Voici la critique de Dany Marchand les photos prises par Joé Lacerte lors du spectacle de Cradle Of Filth présenté par Heavy Montréal & District 7 Production à L’Impérial Bell de Québec le 7 juin dernier et qui mettait également à l’affiche Frayle et Aeternam.

Critique

En cette pluvieuse soirée de juin, l’odyssée de Dany et Joé se transporte à nouveau sur le territoire du majestueux Impérial Bell de Québec. Grâce à District 7 Production, nous couvrons le concert de Cradle Of Filth accompagné de Frayle, Aeternam et Misfire.

Surprise à notre arrivée, il y a une file à la porte, ça augure bien pour le niveau d’assistance pour ce soir. On y retrouve certains amis de la scène locale dont Dominic Brillant de Meet The Mailman, Phil Labbé des Graveyard Strippers et Dave Lambert Pagé de Last Dance Among Wolves et Deadman’s Prophecy. On ressent que Cradle Of Filth fait partie de la liste d’influences de plusieurs musiciens d’ici.

Encore une fois nous sommes très bien accueillis dans cet amphithéâtre, maintenant devenu un incontournable de la scène internationale.

Après nous s’être arrêtés faire le plein d’hydratant au bar, nous faisons le tour des kiosques de marchandises des artistes (chose que j’adore de cette salle, car chacun a son coin bien à eux). Un kiosque manquant, celui de Misfire qui a dû s’absenter pour des raisons covidiennes.

On s’approche de la scène et on y remarque trois batteries, des cabinets Orange, Lancy et Mesa en première ligne.

 

Aeternam

Pile à l’heure, les chants grégoriens s’invitent à nos orifices de captation du plaisir auditif, ce qui annoncent les guerriers locaux Aeternam. C’est un son pesant, hyper bien défini qui remplit de joie les fans dans l’Impérial. L’éclairage est puissant.

Lorsque le vocaliste lance ses premiers mots, c’est un son très sec et sans trop d’effet qui est offert, cependant le tout reste impeccable (définissant le haut niveau de talent du chanteur). Parlant de son talent, tant à la guitare qu’à la voix, sa versatilité m’impressionne. Sa lyrique dite clean se démarque pour ma part, c’est envoûtant et entraînant. Sans rien enlever bien sûr à son cri et ses gutturaux épisodes exécutés avec justesse.

Aux solos, riffs, basse et percussions, c’est un voyage dans le pays de Shéhérazade. Tantôt en vitesse de croisière et tantôt en mode vitesse démesurée, nous avançons au travers du répertoire sur un tapis volant et violent!

On nous présente les deux nouveaux frères d’armes à la basse et la guitare qui viennent se fusionner au band. Et pour rester dans la nouveauté on nous soumet une nouvelle pièce qui, même si homogène au style des précédentes, amène une nouvelle sonorité rafraichissante!

Après ces quelques exposés musicaux, les Québécois quittent la scène sous les applaudissements d’une foule déjà mise à feu et prête pour l’action!

J’ai vraiment adoré mon expérience d’Aeternam que je résumerais comme: une revue des mille et une nuits sous un ciel Lovecraftien!

 

Frayle

Réhydratation, jasette et à 8h20 pile on relance les hostilités, mais en douceur… Voici Frayle!

C’est avec une pesanteur, encore plus dense que le plomb, que les premiers accords du quatuor viennent déstabiliser l’ambiance instaurée par le précédent orchestre. Musicalement, je suis aussitôt conquis, car je ressens la touche doom de mon band préféré Triptykon.

Le visuel se porte sur quatre musiciens de Cleveland aux looks fort éclectiques. Un guitariste arborant casquette et chemise, un bassiste affichant dreads et corpse paint, un batteur au look plutôt classique et une chanteuse qui porte une robe d’époque noire et un masque style BDSM à lanière de latex noir par-dessus sa chevelure blanche et noire (une véritable living dead girl dans l’apparence et la chorégraphie).

La présence sur scène est plutôt tranquille, mais adaptée aux besoins du genre. Le bassiste bouge beaucoup plus, mais le guitariste a de bons mouvements aussi. La vocaliste est très théâtrale même si statique. Sa voix est enivrante et nous amène dans sa mortuaire danse avec son vocal parfois éraillé et parfois paradisiaque. Une vibration de Type O’ Negative avec une ange déchue au micro est parfois palpable.

Le bassiste assure une belle technicité qui rempli à merveille l’espace laissé par la présence d’une seule guitare. Ce que j’admire chez beaucoup de bands avec une telle formation. Dans le visuel, j’ai aussi fort apprécié la batterie illuminée de Frayle qui ajoutait à la mixture glauque de l’atmosphère ambiante.

Un seul bémol que j’ai observé est lorsqu’un feedback a envahi la scène et que le guitariste a littéralement « tassé » la chanteuse pour s’adresser directement au soundman via son micro. Ce qui, je trouve, a cassé le personnage de la vocaliste très maladroitement. Était-ce nécessaire de procéder de la sorte? Certes, il fallait régler le problème technique rapidement vu le temps limité.

Mention spéciale à la reprise de Ring Of Fire de Johnny Cash dans une version impure et sensuellement dérangeante et fort plaisante!

Pour ma part, même si les avis étaient mitigés sur la redondance musicale et la coupure d’agressivité après Aeternam, j’en ai fait mon coup de cœur de la soirée!

 

Cradle Of Filth

C’est après un long changement de ligne que le pied de micro orné d’un squelette apparait enfin sur scène.

S’en suit seulement cinq membres du groupe, nous apprendrons plus tard que Donny, le second guitariste a dû quitter pour une urgence familiale non précisée (on lui souhaite rien de trop grave).

C’est un Dani Filth très en forme et en voix qui est devant nous, performant ses mouvements signatures classiques, et qui saute presque constamment sans trop altérer son vocal. 

Autre belle présence de cordes vocales, est celle de la claviériste et choriste Zoë qui livre une performance sans failles. Allant même parfaire la magnifique « Nymphetamin » originalement mise en voix par Liv Christine.

L’éclairage est très surprenant et imite bien l’éclairage original des spectacles du groupe des dernières décennies. Par contre, l’arrière-scène était laissée pour compte. J’aurais aimé une emphase sur la magnifique bannière qu’on n’a malheureusement pas pu admirer à notre faim. De plus, lorsque Dani allait sur le podium arrière, il disparaissait dans les ténèbres. On ne voyait qu’une simple et légère luminosité au-dessus de la claviériste.

Les percussions étaient derrière une cage de fibre de verre afin d’avoir une qualité maximale de son sans que les autres instruments « saignent » dans les micros de la batterie. Ce qui a effectivement porté fruit et était intéressant à entendre.

Ashok, qui portait un habit rendant hommage au légendaire maitre des cénobites Pinhead, s’est bien démené pour nous faire occulter l’absence de Donny. En livrant une performance scénique dynamique ou on pouvait le voir arpenter la superficie complète de l’avant-scène au délice des admirateurs en première rangée. Daniel, à la basse, a aussi beaucoup mis l’épaule à la roue avec une performance enflammée.

On a droit a un set très généreux, qui a passé par quelques époques, autant glorieuses que moins appréciées. On a même droit à quelques rappels après un rapide interlude et changement de costume pour Dani, costume qui rappelait étrangement celui de son personnage dans le film Cradle Of Fear. Le Britannique nous souligne à plusieurs reprises sa joie d’être enfin sorti de l’enfer pandémique des dernières années. Un discours incontournable depuis la reprise des spectacles.

C’est sur l’excellente pièce Her Ghost In The Fog que les Britanniques nous quittent, la foule scande « CRADLE!! » pour un second rappel, mais en vain. Le groupe prennent le rituel autoportrait avec l’assemblée de fidèles et disparaissent dignement après avoir distribué setlist, pic et autres articles consommables.

Ce fût une belle soirée encore une fois auprès de mon compère d’Odyssée qui va vous en mettre plein les yeux!

 

Texte: Dany Marchand
Photos: Joe Weller Photographe