Nos deux protagonistes, un scribe et sa muse, se dirigeaient d’un pas décidé vers le temple où était prévu un quadruple rituel afin de célébrer La Mort du Soleil. Arrivées audit temple, ils allèrent rencontrer le gardien du sépulcre qui leur permit d’accéder à la cérémonie et à ses merveilles. Profitant du temps clément, ceux-ci allèrent s’imbiber de potion de sagesse houblonnée en compagnie de quelques-uns des prêtres et des disciples invités : Ascèse (Acédia), Erebos (Acédia), Ghorn (Haeres), Sryzir (Haeres), Gauthier (Haeres), Gia Hoi (Wendess, Crépuscule (guitare de session), Matrak Tveskaeg (Chasse-Galerie), Voldsom (Haeres, Crépuscule (guitare de session)) et Fiel (Csejthe, Forteresse, Grimoire). De nombreux échanges intéressants et cabotins eurent lieu entre les invités partageant leur amour inconditionnel de la noirceur métallique, pendant qu’à l’intérieur se préparaient les membres de la première entité musicale de la soirée.
Bientôt, tels des phalènes attirés non pas par la lumière, mais par l’obscurité la plus profonde, les disciples se ruèrent dans le tunnel. D’en bas, ils pouvaient déjà entendre les premières notes fières de « Un Fruit Mourrant pour les Corbeaux de l’Immortalité » et lorsqu’ils arrivèrent en haut le Crépuscule les frappa d’une charge de shrapnel. Sur l’autel illuminé de chandelles, le grand prêtre Bardunor menait la cadence de ses condisciples armés d’instruments à cordes. Le métal noir sombre et ambiant qu’ils produisaient pénétrait l’esprit des nombreux disciples présents pour leur suggérer des rêves de mort et de déliquescence. Hypnotisés, ceux-ci hochaient la tête en parfaite synchronie tout comme les prêtres musiciens livrant leur cérémonial avec une grande précision, une présence scénique autoritaire et un son puissant créé par François C. Fortin. Les disciples furent cependant tirés trop vite de leur transe onirique lorsque les prêtres du Crépuscule terminèrent leur rituel alors que les premiers réclamaient d’autres visions. « Ce sera pour la prochaine fois et je ne manquerai certainement pas ça! », dit le scribe, hautement impressionné par ce qu’il venait de vivre, à sa jolie muse au creux de son oreille.
Après une brève pause, les quatre patriotes de Chasse-Galerie montèrent sur l’autel. Derrière eux, le glorieux fleurdelisé trônait à côté d’un piteux unifolié en lambeaux. Avec une justesse d’exécution mémorable, le quatuor se précipita dans des hymnes nous rappelant la beauté de notre peuple et sa sordide oppression par une puissance coloniale étrangère. Les hurlements râpeux et les guitares aiguisées de Blanc-feu, la basse vibrante de Matrak, la guitare précise de Viscère et les percussions véloces et solides de Cadavre se combinaient à merveille au cours de pièces anciennes et nouvelles qui laissaient présager un prochain opus superbe de la part des rebelles. D’une puissance majestueuse, leur performance ravit les très nombreux disciples qui manifestèrent leur approbation avec maints cris et un tonnerre d’applaudissements. Véritable symphonie de notre passé et de notre identité de Québécois, leur musique rendit le scribe et sa douce à fleur de peau quand leurs auteurs achevèrent leur rituel sur une interprétation mémorable de « La patrie des sans âme » tirée de l’excellent album Ars Moriendi (2010). Encore une fois semblant trop court en raison de sa grande qualité, le second rituel se termina et les disciples se retrouvèrent à l’extérieur où d’autres potions de houblon furent servies.
Maintenant dans un état d’esprit complètement réceptif, les mécréants se massèrent rapidement encore devant l’autel et son candélabre, pour le troisième rituel. Cette fois, Csejthe était l’entité musicale qui invoquerait la terreur d’une Comtesse du passé, du sang de jeunes vierges assoiffé. La triade maléfique composée de Fiel aux tambours et aux chœurs, de Strigat aux six cordes rythmées et aux cris, et de Bardunor à la guitare soli et aux chœurs, nous livra sa prestation avec une présence scénique hiératique et un raffinement aristocratique. Suscitant en nous des images de terreur occulte médiévale, de la folie sanguinaire de la dame Bathory et de cérémonies occultes, leur musique fut interprétée avec un immense talent et un rendu déconcertant d’unité. Les disciples, fortement satisfaits par la performance épique qui se déroulait sous leurs yeux, s’agitèrent avec dévotion et hurlèrent leur contentement. Superbe et inoubliable, leur rituel atteint donc toutes ses prétentions avec une aisance remarquable et laissa les disciples hantés par une volonté incontrôlable d’en entendre plus. Une large part de ceux-ci trouva refuge de la chaleur suffocante à l’extérieur où des fumées aux parfums divers furent inhalées.
Peu après, les partisans des sombres maléfices nocturnes se massèrent une dernière fois, pour assister aux promises obsèques de l’astre lumineux. L’entité Sombres Forêts, dont Annatar et ses comparses se présentèrent à nous masqués de noir venaient mettre fin au règne de la boule solaire pour nous plonger dans une salvatrice obscurité éternelle. Leur musique innovatrice, profonde et aux atmosphères immenses se transposa de façon hautement efficace à un rituel de scène servi de façon si parfaite qu’on aurait cru à un sortilège. Un trio de guitares, du piano, du violoncelle électrique, une batterie tantôt tribale, tantôt explosive et une basse solide furent donc livrés de manière experte devant une foule conquise, méditative, dont quelques individus béotiens brisèrent quelque peu les songes de par leurs excès de cris, durant des moments où une écoute approfondie était de mise. Qu’à cela ne tienne, le rituel présenté était si parfaitement beau, varié et bien exécuté que tous les vrais fanatiques furent peu atteints par la bêtise de ces quelques ivrognes sans raffinement. Sombres Forêts nous présentèrent donc une dernière cérémonie extrêmement bien réussie qui ne quittera pas la mémoire du scribe de sitôt. Le cœur et la tête remplie de sombres et belles visions oniriques les disciples se séparèrent au petit matin après avoir refait le plein d’alcool, pour regagner le confort douillet de leurs demeures.
Le quadruple rituel présenté par Sepulchral Prods fut donc une immense réussite démontrant la santé forte du Métal Noir québécois. Nous présentant quatre variantes différentes du courant métallique le plus sombre, le spectacle donna lieu à des performances toutes aussi excellentes les unes que les autres. Je lève mon chapeau et tire ma révérence la plus sentie à Martin Marcotte, gardien du sépulcre, pour l’accès au temple et l’organisation de cette formidable soirée.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas





