Voici la critique de Dany Marchand et les photos prises par Joé Lacerte lors du spectacle This is Not a Drill de Roger Waters présenté par Gestev & Centre Vidéotron au Centre Vidéotron de Québec le 17 juillet 2022.
Critique
L’odyssée de ce soir, se dirigera au Centre Vidéotron, une première en équipe avec mon collègue Joé au sein de ce gigantesque amphithéâtre. C’est en passant la porte #20 réservée aux médias que nous sommes accueillis chaleureusement par le sympathique personnel du célèbre et incontournable temple du divertissement au cœur de la grande capitale.
Après avoir été contrôlés et mis en règle, nos chemins, à moi et mon collègue magicien de l’imagerie se séparent afin que nous puissions regagner nos stations de travail respectives.
En arrivant à ma section, c’est une scène centrale immense composée d’un bloc cruciforme d’écrans (pour le moment noir) qui s’offre à nous. Formant un mégalithe sombre, immuable et imposant ce monstre affiche des messages textuels autant que vocaux tels que « the show will begin in 15 minutes » qui se rafraichi aux 5 minutes afin de bien bâtir la hype déjà bien instaurée dans les cœurs des fans.
La capacité maximale n’est toujours pas atteinte à 19 h 45, car une file gigantesque s’est amassée aux portes principales extérieures. La file rejoint l’entrée extérieure des stationnements, et se poursuit sur le boulevard devant. Le temps de tout faire entrer ce beau monde-là, empêche même certain de voir les premières pièces du titanesque événement qui nous rassemble ici ce soir.
Roger Waters
8 h 25, la voix revient pour nous dire que le concert débutera sous peu, et elle nous signale aussi que si on est venu en se disant : « J’étais fans de Pink Floyd, mais les propos politiques de Roger Water me tapent sur les nerfs! » nous pouvons « f*ck off to the bar right now », ce qui allume la mèche de la foule prête à exploser.
Les premières notes d’une version adaptée de Confortably Numb et son légendaire Hello attirent notre regard sur les écrans maintenant habités par des scènes animées de gens marchant dans un décor post apocalyptique vers une tour à bureaux géante. Tour qui semble avoir l’architecture du gigantesque bloc d’écrans qui maintenant se soulève doucement. Nous sommes maintenant présentés à la scène dans toute sa splendeur ainsi qu’aux musiciens et leurs outils respectifs.
Sur les écrans et dans nos oreilles, la magie s’opère alors que l’intro de Another Brick In The Wall nous attaque de plein fouet. Multiples caméras sur scène sont en retransmission sous forme de montage instantané sur fond de textes politiquement engagés. Le ton est donné pour la soirée qui s’annonce plus grande que nature et très politisée.
L’orchestre pour cette tournée est similaire (malgré quelques différences) à celle sur US and Them.
Aux guitares, Jonathan Wilson et Dave Kilminster, aux percussions, Joey Waronker, le guitariste bassiste Gus Seyffert, le claviériste/multi-instrumentaliste Jon Carin, à l’orgue, Robert Walter, au sax Ian Ritchie sans oublier Amanda Belair et Shanay Johnson, les choristes de tout ce bel amalgame de virtuoses.
Ces mêmes expertes vocales nous amènent d’ailleurs vers le 3e service, Powers That Be.
Roger prend la guitare, tandis que sur les écrans une version revampée du film de The Wall en animation est présentée. Des scènes très crues de brutalité policière de partout dans le monde s’enchainent accompagnées des noms des victimes, la situation géographique, les détails sommaires du cas et l’issue. Un moment très difficile à observer et qui ne sera pas le dernier.
Pour The Bravery Of Being Out Of Range c’est Ronald Reagan en image et Waters au piano. On parle des criminels de guerre en mettant l’emphase sur les présidents américains et leur implication sur ce qu’ils ont autorisé sur les terrains de guerre durant leurs mandats. Sans regard pour le parti politique ou le candidat tout le monde y passe ou presque. Le tout, toujours soutenu admirablement par le thème et les personnages du film de 1982.
L’ancien membre de Pink Floyd trinque avec nous de derrière son piano. « So happy to be back in Québec! » Ces mots constituent l’ouverture d’un petit discours fort émouvant et politique. Le lien est établi pour enclencher The Bar.
Une série de chanson qui relateront la carrière du Britannique, tant en son qu’en animations, débute avec Have A Cigar parlant de son passage avec Pink Floyd qu’il définit lui-même comme un autre band avec qui il a joué. Le soliste explose de milliers de couleurs avec son talent immense et une énergie débordante durant cette première partie biographique.
On se transporte par la suite encore plus loin, on explique en texte, la fois où Roger et Syd ont assisté à un concert des Stones et où ils se sont promis de fonder un band. Ce qui deviendra Pink Floyd. Et c’est sous cette trame de fond que Wish You Were Here vient faire dresser les poils et la chair de poule. L’histoire est si bien amenée que j’en ai des larmes aux yeux à plusieurs occasions.
On enchaine, voir conclut, avec la difficile période de dépression du chanteur sur une introduction qui livre l’angélique Shine On You Crazy Diamond. Il est maintenant à la basse, quel musicien accompli!
On reprend sur les écrans le concept animé entamé au début du concert avec les tours à bureaux hiérarchiques, c’est sublime. Bien sûr la thématique de dictature ne pouvait être complète sans passer par la légendaire Sheep en fermeture de cette première partie du spectacle. Sur les écrans c’est le thème de l’évolution et du déclin de la civilisation qui nous amène au 20 minutes d’entracte.
Durant l’entracte le cochon légendaire, aussi affublé de messages sociaux, se promène au-dessus de la foule. Les drapeaux à l’effigie des marteaux croisés descendent alors que In The Flesh est jouée et qu’au final, Waters tire sur l’assistance mentionnant par cet acte le débat des armes à feu aux États-Unis.
Tout le monde debout en ovation frénétique pour Run Like Hell. Waters, toujours vêtu de cuir est en feu! On jase de surconsommation et de sweatshop exploitant les enfants comme main d’œuvre.
Un vibrant hommage à Julian Assange et Chelsea Manning fait la navette pour Déjà-vu vient ensuite nous en mettre plein la vue et l’ouïe sous le chapeau de la défense des droits de la personne qui sont brimés dans multiples sphères de la société actuelle.
Les religions sont aussi mises sous le couperet de Waters durant Is This The Life, comme quoi tout y passe!
Un des moments forts pour ma part, Money interprétée par le guitariste Jonathan Wilson qui s’occupe du chant avec ressemblance déconcertante à la voix de Gilmour. Il doublera les plaisirs pour la majestueuse Us And Them exposant les droits à la manifestation et la beauté de l’humain sous toutes ses différences tant dans la misère que la joie avec des flashs photos sur des visages de partout dans le monde qui s’unira plus tard dans la soirée.
Le concept continue et chevauche la planante Brain Damage pour ensuite ouvrir grandes les valves pour la grandiose Eclipse ou les yeux s’écarquillent dans un WOW sonore de l’assistance en transe tandis les triangles laser lumineux s’allument sur scène. La foule est debout et en même temps à genou devant autant de beauté et de magie!
Two Suns inThe Sunset vient nous rappeler que l’horloge est «19 minutes to midnight » sûr du visuel écarlate et émouvant. l’environnement est aussi un autre cheval de bataille que nous chevauchons ce soir.
Je regrette presque ma sobriété devant autant de visuels, nous constatons aussi tout au long du concert que d’autres n’ont pas pu s’empêcher de s’enivrer de feuilles magiques pour l’événement..
La 2e partie de The Bar fermera la marche vers Outsider The Wall. Le band se rapproche et joue la pièce ensemble comme s’ils étaient en pleine pratique. C’est intimiste, on se sent en plein centre de leur processus créatif. Et c’est après un tour de piste final en style fanfare que les musiciens quittent vers l’arrière-scène ou les caméras continuent de tourner pour les notes finales avant que les écrans ne s’éteignent pour de bons.
Quelle expérience de feu! Tout était presque parfait.. Pourquoi presque? Le 360 degré…
Il était loin d’être infaillible, quelques collègues et amis n’ont pas apprécié le visuel autant que nous de leurs angles de vues qui occultait complètement un des écrans et ne présentait qu’un seul profil de certains musiciens. Une bonne production du genre aurait nécessité une partie rotative de la scène afin de donner à l’expérience son plein potentiel.
Somme toute, d’avoir été en présence d’une légende, a été des plus enrichissantes qui a été partagé entre parents et enfants de tous âges. L’immortalité des dieux du rock passe par ce type de soirée.
Merci à toutes les personnes impliquées pour avoir amené ce spectacle ahurissant dans notre belle province.
-Texte: Dany Marchand
Photos: Joé Lacerte




