Mayhem-Esoteric-Warfare

Mayhem

 “Esoteric Warfare

Season of Mist

2014

«Watchers»
«Psywar»
«Trinity»
«Pandaemon»
«MILAB»
«VI. Sec. »
«Throne of Time»
«Corpse of Care»
«Post Human»
«Aion Suntelia»

Bonus (version digitale):
«Into the Lifeless»

 

Le Black Metal et même le Métal extrême en général n’auront jamais connu de légendes plus importantes que Mayhem. Effectivement, Euronymous, le défunt fondateur de cette horde psychopathologique et véritable parrain du Black Metal norvégien serait certainement fier de l’héritage malsain associé au nom Mayhem. Musique innovatrice diaboliquement malsaine, meurtres, suicide, incendies criminels d’églises méthodistes et spectacles controversés; la troupe d’Oslo aura absolument tout fait. Or, plusieurs étaient sceptiques quant à l’avenir du groupe après le départ du guitariste Blasphemer, principale force créatrice de Mayhem depuis son arrivée en 1995, suite à la parution de leur dernier opus intitulé «Ordo ad Chao» (2007). C’est donc avec une grande curiosité que les fanatiques de Mayhem accueillirent cette année la parution exubérante en une multitude de formats (l’album est disponible en 16 versions allant de digitale au double LP de couleurs multiples) du nouvel album du groupe, habilement intitulé «Esoteric Warfare» sur une thématique lyrique d’expérimentations en guerre psychologique. Attaquons-nous donc à décortiquer ce nouvel album qui aura mis sept ans à naître.

Tout d’abord, lorsque «Watcher» démarre avec ses barrages d’accords dissonants livrés par les nouveaux guitaristes Teloch et Charles Hedger, suivis d’une autre performance incroyable de Hellhammer à la batterie et des voix sublimement malsaines d’Attila Csihar, l’auditeur remarquera inévitablement une écriture musicale plus structurée que sur l’opus précédent. En effet, malgré l’utilisation récurrente de variations rythmiques axées sur des passages rapides et violents alternants avec des passages lents et atmosphériques comme sur «Ordo ad Chao», les motifs du nouveau compositeur Teloch suivent des structures musicales plus serrées et intelligibles que les expérimentations déstructurées à saveur Noise livrées par Blasphemer sur ledit précédent opus. La production, quant à elle, reste particulièrement similaire à celle de l’album précédent avec un accent mis sur la malpropreté des guitares et des voix qui accentue la folie musicale de Mayhem. Cependant, les auditeurs érudits noteront une heureuse mise en évidence de la batterie et de la basse comparativement à «Ordo ad Chao», ce qui permettra une meilleure appréciation de la performance d’ensemble du groupe. La première moitié de «Esoteric Warfare» fera donc les délices des amateurs de délires psychotiques, comprenant les meilleurs moments musicaux de l’album avec des pièces puissantes et bien construites. Toutefois, après «MILAB» la bande s’égarera dans les méandres tortueux de compositions de moins en moins inspirées et énergiques telles que: «VI. Sec. », «Throne of Time», «Corpse of Care» et «Post Human», avant de revenir à des idées un peu plus intéressantes quoique n’égalant pas le début de l’album sur «Aion Suntelia».

En somme, bien que démarrant sur les chapeaux de roue, bénéficiant d’une production lui permettant d’exploiter à fond son côté malsain et donnant lieu à une performance époustouflante de Hellhammer et d’Attila, «Esoteric Warfare» souffre d’une panne progressive d’inspiration et d’énergie à mi-parcours qui en fera un album inégal. On en retiendra donc des structures et motifs rythmiques extrêmement intéressants ainsi que des voix à faire dresser le poil sur la nuque, mais aussi une certaine déception reliée à un sentiment de remplissage dans la seconde partie de l’album avec quelques pièces franchement médiocres. La commercialisation de l’album en de multiples formats et couleurs tape-à-l’œil ne parviendra pas à faire oublier qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une entrée moyenne dans la discographie de l’illustre groupe norvégien.

Pièces favorites: «Watchers», «Psywar», «Trinity» et «Pandaemon»

6,5/10

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas