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Issfenn

« Issfenn »

2011

Quelque part, dans un sous-sol ou un quelconque endroit sombre, inquiétant et crasseux de l’infâme Montréal, deux créatures nocturnes aux visages creusés par les affres du temps et blanchis par une trop rare exposition aux rayons de la sphère solaire se tapissent et se démènent à la création d’un second opus composé d’hymnes malsains. Or, pendant ce temps, votre humble serviteur, scribe, mécréant partisan de la noirceur éternelle, savoure encore les relents de leur premier méfait éponyme datant de l’an de disgrâce 2011 et désire vous en glisser quelques mots destinés à vous faire saliver, ô admirateurs du malin!

Entreprenons donc cette missive par un bref aperçu de l’entité qu’est Issfenn; un duo de Black Metal teinté d’une bonne dose de Thrash Metal composé de Vitrid, créature affectionnant autant les manifestations vocales râpeuses que la bastonnade de percussions, et de Xost, un cadavre armé d’une guitare et de ses gargouillis vocaux empreints de méchanceté. Loin d’être minimaliste, la musique produite par les deux comparses fourmille de motifs variés et accrocheurs rappelant la gloire des premiers méfaits d’Immortal, mais aussi les sonorités utilisées par Satyricon et même les premiers Darkthrone.

Plongeons maintenant dans l’écoute dudit opus qui débute avec un assaut de Blackened Thrash Metal intitulé « The Betrayal » pour ensuite poursuivre avec « Plague Bringer » qui s’amorce sur un motif lent plutôt ambiant avant d’accélérer subitement dans des motifs tout droit sortis du Black Metal scandinave des années 1990. Aussitôt ces deux premières pièces passées, l’auditeur sait qu’il aura droit à de la variété de la part de nos deux protagonistes. En effet, même si le duo reste dans un cadre musical relativement défini, celui-ci ne se répète jamais en ce qui concerne les structures. Les influences Thrash Metal se feront ainsi sentir souvent, non seulement avec les guitares de Xost, mais aussi dans le jeu de batterie sautillant et organique de Vitrid qui recourt aux blastbeats avec parcimonie, mais le groupe sait aussi faire intervenir des passages plus atmosphériques et des motifs typiquement Blacks en les agençant de façon différente à chaque fois.

Côté production, œuvre de nos deux démons assistés de Colin Marston au mastering, Issfenn a opté pour une approche combinant l’agressivité crue du Black Metal avec un son moderne et pleinement audible. Le groupe parvient ainsi à faire oublier l’absence de basse par l’utilisation d’un son de guitare saturé, qui contrairement à plusieurs groupes de Black, ne fait pas appel seulement aux aigües, mais aussi à une bonne dose de basses bien sales. La batterie quant à elle bénéficie d’un son très organique et naturel bienvenu à une époque de sur utilisation des triggers. Les voix des deux membres d’Issfenn se confondent à merveille et rappellent celles utilisées par Abbath, avec une absence d’effets. Le son d’ensemble qui en résulte est merveilleusement bien équilibré en nous permettant de percevoir toutes les subtilités de la musique d’Issfenn en conservant le côté malsain du Black Metal grâce à la forte présence de distorsion et de sa bien-aimée crasse.

Là où l’opus contient quelques faiblesses, à mon humble avis, est très certainement en ce qui concerne l’originalité de certains passages qui ont une ressemblance trop évidente à leurs influences. En effet, si la musique d’Issfenn est par ailleurs très bien composée et accrocheuse, presque chaque pièce contient des moments qui sont un peu trop près de leurs pères spirituels. Cependant, aucun passage de l’album n’est plus criant à cet effet que le motif d’entrée de « Light’s Last Sight On The Equinox » qui ressemble à s’y méprendre à celui de « Hans Siste Vinter » de Darkthrone sur l’album Panzerfaust. Bien qu’il ne s’agisse aucunement de plagiat à proprement parler, cela agacera l’auditeur qui aimerait entendre quelque chose de plus inédit sans toutefois nuire outre mesure à la qualité d’ensemble très élevée de l’album.

En conclusion, les deux morts-vivants d’Issfenn nous ont prouvé, avec leur album éponyme paru en septembre 2011, qu’ils avaient le talent pour se hisser parmi les formations les plus prometteuses du Black Metal de la Belle Province. Il reste maintenant à entendre leur prochain opus prévu pour 2014. Sauront-ils égaler ou mieux, dépasser ce premier opus de qualité? Seul l’avenir nous le dira, mais votre humble scribe sera au rendez-vous!
8/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas