Voici le compte rendu de Dany Marchand et les photos prises par Charles-Alexandre Tourchot lors du spectacle de Rotting Christ présenté par District 7 Production à L’Impérial Bell de Québec le 8 mars 2023 et qui mettait également à l’affiche Carach Angren, UADA et Gaerea.

 

Ce soir, nous investissons le majestueux Impérial Bell pour une soirée froide et noire au son d’un buffet 4 services de Black Metal aux diverses saveurs. Le nombre de personnes présentes est acceptable, mais pas optimum, normal pour un mercredi soir, cependant c’est des fans fervents et fidèles au rendez-vous qui occupent le territoire de la fosse.

Gaerea

C’est cagoulé, avec le logo du band sur le devant de la cagoule, que se présente à nous le premier acte de violence de cette sombre assemblée musicale.

Sous un éclairage fort appréciable et soigné, nous pouvons admirer les pieds de micro personnalisés et conceptuels du groupe encore une fois relié au symbole mythique du quintette portugais.

Sur scène, c’est surtout le vocaliste Guilherme qui nous saute aux yeux et aux oreilles. Avec sa voix puissante et polyvalente, il épate notre ouïe, mais avant tout c’est sa gestuelle, sa présence scénique et sa chorégraphie qui gâtent notre visuel. Il bouge de manière reptilienne, vive et à la fois langoureuse (ce qui surprend énormément sur la scène black métal) rappelant le légendaire Jim Morrison et, par moments, même Marilyn Manson.

L’ensemble des cordes est d’une efficacité inattaquable, la musicalité est d’une mélodieuse violence accompagnant des arrangements harmonieux. L’anniversaire d’un des membres de cet ensemble est d’ailleurs souligné. Les percussions sont d’une lourdeur immense lorsque nécessaire et d’une rapidité déstabilisante par autres moments.

L’assistance est profondément conquise et surprise (pour ceux qui comme moi découvraient ce groupe ce soir). Les exclamations sont légions dans l’amphithéâtre, les yeux sont ébahis et les sourires omniprésents.

Des chants grégoriens sonnent le glas pour Gaerea qui maintenant se noie dans la pluie d’acclamations de la grande capitale. C’est presque une tragédie de les laisser partir tellement nous en aurions pris encore plus longtemps.

Wow, vraiment mon coup de cœur du jour et probablement de la saison. La foule impatiente au kiosque du groupe confirme le succès de leur prestation. Même moi j’ai fait la ligne pour un chandail superbe et un CD de leur plus récent album intitulé Mirage.

 

UADA

Après un excessivement long changement de ligne (40 min) apparemment relié à des problèmes techniques, le quatuor black métal mélodique américain se prépare à faire irruption sur les planches.

Une cérémonie de purification à l’encens est pratiquée alors que la séquence musicale d’introduction est jouée. C’est plongé dans un éclairage bleuté mettant en valeur les bannières représentant leurs emblèmes occultes, que nous voyons apparaitre les quatre musiciens vêtus de leurs costumes anonymes tels les nazguls de Tolkien.

Sans artifices ni préliminaires, comme à leurs habitudes, ils entament le déploiement de leur répertoire surtout axé sur leur plus récent album Djinn. Vu lors de leur dernier passage avec 1349 en octobre 2019, c’est avec de grandes expectations que j’attendais leur retour.

Fidèles à eux-mêmes la pénombre règne. Un cauchemar pour les photographes, mais une délicieuse ambiance cultiste pour les fervents réunis. Les screams agonisants comme on les aime sont acheminés à nous avec aisance et précision. Musicalement, j’adore leur nouveau son du dernier album, beaucoup plus atmosphérique et profond.

Des riffs de guitare tournant au vers d’oreilles supporté par la basse solide et les percussions éclatantes. Surement dû au retard sur l’horaire, c’est une prestation très abrégée qui nous est offerte. Comme prévu, une légère majorité de pièces récentes plus lourdes sont entrecoupées de classiques violents.

Niveau son et prestation, on ressent encore la présence de problème techniques à plusieurs reprises. Uada n’est pas reconnu pour leurs chorégraphies de scène extravagantes et ce soir ne fait pas exception à la règle, c’est très sobre et statique, ce qui crée un étrange conflit avec l’énergie du groupe précédent.

Ils repartent comme ils sont arrivés sans aucune fanfare ni roulement de tambour. L’anti-rockstarisme à son meilleur.

 

Carach Angren

9 h 25 La table est mise pour le théâtre de l’horreur de Carach Angren.

Le quatuor horrifique arrive enfin devant nous à la satisfaction de leurs disciples qui sont de retour pour les accueillir à nouveau. Claviers, keytare, corpse paints, latex et cuir. Nul doute, les Pays-Bas et le Mordor sont arrivés en ville et mordent avec leurs mâchoires d’acier le public québécois euphorique.

On monte l’intensité d’un cran, ça bouge aussitôt les premières notes jouées, la tension est palpable. Et on n’attend pas très longtemps avant l’explosion, car un Wall of death assez doux est invoqué après seulement deux pièces, mais néanmoins le moshpit prends vie… enfin !

La bannière derrière eux est d’une élégance funéraire. L’éclairage est plus généreux qu’à l’acte précédent, mais sans excès. La fraîcheur des sonorités de ce groupe est un des points forts ce soir, et l’utilisation qu’ils font de leurs instruments souvent non orthodoxes est recherchée et bien appliquée.

On sort le masque du roi des morts en moitié de répertoire, ajoutant encore un niveau supérieur au spectacle en nous immergeant dans leur angoissant monde de terreur. C’était la première fois que notre photographe assistait à un de leurs évènements et pour lui, ils devinrent automatiquement son coup de cœur de la soirée.

Une belle performance théâtrale dans son ensemble, même que Jesus Christ en personne est venu les rejoindre pour la chanson finale, le crucifié a bien sûr rapidement été lancé aux apôtres pour un body surfing en bonne et due forme.

Maintenant, on s’affaire à finaliser l’arrivée de la tête d’affiche.

 

Rotting Christ

10 h 28: Les portes du temple s’ouvrent pour nous. Une pseudo prière aux allures païenne est récitée en ouverture, découvrant un décor digne d’un culte celtique. Les vétérans s’installent confortablement devant nos oreilles offertes et nos yeux brillants. On les accueille encore une fois comme des amis de longue date, chaleureusement et affectueusement.

C’est la deuxième fois en moins d’un an qu’ils reviennent nous visiter, après leur halte triomphale durant la tournée « Devastation on the nation » en mai dernier. Les frères Tolis offrent une représentation sans faille et charismatique, comme toujours depuis 1987. Leur chimie sur scène fait office de preuve de leurs années de co-voiturage au volant de la machine de guerre qu’est Rotting Christ.

Parlant de charisme, nous ne pouvons ignorer la présence et la qualité d’animateur de foule de Van Ace. Comme un de mes vieux amis (JF Jalbert de Slaotvean/Ordoxe) l’a décrit durant le concert : « Il est beau, il est bon et il a les cheveux soyeux comme Brad Pitt dans Légendes d’automne ! ». On ne peut dire mieux ! Ce type est une bête de scène qui prend contrôle des projecteurs avec adresse.

Aux percussions, elles résonnent dans notre être avec une force qui va au-delà de l’échelle de Richter. Ce cher George excelle autant maintenant qu’en 2014 à donner le rythme cardiaque à chacun des concerts. 

Un seul bémol est l’heure avancée à laquelle ils jouent, ayant comme conséquence le départ de beaucoup de gens dans la salle. À 11 h 33, le tiers de la foule avait quitté le navire lorsque le rappel est entamé pour les forts qui étaient encore présents et toujours animés par la passion !

Un énorme merci à tous les bands et District 7 Production pour cette soirée plongée dans les ténébreuses mélodies de la crème du black métal.

Setlist
1.666
2.Kata Ton Daimona Eaytoy
3.Fire, God and Fear
4.Dub-sag-ta-ke
5.Apage Satana
6.Elthe Kyrie
7.Demonon Vrosis
8.Societas Satanas (Thou Art Lord cover)
9.Non Serviam
10.In Yumen-Xibalba
11.Grandis Spiritus Diavolos
12.The Raven
Encore :
13.Noctis Era

-Dany Marchand
Photos: Charles-Alexandre Tourchot