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Avant de commencer cette revue critique, j’aimerais retourner dans le passé brièvement, plus précisément dans la seconde moitié des années 1990. À cette époque, ma soif de littérature fantastique et de virtuosité musicale m’attira vers un courant métal en plein essor à ce moment; le Powermetal. Étant à la fin du secondaire, j’avais déjà découvert plusieurs de mes styles musicaux de prédilection, mais le Power devint de  plus en plus important dans mes choix musicaux. J’étais complètement conquis par cette musique à grand déploiement, les chanteurs/chanteuses aux voix titanesques et opératiques et les paroles inspirées de mes auteurs favoris, tels que l’immense Tolkien. C’est ainsi que je découvris, les uns à la suite des autres, des groupes comme : Stratovarius, Rhapsody, Sonata Arctica, Nightwish, Blind Guardian, Helloween, Gamma Ray, Symphony X, Iced Earth, Edguy…etc. Ma passion pour ce genre se poursuivit au début de la décennie suivante et c’est à ce moment que Tobias Samnet, le chanteur d’Edguy mit au monde Avantasia, un projet d’opéra grandiose enraciné dans le Powermetal et le Hard Rock. Je fus immédiatement conquis par l’œuvre conceptuelle en deux parties qui en résultat en 2001-2002 et qui devait être la seule du super groupe comprenant de nombreux musiciens et chanteurs invités de marque. Lors de mes premières écoutes de cet opus en deux parties, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer ce que cette musique et ses harmonies vocales élaborées donneraient en spectacle, mais le projet était censé se limiter au studio.

Cependant, le courant Power s’essouffla progressivement au milieu des années 2000 en raison de plusieurs facteurs: sa répétitivité (toujours en 4/4, structures prévisibles et chant presque toujours en falsetto), les excès de fromage des paroliers (lire « cheezyness »), et des albums de plus en plus médiocres de la part de plusieurs des groupes séminaux du genre (Stratovarius et son album éponyme, Sonata Arctica, Unia, Rhapsody of Fire Triumph or Agony). Tout cela fit en sorte que je délaissai de plus en plus ce courant pour me concentrer sur d’autres formes de métaux que je trouvais plus constants en qualité et plus variés en son. Au même moment, Tobias Samnet faisait d’Avantasia un super groupe permanent qui allait même éventuellement se produire sur scène, une fois en 2008, puis régulièrement, tout en délaissant lui aussi le son Power pour une forme plus accessible encore de Hard rock à grand déploiement, qui me laissait plutôt perplexe quoique j’appréciai quelques-unes des nouvelles pièces. Tout ceci nous mène en 2013, lorsque j’aperçus le nom Avantasia sur la programmation du Festival d’été de Québec, aussitôt je me frottai les yeux pour m’assurer que c’était bien réel et je commençai à me demander si Avantasia, pour son premier passage à vie en Amérique du Nord, allait venir en tant que super groupe ou sous une forme plus réduite, étant donné la logistique et les coûts qu’implique la venue d’un groupe de plus d’une dizaine de membres venant d’Europe et des États-Unis. Une chose était toutefois sûre, je ne manquerais pas ce spectacle.

C’est ainsi, qu’armés de pied en cap, ma fée et moi montâmes l’escarpement vers le mythique pigeonnier en cette belle soirée chaude et humide de juillet. Arrivant aux abords de l’amphithéâtre naturel que constitue le parc de la Francophonie peu avant 19 h nous y rencontrâmes Christian « LordGore » Godin (guitariste d’Endless Horizon) ainsi que son frère Phil Godin (guitariste-chanteur des Résiduents d’Amerdique) avant d’entrer sur le site et d’apercevoir Marc Légaré (propriétaire du Sonum et guitariste de La Corriveau) qui recherchait activement le fantomatique Dave Rouleau. N’apercevant nulle part cette tempête humaine, nous en conclurent qu’il devait être quelque part en train d’interviewer un groupe au téléphone, tout en conduisant et en faisant une de ses capsules sur son portable. Quelques minutes après ces plaisanteries, Never More Than Less entra en scène.

Le groupe de Québec qui définit son genre comme étant du «Artcore», un mélange de Métal, de Hardcore, de Rock et de Punk, qui existe depuis 1999 et qui a trois albums à son actif, avait effectivement la difficile tâche d’ouvrir la soirée pour deux groupes aux styles bien différents. Qu’à cela ne tienne, Never More Than Less possède une grande expérience de scène glanée au fil de tournées qui ont mené la formation dans plusieurs coins du Canada et même de la France et ils étaient visiblement conscients de l’opportunité qu’ils avaient en jouant au FEQ. Le groupe livra donc une courte performance endiablée et extrêmement énergique qui bénéficia d’une sonorisation exemplaire. La foule déjà nombreuse et bien dégourdie répondit très bien à cette performance de maîtres en déclenchant sans attendre les hostilités dans la fosse et en ne ratant pas une occasion de marquer son appréciation du spectacle à grand renfort de cris. La formation composée de Paul DiGiacomo (chant), Louis Martineau (guitare), David Ouellet (basse) et Patrick Labbé (batterie et chant) a donc largement réussi sa mission et a réussi à faire oublier les divergences stylistiques de la soirée en embarquant avec elle une bonne part des spectateurs présents. Les membres de NMTL ont ainsi prouvé qu’ils méritent pleinement leur statut de groupe de pointe à Québec.

 

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Après un entracte relativement court, le mythique groupe québécois de Thrash Metal aux accents progressifs Voivod prit la scène d’assaut pour nous livrer sa première prestation en sol québécois de l’année, suite aux problèmes de santé de Snake (vocal). Aussitôt, je remarquai que le son était beaucoup moins puissant et défini que pendant la prestation précédente. Toutefois, cela ne freina en rien les ardeurs de ces légendes vivantes qui semblaient en très grande forme et donnèrent une prestation mouvementée et garnie des incontournables classiques issus de leur longue carrière (« Forgotten In Space », «  Voivod », « The Unknown Knows », « Astronomy Domine (reprise de Pink Floyd)», « Tribal Convictions », « Ripping Headaches » et « Chaosmöngers »), ainsi que deux pièces de leur dernier effort Target Earth (2013) : « Target Earth » et « Mechanical Mind ». Le groupe que j’avais vu en spectacle à de nombreuses reprises fut donc égal à sa réputation légendaire et nous offrit une excellente prestation qui plut beaucoup à la foule maintenant compacte qui se massait au parc de la Francophonie. On put ainsi assister à un « circle pit » qui ne connut pas de répit avant la toute fin de la représentation de Voivod et Snake nous démontra l’étendue de ses capacités à faire des grimaces qui collent à l’imaginaire tordu développé par le groupe. En somme, ce fut donc une superbe prestation pour Voivod malgré les défaillances sonores et le fait que le groupe évolue dans un créneau très différent de la tête d’affiche de cette soirée. La foule était donc maintenant bien réchauffée pour Avantasia.

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Comme je le mentionnais plus haut, ma grande question en me préparant pour ce spectacle était de savoir si on aurait droit à toute la grandiloquence de l’Opéra métal d’Avantasia ou si on se replierait sur une version plus sobre du super groupe. La réponse me fut en partie livrée pendant l’entracte, alors qu’une l’installation scénique sous forme d’escalier comprenant plusieurs micros et un grand espace, fut révélée à nos regards inquisiteurs. Puis, l’éclairage de scène s’anima pendant l’introduction « Also Sprach Zarathustra » de Richard Strauss et la magie opéra. En effet, dès l’entrée en scène du groupe, nous pûmes noter une sonorisation s’approchant dangereusement de la perfection et la présence de tous les musiciens, très connus dans l’univers du Powermetal européen, qui ont fait la renommée actuelle d’Avantasia : Sascha Paeth à la guitare, Oliver Hartmann à la guitare et au chant, Michael « Miro » Rodenberg aux claviers, Felix Bonhke (Edguy) à la batterie, André Neygenfind à la basse, les choristes de renom Thomas Rettke et Amanda Somerville et bien sûr, le chanteur et maître de cérémonie Tobias Samnet. Le super groupe était donc là pour nous en mettre plein la vue et les oreilles et c’est ce qu’il fit dès cette première chanson où on put remarquer que Tobias était particulièrement en voix, atteignant sans peine les notes les plus élevées solidement appuyées par Oliver Hartmann et les musiciens au jeu exemplaire. Et ça ne faisait que commencer! En effet, dès la troisième pièce, « The Story Ain’t Over », le chanteur du groupe britannique Magnum, Bob Catley, fit son entrée avec sa superbe voix. Puis, ce fut au tour du monumental Michael Kiske (ex-Helloween, Unisonic et bien d’autres) de faire son entrée avec « Reach Out For The Light » et plus tard, ce fut Eric Martin (Mr. Big) qui vint nous gratifier de sa voix renommée avec « What’s left of Me ». On eut ainsi droit au meilleur des mariages vocaux qui ont fait le pain et le beurre d’Avantasia dans un emballage sonore impressionnant et soutenu par une interprétation musicale hors du commun. Je me dois aussi de souligner la superbe présence scénique des quelque onze musiciens qui interagirent tous avec brio entre eux et avec la foule ne laissant aucune seconde sans intérêt pour les spectateurs conquis qui chantaient les paroles en chœur. La foule ne se fit donc pas prier pour demander un rappel en piétinant la plateforme de bois qui délimitait le parterre et en scandant : « Toby! Toby! Toby! devant le principal intéressé, visiblement touché, qui amorça « Twisted Mind ». Enfin, tous les chanteurs se réunirent pour entonner « Sign of The Cross ». Ce fut donc un spectacle sans faille, magique et puissant qui nous fut offert en cette superbe soirée de juillet qu’aucun des spectateurs présents n’oubliera de si tôt.

 

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Setlist d’Avantasia :

 

Intro: « Also Sprach Zarathustra » (de Richard Strauss)

«Spectres» (Avec Tobias Samnet et Oliver Hartmann)

«The Watchmaker’s Dream » (Avec Oliver Hartmann)

«The Story Ain’t Over» (Avec Bob Catley )

«Prelude»

«Reach Out For The Light» (Avec Michael Kiske)

«Avantasia» (Avec Michael Kiske)

«Scales of Justice» (Avec Thomas Rettke)

«What’s Left of Me» (Avec Eric Martin et Oliver Hartmann)

«Dying For an Angel» (Avec Eric Martin et Michael Kiske)

«Promised Land» (Avec Eric Martin et Oliver Hartmann)

«The Wicked Symphony» ( Avec Bob Catley, Thomas Rettke, Amanda Somerville et Oliver Hartmann)

«Farewell» (Avec Amanda Somerville, Michael Kiske et Thomas Rettke)

«Lost In Space» (Avec Tobias Samnet)

«Stargazers» (Avec Oliver Hartmann, Michael Kiske et Thomas Rettke)

«The Scarecrow» (Avec Oliver Hartmann et Thomas Rettke)

 

Rappel:

«Twisted Mind» (Avec Eric Martin et Thomas Rettke)

«Sign of The Cross» (Avec tous les chanteurs)

Outro: «Cry Just a Little»

 

En somme, le Festival d’été nous a offert une inoubliable soirée de métal de trois sous-genres différents et couronnée par le premier passage en sol nord-américain d’Avantasia qui a dépassé toutes les attentes imaginables envers un tel super groupe et a ranimé, l’instant d’une soirée, mon ancienne passion pour le Powermetal et ses doses élevées de fromage. Je tiens aussi à féliciter particulièrement les membres de NMTL qui ont ouvert la soirée de fort belle façon avec leur énergique prestation et bien entendu, les légendes de Voivod qui ont donné un excellent spectacle malgré un son défaillant. Je lève donc mon chapeau à l’organisation du Festival d’été qui a encore su surprendre les métaleux de Québec cette année.

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas