Mettons que mon samedi était une journée mauditement idéale pour les Gin Tonics sur une terasse et le défonçage de tymphans. C’est la manière idéale de célébrer un début d’été qui a l’air de ne pas être d’la grosse bullshit cette fois-ci. On était le 4 mai et j’avais l’impression nette qu’on était au coeur d’la brutalité des grosses chaleurs torrides de juillet et c’était très largement dû au fait que le show que j’ai vu était d’une puissance de brasier qui fait la grandeur de Sherbrooke. Je savais que le party allait lever avec VITAL REMAINS en ville; même que je m’attendais jamais à ce que les gars débarquent ici et en toute sincérité, de la part du frontman qui avait vraiment pas l’air de s’emballer à en faire des stepettes endiablées entre les sets, y’avait une coupe de facteurs qui jouaient contre eux et qui auraient facilement pu rendre leur gig d’hier tout à fait impossible. Les derniers shows que j’ai couvert ont tous subi leur trôlée d’anicroches, mais aucun d’entre eux n’a été cancellé et les bands et équipes de production que j’ai vu se démener pour rendre ces shows possibles ont fait de la job complètement démente et je leur lève mon verre bien haut.
À mon arrivée au très cher Bar Woodstock qui regorgait de metalheads paradant fièrement sur la Wellington alors que je sirotais mes drinks en hommage à un Jeff Hanneman qui nous manquera tous amèrement (surtout si SLAYER s’invente un futur sans base réelle sur laquelle évoluer en son absence), j’ai pu être témoin d’un avant-goût assez torride de l’assaut mental et physique auquel la mini-foulée répandue aux quatre coins de cette salle sombre et assez large pour accueillir un public substantiel était sur le point d’avoir droit – en regardant PARETIC DEMENTIA s’échauffer. J’ai entendu des bribes de commentaires à leur sujet, mais c’était la première fois que je les voyais en action, et je me forge toujours ma propre opinion, malgré le fait que je trouve intéressant de connaître les feelings des gens sur les prestations qu’ils ont servi sur Sherbrooke par le passé, alors que j’étais soit sur un autre continent, soit dans une autre ville ou village à manquer l’essentiel des shows produits ici. Les gars ajustaient leur son en manquant pas de nous faire tous ressentir la probabilité réelle qu’on se fasse enterrer dans une belle grosse tombe en ciment assez rapidos à force de se faire scier le corps en deux par la pesanteur complètement débile des guitares, autant en termes de volume que d’attaque. Jusque là, ça promet. Je ramasse deux bières pour moi et ma tendre moitié, salue un fellow death metal maniac que nous reconnaissions tous deux de notre petit roadtrip du côté de SUFFOCATION la fin de semaine dernière, et je me plante juste devant le band en attendant avec une curiosité grandissante qu’ils se placent les pieds et se lancent les yeux fermés dans leur méditation apocalyptique.
Je dis bien méditation, car à part le frontman, qui était un peu comparable à un Corpsegrinder dans la vingtaine d’années dans son approche complètement (et très positivement, croyez-moi c’est un compliment!) schizophrénique, les autres musiciens étaient tellement concentrés qu’ils en avaient presque les yeux fermés. Le fait que la sono souffrait d’un manque sévère de considération pour les détails a vraiment donné une bonne raclée à ce set qui aurait pu s’épanouir dix fois plus si ce n’était de mon impression générale que le son était homogène à outrance et me donnait pas mal de difficulté à entendre ce que tous les membres de ce band faisaient sur leurs instruments respectifs – c’est mauditement dommage, car ils sont tous d’un professionalisme totalement notable. Leur approche au death est un mélange d’éléments ‘oldschool’ et ‘newschool’ – de ce que j’ai pu entendre. Je dois dire que l’utilisation excessive de contre-temps, constellant la structure de chacune des tounes à un niveau qui a strictement rompu l’efficacité des passages plus slam qui dénombraient une multitude de hooks très efficaces et impressionants, n’était tout simplement pas ce que je qualifierais de nécessaire. Ces gars-là savent forger un son qui est assez brutal et complexe sans avoir le besoin absolu d’avoir recours aux passes prog impulsives au coeur de leur style de violence qui aurait bien pu être plus mémorable si ce n’était de leur impression qu’il est fortement utile d’avoir une vibe calculatrice scientifique d’un bord à l’autre du set. Malgré le fait que j’arrivais pas à accrocher à la majorité des tounes pour cette raison, j’ai aussi trouvé que c’était passionant de regarder les gars jouer une musique aussi ‘multi-layered’ sans l’ombre d’un oubli ou d’une erreur visible à l’oeil nu. Leurs doigts dansaient sur les fretboards à une vitesse folle, le frontman se garrochait un peu partout dans la salle telle une tornade de force redoutable, le bassiste faisait du tapping complètement artistique à regarder et le drummer assurait derrière tout ça en étant complètement bordé dans sa bulle que rien ni personne n’aurait pu péter. Chapeau pour une prestation du tonnerre qui me démontre que ces gars-là sont loin d’être perdus dans la brume; ils savent ce qu’ils veulent projeter et réussissent à convaincre et s’ils ont du fun avec leur propre blueprint, tant mieux pour eux, c’est important de se dédier à ce qu’on aime faire. Ils n’ont pas emprunté la voie la plus simple avec un mashup de différents types de death metal gouverné par des sigantures de temps entrant souvent en grand conflit, tantôt pour le meilleur, tantôt pour le pire.
Après avoir été fumer sur la terrasse arrière du bar pour tergiverser un peu avec mon fiancé et notre ami fanatique de death metal technique qui semblait être très d’accord avec nous sur le manque d’efficacité de la sono sur ce set qui aurait largement bien fait de nous donner l’extase de se munir d’une loupe pour observer toutes les subtilités du songwriting de PARETIC DEMENTIA, nous sommes entrés à la mi-première-toune de MEAT THE GRINDERS, qui ont pris quelque chose qui ressemble à seulement une dixaine de minutes pour préparer leur set. Y’a pas à dire, c’te gang-là c’est du feu rouge pétant. Ils étaient trois; leur guitariste s’est éclipsé et leur bassiste a donc assuré pour le riffing tout le long de ce set sans montrer la moindre trace d’incomfort dans sa position. Le son de ce band m’a pris par surprise. Non seulement, tout d’un coup, la sono nous permettait d’entendre absolument tout ce qui se passe sur le stage, mais j’ai pu constater que j’avais soudainement devant moi un groupe de death metal à saveur technique et un peu psychédélique qui me plaisait entièrement. Leurs ‘licks’ complètement psychotiques ont su me charmer et me redonner une concentration appliquée sur ce que j’avais devant moi. Ce bassiste devenu guitariste est un phénomène de la nature; la frontwoman avait un ‘growl’ qui n’est pas des plus variés, mais qui était tout de même constamment sur la coche et son imposante prestance couronnée de dreadlocks était bien agencée à la vibe que je recevais des deux autres membres du groupe. Le drummer défonçait son kit avec plusieurs types de techniques qui se croisent de façon tout à fait sans failles; le tout coulait comme de l’eau. La touche humoristique apportée à chacune des compositions semblait d’un sérieux tout à fait convaincant avec un background aussi étoffé. Des tounes sur les »asti de voleurs de lighters » et sur le pâté chinois, j’savais pas que ça aurait l’occasion, un jour, de sonner comme du BLOTTED SCIENCE on ‘roids. J’ai eu l’heureuse expérience de constater que Sherbrooke a, dans sa scène, un band qui se prouve capable d’une telle prouesse. Bravo, ne disparaissez pas!
OATH, c’était une toute autre vibe. Je dirais même que le mot ‘vibe’ est le point de focus central de ce set qui m’a vraiment hypnotisée sur place d’une manière un peu mystique et fortement appréciable. Le fait que l’éclairage était gouverné par les tons rouges rendait la salle très sombre, et ça ajoutait à la prestance des membres de ce groupe in HEAPS. Le drummer, comme je me l’avais fait promettre quelques heures avant le show à l’arrêt de bus, pulvérisait son kit; que ce soit dans l’approche down-tempo, mid-tempo, ou way up there with the birds up in the sky – le gars était une bombe atomique de renom. Le style présenté ici correspondait à une version très oldschool du death-black, entrecoupé de passages plus blackened trash, et ce type de mélange est, ma foi, largement le bienvenu sur la scène locale qui me semble être moins luxuriante dernièrement en termes de groupes qui nous présentent cette approche plus particulièrement. Le frontman était pratiquement plié en deux par la force de son focus tout le long du set et il avait un côté un peu Nergal dans ses mouvements lents à saveur théâtrale. On aurait dit que leur performance était une sorte de rituel d’invocation qui faisait une ouverture parfaite au set de VITAL REMAINS qui suivait juste après. Je me rapelle m’avoir tourné pour souffler dans l’oreille de mon mec, à la mi-set, que l’énergie de ces gars-là est palpable et quelque chose de rare.
VITAL REMAINS ont pris le stage avec un nouveau guitariste aux airs asiatiques et je me suis ramassée à penser à Herman Li en l’écoutant tergiverser sur scène pendant que le frontman le présentait à la foule. L’histoire de la présence de ce mec sur scène avec le band ce soir-là est des plus décoiffantes. Ça a l’air que deux jours avant, le guitariste original de VR se serait poussé – il a tout simplement décidé qu’il ne continuait pas cette tournée, et malgré le fait que je n’ai pas tous les détails (me demandez pas s’il est dehors du band pour de bon – on va tous le savoir en même temps via Blabbermouth dans les semaines qui suivent la tournée, je le devine), le frontman était mauditement fâché par la situation et de manière tellement extrême qu’il a carrément lancé quelque chose du genre « I’m gonna make you suck my fucking cock in hell you MOTHERFUCKER » en son honneur. Laissez-moi vous dire que le trou que ce guitariste apparemment ambivalent a laissé derrière lui (hier soir en tout cas) n’était pas béant – le remplacement choisi par le groupe a appris leur set en dedans de deux jours!! Il ne participait pas à toutes les tounes, mais était sur scène assez souvent pour nous faire réaliser, au public et au band, qu’il est un phénomène à retenir; ce gars-là devrait faire partie d’éventuelles tournées de VITAL REMAINS et j’espère qu’il aura l’occasion d’improviser des compositions dans un futur très proche, il a fait de la sacrée bonne job et j’ai eu l’impression claire que ça fait quelques années qu’il fait de la scène aussi. Pour revenir au reste du band – le frontman était évidemment énergisé par ses frustrations du jour, car sa performance était des plus menaçantes et efficaces – il tient son bout, ce qui doit pas être facile à faire quand t’es dans le band que backait anciennement Benton. Il a taillé sa place – y’a pas à dire. Le drummer était assez badtrippant à voir et j’ai parlé de variantes très créatives sur les drumming techniques depuis le début de ce review – ce gars-là nous en servait une pelletée assez hallucinogène. Le set était composé de tounes oldschool qui ont brassé la foule – le public a réussi à dropper le frontman sur le crâne quand il s’est garroché dans le pit, mais le gars n’avait pas l’air traumatisé; il est remonté sur le stage sans capoter et n’avait pas l’air magané du tout – chapeau. Il a réussi à créer un beau « wall of death », phénomène que je trouvais beau à voir dans l’ambiance Woodstockienne. Le set fût clôturé par « Lunatic of God’s Creation », nous démontrant l’affection (très évidente d’un bord à l’autre de la discog de VITAL REMAINS) du groupe pour DEICIDE.
C’est la première fois que VR débarquent à Sherby Town, et j’espère que y’aura une deuxième shot. Franchement, si ce guitariste reste avec le groupe, c’est crissement pas par luck; il a établi sa place au sein du groupe avec un seul show. Je suis très convaincue de ce que j’avance. Bravo aux producteurs de cette soirée, vous avez donné matière à jasette à beaucoup de monde en dedans d’une veillée avec ce line-up très bien calculé et dosé. Lâchez pas.
-Noch








