by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mar 7, 2015 | Critiques, Critiques d'Albums

Vehemal
«The atom inside»
Indépendant
2014
Liste des pièces:
«Les particules élémentaires»
«Progéniture échouée»
«Cosmic Collision»
«Univers Zéro»
«Relativité nébuleuse»
«Milky Way»
«Avenge the Earth»
«The Atom Inside»
«Les synapses planétaires»
C’est l’an passé, plus précisément le 25 septembre dernier, que la formation montréalaise de Black Metal mélodique Vehemal sortait son tout premier album intitulé «The Atom Inside». Testant son matériel sur scène ici et là en province depuis 2008, le quintette d’abord entièrement constitué de membres du beau sexe, mais comprenant aujourd’hui trois membres masculins, devait effectivement se lancer et nous livrer sa première offrande après de nombreuses années de gestation. Pour y parvenir, la troupe réquisitionna les services des maintenant réputés Silver Wings Studios, ce qui laissait présager une première sortie de qualité optimale. Décortiquons donc ledit résultat final, pour voir ce qui en est réellement de cette nouvelle galette métallisée québécoise.
Tout d’abord, en scrutant la superbe couverture de l’album et les titres des pièces s’y retrouvant, on verra que Martine Bourque (chant, paroles), s’est appliquée à développer un concept lyrique à saveur cosmique, illustré par de superbes paroles francophones et des paroles disons-le, un peu moins réussie dans la langue de Shakespeare. En effet, bien que les paroles anglophones semblent être très bien placées dans la musique élaborée du groupe, leur lecture nous fait constater qu’elles sont nettement moins riches que celles écrites dans la langue de Molière.
Assez parlé de l’enrobage, entrons maintenant dans la musique de Vehemal. De manière tout à fait classique pour le genre, le groupe nous accueille avec «Les particules élémentaires», une introduction orchestrale un brin longuette avec sa minute et demie qui semble tourner en rond au lieu de nous emmener quelque part. Cet effet est renforcé, par le fait que la seconde pièce, une de meilleures de l’album soit dit en passant, semble comporter sa propre introduction de clavier qui rallonge la mise en bouche de façon un peu injustifiée. Passé cette longue introduction, le groupe entre enfin dans le vif du sujet avec des motifs de guitare en trémolo, typiques du courant musical choisi, souvent couplés à une guitare de tête superbe et mélodique.
Ce qui suit est une succession de motifs agressifs et de passages plus calmes et mélodieux arrangés d’une façon qui n’est pas sans rappeler les aventuriers d’Unexpect, sans jamais verser dans la même complexité par exemple. L’écoute de l’album nous fera donc l’effet d’un voyage cosmique à travers tempêtes solaires et moments de vide interstellaire, mais on en retiendra principalement les passages plus violents. Ceux-ci sont en effet très bien construits et écrits, alors que certains des passages plus atmosphériques ne semblent qu’exister pour rallonger la sauce.
On en vient maintenant à la production qui, très compétente en ce qui a trait aux guitares tranchantes quoique manquant un brin de saleté, sonne beaucoup trop plastique du côté de la batterie qui est dépourvue de sonorités réellement organiques. Au chapitre des orchestrations de claviers, celles-ci apportent un aspect intéressant à la musique du groupe lorsqu’elles se font ambiantes et atmosphériques, mais se révèlent parfois agaçantes dans mon cas lorsque le clavier est utilisé comme instrument de tête. Effectivement, les sonorités utilisées dans ces passages se rapprochent plus du Power Metal ou du Goth Metal que de sonorités associées au Black Metal, ce qui amène un côté un peu trop fromagé à mon goût à l’ensemble. Le chant de Martine Bourque variant entre les hurlements râpeux typiques du genre, un chant plus clair, mais rauque et des passages narrés constitue clairement le second point fort de l’album après les motifs de guitare en raison de sa puissance et de son intelligibilité.
En somme, bien que plusieurs éléments de «The Atom Inside» soient perfectibles à mon avis, celui-ci vaut tout de même largement le détour grâce à son équilibre entre agression et mélodie, à ses motifs de guitare élaborés, à un concept lyrique bien travaillé et à la voix puissante et variée de sa chanteuse. Toutefois, Vehemal aurait eu avantage à opter pour une production plus organique du côté de la batterie, à choisir des sonorités de clavier plus glauques que cajoleuses et à conserver plus de saleté dans les guitares, ce qui aurait amené un son moins stérile à l’ensemble. De plus, certaines longueurs, notamment celle de la double introduction, auraient pu être réduites pour améliorer l’impact de l’album qui se distinguera surtout par ses passages plus agressifs. Les fanatiques du côté plus mélodique et grandiloquent de la musique sombre ne devraient cependant pas s’en formaliser outre mesure et jeter une oreille attentive à ce premier opus d’un groupe de chez nous.
7/10
Pièces favorites: «Progéniture échouée» et «Milky Way».
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Mar 1, 2015 | Critiques, Critiques de Shows
Il y a de ces groupes qu’on ne se lasse jamais de voir en spectacle et c’est définitivement le cas de Cannibal Corpse et de Behemoth malgré le fait qu’ils évoluent dans deux courants très différents de la musique extrême. C’est donc sans hésitations que ma belle lionne métallique et moi nous procurâmes, dès leur mise en vente, des entrées pour un spectacle réunissant lesdits titans dans la Métropole démographique du Québec. S’ajoutait à cela le fait que nous avions manqué Behemoth, un de mes groupes préférés à vie, lors de leur dernier passage à Montréal l’an passé parce que nous avions choisi d’aller voir Nile qui jouait le même soir, mais à Québec sur leur première tournée canadienne. C’est donc avec un énorme enthousiasme que nous quittâmes la Capitale nationale en matinée dans notre rutilant bolide pour profiter d’un après-midi dans la grande ville avant d’aller assister au massacre prévu.

Après un souper en compagnie d’un ami montréalais à la soupe tonkinoise de la rue Saint-Denis, coin Beaubien, nous prîmes le métro direction Berri pour arriver vers 19 h 20 dans la magnifique salle du Métropolis. Après avoir constaté la présence d’une belle délégation de la ville de Québec et avoir fait le plein de houblon de piètre qualité diablement trop cher (6,25$ la bière!), les lumières s’éteignirent et le premier groupe de la soirée, Tribulation, fit son entrée en scène devant une salle encore modestement remplie.
Tribulation est un quatuor suédois fondé en 2004 qui pratique un style musical très particulier mariant à merveille Hard Rock progressif, Black Metal, Thrash Metal et Death Metal. Les passages les plus agressifs de leurs pièces ne sont pas sans rappeler un Watain qui aurait été infusé de Death et de Thrash, alors que les passages les plus rock rappellent grandement les années 1970 avec des ambiances psychédéliques. Menée par la présence charismatique et les hurlements râpeux de Johannes Andersson (chant, basse), la troupe suédoise nous livra une prestation hautement convaincante. Affublés de maquillages de cadavre et habillés tels des rockeurs des années 1970, les membres de Tribulation nous livrèrent effectivement leurs pièces avec conviction, énergie et précision. Le son fut d’ailleurs à leur avantage, mettant de l’avant leur côté organique et relativement relâché quoique certaines pièces de la batterie semblaient être oubliées dans le mix sonore. Le groupe fut aussi habile dans la génération d’ambiances méditatives entre des passages plus agressifs. En somme, leur prestation fut une très agréable découverte pour votre fidèle serviteur. Le groupe sortira son troisième album complet en carrière, «The Children of The Night», le 23 mars prochain sur Century Media Records.
Le second groupe à prendre d’assaut la scène du Métropolis était Aeon, un quintette de Death Metal suédois fondé en 1999 qui a déjà quatre albums pleine longueur à son actif. Leur musique est un Death Metal tout ce qu’il y a de plus traditionnel, voire même un peu trop générique à mon goût, mais n’étant tout de même pas dépourvu d’un côté accrocheur pour l’amateur du genre et d’une interprétation musicale de haute qualité. Sur scène, leur prestation fut malheureusement handicapée par un mix sonore médiocre, pour la première et seule fois de la soirée. Effectivement, les guitares et la basse se perdaient dans une bouillie sonore indiscernable, qui ne laissait ressortir qu’une batterie beaucoup trop forte et la voix gutturale puissante de Tommy Dahlström. Cela vint renforcer l’impression déjà acquise à l’écoute de leurs albums que leur musique manque quant à moi cruellement de diversité de structures et de différenciation entre les pièces. Malgré tout, leur présence scénique et l’énergie puissante dégagée par la troupe leur permirent de déchaîner les ardeurs du public maintenant très imposant. Ce fut donc tout de même un bon moment de Death Metal en dépit de la répétitivité de leur musique et la mauvaise sonorisation de leur performance.
La mise en bouche était maintenant terminée et c’était maintenant le moment du premier plat de résistance et quel plat! Bien que Cannibal Corpse ne soit pas mon groupe favori d’entre tous, ils ne m’ont jamais déçu en spectacle et leurs nombreux albums sont toujours les bienvenus dans la liste d’écoute lorsque vient le temps d’un défoulement total. Cette fois-ci n’allait pas faire exception. En effet, débutant avec l’excellente «Scouge of Iron», la célèbre troupe de psychopathes américains nous imposa un véritable carnage musical marqué par un son maintenant excellent et une sélection bien variée touchant à toutes les époques de leur discographie. La prestation déclencha la folie de la foule dans une salle comble ou presque. La fosse était un véritable asile d’aliénés, notamment pendant l’incontournable «Hammer Smashed Face» qui donna lieu au plus gros déchaînement de violence de la soirée. George «Corpsegrinder» Fisher (chant) mena ses troupes avec son charisme unique et sa voix gutturale totalement inhumaine, y allant aussi d’interventions efficaces et parfois comiques entre les pièces. Le groupe acheva la foule avec l’excellente «Devoured by Vermin», question de s’assurer qu’on n’oublierait pas le rouleau compresseur sonique qui venait de nous broyer.
À peu près n’importe quel autre groupe que Behemoth aurait dû bénéficier d’un miracle pour arriver à triompher après une prestation aussi puissante de la part de Cannibal Corpse. Cependant, dès que le décor splendide de scène de la troupe de Nergal (guitare, chant) fut installé et que les torches furent enflammées, on sut qu’on aurait droit à la totale ou presque. Entamant leur prestation avec la délicieuse «Ora Pro Nobis Lucifer» issue de leur excellent dernier effort «The Satanist» (2014), le groupe polonais nous en mit plein la vue et les oreilles avec un spectacle exemplairement précis, énergique et imposant. Le son fut d’ailleurs d’une qualité irréprochable tout au long de leur livraison d’une dizaine de titres. Ma seule déception fut l’absence de pièces de leur période Black Metal, c’est-à-dire avant 1999, mais ce fut une bien maigre déception comparativement à la qualité du spectacle présenté par ces brutes. De plus, le groupe ne put pas en mettre autant qu’ils en font en Europe côté pyrotechnie, fort probablement à cause des spécifications de la salle par rapport à la sécurité, mais le groupe parvint tout de même à livrer une performance théâtrale avec un décor impressionnant, des éclairages sublimes et un rituel de feu et d’encens par un Nergal dans une forme olympienne. Après un rappel exquis constitué de la délicieuse «O Father O Satan O Sun!», Behemoth se retira sous les acclamations d’une foule complètement conquise.
En conclusion, le passage de Behemoth et Cannibal Corpse dans la Métropole québécoise fut certainement un des évènements phares de l’année encore jeune au chapitre du Métal extrême. Réunissant deux titans métalliques aux prestations exemplaires devant une foule imposante et déchaînée, ce spectacle restera certainement ancré dans la mémoire de ceux qui y ont assisté. De plus, il me permit de découvrir un excellent groupe en ce qui concerne Tribulation, bien que je fusse en contrepartie un peu sceptique devant Aeon et son Death Metal générique. Merci à Evenko/Heavy MTL d’avoir amené cette tournée monstrueuse à Montréal!
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Jan 29, 2015 | Critiques, Critiques de Shows
Il y avait déjà deux ou trois semaines que votre fidèle serviteur attendait l’occasion de faire un retour dans les salles de spectacle de la vieille capitale pour une représentation métallique déjantée, quand se présenta enfin à l’horizon une fin de semaine métallisée. Bien sûr, il y avait eu auparavant le passage de Dark Tranquillity à la Salle Multi en compagnie de Insomnium et May Catch Fire, mais il y a parfois des moments dans la vie de chroniqueur où d’autres rôles doivent prendre le dessus et c’est ainsi que mon appétit pour de nouveaux spectacles n’avait pas pu être comblé cette fois-là. C’est donc avec enthousiasme que j’accueillis la nouvelle de deux spectacles à teneurs locales et interprovinciales qui meubleraient la fin de semaine passée. Ma fidèle succube et moi nous équipâmes donc pour affronter le froid sibérien du vendredi 16 janvier, pour ensuite nous diriger vers Le Cercle sur la rue Saint-Joseph et assister à une représentation musicale au contenu dangereusement varié, comprenant du Mathcore, du Rock /Métal progressif et du Death Metal mélodique.

Peu après notre arrivée à l’intérieur de la chaleureuse salle de spectacle et un arrêt aux puits de sagesse de l’endroit, les quatre membres de Witness the Calling prirent place sur la scène pour entamer les hostilités. Tout d’abord, allons-y de quelques présentations d’usage. Witness the Calling est un tout nouveau projet comprenant trois des quatre membres de The Babyface Nelsons, soit: Julien Rhéaume (chant), Dominic Simard (basse) et Gabriel Savard (batterie) accompagnés du guitariste Sébastien Racine. Ce nouveau projet se situe dans une mouvance Mathcore qui laisse de côté la tendance progressive et expérimentale de The Babyface Nelsons pour une approche plus agressive et directe tout en étant aussi déjantée. Sur scène, le résultat fut celui d’une prestation remplie de rebondissements musicaux témoignant d’un potentiel d’idéation musicale impressionnant. Effectivement, le quatuor nous proposa une pléthore de motifs tantôt agressifs et teintés de Death Metal, tantôt introspectifs et jazzés, tantôt déstructurés et tirants sur le «Noise», tous livrés avec conviction et assurance. L’ensemble fut très bien accompagné des voix très compétentes du chanteur, qu’elles soient claires ou hurlées. Mes seules réserves se situèrent du côté des arrangements, principalement dans les transitions entre les motifs semblant parfois se succéder de façon un brin trop décousue. De plus, j’aurais parfois aimé que le groupe développe plus longuement ses idées de motifs au lieu de sauter sans cesse à une autre idée. Qu’à cela ne tienne, la représentation fut une excellente entrée en matière pour la nouvelle formation qui possède un potentiel indéniable de création.
La seconde formation à prendre les planches du Cercle d’assaut était Southern Cross, une formation à la carrière déjà très étoffée et d’une longévité impressionnante sur la scène locale. En effet, avec plus de 14 ans d’évolution et trois albums à son actif, le quintette comprenant certains des meilleurs musiciens de la scène locale s’est imposé comme l’un des meilleurs groupes de Métal progressif de la Province. Sans se faire prier, le groupe entama donc sa performance avec deux nouvelles pièces confirmant leur évolution déjà bien entamée vers un son de plus en plus près du rock progressif de formations telles que Porcupine Tree par opposition au Power/Progressive Metal de leur début. Avec une aisance et un professionnalisme proportionnels à son expérience, la troupe menée par David Lizotte (guitare/chant) nous démontra tout son savoir-faire musical avec de superbes compositions interprétées avec une énorme assurance. Le public présent fut à l’évidence ravi de cette belle performance et marqua son appréciation de façon très chaleureuse. Ma seule critique négative sera reliée au chant de David Lizotte qui semblait parfois laborieux et pas toujours juste dans les tonalités plus élevées. Celui-ci paraissait beaucoup plus à l’aise dans les tonalités moyennes et basses avec un timbre rappelant celui de Steven Wilson. En somme, le groupe se révéla encore une fois d’une solidité impressionnante sur scène, reposant fermement sur les structures rythmiques impeccables d’Antoine Guertin (batterie) et Jean-François Boudreault (basse), sans rien enlever aux guitares d’Olivier Perrier-Maurel et du chanteur-guitariste.
La soirée était maintenant bien avancée et arrosée lorsque ce fut au tour aux vedettes locales d’Aeternam de prendre d’assaut la scène pour la première fois en 2015. Avec son Death Metal mélodique infusé de sonorités moyen-orientales et d’imagerie des peuples du désert, Aeternam a déjà fait son empreinte indélébile sur la scène provinciale. Effectivement, grâce à la parution de deux albums acclamés par la critique en à peu près 8 ans d’existence et à l’aide de nombreux spectacles faisant preuve d’une solidité à toute épreuve, le quatuor s’est taillé une place enviable parmi les formations de pointe de la Capitale. C’est donc suivant cette tradition de performance musicalement impeccable que la troupe menée par Achraf Loudiy (guitares, vocal) entama sa prestation sous les cris enthousiastes du public. Comme toujours d’une précision métronomique, Aeternam parvint tout de même à surprendre votre scribe par l’énergie affamée de sa trop courte prestation qui fut certainement l’une de ses meilleures en terme de chimie de groupe et de sens du spectacle. Ayant vu le groupe sur scène à de très nombreuses reprises depuis quelques années je fus ravi de voir que son énergie de scène ne fait que grandir de prestation en prestation. Le public répondit d’ailleurs extrêmement bien à la performance en déclenchant les premières vraies escarmouches physiques de la soirée et en marquant son appréciation entre chaque pièce. Je ne peux donc que lever mon chapeau imaginaire à Antoine Guertin (batterie) (qui faisait un quart de travail double ce soir-là), Maxime Boucher (basse, chœur), Matthew Sweeney (guitares) et Achraf pour leur prestation époustouflante.
* * *
Le lendemain, après un bon souper de famille, nous affrontâmes le froid à nouveau pour nous rendre cette fois au Scanner où se déroulerait tardivement une soirée à saveur Stoner et Heavy Rock accueillant la jeune formation locale Iron Trap, les drogués instrumentaux originaires d’Ottawa de Monobrow et les légendes locales de Grand Morne.

Quelques minutes seulement après notre arrivée dans le débit de boissons, le trio du nom d’Iron Trap monta sur la minuscule scène du Scanner pour nous introduire à son Heavy Rock à l’ancienne, qu’ils qualifient de forestier et de mystique. Jeune formation composée de Maxime Boucher (Basse, chant), Alexandre Loignon (guitare) et Fanny Grenier (batterie), le groupe nous présenta son EP en cours d’enregistrement dans son entièreté avec un bel aplomb et un flair indéniable pour les «grooves» pesants qui rappellent les racines du Métal que sont des groupes comme Blue Cheer, Black Sabbath et Led Zeppelin par exemple. La jeune batteuse du groupe fut assez impressionnante avec sa force de frappe nécessaire au genre et les deux autres membres démontrèrent un plaisir contagieux à se produire brièvement sous nos yeux. Leur prestation comprit aussi une reprise de Queens of the Stone Age qui eut un bel effet dans le public. La formation est donc à surveiller et démontre un très beau potentiel. On attend leur EP avec impatience!
Le second groupe à venir s’exécuter pour notre plaisir fut Monobrow qui en était à sa première visite dans la forteresse nordique de Québec pour nous présenter son Stoner Rock instrumental à saveur psychédélique. Le trio, provenant d’Ottawa, est né en 2009 et est composé de Paul Slater (guitare), Brian Ahopelto (batterie) et Sam Beydoun (basse). Dès les premières secondes de son entrée en scène, la troupe dut se débrouiller avec un problème technique affectant le kit de pédales de distorsion du guitariste, ce qui retarda leur prestation de plusieurs minutes. Heureusement, une solution de rechange fut trouvée de façon relativement rapide et Monobrow se lança dans une sélection fort agréable de pièces interprétée de façon assez relâchée pour que l’instant paraisse unique, tout en étant d’une précision démontrant l’expérience de ses membres. Ainsi, on avait parfois l’impression d’assister à un jam plutôt qu’à un spectacle, ce qui renforça le sentiment d’intimité nécessaire à la musique psychédélique, lourde et chaleureuse développée par le trio. Cependant, puisque la musique du groupe est entièrement instrumentale, je me serais attendu à ce que celui-ci profite des interruptions entre les pièces pour interagir de façon plus soutenue avec le public présent et ainsi faire monter l’intensité de l’ambiance. Malgré cette réserve mineure, ce fut un premier passage à Québec très réussi pour le trio comme en témoignèrent les réactions chaleureuses du public à la fin de leur spectacle.
La soirée était maintenant devenue matinée lorsque Grand Morne se hissa de quelques centimètres pour s’installer sur la scène lilliputienne du Scanner. Troisième trio de la soirée, Grand Morne est une formation de Québec œuvrant lui aussi dans le Heavy Rock instrumental avec quelques passages frôlant le Metal plus lourd. Ayant un album à son actif, la troupe se compose de Maxime R. Routhier à la basse, Nicolas Girard à la batterie et Louis-Alexandre Jacques à la guitare. Accompagnés d’un écran sur lequel étaient projetées des peintures abstraites animées pour un effet lysergique, ceux-ci se lancèrent dans une interprétation de leurs petits bijoux instrumentaux. La magie de leur musique euphorisante interprétée avec charisme et enthousiasme nous fit presque oublier quelques petits passages semblant manquer de précision, notamment lors de la finale de l’unique pièce du rappel. De plus, leur prestation sembla un brin courte comparativement à celle de Monobrow, ce qui est probablement bon signe d’une certaine façon puisque votre humble serviteur en aurait pris beaucoup plus. Malgré ces petites réserves, le passage de Grand Morne fut extrêmement plaisant et visiblement fortement apprécié par les spectateurs qui exigèrent un rappel.
En conclusion, ce fut une forte belle fin de semaine à teneur principalement locale pour commencer mon année métallique en beauté. Avec deux spectacles de grande qualité et de genres variés en deux soirs, cette fin de semaine prouva une fois de plus la profondeur de notre scène locale. Chapeau et merci à tous les artistes impliqués dans ces deux spectacles et aux organisateurs de ces évènements.
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Déc 18, 2014 | Critiques de Shows

Samedi dernier, les amateurs de métal de mort à l’ancienne de Québec étaient conviés à une orgie sonore rassemblant trois groupes locaux et une formation de la Métropole, Canceric, à son tout premier passage dans la Capitale. Il n’en fallait pas plus pour que ma voluptueuse déesse du mal et moi empruntions le chemin dudit souterrain sinistre qui servirait de havre dédié à des musiques diaboliques pour la soirée. Arrivés sur les lieux peu après 19 h, nous pûmes constater que l’installation des groupes de la soirée avançait tout de même rondement malgré l’absence d’un technicien de son attitré à la soirée qui mit en œuvre le «système D» des formations et de Fred END, le propriétaire de la Salle Unisson. Ainsi, peu après 20 h, les quatre cavaliers de l’apocalypse d’Outre-Tombe prirent d’assaut la scène après de brefs tests de son.
Outre-Tombe est un quatuor Death Metal de la vieille ville fortifiée de Québec, à ne pas confondre avec le projet Black Metal du même nom provenant de l’Outaouais. Celui-ci compte parmi ses rangs Fred « Crachat» Tremblay à la basse et aux éructations (aussi de Kaotik), Ulysse «Cobra» Nadeau-Paré à la guitare, Nicholas «Vitesse» Gagné (aussi de Phosphorus) à la batterie et, le petit nouveau, Alexis Goulet-Bouchard à la guitare. D’un trio plutôt Death/Thrash, le groupe a évolué depuis 2010 vers un son plus résolument Death à l’ancienne qui rappelle grandement Autopsy. Sur scène, le groupe m’impressionna grandement par l’évolution accomplie depuis la première fois que je les avais vus sur scène en 2013. En effet, leur musique simple, lourde à souhait et centrée sur l’efficacité fit rapidement mouche dans le public qui ne se fit pas prier pour entamer les hostilités sous les assauts solides de la troupe. Avec un son bien gras qui ne fut handicapé que par un micro de grosse caisse non coopératif, la formation parvint sans grande peine à réchauffer plus qu’adéquatement le public avant de se retirer sous les cris de ce dernier.
Après une courte pause, c’était au tour de Canceric, une formation de Montréal, de monter sur scène pour nous présenter leur mélange de Death Metal et de Thrash Metal. Le quintette composé de William Pichette (vocal), Julien Provost (guitare, chœurs), Vince Laliberté (guitare), Zack Osiris (batterie) et J-F Tremblay (basse fretless) est présentement en train de terminer l’enregistrement de son premier Ep avec Chris Donaldson à la console et venait nous présenter sa musique pour la première fois à Québec. Sur scène, on put assister à une livraison puissante et précise de Death/Thrash ravageur qui provoqua encore la folie des spectateurs. Cependant, je fus un peu sceptique quant au mariage entre une musique dominée par des motifs très lourds et une approche vocale plutôt centrée sur un hurlement aigu rappelant le Thrash de la fin des années 1980. En effet, la musique du groupe me semblait plutôt centrée sur un Death réclamant une dominante de voix plus basse et gutturale, alors que le chanteur faisait plutôt l’inverse, soit une dominante de hurlements haut perchés entrecoupés de quelques grognements plus gutturaux. Cela dit, la performance du groupe ne s’en ressentit pas outre mesure et, à sa décharge, le chanteur ne semblait pas très bien s’entendre. Ce fut donc d’une performance convaincante de la part de Canceric.
La prochaine formation à monter sur scène était l’infâme quatuor «Evil Death Metal» connu sous le nom d’Atroce. Originaire de Québec, la troupe se plaît à faire revivre la naissance du vrai métal obscur en s’inspirant évidemment de formations comme Sarcófago, Mystifier et les premières heures de Mayhem. La résultante est un mélange de Death et Thrash à l’ancienne interprété dans une atmosphère rituelle sanglante soutenue par un décorum théâtral à souhait. Encore une fois, le public ne fut pas épargné par le maître de cérémonie P.-O. avec son talent pour les mises en scène macabres. En effet, celui-ci fut souillé par du sang aspergé sans vergogne, put admirer un candélabre imposant et odorant, tout en étant témoin d’une folie à peine retenue et en reniflant une odeur de putréfaction répandue préalablement dans le souterrain humide qu’est la Salle Unisson. La violence de la mise en scène ne fut que rehaussée par la musique brutale et sans compromis du quatuor qui ne laissa personne indifférent. Ce fut donc une performance orgiaque pour Atroce, dont la progression ne semble pas prête d’être freinée par quoi que ce soit.
Une dernière pause et c’était maintenant aux psychopathes de Soiled by Blood de venir nous achever avec leur Death Metal brutal. Forte de la sortie de son album «Serving the Bowels of God» en début d’année, la formation âgée de six ans environ nous assaillit comme à son habitude avec une énergie hors du commun dominée par la présence charismatique et démente du hurleur Alex-Antoine Chamberland. Avec leur musique puissante, précise et aux «grooves» brutaux, mais entraînants, Soiled by Blood nous prouva sans l’ombre d’un doute qu’ils méritaient leur place en tête d’affiche en ce samedi soir de débauche. Les musiciens démontrèrent même une progression depuis la dernière fois que je les avais vus sur scène avec une prestation plus solide et précise que jamais qui leur permettait plus de mouvement et d’interaction avec le public en délire. Le chanteur exécuta même un plongeon de scène épique qui lui permit d’être porté par les membres de la foule tout en continuant à se déflorer la gorge dans le micro. Enfin, le groupe nous livra coup sur coup trois nouvelles pièces fraîchement composées en fin de parcours qui laissent présager un avenir brillant pour leur musique barbare.
En somme, ce samedi soir fut le théâtre d’une véritable défonce à la Salle Unisson, nous présentant des projets musicaux qui perpétuent la tradition du métal de mort à l’ancienne dans la Belle Province. Les quatre groupes invités sur cette affiche nous livrèrent des prestations puissantes et déjantées tout en démontrant un professionnalisme prometteur. De plus, un public festif et généreux répondit à l’appel, ce qui contribua à rendre la soirée d’autant plus mémorable. Ce fut donc un 10$ très bien dépensé pour tous les spectateurs présents!
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Déc 3, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Rahu
« The Quest for the Vajra of Shadows«
2012
«Ordeal of X»
«Samudra Manthan»
«Kalas Bleed for the Sun-Eater»
«The Serpent King»
«Sceptre of the Auspicious One»
Dans la mythologie hindoue, Rahu est un démon représenté sous la forme d’un serpent qui fut coupé en deux par Vishnu pour avoir bu le nectar d’immortalité des dieux. Sa tête, toujours vivante, serait responsable des éclipses solaires, avalant le soleil avant que celui-ci ne ressorte par le trou de son cou. C’est donc suivant cette thématique que le duo finlandais de Black Metal du même nom a élaboré son premier album complet publié sur vinyle et CD en 2012 et ressorti cette année de façon digitale et internationale pour les amateurs d’obscurité mythique. Intrigué par cette sortie au thème original et à la superbe présentation graphique anormalement colorée pour un projet de métal noir nordique, votre serviteur s’est attaqué à des écoutes répétées dudit opus et voici ce qui en est ressorti.
Tout d’abord, dans la plus pure tradition finlandaise établie par des groupes tels qu’Horna, Sargeist et Baptism, ce qui sautera aux oreilles de l’auditeur dès l’introduction de «Ordeal of X» est la parfaite combinaison d’une élaboration mélodique épique et d’une production résolument sale, bourrée d’échos mystiques rehaussant l’atmosphère occulte de la musique. Les expérimentés Kobalt (Devilry, ex-Baptism, ex-IC Rex)) (voix, batterie) et Atvar (Circle of Ouroborus, Impervious, Karmic Void, Prevalent Resistance, Venus Star, Verivala, Vordr, Key) (guitare, basse) nous livrent ainsi une sélection de pièces majestueusement atmosphériques nous transportant littéralement par leurs mélodies à saveur résolument orientale dans l’univers mythologique hindou peuplé de démons assoiffés de pouvoir et de dieux vengeurs. Nos deux protagonistes évitent aussi le piège de la répétitivité en incluant d’intéressantes variations rythmiques et une influence Doom assumée, caractérisée par des passages très lents, rampant dans le subconscient de l’auditeur pour contribuer à l’expérience mystique qu’est l’audition de ce chef-d’œuvre. De plus, malgré une production très malpropre et toute en réverbération typique du Black Metal finlandais, l’auditeur sera heureux d’entendre facilement tous les instruments et les subtilités utilisés par les membres de Rahu, y compris la basse souvent laissée pour compte dans le métal noir. Toutefois, en ce qui concerne le chant de Kobalt, j’aurais personnellement préféré qu’il soit un peu plus prédominant dans le mix sonore et un peu moins bourré d’écho, afin qu’il soit plus aisé de saisir les paroles et d’en apprécier les réelles qualités. Malgré cela, il ne s’agit pas d’un problème majeur puisque ledit chant se fond très bien dans l’ensemble musical superbe créé par Rahu.
En somme, «The Quest for the Vajra of Shadows» est un album de grande qualité qui devrait se retrouver dans la collection de tous les fanatiques de Black Metal occulte finlandais. Avec une thématique lyrique originale, une musique à la fois mystique et accrocheuse et une production rehaussant son atmosphère épique et ésotérique, Rahu atteint effectivement la cible recherchée avec une facilité déconcertante en un peu plus de quarante minutes seulement. Allumez de l’encens, présentez vos offrandes au serpent dévoreur de soleils et laissez-vous emporter par ce disque magnifique!
Pièces favorites: L’album en entier!
9,5/10
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas