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Voici le retour de ma chronique régulière après avoir cédé la place à mon amie Graciela le temps de mes vacances en Europe durant lesquelles j’en ai profité pour assister pour une 2ème année consécutive au Metal Female Voices Fest en Belgique (où j’ai fait de belles rencontres, vous pouvez d’ailleurs me voir en compagnie ma chanteuse préférée, Heidi Parviainen) et aussi rendre visite au groupe polonais Hegemony qui m’a chaleureusement accueilli dans son local de pratique pour un petit concert privé. Je vous prépare d’ailleurs un petit texte à ce propos. Bref, ce fut de belles vacances et je vous mets ici le lien pour ma revue du festival belge au cas où vous l’auriez manqué lors de sa publication.

 

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Maintenant, comme je disais, voici ma chronique régulière. Deux groupes à découvrir qui nous offre leur première parution. – Stéphan

 

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From Light Rose the Angels

Éponyme (mini-album)

Autoproduit

2014

 

Si vous m’avez suivi tout au long de l’année (je le souhaite bien!) et que votre mémoire ne vous trahit pas trop, vous vous souviendrez possiblement que je vous ai vanté les mérites de la chanteuse américaine VK Lynne. Cette dernière, à la voix solide et riche, a par le passé démontré son large champ d’action, autant en solo avec son Whiskey or Water, à saveur folk-blues-rock, qu’avec Vita Nova où elle démontrait son talent au niveau du rock symphonique, ou bien encore au sein de StOrk, où sa contribution vocale se mariait à merveille avec le prog métal plus lourd.

Cette fois, la sirène à la chevelure rose est de retour au centre d’un tout nouveau projet nommé From Light Rose the Angels, où elle s’est entourée de deux musiciens d’origine finlandaise: le claviériste/guitariste Janne Tamminen et le bassiste Arno Nurmisto, ainsi que de deux de ses concitoyens, soit le batteur Justin Lee-Dixon et le guitariste principal Andrew Faust, qui s’exécute aussi occasionnellement comme chanteur. Récemment, le quintet a décidé de lancer sur le marché un album éponyme, qui est en fait un mini-album composé de sept titres, totalisant une trentaine de minutes.

Traditionnellement, ces mini-albums constituent des cartes de visite, des éléments destinés d’abord à être envoyés à des maisons de disques afin de décrocher une entente: des démos de luxe, en quelque sorte. Surprise ici, le nouveau groupe montre dès ses premiers pas une belle cohésion et offre aux auditeurs une solide introduction. Au niveau du style, ce EP se situe aux frontières du métal et du rock mélodique. Bref, les amateurs de métal pur et dur ne seront peut-être pas séduits par cet essai. Toutefois, tous les éléments en place sont bien maîtrisés et donnent pour résultat un album à la sonorité très avenante.

Ce sont les mélodies qui constituent la grande force du EP, les chansons étant très faciles à assimiler, sans tomber dans la facilité. L’ensemble est bien construit et, comme mentionné ci-haut, se fait attrayant pour plusieurs types d’oreilles. “The Grey Returns” est de signature plus pop-rock et entre immédiatement dans la tête, tout comme “Selfish” et “Proud 2B“, tandis que des pièces comme “Holding Stones” ou “Tear Down the Horizon” sont de nature plus symphoniques et pourraient être classifiées dans ce qu’on pourrait appeler du «métal léger». “Tear Down the Horizon“, en particulier, se révèle comme la pièce la plus substantielle du disque, avec des arrangements de claviers denses qui plairont sans l’ombre d’un doute aux fans de «sympho». Quant à “Blood Roses“, il s’agit d’une jolie ballade acoustique, mettant en vedette la toujours efficace VK. L’album est également agrémenté par une version acoustique fort agréable de “The Grey Returns“.

Quant à l’aspect de l’instrumentation, on ne peut que constater la solidité des composantes. Janne Tamminen a réussi à orchestrer de beaux arrangements aux claviers, les superposant habilement afin de créer une appréciable densité sonore, bien renforcée par la batterie de Justin-Lee Dixon qui se retrouve constamment placée à l’avant, aidant davantage à ingérer les mélodies et nous amenant surtout à taper du pied ou à brasser la tête. L’aspect métal est renforcé par Andrew Faust qui vient semer ici et là des notes gutturales. À mes oreilles, c’est toutefois VK Lynne qui vole la vedette. Je suis une fois de plus épaté par la richesse vocale déployée par la dame. Sans tenter de s’aventurer dans un territoire lyrique, elle réussit encore une fois à offrir une démonstration de chant des plus solides. Parfois, le talent d’une chanteuse ne doit pas être évalué par la force des notes poussées, mais bien par la variété de ces notes. C’est ici la grande force de VK Lynne: se faufiler partout et chanter à merveille tout ce qui lui tombe sous la main, avec un talent remarquable et une voix chaleureuse immédiatement identifiable.

Ce premier pas discographique se révèle somme toute fort agréable, From Light Rose the Angels nous gratifiant d’une musique qui se laisse écouter avec le plus grand plaisir. De plus, voici un disque que vous pouvez faire jouer un peu partout, même lorsque des oreilles sensibles se trouvent dans la pièce, sans vous faire traiter de satanique ou de sanguinaire! Plus sérieusement, ce EP nous éclaire très bien sur le potentiel du groupe; nous ne pouvons qu’attendre la suite avec enthousiasme. Habituée de se promener d’un projet à l’autre, souhaitons que VK Lynne s’accroche plus longuement à celui-ci, la suite à ce départ prometteur pouvant être des plus intéressantes.

 

 

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Innerly

In Praise of Shadows

Démo autoproduit

2012

 

N’ayant pas peur de le dire, dans plusieurs cas les démos ont une valeur plutôt limitée. Ajoutons simplement que ces enregistrements sont davantage des essais qui peuvent nous donner à tout le moins une idée de ce qu’un groupe peut valoir. Il arrive toutefois d’entendre des démos qui sonnent mieux que les autres, c’est pourquoi je me permets de vous parler brièvement du groupe français Innerly et de son démo “In Praise of Shadows“.

Innerly est une de ces découvertes faites par hasard, en flânant sur YouTube. La chanteuse du groupe, Katia Iva, produit des reprises de Nightwish fort intéressantes, elle qui est dotée d’une voix assez vaste et puissante pour interpréter le répertoire des Finlandais, tout en agrémentant le tout d’un instrument que j’ai toujours trouvé intéressant dans l’absolu: le violon électrique. C’est quelques instants plus tard que mon agréable surprise est devenue doublement intéressante lorsque j’ai découvert que la dame faisait partie d’un groupe. Il est en effet plus enthousiasmant comme mélomane de se frotter à du nouveau matériel plutôt qu’à des reprises, aussi bien rendues soit-elles.

Ayant parlé de Nightwish, on doit reconnaître qu’Innerly se tient dans le territoire du célèbre groupe, particulièrement lorsqu’on porte attention aux claviers qui sonnent dans la veine de ceux de Monsieur Holopainen, version Wishmaster. Soyons toutefois clairs, on ne se retrouve pas confrontés à de vulgaires clones, Innerly réussissant tout de même à se forger une identité bien à lui. L’ingrédient le plus intéressant s’avère sans l’ombre d’un doute le violon électrique, que le groupe n’hésite pas à utiliser au coeur des compositions. Le son très coloré de l’instrument rehausse l’ensemble, la partie centrale de “Gaïa’s Awakening“, la première chanson, en témoigne.

“Dark Waters“, même si elle est relativement courte (3:26), nous fait vivre plusieurs changements d’ambiance, et est agrémentée d’une solide performance de la section rythmique. “When Witches are Born” soutient la comparaison dans le même registre: entrée ambiante, guitare bien en avant bien soutenue par les claviers, et ensuite intéressantes variations du rythme et de l’atmosphère. De plus, la voix de Katia Iva, très souple et se déployant sur une large étendue, fait merveille et contribue à ajouter une touche d’inspiration fantastique au tout.

C’est toutefois sur la longue “Regrets and Hope” (8:25) qu’Innerly se laisse pleinement aller. Comme toujours, la durée joue en faveur de la composition, alors que les thèmes peuvent être pleinement développés. Encore une fois, c’est la variation des ambiances qui s’exprime bien ici, alors qu’on se retrouve face à une rythmique purement power metal pour se rendre, sans crier gare ou presque, à des passages plus calmes. De plus, le groupe n’hésite pas encore une fois à judicieusement utiliser cet hypnotisant violon, et surtout il le fait sans avoir peur de s’aventurer dans de grandes envolées instrumentales qui se font au profit de la voix: un groupe plus établi comme Stream of Passion par exemple, n’ose pas à mon grand regret sacrifier quelques parties du divin chant de Marcela Bovio pour la laisser user d’un instrument si original (du moins il l’est dans un univers métal). Innerly sait donc mettre cet élément à profit pour tenter de se dégager du lot, ce qui est extrêmement louable. La longue partie instrumentale de cette pièce de fermeture est d’ailleurs bien pimentée de claviers, de guitare et de violons, faisant de cette séquence musicale un moment réellement mémorable.

Dommage que tout ceci ne s’arrête qu’au bout de quatre chansons, mais on ne peut que s’encourager en se disant que si Innerly est parvenu à présenter un démo de cette qualité (en plus d’être bien exécuté, c’est également très bien produit), le premier véritable album pourrait faire beaucoup de bruit dans le milieu métal. Oui, la relève est là, elle ne demande qu’à être entendue. D’ailleurs, souhaitons que les chansons de ce démo se retrouvent sur le premier album, elles y méritent pleinement leur place.