pièces, pour nous montrer encore plus l’étendue de son savoir-faire, mais cela sera pour le prochain opus, je suppose.
En conclusion, en 2010, Obsek nous offrait un premier effort qui se distinguait de la masse du Metalcore/Deathcore par son penchant mélodique, sa variété et son utilisation judicieusement calculée des breakdowns. Malgré une durée réduite et une pièce finale à l’utilité discutable, le groupe a donc présenté un album digne de mention et peut aisément se loger parmi les groupes les plus prometteurs du genre dans la Belle Province. Il reste maintenant à voir jusqu’où la formation nous emmènera la prochaine fois!
7,5/10
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas