by Francis LaBadie | Déc 24, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums
Beyond Creation – Earthborn Evolution
(Album, 2014 – Season of Mist)
Enregistré chez The Grid

Beyond Creation est un groupe de Death Metal Progressif de Montréal ayant vu le jour en 2005. Depuis le lancement de son premier opus, l’album « The Aura » en 2011, le groupe a radicalement pris de l’ampleur pour être aujourd’hui une de nos plus grandes fiertés de l’histoire du metal au Québec et connaître un succès sur la scène internationale. Lorsqu’on entend leur musique on comprend que ce n’est pas pour rien qu’ils ont autant de succès, on parle d’une vraie furie mélodique et technique.
Je connais plus d’un mélomane qui se réjouit de pouvoir écouter du matériel frais de Beyond Creation depuis la sortie de leur deuxième album Earthborn Evolution. Connaissant ce groupe, on sait déja que l’écoute de cet album sera une expérience mémorable.
Dès la première seconde d’écoute, le son est fidèle à l’identité de Beyond Creation : puissant et mélodique. Contrairement à beaucoup de bands de metal, pas de longue intro qui nous fait languir. Elusive Reverence introduit très bien l’album. On sent déja cette énergie percutante qu’on retrouve souvent dans leur musique. Les riffs de basse très caractérisés de Forest qu’on entend très bien sont un des premiers atouts qui nous font apprécier la musique. Quelques dissonances bien placées ici et là, drumming brutal à souhait et bourré de blast beats de Philippe Boucher… Quelqu’un qui n’aurait jamais entendu ce groupe légendaire comprendrait vite qu’ils ont tout pour plaire.
Sous la lueur de l’Empereur : Voila un titre qui fait plaisir à entendre. Ça fait chaud au coeur de constater qu’un groupe qui a connu le succès à l’étranger écrit des compositions dans sa langue natale, rappellant en quelque sorte aux autres d’ou ils viennent. La deuxième pièce de l’album est tout aussi étoffée que la première et j’ai bien l’impression que ce calibre sera conservé jusqu’à la fin. J’entend quelques riffs de sonorité similaire à ceux de Necrophagist au niveau des sons de guitares étouffés avec des « slides » dans une gamme similaire à ce que j’ai déja entendu dans ce groupe allemand qui m’a ouvert les portes du death metal technique lors de mon adolescence. Le coté progressif ressort dans cette pièce avec un passage groovy un peu innatendu dans lequel le son des guitares devient un peu plus léger pour mettre l’accent sur quelques punchs. On peut effectivement profiter d’ambiances plus calmes qui permettent à la musique de respirer, comme au moment du solo de guitare.
La pièce titre de l’album, soit la troisième, Earthborn Evolution, commence avec une intro de guitare clean qui suggère à mon oreille des influences à la Animals as Leaders. Un tapping percussif sur une corde grave (de guitare 8 cordes) qui développe une mélodie à travers un groove agréable à l’écoute. La basse entre en deuxième et fait le pont vers la section plus heavy en développant de beaux phrasés avec une intonation quasi incomparable… À la fois planant et très profond, avec la batterie plus espacée… jusqu’au moment ou un autre tapping de guitare plus aigu soit accompagné d’un blastbeat pour donner un résultat au delà des mots. Je ne crois pas qu’il me soit déja arrivé d’entendre dans le metal quelque chose que je considère être une véritable révolution musicale… mais c’est bien ce que ce passage m’a fait ressentir. Malgré toute la pesanteur et la brutalité qu’on retrouve dans le death metal, Beyond Creation est un groupe qui parvient avec brio à mettre de l’expression dans ses compositions, et c’est selon moi un facteur qui fait que c’est un des meilleurs groupes de la scène metal internationale.
On peut aussi profiter de petits répits pour nos oreilles lors de moments plus calmes comme dans la pièce Neurotical Transmissions (la cinquième). Elle contient un autre de ces tappings en guitare clean combiné au blast beat que j’affectionne particulièrement, avec en plus la basse qui y participe, de quoi combler les oreilles. Une bonne maitrise des instruments est très bien démontrée avec cette pièce : on y exploite bien la guitare à 8 cordes, chose qui n’est pas faite par tous les musiciens qui jouent sur autant de cordes.
Alors que Abstrait Dialog est plus calme que les autres et plutôt du type ambiante, The Axiom est pour sa part plus mouvementée, voire psychotique au niveau de la mélodie.
L’une des pièces avec le plus de personnalité sur l’album est Theatrical Delirium. Une ambiance sombre mais pesante, un bel enchainement de solos de basse et guitare, une passe plus calme avec une ambiance qui me fait un peu penser au groupe de progressif instrumental Unbeing, bref, une belle variété de couleurs bien assorties. La ligne de basse est particulièrement impressionnante dans cette longue pièce.
Somme toute, l’album Earthborn Evolution est un excellent produit que je recommande à tout fan de death metal avec du mordant. Pour ceux qui aiment le tapping (technique de guitare / basse), les blast beats, la mélodie en grande quantité et les architectures musicales élaborées.
Vous pouvez acheter l’album Earthborn Evolution en suivant ce lien
by Francis LaBadie | Nov 28, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

DistortHead
« Invasive Species«
2014
DistortHead est un groupe Death Métal Mélodique / Metalcore de Châteauguay (en rive sud de Montréal) qui ne fait pas dans la dentelle. Je parle en connaissance de cause pour avoir partagé deux fois la scène avec eux. Leur premier album, « Invasive species« , produit chez Silver Wings Studios, est paru en octobre cette année (2014). C’est un enregistrement qui peint parfaitement le portrait du groupe DistortHead. Pour en savoir plus à leur propos, voici un lien vers l’entrevue que Lex a réalisée avec eux dans leur local de pratique ainsi que 2 pièces jouées lors de cette occasion.
Le tout commence avec une courte intro théâtrale qui bâtit une de ces tensions comme je les aime.. court mais radical, un orchestre au son maléfique, qui me fait penser au son d’un empire cruel à la manière des films du grand écran. Une formule avec laquelle on ne se trompe pas pour introduire un album de musique sans pitié.
Ça commence en force avec « Invasive Species« , la pièce titre de l’album. On sent tout de suite la puissance. Le visage musical et parolier de la thématique se fait aussi sentir en forte présence. L’ouvrage musical mélange avec brio les éléments du metalcore à ceux du death metal mélodique, et les mélodies au son tragique (un son tragique mais puissant et grandiose) des guitares sont particulièrement communicatives (le genre à donner des frissons dans le dos à mon esprit de mélomane). Le vocal est puissant et audible. Lorsqu’on entend des choses comme « Brace yourselves for extinction » et « We cannot run, we cannot hide », on comprend tout de suite que l’histoire derrière les paroles n’est pas comme la fin des films pour enfants. La trame sonore d’une fatalité que l’humanité doit affronter… peut-être le fruit de l’évolution de l’humanité (la bêtise humaine qui atteint son apogée?) qui résulte en l’extinction de la race humaine par l’invasion d’autres espèces…
« Ode to the Sun » nous balance en pleine gueule dès le départ un bel assortiment d’accords de guitare à caractère dramatique. L’énergie est tout aussi percutante et j’ai le feeling que ça sera comme ça tout au long de l’album. Beaucoup de groupes sont capables de mettre de la pesanteur dans leurs créations mais plus rares sont ceux qui sont capables d’y inclure des mélodies qui interpellent l’oreille et qui dégagent des couleurs perceptibles. DistortHead sont des créateurs qui ont ce talent. Les chants clean font leur apparition dans cette chanson, sont bien éxécutés et fonctionnent bien dans la musique (les chants cleans étant quelque chose qui ne fait jamais l’unanimité). L’équilibre entre le côté pesant et mélodique est agréablement palpable.
« Jack is Always Smiling » transporte une ambiance diabolique et pervertie. Mon imaginaire me pousse à croire qu’on y parle d’un maniaque, peut-être au second degré pour représenter cette facette de l’humain en général ou au premier degré, soit désignant une personne. Les riffs plus pesants / espacés du type breakdown y sont davantage exploités. Le vocal du type « inhalé » est très caractérisé et c’est un élément distinctif par rapport au vocal des pièces précédentes. C’est intéressant de voir les différentes portées vocales faire leur apparition à travers de différentes pièces.
Chacune des pièces de l’album transporte ses caractéristiques et couleurs. La thématique de l’album est tout de même homogène par le fait qu’elle représente le destin tracé de l’humanité. La pièce « Skyso » (la plus longue de l’album) dégage une énergie de détraqué avec ses notes dissonantes qui sont particulièrement efficaces pour briser le confort de l’oreille (c’est toujours cool d’entendre des riffs qui viennent déranger l’oreille et défier les conventions musicales!). C’est définitivement l’une des pièces qui a le plus de personnalité sur « Invasive Species« .
La production sonore de cet album est excellente, le produit est d’une qualité agréable à l’écoute, les différents registres de voix sont bien exécutés et assemblés. Je recommande « Invasive Species » à ceux qui aiment le mélodique et la pesanteur. Distribué a 8$ en version digitale sur leur page bandcamp dont le lecteur se trouve ici-bas pour vous permettre d’écouter ce très bon album. Pour la copie physique, je sais que les disques produits par Silver Wings Studios sont distribués chez certains disquaires indépendants du Québec, alors allez donc visiter le vôtre, ça l’encouragera et vous ferez peut-être d’autres belles découvertes si vous ne trouvez celui-ci!
Francis
by Francis LaBadie | Oct 23, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Unbeing
« Raptus » EP
Independent
2014
Unbeing est une formation de metal progressif instrumental (ou plutôt « ProgEpic InstruMetal » selon les écrits sur leur site web et leur facebook) de Montréal ayant vu le jour en 2006. Suite à plusieurs péripéties et changements de membres, on peut dire que la formation telle qu’on la connait aujourd’hui date plutôt de 2010 (C’est là que commence la chronologie des événements à retenir sur leur page facebook). Mais Unbeing n’ont pas toujours été une formation instrumentale. Ayant commencé au tout début avec une formation qui incluait un chanteur (ce même membre est maintenant leur bassiste), le groupe a fait l’essai d’autres voix au sein de leur formation, pour en arriver finalement à la conclusion que leur créativité était limitée par le fait d’exploiter pleinement le potentiel d’un chanteur. Unbeing est donc devenu à partir de 2011 un groupe instrumental d’abord et avant tout, et il est dit sur leur page qu’il sera considéré d’ajouter une voix si cela convient.
Le EP « Raptus« , paru cette année soit 2014, est un court enregistrement de 4 pièces, comportant au total 19 minutes de musique. C’est jusqu’à maintenant le deuxième enregistrement du groupe.
La première pièce, « Rapture« , installe tranquillement l’ambiance du EP. Il faut souligner qu’Unbeing est une formation qui compose plus de longues pièces que de courtes pièces. Les développements musicaux sont donc très élaborés et se font de manière longue et PROGressive. Au tout début de « Rapture« , on entend le son de quelque chose qui s’approche (comme le son du vent ou d’un véhicule quelconque en mouvement), alors que le mood est calme et space. Alternant d’accords mineurs à majeurs, le son planant de ce début de EP très prometteur transporte une identité bien propre à Unbeing. Mes oreilles affectionnent particulièrement ce type d’ambiance: c’est un bon indicateur que le plat de résistance sera bon quand on peut sentir que l’entrée est déjà de la fine gastronomie. Lorsque l’énergie atteint son apogée et que l’aspect metal est entré en place, on constate que c’est une construction réalisée avec brio. À la fin de la pièce, extrait sonore du métro de Montréal qui décolle vers une prochaine station (C’était ça le son au début, un métro qui approche). C’est intéressant d’entendre cela car ça caractérise la musique avec un élément de la vie de tous les jours, mais non seulement ça, ça créé aussi une appartenance au lieu d’origine de la musique tout en permettant aux gens de partout dans le monde qui écouteront cette musique d’entendre le son du métro de Montréal. C’est un peu comme si la musique d’Unbeing nous amenait visiter des lieux en plus de nous communiquer des mélodies.
D’ailleurs, ce son du métro est entrecoupé entre la fin de la première pièce, et le début de la deuxième: « Batterie Faible« . On peut apprécier dans « Batterie Faible« , une grande présence de la basse qui groove calmement mais avec du caractère. Encore une fois la construction de la pièce se fait progressivement avec la guitare clean au début, formule semblable à la première pièce. Une belle palette de textures nous est livrée par ce groupe progressif dont les mélodies sont communicatives et spécialement caractérisées. Une fois de plus, l’énergie est montante et l’effet est percutant lorsque la vélocité atteint son sommet. L’aspect agréable d’un groupe instrumental tel qu’Unbeing est que chaque mélodie et chaque groove se succède pour être analysé par notre oreille d’une perspective frontale, donc très directe.
C’est particulièrement intéressant de retrouver des transitions très fluides entre les pièces, tout comme celle entre « Batterie faible » et « Tetris Rufus« . L’énergie du EP « Raptus » comporte beaucoup de nuances, monte et descend souvent. Quelqu’un qui ne porte pas attention au lecteur de musique et qui écoute sans le regarder pourrait ne pas remarquer le moment où les pièces se fondent les unes dans les autres et percevoir le tout comme un seul long morceau. C’est peut être même voulu par le groupe, et ça a quelque chose d’ingénieux (ça doit être cool en live de voir les 4 pièces enchainées sans interruption). La pièce « Tetris Rufus » comporte elle aussi un son atmosphérique plutôt planant. C’est selon moi celle qui a la personnalité la plus mordante dans ce EP.
Finalement, « 2nd Cup » est une pièce où on peut profiter d’une multitude de belles harmonies et dans laquelle on retrouve un côté prog plus accentué. Les signatures de temps et découpages progressifs sont un peu plus prononcés dans cette pièce. Il y a cette ambiance tout au long du EP qui combine le fait que la musique lève beaucoup, mais il y a aussi cette atmosphère space entretenue par les différentes banques de son du keyboard. C’est une expérience d’écoute raffinée et rafraichissante.
La musique de Unbeing est disponible sur leur site officiel donc si vous aimez ce que vous entendez, le EP « Raptus » est disponible au coût de 4$ en version digitale, et chacune de leurs pièces (incluant celle de leur album éponyme) sont en vente séparément au coût de 0.99$ sur ce même site web. Ça vaut la peine, à ce prix la, d’encourager de bons artistes locaux.
Francis
by Francis LaBadie | Sep 11, 2014 | Critiques, Critiques de Shows
Connaissez vous le Trailer Thrash Fest? Pour ceux qui connaissent pas, y faut dire en commençant que le nom en dit long. C’est thrash, dans le sens propre comme dans le sens figuré, et c’est un festival. J’ai eu pour la première fois l’occasion d’assister a l’évènement cette année et c’est un plaisir et un honneur pour moi d’en faire la couverture. J’aimerais commencer par m’excuser auprès des groupes dont j’ai manqué la prestation car je ne suis arrivé que vendredi vers 20h (je n’ai malheureusement pas pu y être avant ça à cause de mes occupations de jour). Je vais quand même mentionner les groupes du festival et parler d’eux! Par où commencer… Il y a tant de choses à dire sur le Trailer Thrash Fest de cette année, toutes pas aussi agréables les unes que les autres (ceci étant dit sans être négatif). Le soir du vendredi 22 août, après avoir vu un peu de pays défiler par la fenêtre de l’autobus 200, j’ai fini par arriver à destination au camping Ste-Pie en compagnie de quelques camarades avec qui j’ai fait le reste du trajet après l’autobus. Le temps de s’installer un campement, et hop à la scène pour y voir jouer Death Lullaby. Disons que ça commence en force pour la partie de la soirée que j’ai pu attraper.

Death Lullaby est une formation de Montréal influencée par les groupes de deathcore technique tels que Born of Osiris et Veil of Maya. C’est de la pure violence bourrée de mélodies et de rythmes très tight. La pesanteur et la fougue est constante dans la musique Death Lullaby. D’ailleurs, sur scène, les gars détruisent la place avec une présence efficace. Ils ont cette sonorité space dans les leads et les solos de guitare (qui comportent une bonne dose de shredding par moments). D’ailleurs, j’affectionne particulièrement le solo de la pièce « Denied » qui se trouve sur leur EP « Fractal » de 5 pièces disponible en téléchargement gratuit sur leur page bandcamp. Parlant de gratuit, leur single « The Recovery » l’est aussi sur cette même page.


Le set de Death Lullaby n’était pas encore fini qu’un petit événement est survenu (autre que sur scène). Des véhicules de police sont arrivés sur les lieux. Déjà! Il faut mentionner que le spectacle durait depuis 14h si je ne me trompe pas mais je venais a peine d’arriver. Ce fut un sentiment plutôt désagréable pour moi qui n’avais pas encore vu une prestation complète et on se posait tous des questions. De toute façon, il y a une piste de course qui fait un paquet de bruit juste à côté, qu’est-ce que ça change de faire un show sur le site du camping? Il n’y avait pas de problèmes apparents et les agents ne faisaient qu’examiner la situation. Si certaines choses n’étaient pas en règle, peut-être que le Trailer Thrash Fest et le Camping Ste-Pie pourraient avoir des problèmes… Death Lullaby poursuivent leur set. La soirée n’est pas interrompue. Certains agents discutent avec les gens près des sites de camping et d’autres se dirigent vers l’espace du concert, probablement pour y vérifier que tout est en règle. Je ne m’approche pas trop, mais j’entends à certains moments des morceaux de conversations. Il semble que certains agents cherchent à trouver ou ont quelque chose à reprocher à certains des campeurs/spectateurs du festival. Finalement, plus tard, alors que ceux qui sont venus voir à l’aire de spectacle repartent vers le site de camping, j’entends quelqu’un qui leur demande:
Alors est-ce que ça veut dire que l’événement est annulé?
Et l’un des agents, de lui répondre quelque chose comme:
Non non, on n’est pas venu pour vous autres.
C’est un peu rassurant à entendre mais ça n’enlève pas les interrogations concernant la présence de 5 véhicules incluant un camion? Bref, on essaie d’avoir du fun et de rester positif en étant responsables! La police repart tranquillement et aucun affront ou arrestation n’a eu lieu. Tout semble bien se passer, pas d’embrouilles.
On passe un peu de temps à notre spot de camping en fraternisant avec nos amis et voisins de campements, notamment deux des gars du groupe Breaking the Cycle qui jouent sur le festival le lendemain, samedi.
C’est Eternal Judgment, le groupe Thrash Metal de Rémy Redneck Roy, l’organisateur du Trailer Thrash Fest, qui monte ensuite sur scène. C’est du Thrash old school, débauché, énergique et rassembleur. Les mélodies et les rythmes de leur musique exercent une grande présence et ça interpelle les spectateurs. Un aspect d’Eternal Judgment qui se rapporte aux racines du metal c’est le vocal clean (mais thrash et rugueux) qui rend les paroles plus faciles d’écoute et plus accessibles pour la participation du public. Eternal Judgment donnent un **** de show. C’est ma première fois au Trailer Thrash et je ressens une énergie phénoménale, vous savez, ce feeling dans les shows de metal où on dirait que tout le monde ne fait qu’un, comme une confrérie tous à l’unisson. Un sentiment d’appartenance, un support mutuel offert au groupe de l’organisateur du festival pour le remercier de son support à la scène en offrant de la visibilité à tous ces groupes locaux, mais pas juste pour ça, pour Eternal Judgment et leur excellente musique ainsi que leur prestance scénique, telle une gang de chums qui se soutiennent quoi qu’il arrive, parce que c’est ça, la culture metal au Québec, du moins la part que j’ai vue de cette grande communauté. Et quand je parle de ne faire qu’un avec le band, et de toute cette famille unie, j’ai moi-même vécu un autre bel exemple de cette énergie pendant le set de Eternal Judgment: pendant la toune « Julz the Redneck » qui est une pièce écrite en l’honneur d’un proche ami, le micro avait quelques problèmes et la voix ne sortait des speakers que partiellement (elle coupait par moments), mais le crowd étaient si nombreux à chanter et si fort, que ça couvrait le manque causé par la défaillance de l’équipement. C’était tellement fort que le crowd remplaçait littéralement les lead vocals et donnaient même une coche de plus dans la vélocité (même tenant compte du band qui était en train de jouer). Solide. L’écoute de leur EP « Fatal Virus » est disponible sur leur page bandcamp.


Après le set de Eternal Judgment, la partie moins le fun du festival se pointe le bout du nez…
Mauvaise nouvelle pour le Trailer Thrash Fest. Je croise Rémy et il n’a pas la tête d’un gars sur le party. Avec un air déprimé, il me dit:
Y’aura pas de Trailer Thrash Fest demain, Frank.
Je me contente de hocher la tête, répondre avec compassion et donner une petite tape amicale sur l’épaule, en restant très calme. La soirée n’est pas finie, rien ne sert d’être négatif et de mettre de la tension.
C’est quand même pas rien: une grosse déception pour ceux qui venaient juste d’arriver (presque à la fin de la première soirée). Payer 45$ dans le but de rester deux jours, certains sûrement là davantage pour la deuxième journée que la première, et se retrouver à seulement se faire rembourser soit environ 10-15$… Et pour les bands qui eux se sont déplacés pour arriver tôt et jouer le lendemain, c’est aussi une déception et c’est normal que certains soient fâchés par la situation.
Malgré tous les efforts déployés par Rémy (on n’oubliera pas de mentionner le fait d’avoir fait des déplacements d’horaire de dernière minute pour que les soirs de show finissent à 23h) pour que le festival soit réglementaire, ayant demandé de manière courtoise aux gens de ne pas consommer d’alcool dans l’aire de spectacle mais seulement sur leur terrain respectif de camping, certains gens amenaient leur consommation dans l’aire de spectacle et c’est ce qui a rendu le Trailer Thrash Fest non réglementaire car l’évènement n’avait pas obtenu de permis pour cela. Donc Rémy et le Camping Ste-Pie s’exposaient à des contraventions salées.
Mon attitude à ce moment fut par réflexe de rester zen, de profiter du moment présent. Si le festival n’allait pas avoir de lendemain, alors aussi bien profiter du moment présent au maximum. Qu’est-ce qu’on peut faire d’autre à part ça? J’ai spécifié à Rémy que s’il trouvait une solution de rechange pour la journée du samedi, je serais partant pour le soutenir, poursuivre l’aventure et la raconter à mon tour. Et ce n’était pas une promesse en l’air de gars paqueté.
Bref! Revenons à nos moutons et on remet le cap sur la scène du Trailer Thrash Fest où s’apprête à monter la tête d’affiche de la soirée: nul autre que Reanimator!
Reanimator est un groupe de Thrash Metal montréalais avec de l’énergie à revendre. Un intéressant mélange d’éléments du thrash de la vieille école et de la nouvelle école. Je trouve que ce groupe porte bien son nom, surtout si on considère qu’après s’être dissout en 2011, Reanimator est venu renaître de ses cendres en 2013 avec un troisième enregistrement: le EP « Great Balls » qui contient une reprise à leur manière bien à eux de la chanson « Great Balls of Fire » de Jerry Lee Lewis. En plus de livrer une musique solide, on peut apprécier dans leur musique de bons grooves prononcés et bien incorporés à la veine thrash metal. C’est certes un ouvrage musical bien réalisé et la prestance en show est au rendez vous. L’entretien avec la foule est bien assuré et une bonne dose de divertissement est offerte. Les gars ont leur trait de personnalité bien unique à eux: les bidons de gaz… ok c’est pas vraiment du gaz qu’il y a dedans mais plutôt de l’eau mais c’est thrash en **** de se faire vider ça dessus par le drummer qui sort parfois de son kit pour venir déconner à l’avant-scène! Parlant du loup, j’ai été accroché pendant leur set par le fait que leur drummer jouait comme une ***** de machine! Pas pour dire qu’il était moins tight les autres fois que je l’ai vu mais c’était particulièrement percutant ce soir là à quel point le son du drum était enflammé. Tant qu’à moi Reanimator savent se faire remarquer et maintenir cette réputation, qui n’est pas près de sombrer dans l’oubli. Visitez leur boutique sur bigcartel pour pouvoir vous procurer de leur merch!




Une fois le set de Reanimator terminé, un certain deuil s’est installé dans mon coeur de metalhead et celui de certains autres autour, sans oublier frustration et déception pour d’autres. Était-ce déjà la fin de ma première expérience au Trailer Thrash Fest qui venait à peine de commencer? On espère qu’une solution sera trouvée. Avec une coupe de drinks dans le nez, j’ai fini par sortir ma guitare, gratter et me promener un peu avec. J’ai fini par me ramasser assis derrière le genre kart de golf en train de jouer un air improvisé, plutôt sombre, pendant que Rémy chantait, improvisant lui aussi, l’histoire du Trailer Thrash sur un air un peu western qui concordait avec ma rythmique.
C’est l’heure de parler des bands que j’ai manqués.
(pas nécessairement dans l’ordre) :
The Butch Project Punk/Thrash de Joliette. Entraînant et un peu croustillant par moments. Enregistrements disponibles sur leur myspace.
Light Bulb Alley Garage/Psych/Punk/Psychobilly de Montréal. Groovy et space par moments, musique disponible sur leur Reverbnation.
Dissension Metal de Montréal. Mélodique, varié et puissant. Musique disponible sur leur facebook.
Venomenon Groove Thrash n’ Roll de Montréal, gras et efficace. Musique sur facebook.
Citizen Vicious Thrash n’ Roll de la rive-sud. Bruyant, vicieux, rapide et vulgaire. Musique sur leur page Bandcamp
General Dissairay Grunge de Brossard. Vargeux et planant. Musique sur leur facebook et vidéos de leur prestation du TTF sur leur mur.
Smirking Revenge Death Metal féminin de Drummondville/Montréal. Agressif et sombre. Prestations live sur leur chaîne youtube et EP « Mind Uploading » à venir bientôt.
Voila qui conclut la première journée du Trailer Thrash Fest. On veille jusqu’aux petites heures, puis on se réveille avec la gueule de bois, le soleil tapant et le coeur lourd de ne pas pouvoir voir tous ces bons bands qui étaient supposés jouer samedi. Le temps de boire une bière avec mon ami Yanick (un vrai guerrier du metal et fan fini!) et d’aller faire un tour au stage, saluer Alain de Québec-Metal puis je m’en retourne vers Montréal avec Djeizus (Bassiste des groupes Breaking the Cycle et Skeleris) et sa copine.
A peine quelques heures plus tard, je reçois une nouvelle de la part de mon chum Rémy: Le Trailer Thrash s’est trouvé une solution de rechange et se déroulera à la Coop culturelle du vieux Beloeil! Avec le nom très humble de Trailer Thrash FAIL! Bah, aussi bein en rire qu’en pleurer.

La flamme dans mon coeur se ravive, on dégrise et on repart en solo (il n’y aura pas de photos pour cette section car j’étais solo, sans collègue photographe) vers Beloeil pour y arriver tout juste à la dernière toune de Breaking the Cycle qui ne tarde pas à finir. Ah le transport en commun et les timings… Je suis déçu d’arriver trop tard pour apprécier leur prestation. Très bon band Montréalais de death metal mélodique avec une touche de thrash. D’ailleurs, les gars sont très sympathiques, professionnels, ils connaissent leur affaire.
Vas-y-Line (Le chanteur et le guitariste) prennent la relève avec leur Punk-Rock-Blues-Country-Thrash-Glissant. De quessé ça? que vous vous dites sûrement si vous connaissez pas. C’est un genre de rock chansonnier avec une voix rauque de gars sur la brosse un peu comme Plume Latraverse! Une bonne dose d’absurdité, des sujets assez trash merci, une perruque bleue pis des verres fumés. Quasiment le moment le plus thrash du festival! Chose sure, l’ambiance de la musique faisait place à une gang de criards (le public) qui savent ou ne savent pas les paroles des chansons. Chapeau à Djeizus de Breaking the Cycle qui s’est porté à l’assistance du soundman car un problème technique avait fait en sorte que le son sortait d’un seul côté des moniteurs, et qui a contribué à régler le problème. Le duo finit son set sur un rot dont Rémy est un peu coupable parce qu’il a fait caler une bière au chanteur alors qu’il venait déjà d’en caler une moitié. Le guitariste, après s’être fait faire signe que « fuck off le reste d’la toune » a joyeusement lancé son pick de guitare dans la face du chanteur. C’était glissant comme set, surtout avec la quantité de bière qui se trouvait sur le plancher!
Il reste encore un gars, avec sa guitare acoustique, celui qui fait jaser, qui chante des choses controversées et auxquelles on s’identifie. Le grand chansonnier, témoin accrédité et porte-parole de la débauche, ben oui c’est Mononc’ Serge! Même pendant son test de son, une masse innombrable de gens se sont concentrés près du stage pour le dévisager! Une coop-culturelle, c’est pas un peu trop « familial » pour le contenu des paroles de Mononc’ Serge? Parlant de familial, y’a même des enfants près du board de son au début de son set! Bouchez leurs chastes oreilles quelqu’un. On s’entend que le gars en a vu des vertes pis des pas mûres en matière d’auditoire. Il peut se lâcher lousse et dire des absurdités même si on est dans une coop culturelle. L’humour de notre chansonnier caractérise bien la thématique du Trailer Thrash FAIL et vient très bien clore la chose. On a droit à des chansons telles que « Les Patates« , « Ogunquit« , « Les Cochons« , « L’Âge de Bière« , « Fourrer« , « Hitler Robert » et bien d’autres ainsi que des anecdotes croustillantes, une bonne dose de blasphèmes et de bière qui coule partout. Le public n’est pas le plus nombreux mais parions que ce n’est pas le public le moins répondant devant lequel il a performé. Ce que je veux dire c’est que la participation du public était franchement palpable! Malgré le manque occasionnel d’hygiène des métalleux et notre maigre bagage culturel (ben non j’déconne, on n’est pas tous stéréotypés comme ça), je crois qu’on a su bien supporter l’artiste en tête d’affiche et lui exprimer notre reconnaissance de s’être déplacé quand même malgré la dégringolade du festival et l’envergure drastiquement réduite de l’événement. L’important c’est qu’on a eu du plaisir! Merci Serge!
Mais un autre groupe joue après la tête d’affiche! Quessé ça un événement avec un groupe qui joue APRÈS la tête d’affiche?? Bah c’est le Trailer Thrash FAIL! Haha! J’dis ça en riant voyons. Le groupe qui termine la soirée sans en être la tête d’affiche, c’est nul autre que Eternal Judgment pour la deuxième fois sur le festival! C’est quand même « legit » vu les circonstances que Rémy remplisse le show avec son band et se paye le luxe de clore le festival. Avec leur fidèle acolyte JULZ le Redneck, qui vient chanter sa chanson à nouveau. J’en profite pour saluer la bonne performance livrée par leur nouveau bassiste, tout un musicien!
On termine en remerciant la Coop culturelle du vieux Beloeil qui a généreusement accepté de recevoir l’événement à la dernière minute, et malgré les déboires, le travail dévoué de Rémy Redneck Roy. Alors, on se dit je l’espère, à une prochaine fois…
Francis