Il y a de ces groupes qu’on ne se lasse jamais de voir en spectacle et c’est définitivement le cas de Cannibal Corpse et de Behemoth malgré le fait qu’ils évoluent dans deux courants très différents de la musique extrême. C’est donc sans hésitations que ma belle lionne métallique et moi nous procurâmes, dès leur mise en vente, des entrées pour un spectacle réunissant lesdits titans dans la Métropole démographique du Québec. S’ajoutait à cela le fait que nous avions manqué Behemoth, un de mes groupes préférés à vie, lors de leur dernier passage à Montréal l’an passé parce que nous avions choisi d’aller voir Nile qui jouait le même soir, mais à Québec sur leur première tournée canadienne. C’est donc avec un énorme enthousiasme que nous quittâmes la Capitale nationale en matinée dans notre rutilant bolide pour profiter d’un après-midi dans la grande ville avant d’aller assister au massacre prévu.

 

25 fév - Montreal - Behemoth - Cannibal Corpse

 

Après un souper en compagnie d’un ami montréalais à la soupe tonkinoise de la rue Saint-Denis, coin Beaubien, nous prîmes le métro direction Berri pour arriver vers 19 h 20 dans la magnifique salle du Métropolis. Après avoir constaté la présence d’une belle délégation de la ville de Québec et avoir fait le plein de houblon de piètre qualité diablement trop cher (6,25$ la bière!), les lumières s’éteignirent et le premier groupe de la soirée, Tribulation, fit son entrée en scène devant une salle encore modestement remplie.

Tribulation est un quatuor suédois fondé en 2004 qui pratique un style musical très particulier mariant à merveille Hard Rock progressif, Black Metal, Thrash Metal et Death Metal. Les passages les plus agressifs de leurs pièces ne sont pas sans rappeler un Watain qui aurait été infusé de Death et de Thrash, alors que les passages les plus rock rappellent grandement les années 1970 avec des ambiances psychédéliques. Menée par la présence charismatique et les hurlements râpeux de Johannes Andersson (chant, basse), la troupe suédoise nous livra une prestation hautement convaincante. Affublés de maquillages de cadavre et habillés tels des rockeurs des années 1970, les membres de Tribulation nous livrèrent effectivement leurs pièces avec conviction, énergie et précision. Le son fut d’ailleurs à leur avantage, mettant de l’avant leur côté organique et relativement relâché quoique certaines pièces de la batterie semblaient être oubliées dans le mix sonore. Le groupe fut aussi habile dans la génération d’ambiances méditatives entre des passages plus agressifs. En somme, leur prestation fut une très agréable découverte pour votre fidèle serviteur. Le groupe sortira son troisième album complet en carrière, «The Children of The Night», le 23 mars prochain sur Century Media Records.

Le second groupe à prendre d’assaut la scène du Métropolis était Aeon, un quintette de Death Metal suédois fondé en 1999 qui a déjà quatre albums pleine longueur à son actif. Leur musique est un Death Metal tout ce qu’il y a de plus traditionnel, voire même un peu trop générique à mon goût, mais n’étant tout de même pas dépourvu d’un côté accrocheur pour l’amateur du genre et d’une interprétation musicale de haute qualité. Sur scène, leur prestation fut malheureusement handicapée par un mix sonore médiocre, pour la première et seule fois de la soirée. Effectivement, les guitares et la basse se perdaient dans une bouillie sonore indiscernable, qui ne laissait ressortir qu’une batterie beaucoup trop forte et la voix gutturale puissante de Tommy Dahlström. Cela vint renforcer l’impression déjà acquise à l’écoute de leurs albums que leur musique manque quant à moi cruellement de diversité de structures et de différenciation entre les pièces. Malgré tout, leur présence scénique et l’énergie puissante dégagée par la troupe leur permirent de déchaîner les ardeurs du public maintenant très imposant. Ce fut donc tout de même un bon moment de Death Metal en dépit de la répétitivité de leur musique et la mauvaise sonorisation de leur performance.

La mise en bouche était maintenant terminée et c’était maintenant le moment du premier plat de résistance et quel plat! Bien que Cannibal Corpse ne soit pas mon groupe favori d’entre tous, ils ne m’ont jamais déçu en spectacle et leurs nombreux albums sont toujours les bienvenus dans la liste d’écoute lorsque vient le temps d’un défoulement total. Cette fois-ci n’allait pas faire exception. En effet, débutant avec l’excellente «Scouge of Iron», la célèbre troupe de psychopathes américains nous imposa un véritable carnage musical marqué par un son maintenant excellent et une sélection bien variée touchant à toutes les époques de leur discographie. La prestation déclencha la folie de la foule dans une salle comble ou presque. La fosse était un véritable asile d’aliénés, notamment pendant l’incontournable «Hammer Smashed Face» qui donna lieu au plus gros déchaînement de violence de la soirée. George «Corpsegrinder» Fisher (chant) mena ses troupes avec son charisme unique et sa voix gutturale totalement inhumaine, y allant aussi d’interventions efficaces et parfois comiques entre les pièces. Le groupe acheva la foule avec l’excellente «Devoured by Vermin», question de s’assurer qu’on n’oublierait pas le rouleau compresseur sonique qui venait de nous broyer.

À peu près n’importe quel autre groupe que Behemoth aurait dû bénéficier d’un miracle pour arriver à triompher après une prestation aussi puissante de la part de Cannibal Corpse. Cependant, dès que le décor splendide de scène de la troupe de Nergal (guitare, chant) fut installé et que les torches furent enflammées, on sut qu’on aurait droit à la totale ou presque. Entamant leur prestation avec la délicieuse «Ora Pro Nobis Lucifer» issue de leur excellent dernier effort «The Satanist» (2014), le groupe polonais nous en mit plein la vue et les oreilles avec un spectacle exemplairement précis, énergique et imposant. Le son fut d’ailleurs d’une qualité irréprochable tout au long de leur livraison d’une dizaine de titres. Ma seule déception fut l’absence de pièces de leur période Black Metal, c’est-à-dire avant 1999, mais ce fut une bien maigre déception comparativement à la qualité du spectacle présenté par ces brutes. De plus, le groupe ne put pas en mettre autant qu’ils en font en Europe côté pyrotechnie, fort probablement à cause des spécifications de la salle par rapport à la sécurité, mais le groupe parvint tout de même à livrer une performance théâtrale avec un décor impressionnant, des éclairages sublimes et un rituel de feu et d’encens par un Nergal dans une forme olympienne. Après un rappel exquis constitué de la délicieuse «O Father O Satan O Sun!», Behemoth se retira sous les acclamations d’une foule complètement conquise.

En conclusion, le passage de Behemoth et Cannibal Corpse dans la Métropole québécoise fut certainement un des évènements phares de l’année encore jeune au chapitre du Métal extrême. Réunissant deux titans métalliques aux prestations exemplaires devant une foule imposante et déchaînée, ce spectacle restera certainement ancré dans la mémoire de ceux qui y ont assisté. De plus, il me permit de découvrir un excellent groupe en ce qui concerne Tribulation, bien que je fusse en contrepartie un peu sceptique devant Aeon et son Death Metal générique. Merci à Evenko/Heavy MTL d’avoir amené cette tournée monstrueuse à Montréal!

Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas