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La fin de semaine passée se déroulerait sous le signe de la royauté métallique dans la Belle province, alors que King Diamond visiterait Montréal le vendredi et que Doro s’arrêterait à Québec samedi et à Montréal dimanche. Malheureusement pour moi, je ne pourrais assister à la venue du roi en personne, travail oblige, mais je n’allais certainement pas passer à côté du premier passage à Québec en 30 ans de carrière de l’infatigable et admirable reine Doro. C’est donc avec une excitation certaine que ma succube et moi prîmes la route de la Salle Multi de Méduse sur la rue Saint-Vallier Est afin d’assister à cet évènement que nous présumions déjà exceptionnel.

Arrivés sur place quelques minutes avant l’ouverture des portes à 19 h– il y avait deux groupes locaux à voir – nous eûmes le temps de saluer Marc Lavoie (Challenge Parkinson Metal), Karl-Emmanuel Picard (District 7 Production), Stanislav Stefanovski (Phosphorus) et sa compagne Anabelle Pinochet tout en déconnant verbalement avec les deux derniers, jusqu’à ce qu’on puisse enfin faire notre entrée dans la belle salle de spectacle. Une fois à l’intérieur, nous nous dirigeâmes vers le bar où nous attendaient une sélection de Boréale et notre barman favori, anciennement de l’Agitée, Alexandre Beaudet qui connait nos goûts sur le bout des doigts. Nous fûmes rapidement rejoints par Éloïse Chabot (Parkinson Metal) et quelques minutes plus tard Warning Sign prit possession de la scène spacieuse de l’endroit pour entamer le spectacle.

Faisons d’abord les présentations d’usage : Warning Sign est un groupe de Québec pratiquant un Heavy/Thrash Metal bien traditionnel et comptant parmi ses influences des groupes tels que Testament, Anthrax, Megadeth, Metal Church, Iron Maiden et Judas Priest. Le groupe a un EP intitulé « Wake the Dead (2013)» à son actif. Sur scène, le groupe nous livra une prestation empreinte de conviction et de professionnalisme. Maxim Beaulieu (chant, guitare) démontra son charisme et son talent avec un chant clair de registre élevé très bien exécuté et une excellente maîtrise de ses parties de guitare qui lui permit de se concentrer sur son interaction avec la foule enthousiaste. Les autres membres du groupe ne furent pas en reste, notamment Olivier Perrier-Maurel à la guitare avec une livraison solide et des solos intéressants, ainsi que Jérôme St-Charles avec un excellent jeu de basse mouvementé et un très bon contact avec le public. La foule sembla d’ailleurs conquise par le Metal traditionaliste exécuté avec brio de Warning Sign, marquant son approbation bruyamment entre les pièces et se faisant aller la touffe pendant celles-ci. Le groupe sut donc pleinement tirer parti de sa position d’ouverture de soirée, réchauffant admirablement bien un public alerte et prêt à une soirée de Métal à l’ancienne.

Après quelques minutes de pause, c’était maintenant au tour de Warder de monter sur scène afin de poursuivre les hostilités. Warder est un quintette de la vieille capitale qui joue un Heavy Metal très accessible teinté d’influences Hard Rock, Power, Thrash et progressives. Ils ont produit un EP dénommé « Escape Plan» en 2012. Il s’agissait aussi d’une seconde prestation pour Jérôme St-Charles qui est aussi bassiste au sein de Warder. Bien en forme sur scène, les membres du groupe livrèrent une prestation précise, professionnelle et mouvementée qui ne me fit cependant pas plus apprécier la musique du groupe que je trouvai malheureusement un peu trop générique. En effet, bien que Warder aille chercher ses influences dans plusieurs genres différents, ils ne semblent aller chercher que les éléments les plus accessibles et convenus de ces genres, ce qui amène un côté plutôt répétitif ou « cliché » à leur musique. En outre, je ne fus pas totalement convaincu par la performance de Guillaume Laberge au chant. En effet, bien que celui-ci fut très à l’aise sur scène dégageant une bonne énergie et maîtrisant le solfège, sa tendance à tirer dans toutes les directions avec des inflexions stylistiques plus ou moins pertinentes qui finissent par ressembler à une reproduction de clichés métaux m’agaça quelque peu. Comprenons-nous bien, il s’agit d’un chanteur au talent technique indéniable, mais qui manque selon moi d’une personnalité vocale propre à lui-même. Toutefois, une bonne partie de la foule sembla embarquer avec joie dans la prestation de Warder qui ira bientôt enregistrer un second album, ce qui indique que mes goûts ne sont sans doute pas universels!

Le prochain groupe à monter sur scène était The Mighty Swine, quatuor américain de Heavy Metal aux légères tendances progressives qui n’était pas annoncé sur l’affiche en raison de son addition tardive sur l’alignement de la tournée de Doro. Formé de vieux routiers du Métal américains arborant une apparence de motards, le groupe donna une solide prestation de Heavy Metal à l’ancienne laissant place à certaines envolées instrumentales donnant une touche progressive à l’ensemble et à certaines pièces plus rapides qui évoquent une certaine influence Thrash. Mike Skimmerhorn (chant, basse) me ravit avec sa voix chantée intéressante et originale comportant des textures rocailleuses tout en restant très claire et juste. La performance des guitaristes Stacey Donahue et Jeff Tong fut aussi excellente, mais c’est le batteur Ric Martelino qui fut le plus impressionnant avec la pesanteur et la précision de son jeu. La troupe de Cincinnati, Ohio donna donc la pleine mesure de son talent de vétérans devant un public qui sembla découvrir le tout avec attention tout en étant impatient d’accueillir la reine du Métal pour laquelle il s’était déplacé. The Mighty Swine se retira donc sous les applaudissements bien mérités de la foule après un premier passage réussi dans la capitale provinciale.

Après une pause un peu plus longue que les précédentes pour donner le temps aux musiciens de la troupe royale de bien installer leur matériel, la fabuleuse et légendaire Doro fit une entrée triomphale devant une foule magnétisée, compactée à l’avant et en extase totale. La blonde quinquagénaire, toujours aussi jolie, en forme et en voix qu’à ses débuts, il y a trente ans, se lança avec vigueur dans une sélection fortement marquée par l’héritage de Warlock, le groupe qui lança sa phénoménale carrière au début des années 1980. Furent donc interprétées avec énergie et conviction, les obligatoires «I Rule the Night», «Earthshaker Rock», «Burning the Witches», «True As Steel», «Für Immer», «Without You», «Metal Racer» du célèbre groupe allemand, mais aussi des pièces de la carrière solo de la reine telles que : «The Night of the Warlock», «Raise Your Fist in the Air» et «Revenge». La sélection gargantuesque comprit même des reprises de Skyline («Wacken Hymne (We Are the Metalheads)»), Judas Priest («Breaking the Law») et Dio («Egypt (The Chains Are On)»).  Très en voix et bénéficiant d’un excellent son à l’exception d’un problème de retour de son dans son micro surtout entre les pièces, Doro démontra clairement qu’elle mérite son statut de reine du Metal en étant d’une générosité et d’une dévotion sans borne à l’égard du public qu’on aurait souhaité plus nombreux. En effet, celle-ci donna facilement deux heures de prestation entrecoupées d’adresses au public pour lui signifier sa gratitude et même prendre des demandes spéciales au pied levé. La formidable leçon de dévotion artistique de la reine fut aussi rehaussée d’une performance impeccable de ses musiciens expérimentés, talentueux et versatiles. Le tout mit le public d’environ deux centaines de têtes dans un état de délire total qui le faisait paraître beaucoup plus imposant que sa taille réelle.

 

Setlist de Doro (de mémoire) :

«I Rule the Ruins» (Warlock)

«Earthshaker Rock» (Warlock)

«Burning the Witches» (Warlock)

«Fight for Rock» (Warlock)

«The Night of the Warlock»

«Raise Your Fist in the Air»

«Evil» (Warlock)

«Without You» (Warlock)

«Metal Tango» (Warlock)

«True as Steel» (Warlock)

«Für Immer»(Warlock)

«Metal Racer»(Warlock)

«Out of Control» (Warlock)

 Solo de batterie

«Wacken Hymne (We are the Metalheads)» (Skyline)

«Revenge»

«Breaking the Law» (Judas Priest)

«East Meets West» (Warlock)

«All We Are» (Warlock)

«Hellbound» (Warlock)

«Egypt (The Chains Are On)» (Dio)

 

En somme, ce fut donc une prestation complètement magique et inoubliable de Doro offerte avec dévotion par une artiste légendaire à un public hautement reconnaissant. De plus, ce spectacle fut encore l’occasion de démontrer que Québec possède une scène métal florissante avec la participation de Warning Sign et Warder, bien que je fusse un peu moins convaincu par le deuxième groupe qui me laissa malheureusement un peu froid en raison de son approche générique et quelque peu répétitive. De plus, ce spectacle me permit de découvrir un groupe de talent, soit The Mighty Swine. Ma seule réelle déception réside dans l’assistance qui aurait facilement pu être plus nombreuse compte tenu de la renommé de la tête d’affiche, mais cela peut s’expliquer par la surabondance de spectacles d’artistes internationaux cette semaine-là avec King Diamond à Montréal la veille, Eluveitie à Québec le lendemain, Amon Amarth la semaine précédente…etc. En terminant, je désire remercier Karl-Emmanuel Picard de District 7 Production  pour l’accès à la salle!

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas