by Marryah Noch Mulligore | Mai 27, 2013 | La Décapiteuse

LA DÉCAPITEUSE #12
1. Band: SATAN
Album: « Life Sentence »
Label: Listenable
Date de sortie: 21 Mai
En voyant le nom du band, y’en a sûrement quelques-uns d’entre vous (les aînés, fort probablement) qui savent déjà totalement à quoi s’attendre avec « Life Sentence ». Moi, la seule affaire qui me donnait un indice sur la potentielle épée de Damoclès (ou la surprise rafraîchissante) que j’allais devoir accueillir à bras ouverts, c’est l’opinion des confrères journalistes dont je connais que trop bien les goûts. Honnêtement, j’dois dire que j’me rive le nez sur un album qui est à peu près aussi efficace que le dernier APE MACHINE l’a été pour moi, sinon peut être un tantinet plus, vu que la base est quand même un format que je sais apprécier. On sait tous, néanmoins, que c’est loin d’être une bonne idée de saccager du oldschool heavy metal avec un paquet de mosaïques de riffs qui s’entrecroisent de manière à peu près aussi abstraite que dans du prog. Les compositions oublient de s’étirer et de se prélasser dans l’extase de leur inspiration et décident tout simplement de se transformer en un ramassis d’idées à moitié accouchées garrochées à tord et à travers de façon souvent hasardeuse au coeur du genre de structure de toune qui a un potentiel de mémorabilité jadis puissant avant qu’on ait à se régaler d’un espèce de fouillis incompréhensible, impénétrable et honnêtement moins qu’efficace. Si certains comprennent ce type d’approche et qualifient cela de glamour et avant-gardiste, tant mieux pour eux. Moi, j’accroche pas, reste que j’aurais pu, si le focus était un peu plus présent et moins axé sur l’épaisseur de la crème fouettée ici présente en quantité assez excessive merci. Thanks, but no thanks.
VERDICT: 5.5/10
Band: ZED
Album: « Desperation Blues »
Label: Indépendant
Date de sortie: 21 Mai
L’approche blues à saveur rock and roll est quand même assez commune dernièrement. Bon nombre de bands s’essayent à exécuter ce type d’approche, parfois sans aucun souci pour leur propre crédibilité et leur respect de ces deux styles vieux comme la lune et tantôt avec un skill et un engouement tous deux palpables et ennivrants. ZED, provenant de San Francisco, bassin très énergisant dans sa club scene qui accueille tous types de mouvements marginaux à bras ouverts musicalement parlant (c’est là que METALLICA s’est faufilé après que la froideur du public de Los Angeles leur ait arraché la peau des fesses), savent très bien ce qu’ils font et malgré que leur philosophie de base ne soit pas nécessairement très singulière dans sa nature, l’album au complet est marqué par une authenticité vorace. La plupart des pièces sont longues, très bien balancées, aventureuses en termes de sautes d’humeur et passages un peu plus introspectifs, et également mauditement bien encabanées à l’intérieur d’une structure de basslines extrêmement judicieusement étalée sous des riffs percutants qui manquent pas de caractère ni d’énergie. « Desperation Blues » est une excursion des plus séduisantes au coeur du pub blues par une belle gang de musiciens qui ont pas peur de casser le cou des plus sceptiques. Go for it.
VERDICT: 7.5/10
Band: SVART CROWN
Album: Profane
Label: Listenable
Date de sortie: 21 Mai
Dans ma tête (et de ma très réelle et fiable expérience), le black métal français, c’est souvent du display d’originalité assez buzzant. Quand j’entends du stock venant de Paris, de la Belgique, et d’autres raccoins de la France, je suis jamais tellement ahurie d’avoir dans les oreilles un travail d’art complètement renversant puisque je réussis jamais à m’attendre à moins venant de ce pays; vous pouvez qualifier ça de déformation professionelle, je vous renchérirai qu’y serait à peu près temps que vous trouviez des preuves pour backer l’objection que vous amenez; d’ici là, j’vais me contenter de vous dire que vous connaissez pas vraiment leur scène à fond la caisse. SVART CROWN nous arrivent avec un album qui est death/black avec des penchants ‘noise’ dans l’acidité accrue et la structure étourdissante et totalement bipolaire des pièces. Ils ne perdent jamais leur focus malgré le fait qu’ils s’enlignent créativement pour nous garrocher une panoplie infinie d’émotions en pleine face de manière très structurée et élégante, mais également violente et traumatisante dans le bon sens. C’est une combine pour ceux qui ont la fine bouche et ont besoin d’un bel arsenal d’idées nouvelles dans leur black. Passez pas à côté.
VERDICT: 8.5/10
Band: EXTREMA
Album: The Seed of Foolishness
Label: Scarlet
Date de sortie: 21 Mai
Ne vous méprenez pas: « The Seed of Foolishness » n’est pas simplement un album de thrash. Les gars mélangent l’essentiel de cette approche à un métal lourd, libertin et brasse-cage que je qualifierais d’aussi puissant et lancinant que ce que PANTERA représentait dans leur temps (RIP). Leurs riffs inspirés d’un son absolument Texan sont munis d’un sens du groove complètement décoiffant et contagieux, et ce même dans les pièces un peu plus accessibles, les solos sont tranchants et flashent à un point qui les rend irrésistibles même à la première écoute. Ces gars-là ne savent pas s’essouffler et ont un flair pour l’expérimentation présenté dans un format qui a du punch et également un côté organisé stupéfiant malgré la longueur des tounes qui donne amplement place à un manque de focus qui est parfois atteint, mais pas assez souvent ou remarquablement pour ruiner l’efficacité de la totale que les gars nous offrent ici dans une incarnation qui va faire capoter les oldschoolers pour le restant de l’été.
VERDICT: 8.5/10
-Noch
by Marryah Noch Mulligore | Mai 19, 2013 | La Décapiteuse

LA DÉCAPITEUSE – ONZIÈME ÉDITION
En prenant un petit temps de recul et de semi-vacances en ce début de mois de mai où les projets se bousculent dans mon raccoin de pays, je ne chôme absolument pas sur les heures d’écoute d’albums totalement compulsives. Je reçois du stock d’un paquet de gros, moyens et petits labels, mais chacun des titres qui se bousculent dans ma liste de soumissions particulièrement achalandée méritent un ‘spot’ d’honneur dans ma playlist, que ce soit des navets complètement fétides ou du métal révolutionnaire capable de changer la face de la scène en l’espace d’une plage de cinquante minutes.
C’est pourquoi ma plume de journaliste tantôt blasée, tantôt moqueuse, tantôt absolument bafouée par des surprises qui changent ma vision de la musique à tout jamais, se doit de s’étendre sur un format de chronique pas mal plus étoffé. Ceux d’entre vous qui me lisez religieusement de semaine en semaine, non seulement vous avez des nerfs de béton, mais vous savez que, règle générale, j’peux entendre jusqu’à sept nouveaux albums par semaine. Ce que vous ne savez pas, si vous n’êtes pas critique, c’est qu’il y’a des dates de sorties d’albums qui sont comme des gros bouchons dans le traffic; certaines dates, y’a 8 albums qui droppent en même temps, ce qui exige une couverture monstre. Chaque être humain ne peut pas se claquer tout ce qui sort sans manquer le bateau une coupe de fois. Étant La Décapiteuse, j’essaye de pas trop m’en permettre et de vous garrocher un maximum d’opinion en quelques phrases pour couvrir le plus de terrain possible. C’est ainsi que par un bon mercredi matin, j’ai décidé de contacter Mr. Dave Rouleau et lui annoncer que ma chronique serait revampée. Je m’explique.
J’appose une note sur 10 à chacun des albums que j’entends. Question d’avoir un aide-mémoire précis sur ce qui définit chacun des chiffres, en lisant mes remarques sur les CDs que je m’apprête à vous présenter, référez-vous à l’échelle qui suit:
10/10 – Absolument époustouflant.
9/10 – Géant.
8/10 – Excellent.
7/10 – Très bon.
6/10 – Bon.
5/10 – Assez bon.
4/10 – Potable.
3/10 – Pas très bon.
2/10 – Mauvais.
1/10 – Atroce.
N/A – On sait tous ce que ça veut dire « Sans Commentaires », mais c’est rare que je me contente d’une note qui n’en dit pas plus, je vais donc habituellement choisir de chiffrer mon rating de manière plus pointue.
À l’aide de ce système, je vais lister les albums que je me suis claqué depuis lundi en ordre selon mes ratings, en commençant par le plus pourri, jusqu’au plus débilement hot. De plus, je veux entendre vos opinions; si vous avez entendu quelques-uns des titres sur lesquels je m’apprête à m’étendre, dites-moi ce que vous en avez retenu. Parlez fort.
1. Band: Ape Machine
Album: « Mangled by the Machine »
Label: Ripple Music
Date de sortie: 14 mai
À ce point-ci, vous savez tous que je trippe sur le psychedelic-rock, et le old school blues-infused rock inspiré de la lourdeur de BLACK SABBATH et des frivolités de LED ZEPPELIN. Ripple Music a le don de m’enivrer avec des sorties d’albums qui correspondent à ce bassin d’artistes qui se la jouent sous-sol crade rempli de fumée nous donnant l’impression qu’on est de retour dans la joie du ‘mindset’ hippie des années ’70. DEVIL TO PAY m’ont servi un album qui change une vie récemment, sous le même toit de distribution. Cette semaine, APE MACHINE se pointent avec une version de ce groove-oriented oldschool rock qui perd des plumes à mesure qu’il essaie d’exécuter un pas de danse qui semble un peu trop élaboré pour la quantité de focus disponible dans l’esprit de ces musiciens un peu trop enthousiastes et pas assez organisés dans leur approche au type de composition qu’on a ici. Le résultat est un peu broche à foin, ce qui est drastiquement dommage vu les talents clairs des musiciens, facilement notable après une écoute attentive de l’album.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: Le groove qu’on a ici est semblable aux premiers albums de SABBATH et je peux dire que les hooks sont mémorables, même s’ils sont durs à spotter parmi la mer d’expérimentation progressive garrochée par dessus le style primitif de ces gars-là (comme un espèce de voile de brouillard sur la peinture la plus capotée du monde). Ça me donne l’impression claire que ce band est capable de bien mieux quand il sait se placer les flûtes au lieu d’exagérer l’ampleur de leurs chorégraphies soniques.
DÉFAUT PRINCIPAL DE L’ALBUM: Habituellement, avoir un nombre de layers assez 4D sur un album de métal, c’est une bonne chose, tant et aussi longtemps que le songwriting a une destination à atteindre et qu’on veut tous s’y rendre à mesure que le temps d’écoute s’effrite. Sur un album de rock, mettons que ça sonne un peu acid trip dans le style HAWKWIND avec une catchiness facilement spottable, tout est beau. Dans le cas d’un mélange SABBATH et ZEPPELIN, je peux pas dire que les half-riffs qui s’emboîtent l’un dans l’autre (dans un cafouillis parfaitement fétide qui ruine complètement la substance de chaque toune), c’est archi-nécessaire, même que ça rend l’écoute complète de « Mangled by the Machine » difficile à avaler et même à terminer d’un bout à l’autre. Je comprends pas du tout cette décision consciente de guider le songwriting vers l’indigestion volontaire.
VERDICT: 3/10
2. Band: Zombiefication
Album: At the Caves of Eternal
Label: Pulverised Records
Date de sortie: 14 Mai
Mes attentes pour cet album-là étaient assez hautes. Je me fais souvent des illusions sur l’excellence hautement prometteuse du labelling Oldschool Swedish Death Metal car cet agencement de quatre mots forts simples me fait sauter dix pieds de haut vu que je suis initialement très fan de la violence back to basics dont témoigne cette zone de la scène qui prône le combien délicieux mantra Less is More. En l’absence d’un besoin obsessif pour le lavage de cerveau par l’élaboration d’un cours de maths 101 à travers une recette progressive et fortement plate qui s’étire sur ce qui semble être proche 90 minutes parfois, on a droit à des riffs gras dans un décor sinistre, macabre, et inquiétant, avec des hooks à perte de vue. Voilà ma définition brève du death metal des années 90 tel qu’il devrait l’être, en tout cas dans son incarnation suédoise. « At the Caves of Eternal » aurait dû ne vivre que pour ça, ce qui est pas le cas pantoute.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: Les mélodies solistes qu’on a dans quelques pièces ici sont extrêmement bien tissées et je dirais qu’elles définissent l’album comme étant un voyage mental qui commence assez bien pour que j’aie eu l’impression que j’aurais droit à une des meilleures révélations de l’année, avant que je me rive le nez sur les handicaps qui allaient s’ensuivre.
DÉFAUT PRINCIPAL DE L’ALBUM: J’ai mentionné, à plusieurs reprises, à travers les différents médias pour lesquels je travaille, que le mélange de doom et de death, c’est un gros Fail. Je pense pas arrêter de mettre ce fait en surbrillance de sitôt. Ce style définit la grosse majorité des tounes sur « At the Caves of Eternal » à partir de la moitié de sa durée totale. Le songwriting devient sinistre au point de perdre toute sa vitalité, qui était au top de sa forme dans l’incarnation plus rapide et relentless de l’approche de ZOMBIEFICATION. On passe d’une écriture qui part d’un manque d’oxygène pour finalement se rendre à un état catatonique de répétition amère des mêmes parts emmerdantes et d’un espèce de build-up ambient qui mène strictement nulle part. À ce point-ci, le ton n’est plus méditatif et macabre, mais plutôt obsédé avec le niaisage sur la poque.
VERDICT: 5/10
3.Band: Uncle Acid and the Deadbeats
Album: Mind Control
Label: Metal Blade Records
Date de sortie: 14 Mai
Depuis que « Bloodlust » est parvenu à saisir mon attention et à me rendre fanatique d’UNCLE ACID et de son approche badtrippante, glamour et même complètement space au psychedelic haunted barn rock qui brasse la scene underground anglaise depuis un temps (allez voir du côté d’ELECTRIC WIZARD pour en savourer la crème), ce band-là me fait capoter raide. Leur approche est originale, singulière, séduisante, et assez traumatisante à la fois. Les riffs efficaces bousculent les structures de songwriting ambitieuses dans une ambiance froide et perverse. Ça, ça décrit l’album d’avant parfaitement. J’imagine que les intentions étaient semblables avec « Mind Control », le titre en témoignant de manière assez évidente. Reste que c’est une facette beaucoup plus introspective des DEADBEATS. Les tracks qu’on a ici ont une certaine vibe contemplative et méditative. L’ambiance reste occulte mais a pas mal de croûtes à manger avant de se faire qualifier d’enveloppante. Le mood général est plus calculateur et moins insistant et cinglant, ce qui enlève pas mal de portée à l’impact général de l’approche initiale de ce type de son.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: Il est complètement impulsif à sa manière. Alors que « Bloodlust » l’était de façon extrovertie, « Mind Control » opte pour l’avenue contraire en allant chercher un son qui pousse à réflexion, et qui étire sa sauce de manière un peu space sans se soucier de l’exagération de son expansion, ce qui écrit un beau gros roman sur la tête dure des membres de ce band qui font ce qu’ils aiment pour eux-mêmes, point final. Je dirais aussi que l’approche est quand même variée d’une section à l’autre de l’album, empruntant tantôt une avenue groovy et plus accessible, et parfois partant dans un trip Up In Smoke qui nous donne l’impression de flotter dans l’air en se perdant un peu dans la brume. J’imagine que c’est le genre de trip qui peut être compris par certains et seulement que félicité par d’autres, incluant moi, qui trouve cette feat admirable, malgré que pas très puissante en bout de ligne.
DÉFAUT PRINCIPAL DE L’ALBUM: Je me réfère à nouveau à ma love/hate relationship avec le rock expérimental méditatif qui prend le dessus sur l’album de manière un peu trop volage. Ces gars-là savent manipuler de la machinerie lourde et essayent à présent de lever une tonne de briques du bout d’une plume. C’est visionnaire, mais l’espoir d’impact sur la foule qui worshippe « Bloodlust » comme la prunelles des yeux de l’univers est peu réaliste. J’aurais aimé entendre du contenu qui fend l’air, j’ai plutôt eu droit à un voyage au coeur de la répétition et de l’instrumentation traditionelle dans pas mal de passages de l’album qui auraient pu se révéler plus démoniaques et forts sur la substance. J’ai quelques moments dans ce style à savourer ici, sans plus, et je reste sur ma faim.
VERDICT: 5.5/10
4.Band: MORTAL FORM
Album: The Reckoning
Label: My Kingdom Music
Date de sortie: 13 Mai
C’est toujours pas mal revigorant d’entendre un jeune groupe de thrash metal moderne rallier leurs troupes sous l’oeil vaillant d’un bon leader ou d’une excellente philosophie ou force créatrice guide, j’pourrais dire. Surtout quand cette approche stripped down au métal est mélangée avec des penchants plus mélodiques dans une enveloppe qui ne nie pas sa puissante obsession avec le modernisme. Honnêtement, ce que je viens de vous décrire, ça me pue au nez plus souvent qu’autrement. J’aime mon thrash sans pardon. Comme il l’était à ses touts débuts. MORTAL FORM savent aller chercher cette qualité tout en n’oubliant pas qu’ils sont nés pas mal plus tard.
QUALITÉ PRINCIPALE DE L’ALBUM: L’originalité et la singularité de chacune des compositions rend l’écoute complète distrayante et satisfaisante. Le principe de la ligne droite, ça existe pas dans l’esprit collectif de MORTAL FORM. On a droit à du rebondissement et à de l’effilochage de possibilités et ce, en gardant un focus primitif sur les forces motrices de chacune des tracks, soit évidemment le riff principal, le chugging ondulant qui manque pas de poigne du côté de la guitare rythmique, et l’énergie tout à fait sincère de la delivery qui me donne l’impression d’écouter un album live bénéficiant d’une production très méticuleusement appliquée.
VERDICT: 7/10
LES SÉLECTIONS WINNER DE CETTE SEMAINE; un flush entre ENTRAILS et NEGATOR
ENTRAILS, je savais déjà que ça déplace de l’air. Avec « Raging Death », ils savent me convaincre qu’ils ont le don pour la création de pièces qui sont organisées en faveur de ce que les gars aiment entendre quand ils écoutent un de leurs propres albums; ils sont conscients de l’importance de l’impact lors de l’écoute attentive et savent maintenir mon intérêt grâce à des structures de songwriting variées, des ambiances changeantes, et des riffs d’une originalité sincèrement désarçonnante dans le bon sens. Voici le lien pour lire ce que Lex Ivian avait à n’en dire.
VERDICT: 8/10
NEGATOR, tant qu’à eux, ont une approche au death-black qui se mérite son propre sous-style: le panzer metal. Même s’ils sont un peu hyperactifs dans leur format brutal d’un bord à l’autre du paysage tout entier à en renverser des buildings, ils perdent jamais leur sens de la mélodie efficace et la mémorabilité de leurs compositions fort sophistiquées est un facteur très déterminant. Je dirais qu’ils sont les leaders de la scene death black moderne et « Gates To the Pantheon » témoigne de ce fait ultimement et fièrement solidifié ici.
VERDICT: 8/10
-Noch
by Marryah Noch Mulligore | Mai 19, 2013 | Critiques de Shows
Le Magog accueillait hier la 9e édition du Nightmarefest et vu que je suis la fille qui n’a pas arrêté de déménager pendant une couple d’années un peu partout, sauf dans les délimitations de l’Estrie, j’ai jamais eu l’occasion de m’y asseoir avec une Guinness et une opportunité de couverture béton avant 2013. C’est une expérience que Mr. Dave Rouleau m’a offerte, et, étant familière avec INSURRECTION depuis un an et ayant déjà été sur ma planif pour couvrir leur retour sur les planches Sherbrookoises depuis que Barbu Roux a annoncé sur Facebook que le band revenait, accepter ce fucking gros morceau de journalisme critique appliqué était parfaitement naturel pour moi. Pour ceux qui ne le savent pas, ce ‘fest’ est intérieur et départagé sur les deux divisions du Magog (la tite salle étoilée d’en haut, et le sous-sol, que j’ai affectueusement surnommé la crypte en écrivant une pub pour les Productions Kranium, qui est une salle connue sous le nom du Saloon). Les opinions sur la vibe des deux salles étaient pas mal tranchées si j’me fie aux dires du petit troupeau de monde abutiné à la porte pour fumer entre les huit sets que nous suggérait la soirée d’hier. Ce que je trouve particulièrement plaisant de cette venue, c’est que la sono est tout à fait ajustée aux bands qui y jouent, et ce à toutes les fois. Je me souviens pas la dernière fois ou j’ai été voir une trolée de bands qui sonnaient tellement mal que ça en est presque pas analysable pour un journaliste et j’apprécie l’obsession des soundmen de l’endroit pour les détails qui ne doivent jamais, au grand jamais, être mis de côté sans aucun souci pour la qualité des spectacles présentés. Chapeau.
Néanmoins, même si la clarté du son n’est jamais un problème dans l’histoire de cette bâtisse depuis que j’y participe plus activement en ma présence assez marquée sur les lieux ces temps-ci pour scèner et tergiverser, y’a pas à dire, les deux salles ont leurs panoplies de particularités qui les diffèrent largement, ce pourquoi j’me dis que y’a certains bands qui collent plus à l’ambiance de la cave et d’autres qui apportent un show qui fitte pas mal plus dans la salle du haut. Le sous-sol offre l’aspect intime d’un espèce de club gig, avec son éclairage tamisé, sa scène qui est plutôt une plate-forme placée contre le mur avec des tables cà-et-là dans la pièce et un bar à l’autre bout de la salle. Le ‘feel’ est un peu plus macabre et oldschool, et la présentation de l’endroit autant que des shows qui s’y déroulent est sans flafla. En haut, on a droit à des éclairages explosifs, un son plus « clinique » comparable à un bulldozer et une scène surélevée décorée avec un modernisme urbain beaucoup plus marqué. Personnellement, j’aime mieux le côté crasse et un peu deathgrind du Saloon; n’empêche que, l’alternance entre les deux salles permettait d’apporter une touche de variété très avantageuse au bill du festival et mes comparaisons en démontrent le but très bien calculé.
OF CONCEPT AND KING, un groupe de hardcore qui penche un peu sur le noise et le prog par bout, se montrait la face au Magog pour débuter la soirée avec une attitude vraiment très inspirée. Leur approche a une puissance sans aucune sobriété qui me fait penser à un croisement entre THE ACACIA STRAIN et THE DILINGER ESCAPE PLAN. C’est clair que c’est pas la tasse de thé de tout le monde et j’avoue être quelqu’un qui est archi-difficile sur ce que j’ai envie d’écouter à travers la masse caractérisée par tous les types de hardcore qui existent dans l’histoire de ce style. Reste que j’ai tripé sur « Wormwood », l’avant dernier CD d’ACACIA, pour sa lancinante sincérité, son côté sombre et schizophrénique et son aspect complètement enragé et brutalement to-the-point. J’ai retrouvé un peu de cette vibe, peut être un cran plus contrôlée et la tête pas complètement hors de l’eau dans le cas d’OcaK, mais l’influence était quand même là. Le bassiste était vraiment parti en jouant et l’expression de son visage en témoignait tout le long. Le dude manquait pas de précision, même en shreddant les yeux fermés. Le drummer a sûrement manqué de démantibuler son kit tellement il jouait fort, ce qui donnait une asti de bonne poigne à la portée des tounes, peu importe à quel point j’réussis pas à embarquer dans le songwriting à fond la caisse. Ces deux feats étaient les points principaux de ce set qui ont fait forte impression.
EPIPHANY FROM THE ABYSS nous faisait tous descendre en bas tout de suite après et eux, j’dois dire qu’ils sont pas faciles à suivre. Reste que, ceci étant 2013, et vu que je suis blasée comme dix en dénotant le nombre de fucking sous-styles qui se font sacrer dans un blender et renommer comme un NOUVEAU sous-style à tour de bras depuis un temps (c’est une pratique qui semble être le genre de but que certains bands se donnent; mélanger du power metal avec du thrash, ou du black avec du gothic, symphonic doom, au choix – sans souci pour ce qui s’additionne et ce qui fitte clairement pas ensemble), j’ai dû me croiser les bras et accepter que c’est pas à toutes les fois que j’me plante devant un band que j’aurai droit à un son stripped down et back to basics. Ce groupe-là, c’est entièrement le contraire de ça. Ils mélangent des aspects death-black (les mélodies stables et bien étoffées en moins) avec un peu de grind, de brutal death, et de hardcore moderne, tout cela, dans un ramassis d’alternances saccadées entre ces moods quelque peu contradictoires et assez mal balancés. Je dis pas que le groupe que j’avais devant moi avait pas la volonté de visuellement bien illustrer la vibe de ce qu’ils ont essayé de projeter, avec plus ou moins de succès, avec leur musique. Deux chanteurs se partagaient la tâche bien appliquée des hurlements agonisés qui caractérisaient ce set comme étant sans doute le plus saisissant tout de même – celui qui poussait les notes du top de son range avait l’air complètement enveloppé dans la musique, se garrochant un peu partout dans la salle avec l’air de quelqu’un qui est une coche plus loin que la transe, et son confrère, un peu plus réservé, avait quand même un growl gras qui balançait bien l’attitude et le cri incontrôlé de son compagnon de route. Le guitariste était concentré sur sa guitare et le bassiste aussi, ce qui leur donnait pas tellement d’espace pour le jeu de scène prononcé, puisque ce qu’ils jouaient était d’une force abstraite comparable à pas grand-chose. J’ai pas capoté sur leur approche, car elle était d’un compliqué tout à fait superflu, mais c’est clair que les gars tripent et badtrippent sur ce qu’ils font et c’est clair qu’ils vont continuer à évoluer, que ce soit dans une direction ou une autre et le prochain show aura rien en commun avec celui d’hier, c’est facile à parier.
A HITMAN’S BUSINESS, le projet de Jass (qui est un des forts sympathiques producteurs du festival et également chanteur pour ASHES OF THE PRIEST), c’était vraiment pas ce à quoi je m’attendais. Leur set était nucléaire quelque chose de rare. À partir du moment que la première toune a commencé, j’ai senti la vibe de la salle au complet shifter d’une nonchalance décontractée à un espèce d’adrénaline poussée dans le tapis. Ce band-là a très bien compris le mode d’emploi à se procurer quand on veut balancer un bon groove et un sense of direction au coeur d’un songwriting constellé d’influences stylistiques particulièrement variées. Ce que j’avais devant moi, c’était extrême, mais bien structuré et très concentré. J’ai pas manqué d’en faire part à Jass après le set. J’ai été très revigorée par leur flair pour les hooks également et c’était facile de voir que les tounes sont conçues autant sur un souci pour l’expérimentation que sur la nécessité de ramener certaines parts en position d’emphase pour garantir une certaine accessibilité qui permet à chacune des tounes de pas se perdre dans un néant dont personne sort énergisé. Je vais devoir m’armer de leur dernier EP prochainement parce que la curiosité me tenaille et y’a pas à dire que ce groupe-là est excessivement prometteur et j’ai hâte de le confirmer pour sûr en vérifiant la poigne de leur stock sur CD.
KILLITOROUS m’ont aussi servi un set qui m’a vraiment satisfaite. Facebook me dévoilait qu’ils allaient se garrocher dans un party grind et j’espérais vivement que ça serait pas une parade de gars en couche déguisés en femme qui dansent partout sur la scène en se garrochant des ballons de plage, parce que ce genre de déconnade, malgré qu’étant légal, est complètement gossant pour quelqu’un qui veut se concentrer sur l’output musical et j’ai pas besoin de m’éterniser en explications. J’ai pu constater que ce type de masquarade était pas au menu. Ça enlève pas le sens de l’humour de cette gang-là tout de même et ils sont de très bons ‘teamplayers’. Je dis ça surtout parce que leur guitariste, Aaron, était hier soir au Mexique avec VITAL REMAINS et je ne sentais pas une espèce de jalousie amère flottiller dans l’air. Le dude qui le remplaçait était archi-professionnel et avait l’air parfaitement paisible dans son rôle. Il a une belle fluidité dans son guitar-playing et il faut dire que le matos de KILLITOROUS est pas des moins impulsifs. Leur grind c’est du stop-start très punchy et entêté, du brassage de cage pur et simple. Leurs riffs sont marqués par l’atonalité et l’hyper-activité et j’ai pu apprécier le fait que cet aspect a subi un revirement de taille à travers ce set pour devenir un avantage marqué plutôt qu’un inconvénient gênant. Le drummer, je vais le surnommer « le bûcheron » et la raison est simple; calvaire qu’il coupait non seulement du bois, mais des blocs de béton avec sa puissance volcanique d’hier soir. Enough said.
INSURRECTION ont pas tardé à ré-animer la salle du haut. L’endroit était presque vide quand ils se sont lancés dans la première toune, mais ça s’est rempli assez vite. Leur énergie était pas moins débordante qu’il y a un an – ces gars-là restent sur leur faim et cette qualité, c’est ça qui rend l’output d’un band convaincant. Ils ont joué pas mal de vieux stock, gouverné par leur approche death-thrash vraiment très catchy, ce qui amoindrit pas la blunt ‘Fuck You’ force des extrêmités auxquelles leur songwriting s’aventure tout de même souvent, surtout à travers leurs compositions plus récentes qui se retrouveront sur leur nouvel album, « Prototype ». Je dois avouer que j’ai pas capoté sur la title-track qui semblait être basée sur une compartimentation de ses passages qui était un peu trop étalée et progressive, ce qui semble mettre de l’eau dans le vin qui saoule positivement quelqu’un qui mosh sur leur matos qui date un peu plus. Reste que la deuxième new song, « Checkmate », démontrait une énergie palpable qui dévoile la base du son de ces gars-là qui est pas mal frénétique et ce traitement bénéficiait largement d’un ajout d’une ambiance death-black occasionelle dans le voicing de certains des riffs et aussi des patterns de drumming.
Concours de circonstances, j’ai pas assisté aux deux derniers sets. J’ai tout de même vu le début de la prestation de SKYNET, qui ont une approche hardcore entrecoupée de clean-singing à saveur assez commerciale et plus alternative que strictement métal. Le frontman ressort d’un background brutal sans l’ombre d’un doute, avec son vocal qui sort du fin fond des fin fonds et son énergie plus vorace était balancée par le côté plus softcore de son counterpart aux mélodies vocales très légèrtes et accessibles. ASHES OF THE PRIEST, le groupe tribute à LAMB OF GOD de Jass, je l’ai déjà vu plusieurs fois et je manquerai pas de souligner qu’il est caractérisé par une relentlessness vraiment très dévouée. Cette gang se soucie plus de l’impact de leur propre show que de la ressemblance obsessive avec LoG; ils rendent un hommage judicieux au groupe, mais se démarquent avec leur propre identité sur scène. Je sais très bien que ces facteurs ont englobé le set d’hier soir sans même l’avoir vu.
De façon générale, le 9e Nightmarefest fût un succès, avec une bonne vibe et un éventail de groupes varié et inspiré. De la très bonne job de la part des producteurs qui savent très bien ce qu’ils veulent promouvoir et comment bien le faire.
-Noch

by Marryah Noch Mulligore | Mai 13, 2013 | Chroniques, La Décapiteuse

SOULHEALER – Chasing the Dream
Dans les deux dernières semaines, j’ai commencé à me garrocher dans un trip de métal old-school des années fin ’70, début ’80. C’est pas un secret pour personne qui écoute mon show ou qui me connait plus personellement; le rock, ça fait grandement partie de ma vie. Je ne suis pas qu’une ‘metalhead’ qui veut faire carrière dans le domaine, mais également quelqu’un qui reconnaît les racines de la musique à laquelle on est tous accros chez Ondes Chocs. Je tripe vieux BLACK SABBATH, LED ZEPPELIN, PINK FLOYD et même KISS. Le blues a le don de me faire partir dans un état méditatif quand j’en entends, verre de bière en main, à me prélasser dans l’extase du fait que l’âme du musicien est dévoilée sans l’ombre d’un mensonge dans le contexte d’une pièce musicale qui sonne démo de garage sans l’aide d’un maudit attirail ProTools pour enlever le côté live et sacré de la vibe d’un album.
Honnêtement j’suis crissement gâtée cette semaine. En me claquant « Chasing the Dream » des Finnois SOULHEALER, une pensée m’est venue en tête; ces temps-ci, le monde ont tendance à se faire des idoles « faciles » dans le domaine du heavy métal mélodique. On dirait qu’en général, les oldschoolers qui fouillent intensément sans peur de se river le nez à la recherche de groupes New Wave of British Heavy Metal ou influencés par le mouvement, sont des spéciments assez rares. Un label comme Pure Steel, avec son counterpart High Roller et un autre sous-label du même réseau, Pure Legend; c’est une team de gars qui écoutent que ça et qui sont toujours à l’affût pour ces types de bands et sont même prêts à re-lancer certains albums sortis dans les années ’80 sur le marché, question de prendre les fans de rock d’aujourd’hui et les faire découvrir du stock qui est sorti avant qu’ils viennent au monde. Ça devrait vous suffire pour porter une maudite belle attention aux prochains contrats distribués par eux.
Reste que « Chasing the Dream », c’est un album qui a vu le jour le 10 Mai. Ça empêche pas que c’est du old school ‘traditional heavy metal’ qui sonne exactement comme j’veux l’entendre. Ces gars-là admettent de plein gré qu’ils n’auraient jamais formé ce groupe si c’était pas d’IRON MAIDEN et ils ne cachent pas leur enthousiasme pour le style de Jake E. Lee, que j’entends au coeur de leurs grooves, et des solos d’un bord à l’autre du CD. Le chanteur a une approche qui m’a carrément rappelée Paul Stanley. Son aisance et son énergie c’est du contagieux suprême. Le riff principal de chacune des tracks est efficace; y’a pas moyen de déloger l’espèce d’impression qui te rentre dans le système à partir de la troisième track que ces gars-là, s’ils avaient le degré d’attention qu’ils méritent parfaitement, pourraient se tailler une place de choix parmi les grands de la scène. Ma foi, ils ont pas peur de jouer ce qu’ils ont sur le coeur; donnez leur une chance.
MAGISTER TEMPLI – Lucifer Leviathan Logos
Question de venir compléter et balancer le feel invoqué par « Chasing the Dream », MAGISTER TEMPLI est un autre album que j’ai pu déguster cette semaine grâce à Cruz Del Sur Music qui n’ont sérieusement pas tendance à ‘releaser’ des navets – je ne me rapelle pas la dernière fois qu’ils ont réussi à me faire bailler ou à me laisser tout simplement de glace. MAGISTER TEMPLI, c’est un mélange de rock théâtral, avec une touche de vieux SABBATH, saupoudré d’une influence MAIDEN assez claire avec leur approche NWOBHM entrecoupée de passes un peu néoclassiques, et évidemment, je ne peux pas laisser de côté l’approche assez King Diamond du frontman qui évoque souvent ses influences Dio également, dépendamment de ses tonalités, et les comparaisons à MERCYFUL FATE sont carrément partout dans les média que j’ai pu voir et j’ai pas mal de misère à les réfuter moi-même. Cet album-là c’est du staple, et comme je l’ai mentionné cette semaine pour ceux qui me suivent sur Facebook – c’est le genre de stock qui est carrément méditatif. S’imaginer dans un genre de grenier sombre et creepy à écouter ça sur du vinyl ça donne un feeling assez sacré; garroche des tounes efficaces et sans pitié comme « Lucifer » et « Innsmouth Look » dans le tapis, et peu importe t’es qui, tu vas réussir à comprendre pourquoi un retour aux sources, c’est aussi nécessaire pour catcher la raison d’être de la scène métal et son évolution de la fin des années 60 jusqu’à 2013.
Vous en voulez plus? Je tergiverse sur tous les albums que j’ai entendu en semaine quand j’suis en ondes tous les dimanches à 20h avec « C.R.O.C. Underground Metal » sur Ondes Chocs Radio et de plus, j’ai re-lancé mes mini-reviews sur Facebook pour mes confrères sur les labels qui me shootent les albums et pour la belle gang d’Ondes Chocs. La Décapiteuse, c’est un condensé de mon travail de la semaine, suivez-moi de près pour la totale.
-Noch
by Marryah Noch Mulligore | Mai 6, 2013 | Critiques de Shows
Mettons que mon samedi était une journée mauditement idéale pour les Gin Tonics sur une terasse et le défonçage de tymphans. C’est la manière idéale de célébrer un début d’été qui a l’air de ne pas être d’la grosse bullshit cette fois-ci. On était le 4 mai et j’avais l’impression nette qu’on était au coeur d’la brutalité des grosses chaleurs torrides de juillet et c’était très largement dû au fait que le show que j’ai vu était d’une puissance de brasier qui fait la grandeur de Sherbrooke. Je savais que le party allait lever avec VITAL REMAINS en ville; même que je m’attendais jamais à ce que les gars débarquent ici et en toute sincérité, de la part du frontman qui avait vraiment pas l’air de s’emballer à en faire des stepettes endiablées entre les sets, y’avait une coupe de facteurs qui jouaient contre eux et qui auraient facilement pu rendre leur gig d’hier tout à fait impossible. Les derniers shows que j’ai couvert ont tous subi leur trôlée d’anicroches, mais aucun d’entre eux n’a été cancellé et les bands et équipes de production que j’ai vu se démener pour rendre ces shows possibles ont fait de la job complètement démente et je leur lève mon verre bien haut.
À mon arrivée au très cher Bar Woodstock qui regorgait de metalheads paradant fièrement sur la Wellington alors que je sirotais mes drinks en hommage à un Jeff Hanneman qui nous manquera tous amèrement (surtout si SLAYER s’invente un futur sans base réelle sur laquelle évoluer en son absence), j’ai pu être témoin d’un avant-goût assez torride de l’assaut mental et physique auquel la mini-foulée répandue aux quatre coins de cette salle sombre et assez large pour accueillir un public substantiel était sur le point d’avoir droit – en regardant PARETIC DEMENTIA s’échauffer. J’ai entendu des bribes de commentaires à leur sujet, mais c’était la première fois que je les voyais en action, et je me forge toujours ma propre opinion, malgré le fait que je trouve intéressant de connaître les feelings des gens sur les prestations qu’ils ont servi sur Sherbrooke par le passé, alors que j’étais soit sur un autre continent, soit dans une autre ville ou village à manquer l’essentiel des shows produits ici. Les gars ajustaient leur son en manquant pas de nous faire tous ressentir la probabilité réelle qu’on se fasse enterrer dans une belle grosse tombe en ciment assez rapidos à force de se faire scier le corps en deux par la pesanteur complètement débile des guitares, autant en termes de volume que d’attaque. Jusque là, ça promet. Je ramasse deux bières pour moi et ma tendre moitié, salue un fellow death metal maniac que nous reconnaissions tous deux de notre petit roadtrip du côté de SUFFOCATION la fin de semaine dernière, et je me plante juste devant le band en attendant avec une curiosité grandissante qu’ils se placent les pieds et se lancent les yeux fermés dans leur méditation apocalyptique.
Je dis bien méditation, car à part le frontman, qui était un peu comparable à un Corpsegrinder dans la vingtaine d’années dans son approche complètement (et très positivement, croyez-moi c’est un compliment!) schizophrénique, les autres musiciens étaient tellement concentrés qu’ils en avaient presque les yeux fermés. Le fait que la sono souffrait d’un manque sévère de considération pour les détails a vraiment donné une bonne raclée à ce set qui aurait pu s’épanouir dix fois plus si ce n’était de mon impression générale que le son était homogène à outrance et me donnait pas mal de difficulté à entendre ce que tous les membres de ce band faisaient sur leurs instruments respectifs – c’est mauditement dommage, car ils sont tous d’un professionalisme totalement notable. Leur approche au death est un mélange d’éléments ‘oldschool’ et ‘newschool’ – de ce que j’ai pu entendre. Je dois dire que l’utilisation excessive de contre-temps, constellant la structure de chacune des tounes à un niveau qui a strictement rompu l’efficacité des passages plus slam qui dénombraient une multitude de hooks très efficaces et impressionants, n’était tout simplement pas ce que je qualifierais de nécessaire. Ces gars-là savent forger un son qui est assez brutal et complexe sans avoir le besoin absolu d’avoir recours aux passes prog impulsives au coeur de leur style de violence qui aurait bien pu être plus mémorable si ce n’était de leur impression qu’il est fortement utile d’avoir une vibe calculatrice scientifique d’un bord à l’autre du set. Malgré le fait que j’arrivais pas à accrocher à la majorité des tounes pour cette raison, j’ai aussi trouvé que c’était passionant de regarder les gars jouer une musique aussi ‘multi-layered’ sans l’ombre d’un oubli ou d’une erreur visible à l’oeil nu. Leurs doigts dansaient sur les fretboards à une vitesse folle, le frontman se garrochait un peu partout dans la salle telle une tornade de force redoutable, le bassiste faisait du tapping complètement artistique à regarder et le drummer assurait derrière tout ça en étant complètement bordé dans sa bulle que rien ni personne n’aurait pu péter. Chapeau pour une prestation du tonnerre qui me démontre que ces gars-là sont loin d’être perdus dans la brume; ils savent ce qu’ils veulent projeter et réussissent à convaincre et s’ils ont du fun avec leur propre blueprint, tant mieux pour eux, c’est important de se dédier à ce qu’on aime faire. Ils n’ont pas emprunté la voie la plus simple avec un mashup de différents types de death metal gouverné par des sigantures de temps entrant souvent en grand conflit, tantôt pour le meilleur, tantôt pour le pire.

Paretic Demantia
Après avoir été fumer sur la terrasse arrière du bar pour tergiverser un peu avec mon fiancé et notre ami fanatique de death metal technique qui semblait être très d’accord avec nous sur le manque d’efficacité de la sono sur ce set qui aurait largement bien fait de nous donner l’extase de se munir d’une loupe pour observer toutes les subtilités du songwriting de PARETIC DEMENTIA, nous sommes entrés à la mi-première-toune de MEAT THE GRINDERS, qui ont pris quelque chose qui ressemble à seulement une dixaine de minutes pour préparer leur set. Y’a pas à dire, c’te gang-là c’est du feu rouge pétant. Ils étaient trois; leur guitariste s’est éclipsé et leur bassiste a donc assuré pour le riffing tout le long de ce set sans montrer la moindre trace d’incomfort dans sa position. Le son de ce band m’a pris par surprise. Non seulement, tout d’un coup, la sono nous permettait d’entendre absolument tout ce qui se passe sur le stage, mais j’ai pu constater que j’avais soudainement devant moi un groupe de death metal à saveur technique et un peu psychédélique qui me plaisait entièrement. Leurs ‘licks’ complètement psychotiques ont su me charmer et me redonner une concentration appliquée sur ce que j’avais devant moi. Ce bassiste devenu guitariste est un phénomène de la nature; la frontwoman avait un ‘growl’ qui n’est pas des plus variés, mais qui était tout de même constamment sur la coche et son imposante prestance couronnée de dreadlocks était bien agencée à la vibe que je recevais des deux autres membres du groupe. Le drummer défonçait son kit avec plusieurs types de techniques qui se croisent de façon tout à fait sans failles; le tout coulait comme de l’eau. La touche humoristique apportée à chacune des compositions semblait d’un sérieux tout à fait convaincant avec un background aussi étoffé. Des tounes sur les »asti de voleurs de lighters » et sur le pâté chinois, j’savais pas que ça aurait l’occasion, un jour, de sonner comme du BLOTTED SCIENCE on ‘roids. J’ai eu l’heureuse expérience de constater que Sherbrooke a, dans sa scène, un band qui se prouve capable d’une telle prouesse. Bravo, ne disparaissez pas!

Meat the Grinders
OATH, c’était une toute autre vibe. Je dirais même que le mot ‘vibe’ est le point de focus central de ce set qui m’a vraiment hypnotisée sur place d’une manière un peu mystique et fortement appréciable. Le fait que l’éclairage était gouverné par les tons rouges rendait la salle très sombre, et ça ajoutait à la prestance des membres de ce groupe in HEAPS. Le drummer, comme je me l’avais fait promettre quelques heures avant le show à l’arrêt de bus, pulvérisait son kit; que ce soit dans l’approche down-tempo, mid-tempo, ou way up there with the birds up in the sky – le gars était une bombe atomique de renom. Le style présenté ici correspondait à une version très oldschool du death-black, entrecoupé de passages plus blackened trash, et ce type de mélange est, ma foi, largement le bienvenu sur la scène locale qui me semble être moins luxuriante dernièrement en termes de groupes qui nous présentent cette approche plus particulièrement. Le frontman était pratiquement plié en deux par la force de son focus tout le long du set et il avait un côté un peu Nergal dans ses mouvements lents à saveur théâtrale. On aurait dit que leur performance était une sorte de rituel d’invocation qui faisait une ouverture parfaite au set de VITAL REMAINS qui suivait juste après. Je me rapelle m’avoir tourné pour souffler dans l’oreille de mon mec, à la mi-set, que l’énergie de ces gars-là est palpable et quelque chose de rare.

Oath
VITAL REMAINS ont pris le stage avec un nouveau guitariste aux airs asiatiques et je me suis ramassée à penser à Herman Li en l’écoutant tergiverser sur scène pendant que le frontman le présentait à la foule. L’histoire de la présence de ce mec sur scène avec le band ce soir-là est des plus décoiffantes. Ça a l’air que deux jours avant, le guitariste original de VR se serait poussé – il a tout simplement décidé qu’il ne continuait pas cette tournée, et malgré le fait que je n’ai pas tous les détails (me demandez pas s’il est dehors du band pour de bon – on va tous le savoir en même temps via Blabbermouth dans les semaines qui suivent la tournée, je le devine), le frontman était mauditement fâché par la situation et de manière tellement extrême qu’il a carrément lancé quelque chose du genre « I’m gonna make you suck my fucking cock in hell you MOTHERFUCKER » en son honneur. Laissez-moi vous dire que le trou que ce guitariste apparemment ambivalent a laissé derrière lui (hier soir en tout cas) n’était pas béant – le remplacement choisi par le groupe a appris leur set en dedans de deux jours!! Il ne participait pas à toutes les tounes, mais était sur scène assez souvent pour nous faire réaliser, au public et au band, qu’il est un phénomène à retenir; ce gars-là devrait faire partie d’éventuelles tournées de VITAL REMAINS et j’espère qu’il aura l’occasion d’improviser des compositions dans un futur très proche, il a fait de la sacrée bonne job et j’ai eu l’impression claire que ça fait quelques années qu’il fait de la scène aussi. Pour revenir au reste du band – le frontman était évidemment énergisé par ses frustrations du jour, car sa performance était des plus menaçantes et efficaces – il tient son bout, ce qui doit pas être facile à faire quand t’es dans le band que backait anciennement Benton. Il a taillé sa place – y’a pas à dire. Le drummer était assez badtrippant à voir et j’ai parlé de variantes très créatives sur les drumming techniques depuis le début de ce review – ce gars-là nous en servait une pelletée assez hallucinogène. Le set était composé de tounes oldschool qui ont brassé la foule – le public a réussi à dropper le frontman sur le crâne quand il s’est garroché dans le pit, mais le gars n’avait pas l’air traumatisé; il est remonté sur le stage sans capoter et n’avait pas l’air magané du tout – chapeau. Il a réussi à créer un beau « wall of death », phénomène que je trouvais beau à voir dans l’ambiance Woodstockienne. Le set fût clôturé par « Lunatic of God’s Creation », nous démontrant l’affection (très évidente d’un bord à l’autre de la discog de VITAL REMAINS) du groupe pour DEICIDE.

Vital Remains
C’est la première fois que VR débarquent à Sherby Town, et j’espère que y’aura une deuxième shot. Franchement, si ce guitariste reste avec le groupe, c’est crissement pas par luck; il a établi sa place au sein du groupe avec un seul show. Je suis très convaincue de ce que j’avance. Bravo aux producteurs de cette soirée, vous avez donné matière à jasette à beaucoup de monde en dedans d’une veillée avec ce line-up très bien calculé et dosé. Lâchez pas.
-Noch