Le Magog accueillait hier la 9e édition du Nightmarefest et vu que je suis la fille qui n’a pas arrêté de déménager pendant une couple d’années un peu partout, sauf dans les délimitations de l’Estrie, j’ai jamais eu l’occasion de m’y asseoir avec une Guinness et une opportunité de couverture béton avant 2013. C’est une expérience que Mr. Dave Rouleau m’a offerte, et, étant familière avec INSURRECTION depuis un an et ayant déjà été sur ma planif pour couvrir leur retour sur les planches Sherbrookoises depuis que Barbu Roux a annoncé sur Facebook que le band revenait, accepter ce fucking gros morceau de journalisme critique appliqué était parfaitement naturel pour moi. Pour ceux qui ne le savent pas, ce ‘fest’ est intérieur et départagé sur les deux divisions du Magog (la tite salle étoilée d’en haut, et le sous-sol, que j’ai affectueusement surnommé la crypte en écrivant une pub pour les Productions Kranium, qui est une salle connue sous le nom du Saloon). Les opinions sur la vibe des deux salles étaient pas mal tranchées si j’me fie aux dires du petit troupeau de monde abutiné à la porte pour fumer entre les huit sets que nous suggérait la soirée d’hier. Ce que je trouve particulièrement plaisant de cette venue, c’est que la sono est tout à fait ajustée aux bands qui y jouent, et ce à toutes les fois. Je me souviens pas la dernière fois ou j’ai été voir une trolée de bands qui sonnaient tellement mal que ça en est presque pas analysable pour un journaliste et j’apprécie l’obsession des soundmen de l’endroit pour les détails qui ne doivent jamais, au grand jamais, être mis de côté sans aucun souci pour la qualité des spectacles présentés. Chapeau.

Néanmoins, même si la clarté du son n’est jamais un problème dans l’histoire de cette bâtisse depuis que j’y participe plus activement en ma présence assez marquée sur les lieux ces temps-ci pour scèner et tergiverser, y’a pas à dire, les deux salles ont leurs panoplies de particularités qui les diffèrent largement, ce pourquoi j’me dis que y’a certains bands qui collent plus à l’ambiance de la cave et d’autres qui apportent un show qui fitte pas mal plus dans la salle du haut. Le sous-sol offre l’aspect intime d’un espèce de club gig, avec son éclairage tamisé, sa scène qui est plutôt une plate-forme placée contre le mur avec des tables cà-et-là dans la pièce et un bar à l’autre bout de la salle. Le ‘feel’ est un peu plus macabre et oldschool, et la présentation de l’endroit autant que des shows qui s’y déroulent est sans flafla. En haut, on a droit à des éclairages explosifs, un son plus « clinique » comparable à un bulldozer et une scène surélevée décorée avec un modernisme urbain beaucoup plus marqué. Personnellement, j’aime mieux le côté crasse et un peu deathgrind du Saloon; n’empêche que, l’alternance entre les deux salles permettait d’apporter une touche de variété très avantageuse au bill du festival et mes comparaisons en démontrent le but très bien calculé.

OF CONCEPT AND KING, un groupe de hardcore qui penche un peu sur le noise et le prog par bout, se montrait la face au Magog pour débuter la soirée avec une attitude vraiment très inspirée. Leur approche a une puissance sans aucune sobriété qui me fait penser à un croisement entre THE ACACIA STRAIN et THE DILINGER ESCAPE PLAN. C’est clair que c’est pas la tasse de thé de tout le monde et j’avoue être quelqu’un qui est archi-difficile sur ce que j’ai envie d’écouter à travers la masse caractérisée par tous les types de hardcore qui existent dans l’histoire de ce style. Reste que j’ai tripé sur « Wormwood », l’avant dernier CD d’ACACIA, pour sa lancinante sincérité, son côté sombre et schizophrénique et son aspect complètement enragé et brutalement to-the-point. J’ai retrouvé un peu de cette vibe, peut être un cran plus contrôlée et la tête pas complètement hors de l’eau dans le cas d’OcaK, mais l’influence était quand même là. Le bassiste était vraiment parti en jouant et l’expression de son visage en témoignait tout le long.  Le dude manquait pas de précision, même en shreddant les yeux fermés. Le drummer a sûrement manqué de démantibuler son kit tellement il jouait fort, ce qui donnait une asti de bonne poigne à la portée des tounes, peu importe à quel point j’réussis pas à embarquer dans le songwriting à fond la caisse. Ces deux feats étaient les points principaux de ce set qui ont fait forte impression.

EPIPHANY FROM THE ABYSS nous faisait tous descendre en bas tout de suite après et eux, j’dois dire qu’ils sont pas faciles à suivre. Reste que, ceci étant 2013, et vu que je suis blasée comme dix en dénotant le nombre de fucking sous-styles qui se font sacrer dans un blender et renommer comme un NOUVEAU sous-style à tour de bras depuis un temps (c’est une pratique qui semble être le genre de but que certains bands se donnent; mélanger du power metal avec du thrash, ou du black avec du gothic, symphonic doom, au choix – sans souci pour ce qui s’additionne et ce qui fitte clairement pas ensemble), j’ai dû me croiser les bras et accepter que c’est pas à toutes les fois que j’me plante devant un band que j’aurai droit à un son stripped down et back to basics. Ce groupe-là, c’est entièrement le contraire de ça. Ils mélangent des aspects death-black (les mélodies stables et bien étoffées en moins) avec un peu de grind, de brutal death, et de hardcore moderne, tout cela, dans un ramassis d’alternances saccadées entre ces moods quelque peu contradictoires et assez mal balancés. Je dis pas que le groupe que j’avais devant moi avait pas la volonté de visuellement bien illustrer la vibe de ce qu’ils ont essayé de projeter, avec plus ou moins de succès, avec leur musique. Deux chanteurs se partagaient la tâche bien appliquée des hurlements agonisés qui caractérisaient ce set comme étant sans doute le plus saisissant tout de même – celui qui poussait les notes du top de son range avait l’air complètement enveloppé dans la musique, se garrochant un peu partout dans la salle avec l’air de quelqu’un qui est une coche plus loin que la transe, et son confrère, un peu plus réservé, avait quand même un growl gras qui balançait bien l’attitude et le cri incontrôlé de son compagnon de route. Le guitariste était concentré sur sa guitare et le bassiste aussi, ce qui leur donnait pas tellement d’espace pour le jeu de scène prononcé, puisque ce qu’ils jouaient était d’une force abstraite comparable à pas grand-chose. J’ai pas capoté sur leur approche, car elle était d’un compliqué tout à fait superflu, mais c’est clair que les gars tripent et badtrippent sur ce qu’ils font et c’est clair qu’ils vont continuer à évoluer, que ce soit dans une direction ou une autre et le prochain show aura rien en commun avec celui d’hier, c’est facile à parier.

A HITMAN’S BUSINESS, le projet de Jass (qui est un des forts sympathiques producteurs du festival et également chanteur pour ASHES OF THE PRIEST), c’était vraiment pas ce à quoi je m’attendais. Leur set était nucléaire quelque chose de rare. À partir du moment que la première toune a commencé, j’ai senti la vibe de la salle au complet shifter d’une nonchalance décontractée à un espèce d’adrénaline poussée dans le tapis. Ce band-là a très bien compris le mode d’emploi à se procurer quand on veut balancer un bon groove et un sense of direction au coeur d’un songwriting constellé d’influences stylistiques particulièrement variées. Ce que j’avais devant moi, c’était extrême, mais bien structuré et très concentré. J’ai pas manqué d’en faire part à Jass après le set. J’ai été très revigorée par leur flair pour les hooks également et c’était facile de voir que les tounes sont conçues autant sur un souci pour l’expérimentation que sur la nécessité de ramener certaines parts en position d’emphase pour garantir une certaine accessibilité qui permet à chacune des tounes de pas se perdre dans un néant dont personne sort énergisé. Je vais devoir m’armer de leur dernier EP prochainement parce que la curiosité me tenaille et y’a pas à dire que ce groupe-là est excessivement prometteur et j’ai hâte de le confirmer pour sûr en vérifiant la poigne de leur stock sur CD.

KILLITOROUS m’ont aussi servi un set qui m’a vraiment satisfaite. Facebook me dévoilait qu’ils allaient se garrocher dans un party grind et j’espérais vivement que ça serait pas une parade de gars en couche déguisés en femme qui dansent partout sur la scène en se garrochant des ballons de plage, parce que ce genre de déconnade, malgré qu’étant légal, est complètement gossant pour quelqu’un qui veut se concentrer sur l’output musical et j’ai pas besoin de m’éterniser en explications. J’ai pu constater que ce type de masquarade était pas au menu. Ça enlève pas le sens de l’humour de cette gang-là tout de même et ils sont de très bons ‘teamplayers’. Je dis ça surtout parce que leur guitariste, Aaron, était hier soir au Mexique avec VITAL REMAINS et je ne sentais pas une espèce de jalousie amère flottiller dans l’air. Le dude qui le remplaçait était archi-professionnel et avait l’air parfaitement paisible dans son rôle. Il a une belle fluidité dans son guitar-playing et il faut dire que le matos de KILLITOROUS est pas des moins impulsifs. Leur grind c’est du stop-start très punchy et entêté, du brassage de cage pur et simple. Leurs riffs sont marqués par l’atonalité et l’hyper-activité et j’ai pu apprécier le fait que cet aspect a subi un revirement de taille à travers ce set pour devenir un avantage marqué plutôt qu’un inconvénient gênant. Le drummer, je vais le surnommer « le bûcheron » et la raison est simple; calvaire qu’il coupait non seulement du bois, mais des blocs de béton avec sa puissance volcanique d’hier soir. Enough said.

INSURRECTION ont pas tardé à ré-animer la salle du haut. L’endroit était presque vide quand ils se sont lancés dans la première toune, mais ça s’est rempli assez vite. Leur énergie était pas moins débordante qu’il y a un an – ces gars-là restent sur leur faim et cette qualité, c’est ça qui rend l’output d’un band convaincant. Ils ont joué pas mal de vieux stock, gouverné par leur approche death-thrash vraiment très catchy, ce qui amoindrit pas la blunt ‘Fuck You’ force des extrêmités auxquelles leur songwriting s’aventure tout de même souvent, surtout à travers leurs compositions plus récentes qui se retrouveront sur leur nouvel album, « Prototype ». Je dois avouer que j’ai pas capoté sur la title-track qui semblait être basée sur une compartimentation de ses passages qui était un peu trop étalée et progressive, ce qui semble mettre de l’eau dans le vin qui saoule positivement quelqu’un qui mosh sur leur matos qui date un peu plus. Reste que la deuxième new song, « Checkmate », démontrait une énergie palpable qui dévoile la base du son de ces gars-là qui est pas mal frénétique et ce traitement bénéficiait largement d’un ajout d’une ambiance death-black occasionelle dans le voicing de certains des riffs et aussi des patterns de drumming.

Concours de circonstances, j’ai pas assisté aux deux derniers sets. J’ai tout de même vu le début de la prestation de SKYNET, qui ont une approche hardcore entrecoupée de clean-singing à saveur assez commerciale et plus alternative que strictement métal. Le frontman ressort d’un background brutal sans l’ombre d’un doute, avec son vocal qui sort du fin fond des fin fonds et son énergie plus vorace était balancée par le côté plus softcore de son counterpart aux mélodies vocales très légèrtes et accessibles. ASHES OF THE PRIEST, le groupe tribute à LAMB OF GOD de Jass, je l’ai déjà vu plusieurs fois et je manquerai pas de souligner qu’il est caractérisé par une relentlessness vraiment très dévouée. Cette gang se soucie plus de l’impact de leur propre show que de la ressemblance obsessive avec LoG; ils rendent un hommage judicieux au groupe, mais se démarquent avec leur propre identité sur scène. Je sais très bien que ces facteurs ont englobé le set d’hier soir sans même l’avoir vu.

De façon générale, le 9e Nightmarefest fût un succès, avec une bonne vibe et un éventail de groupes varié et inspiré. De la très bonne job de la part des producteurs qui savent très bien ce qu’ils veulent promouvoir et comment bien le faire.

 

-Noch

 

537278_10152702446565276_1036235668_n