Nile à Québec…Le moins qu’on puisse dire est que cette occurrence était fort attendue depuis de nombreuses, trop nombreuses, années. En effet, les titans du Death Metal technique américain n’avaient étonnamment jamais visité le Canada tout en y étant attendus de pied ferme depuis, au minimum, le tout début des années 2000. Or, après 21 ans d’existence pour le groupe, le moment tant attendu était maintenant venu et il était absolument hors de question pour moi de manquer cet évènement vraiment spécial. De plus, le groupe jouerait en tête d’affiche en compagnie de groupes locaux, ce que je trouve extrêmement sympathique de la part de l’organisation de tournée considérant l’aide que cela peu apporter à la visibilité de groupes travaillant extrêmement fort pour être reconnus. Ainsi, à Québec, Nile serait accompagné d’une sélection de certains des meilleurs groupes du spectre Death Metal de la ville choisis par Karl-Emmanuel Picard de District 7. C’est donc avec un enthousiasme sans borne que ma délicieuse déesse métallique et moi prîmes le chemin du réputé Impérial pour assister à la tuerie.
Arrivés sur les lieux peu après l’ouverture des portes, je bénéficiai de l’accès gracieusement délivré par District 7, tout en saluant le dépravé portier Marc Lavoie du Challenge Parkinson Metal avant de profiter du temps généreux qu’il restait avant le début du spectacle pour me procurer un t-shirt de Nile et prendre un verre en excellente compagnie. Puis, à 19 h 30, dans une salle encore faiblement peuplée en raison de l’heure précoce et du jour de milieu de semaine, Feast of Flesh entama rapidement sa prestation.
Feast of Flesh est un groupe de Death Metal à l’ancienne qui commence et fait actuellement son nom sur la scène locale et ce n’est donc pas un hasard si c’était la troisième fois que je les voyais sur scène cette année. Composée de musiciens d’expérience, le groupe m’a habitué à des prestations extrêmement divertissantes sans toutefois réinventer la roue. Fidèle à ses habitudes, le charismatique chanteur Martin Bélanger, arborant un mohawk frais fait, fut encore une fois le clou de leur performance arpentant la scène, haranguant la foule et livrant ses grognements avec efficacité. Les musiciens semblaient aussi très en forme avec une prestation très solide qui fut cependant amoindrie par un son quelconque qui manquait cruellement de définition. Les guitares se fondaient l’une dans l’autre et il était difficile de distinguer les solos de Damien Langlois-Verret. Néanmoins, la foule qui s’agrandissait progressivement apprécia visiblement la vingtaine de minutes de prestation en participant allègrement et en se laissant même aller à quelques sursauts de violence dans la fosse. La soirée était donc bien commencée, malgré les problèmes sonores.
Après une très courte pause, Ancestors Revenge dut rapidement entreprendre sa prestation avec un son plutôt approximatif en raison de l’absence de tests de son et de calibrage pour les groupes locaux de l’affiche, comme cela me fut confirmé plus tard par Bob Jr. Girard, le chanteur de la formation. Les guitares étaient très étouffées alors que la batterie était très à l’avant-plan, grâce à l’utilisation par Richard-WilliamTurcotte de déclencheurs automatiques («triggers» dans la langue de Shakespeare). De plus, les deux guitaristes se regardaient fréquemment mutuellement, ce qui m’indiqua qu’ils peinaient à s’entendre sur scène. Toutefois, le groupe sut quand même livrer une prestation à la hauteur des attentes envers une valeur sûre de la scène locale. Avec leur Death/Black/Thrash endiablé et la présence charismatique, énergique et puissante du chanteur couplé à des musiciens talentueux, le quintette parvint sans grande peine à faire monter l’intensité de l’ambiance dans un Impérial qui commençait drôlement à se réchauffer. En vingt minutes, le groupe put donc accomplir sa mission et laisser place à Morgue, sous des acclamations de la foule.
Les cinq cadavres de Morgue furent aussi poussés par le personnel de scène à entamer leur prestation rapidement et sans les vérifications sonores d’usage, ce qui entraîna un son difficile à cerner. Cette fois, la batterie était étouffée, la basse de Plague était beaucoup trop forte et la guitare de Haze était tout simplement inaudible pendant une bonne part de leur courte prestation. Malgré cela, la violence et la présence scénique menaçante et hiératique de la troupe leur permirent de susciter une frénésie meurtrière sur le parterre. Un peu comme Ancestors Revenge sut donc tirer parti de la situation, malgré le manque d’application des techniciens de son et l’horaire peu accommodant de la soirée pour les formations locales forcées de jouer dans des conditions un peu rocambolesques. Ainsi, le groupe d’expérience parvint à susciter la violence de la fosse et des commentaires très positifs que je pus entendre dans l’assistance avant qu’il ne se retire pour laisser la scène à Unbreakable Hatred.
Le trio de Brutal Death s’installa à une vitesse comparable à celle de sa musique, avant d’entamer une véritable entreprise de destruction musicale. Expérimentée et talentueuse tout comme les groupes locaux précédents, la formation bénéficia en plus d’un son mystérieusement beaucoup mieux calibré que pour ces derniers. En effet, bien que la basse ait souffert d’un certain déficit sonore au début de leur prestation, cette fois tous les instruments furent audibles et aucun n’enterrait totalement les autres. De plus, bien qu’il s’agisse d’un trio, ce qui rend la formation moins imposante et impose une posture plus statique, le groupe compensa facilement par sa précision et son élaboration techniques. Unbreakable Hatred nous asséna donc une véritable raclée musicale en très peu de temps, comme à son habitude, d’ailleurs. Le groupe nous démontra donc qu’il n’a rien à envier à des formations du même acabit, comme Dying Fetus ou Krisiun par exemple.
Après cette entrée en matière à saveur locale, Nile se fit attendre pendant un entracte d’environ une demi-heure, juste le temps nécessaire à ce que l’ambiance monte d’un cran dans l’Impérial rempli à moitié de sa capacité. Puis, le quatuor entra sur scène et ce fut un véritable massacre qui commença sous nos yeux écarquillés. Entamant leur prestation dans un tonnerre de batterie et de distorsion confirmant que la tête d’affiche s’était réservé le meilleur son de la soirée, le groupe suscita immédiatement le déchaînement des spectateurs en délire avec la succession de « Sacrifice Unto Sebek » de l’incontournable « Annihilation of the Wicked » (2005) et « Defiling the Gates of Ishtar » de l’admirable « Black Seeds of Vengeance« (2000). Puissance, précision et charisme, tout y était pour écarquiller les yeux, défoncer les tympans et inciter les fanatiques des égyptologues du Death Metal à se démolir mutuellement. S’en suivit donc une superbe sélection allant puiser dans tous les recoins de la discographie du groupe et même jusqu’à leur tout premier opus, « Amongst the Catacombs of Nephren-Ka » (1998). Personne dans l’Impérial ne put rester indifférent à la véritable performance d’anthologie qui se déroulait. Je me dois à ce titre de mentionner la prestation complètement inhumaine de George Kollias derrière la batterie, sans oublier la précision et le son de Karl Sanders à la guitare et les voix gutturales et claires de Dallas Toler-Wade exécutées à la perfection. En somme, bien qu’il me soit devenu difficile, avec le nombre gargantuesque de spectacles que je vois par année, de classifier ces derniers, je peux dire sans l’ombre d’un doute que le premier passage de Nile en sol québécois fut certainement parmi mon top 5 de spectacles à vie. Phil Drouin, guitariste de Unbreakable Hatred eu même la chance d’être invité par Karl Sanders à exécuter une ligne vocale durant la dernière pièce de leur manche, ce qu’il n’oubliera certainement pas de si tôt!
En conclusion, c’est complètement abasourdis et impressionnés que nous quittâmes l’Impérial après nous être fait littéralement démolir par Nile. La tête d’affiche nous aura présenté un spectacle musicalement démentiel avec une attitude souriante et hautement charismatique sans aucune tape à l’œil. Ma seule réserve quant à cette soirée de première provient des aléas du son pendant les premières parties locales qui furent un peu précipitées à jouer sans avoir fait les tests d’usage. Il est louable de la part de l’organisation de tournée de Nile et de District 7 d’avoir donné de la visibilité à des artistes locaux, mais peut-être aurait-il été préférable d’en mettre un peu moins que quatre et de leur donner le temps de s’exécuter dans des conditions plus optimales. Cela dit, tous les groupes locaux ont donné le meilleur d’eux-mêmes dans les conditions données, ce qui prouve leur savoir-faire et leur professionnalisme de grand calibre. En terminant, je remercie chaleureusement Karl-Emmanuel Picard de District 7 pour l’accès à la salle.
Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas
















