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Acacia

«Tills döden skiljer oss åt»

(2013)

Art of Propaganda

 

Liste des pièces

«Död mans mask»

«Förnimmelsens lund af längtan»

«Amourens redoxreaktion»

«Egocentrisk isolation»

«Tills döden skiljer oss åt»

 

L’Acacia est une espèce végétale très répandue, notamment en Australie, qui pousse dans les régions semi-arides et se caractérisant par une dualité entre la beauté et l’agressivité. En effet, les arbres de ces espèces ont une apparence jolie et gracieuse, surtout en période de floraison, mais comportent aussi de grandes épines qui peuvent transpercer les imprudents ou les animaux mal avertis qui souhaiteraient s’en nourrir. Cette espèce combine donc vie et morbidité, violence et beauté dans un tandem sublime.

C’est donc avec logique que la formation Acacia, originaire de Suède, a choisi ce nom pour se marier à sa musique combinant les ambiances feutrées du Doom Metal atmosphérique à l’agressivité et la méchanceté du Black Metal. D’abord connue sous le nom de Livsnekad (voir l’album prometteur Den Sociala Vanförheten (2009)), la troupe de Halmstad, comprenant d’anciens membres et un membre actuel (le bassiste Christian Larsson) de l’illustre groupe Shining, a sorti au mois de juin dernier son premier album sous le nom de groupe, Acacia, intitulé Tills döden skiljer oss åt qui signifie, si on le traduit de façon grossière, « Jusqu’à ce que la mort nous sépare ». La question posée par cette sortie était donc de savoir si le groupe allait parvenir efficacement à faire la symbiose de la douceur et de la rugosité, tel l’arbre précédemment évoqué et si son contenu saurait rivaliser avec des formations apparentées telles que Shining et Lifelover, par exemple? Force est de constater que oui.

En effet, dès les premières notes de piano de Död mans mask, plaquées par le pianiste d’origine japonaise Seiya Ogino, bientôt rejoint par un crescendo dramatique de guitares, de batterie et une superbe orchestration de cordes suivie de l’entrée en scène des superbes voix chantées de Ulf Nylin (qui a malheureusement quitté le groupe en novembre) et de la douce Moa Thorén, l’auditeur est plongé dans une atmosphère dépressive prenante et superbe. La production assurée par le jeune Klas Blomgren (Svart) joue un formidable rôle à cet effet en présentant un son englobant, moderne et d’une qualité irréprochable qui arrive à balancer parfaitement les passages feutrés et les déchaînements de violence du groupe dans un tout cohérent conservant de belles dynamiques. En effet, si la première pièce d’une durée relativement modeste (elle dure 6:30 minute alors que les autres pièces sont toutes au-dessus des 10 minutes) est quelque peu différente du reste de l’album puisqu’elle présente un style plutôt homogène de Doom atmosphérique fortement teinté d’influences Post-Rock, le reste de l’album présente des pièces à développement fortement nuancées entre tristesse passive et crises de folie sur des tempos lents à moyens.

C’est ainsi que dès la seconde pièce de l’album, on entre en territoire plus agressif, mais avec toujours la même efficacité: une alternance de passages marqués par des motifs de guitare puissants créés par Christian Larsson (Shining) et Andreas Thorén (Level Above Human, Ex-Shining) sur un tonnerre de batterie de Richard Schill (Level Above Human), surplombés par des voix hurlées ou des grognements inhumains et des passages atmosphériques piano-voix chantées, des passages lents, lourds et des passages plus véloces et agressifs. La dualité du groupe est donc très bien assumée et fonctionne de manière très efficace, notamment grâce au talent de composition du groupe qui excelle tant dans la livraison d’émotions violentes que dans la douceur. Pour ceux qui s’attarderont à décrypter les paroles exclusivement suédoises, les textes glauques et dépressifs se marient aussi de façon superbe aux ambiances générées par la musique du groupe.

S’il faut absolument trouver une faiblesse à ce petit bijou d’album, ce sera peut-être son léger excès d’homogénéité. Effectivement, bien que le groupe marie les extrêmes avec un très grand succès grâce à un talent musical indéniable, les pièces de l’album s’enchaînent en présentant les mêmes éléments, la même alternance entre passages doux et passages agressifs, ce qui fait que l’auditeur peu familier avec le contenu de l’album aura tendance à confondre les pièces les unes avec les autres. De plus, les pièces sont toutes construites de façon peu conventionnelle et progressive, ce qui fait qu’il est parfois dur de savoir où une pièce commence et où elle se termine. Ce ne sera donc pas un album nécessairement facile à apprivoiser pour toutes les oreilles, car il ne contient pas de pièce facile à digérer, pas de succès instantané. L’album devra donc être consommé de façon pleine et entière et exigera une écoute attentive et immersive de l’auditeur pour être apprécié à sa juste valeur.

En somme, avec son premier opus en carrière, Acacia présente un mariage très réussi entre le Doom Metal atmosphérique et le Black Metal dépressif. En effet, avec un grand talent de composition et une production puissante et moderne, le groupe suédois nous présente une œuvre d’une beauté époustouflante qui n’a pour seule faiblesse que de réclamer une très grande attention de ses auditeurs. Cette œuvre sera donc à conseiller aux amateurs de musique dépressive et sombre en général qui seront prêts à s’immerger pleinement dans l’écoute de pièces longues et toutes en nuances. À consommer sans modération et en entier, le volume à « 11 » avec votre prochaine psychose.

9/ 10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas