Critique d’Album: Althotas – « ResurrectDead »

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Althotas

ResurrectDead

(2013)

Dans quelque endroit perdu de l’immense forêt boréale nord-côtière, dans la noirceur de poix d’une nuit sans lune, un rituel de création s’est déroulé dans la plus grande confidentialité. Les quatre goules composant l’entité maléfique se manifestant sous le nom de Althotas ont enfin décidé de nous présenter l’étendue de leur malveillance sonore, largement inspirée de la scène suédoise de Black/Death Metal des années 1990, après un silence radio de 12 ans. Le résultat gargantuesque de toutes ces années passées à développer des hymnes malsains en secret nous est donc présenté cette année sur un album double comprenant 18 pièces, habilement nommé Resurrectdead. Tentons maintenant de décortiquer ce dantesque album.

Tirant leur nom de groupe du titre d’une pièce de Hypocrisy se retrouvant sur le classique de 1993 intitulé Osculum Obscenum, il est relativement facile de situer d’où proviennent leurs inspirations musicales. En effet, Althotas pratique un hybride de Black Metal et de Death Metal qu’on croirait tout droit sorti de l’époque faste des années 1990, du côté de la Suède, avec d’excellentes formations telles que Necrophobic, Dissection, Hypocrisy et Dawn, par exemple. L’auditeur averti ne sera donc pas surpris, en écoutant ce disque, d’y retrouver: une production puissante, bien définie, mais conservant une distorsion et un côté malsain typiquement Black; un amalgame de motifs obscurs épiques en trémolo et de motifs plus «groovys» (lire :chug-a chug-a-chug) importés du métal de mort sur des rythmiques allant de lentes à moyennes, qui s’aventurent très rarement dans la rapidité extrême; et un chant hurlé râpeux typique du genre sur des paroles traitant de sujets horrifiques et sombres.

Cependant, malgré l’utilisation marquée de toutes les caractéristiques d’un genre très visité, Althotas réussi sans peine, de par la qualité de ses compositions épiques et puissantes à s’approprier ce style de fort belle façon. Effectivement, le groupe nous démontre, notamment avec les pièces Poltergeist Rebellion, In Phantom’s Domain, Creature of The Mist et Ever Winter Sorrow qu’il sait construire des pièces efficaces qui dévisseront assurément le cou des amateurs du genre grâce à leur atmosphère particulièrement sombre et méchante et leur interprétation exemplaire sans laisser place au superflu ou à aucune forme de technicité trop exacerbée au détriment de l’efficacité musicale. Il en découlera une constance étonnante tout au long des deux disques de l’album qui ne contiennent aucune pièce objectivement faible, aucun essoufflement à proprement parler.

Toutefois, cette qualité de constance et d’homogénéité deviendra aussi le talon d’Achille de Resurrectdead, et ce, en raison du contenu très chargé proposé par la formation originaire de Sept-Îles et à l’absence de variété. Avec plus de deux heures de contenu restant campé dans le Black/Death de tempo lent à moyen, il sera en effet difficile de passer à travers l’album d’un seul trait lors des premières écoutes et il sera aussi ardu de repérer des pièces qui se démarquent du lot, tant les collages sonores semblent s’imbriquer les uns dans les autres et finissent par former un tout difficile à différencier. Le groupe aurait donc peut-être eu avantage à élaguer un peu de contenu, quitte à l’étaler sur d’autres sorties afin de faire un album plus ventilé, plus facile à digérer. Or, on ne pourra pas reprocher à Althotas de ne pas avoir voulu mettre toute la gomme après une si longue absence sur album.

En somme, Althotas nous présente cette année un véritable monstre d’album qui plaira certainement aux fanatiques de Black/Death metal à saveur scandinave, en s’appropriant superbement bien un genre très visité. Faisant preuve d’un talent et d’une constance exemplaire, la formation arrivera sans peine à se démarquer sur la scène québécoise avec une musique habituellement réservée à des formations suédoises.  Cependant, tel un repas sept services uniquement composés de steak et de pommes de terre, le manque de variation et la longueur de l’opus le rendront quelque peu difficile d’approche. Le tout sera donc à consommer à petites doses répétées!

8/10

 

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas

Critique d’Album: Moss of Moonlight – « Winterwheel »

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Moss of Moonlight

« Winterwheel »

Cascadian Alliance

2013

Seulement 4 titres mais un EP de plus de 40 minutes. De longs morceaux épiques qui donnent le temps de déposer les ambiances. Éloges à la Nature et aux paysages des montagnes de la Chaîne des Cascades, les hymnes païennes que Moss of Moonlight propose, sont raffinés et délectables.

Essentiellement, nous nous efforçons d’être la bouche et le cœur percutant de la Terre. L’écoute de Moss of Moonlight peut ressembler à l’expérience d’être nu sous la pluie, jusqu’aux genoux dans la boue et la tourbe de la Forêt Humide de Hoh. – extrait entrevue Moss of Moonlight

On attend la touche folk par les rythmes tribaux et surtout les mélodies, dansantes pour les oreilles, chamaniques. Un vocal black metal côtoie le chant magnifique de Jenn et le chant clair de Cavan en accompagnement. Dans leur premier album, Seed, ils parlaient de leur région de Washington ainsi que du mouvement de rébellion séparatiste rêvant d’une nouvelle nation: la Cascadie (ici quelques explications sur ce mouvement.

Pour le 2e, Winterweel, ils se sont aussi inspirés du folklore de leurs ancêtres Anglo Saxon. Leurs dieux, leurs contes et leur compréhension de l’existence, tout est un cycle et cela se reflète dans la composition de l’album. Une reconnexion à l’énergie primaire, à la sagesse ancestrale.

Musicalement le tempo est plutôt lent avec un peu d’instruments traditionnels judicieusement employés. Ce sont surtout les guitares qui prennent la place et le chant. Surtout sur la dernière pièce, Hræfne, qui n’a rien de heavy, ça pourrait être une berceuse celtique. Le tout est diversifié tout en suivant le sentier sylvestre; aucune raison de s’ennuyer, les images se transportent dans l’imagination de l’auditeur, de même que l’émotion champêtre.

Plus mature, encore mieux composé que le précédent Seed, j’ai été ensorcelé à la première écoute. La production est excellente. Les compos on quelque chose d’unique à proposer. Bref j’ai adoré, particulièrement le côté néo-folk qui fait leur force, mais aussi les structures metal qu’il ne faut pas négliger. Je fredonne souvent ces airs et je me retrouve dans les bois, loin de toutes civilisations…

Je vous laisse avec Gǣt, titre d’ouverture de Winterweel.

 Blazing Owl

 8.5/10

 

 

Critique d’Album: Brutality – « Ruins of Humans » EP

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Brutality

« Ruins of Humans » EP

Ceremonial Records

2013

In the early 90’s, Florida was the epicenter for the rise of U.S. Death Metal as local upstarts, Morbid Angel, Obituary and Death, among others, found notable success worldwide. However, there existed other bands who might not have gained the recognition they merited next to such legends. Brutality, from Tampa Florida, is one group who penetrated the market with three potent albums of sheer savagery, Screams of Anguish in ’93, being a bona fide classic!

Twenty years later, the quintet is back with a new ep, Ruins of Humans! Not since 1996 have the band released a new full-length (a shame) but nonetheless, this two song set proves they have not lost a beat! Not since Screams of Anguish released back in ’93 have Brutality sounded this brootal and poised to leave their mark in 2013! Spanned a whopping 8mins, Ruins of Humans recalls exactly where the band were musically when they began their career, but now have significantly improved song arrangements and all around performances.

Beware the SOLOS!!!! Masterfully done, Gates and Fernandez, just shred/squeal all over the place while Irreversibly Broken cools the pace down slightly to display that Classic warm feel of ugly, dense Death! Perhaps, slightly less “busy” than Ruins…, the song does manage to bring back feelings of old, when fans were first treated to this new extreme genre of underground Metal which we all have grown to love. Brilliant and uncompromising « Brutality »!

8.5/10

Chris

 

Critique d’Album: Toxic Holocaust – « Chemistry of Consciousness »

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Toxic Holocaust

Chemistry of Consciousness

Relapse Records

2013

 

Portland Oregon’s, Toxic Holocaust have been a jewel in the “thrash revival crown”. Maintaining an rebelliously effective DIY attitude, vocalist Joel Grind and co. have been churning out potent albums of speed, thrash and black metal elements into a cohesive blend of audible fury! Enter this year’s, Chemistry of Consciousness, and the group find themselves in the same pole position.

Immediately, the album strikes an effective blow with Awaken the Serpent, which displays all the rapture and virulence fans will no doubt salivate over. Silence continues the momentum and recalls Motörhead’s classic, Overkill both in pounding aggression and blistering guitar solo. Acid Fuzz also calls to mind vintage Motörhead, even long after the song is done, the main riff will be tough to forget! Point of reference, Slayer, makes an appearance too on Salvation is Waiting and Deny the Truth. Both imbue a heady dose of vicious thrash streamlined with refined purpose.

Slower, mid-paced selections, Rat Eater and Out of the Fire (released on youtube by Relapse Records), show Toxic Holocaust’s steady rhythm section, maintained by catchy verses and unfortunately, one-dimensional drumming. If there is one fatal flaw on Chemistry of Consciousness, it’s the drumming. On most songs, the drums play a very dull, predictable and tedious pattern. Nikki Bellmore doesn’t add any twists or turns to his performance, but languishes incessantly with standard meter. However, what allows this album to work are the riffs and rhythms that stand out, particularly on Acid Fuzz.

 

 

Featuring a back to their “roots” styling, Chemistry of Consciousness shows a resurgence of the band’s old logo and colourful album cover art, which may be a sigh of relief to some purists. The album is not entirely lost on its disappointments, as many of the numbers can attest. Continuing the palpable energy Toxic Holocaust have been known for, their brand of “punky, black metal/thrash” will only deepen the love fans have for this U.S. band and draw attention from the uninitiated, if they can get past the drumming.

Standout Tracks: Awaken the Serpent, Rat Eater, Salvation is Waiting, Acid Fuzz

 

7.5/10

Chris

Critique d’Album: The Nine Treasures – « Arvan Ald Guulin Hunshoor »

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The Nine Treasures

‘Arvan Ald Guulin Hunshoor’

2012

The Nine Treasures, tel est le nom en anglais du nouveau groupe chinois que j’ai découvert l’année passée. Arvan Ald Guulin Hunshoor est d’ailleurs leur tout premier album. Tout comme Tengger Cavalry que j’ai chroniqué auparavant, The Nine Treasures utilise le Horse Head Fiddle en plus d’autres instruments traditionnels comme la Pipa et le Gu Zheng; en d’autres mots, des instruments à cordes qui font Gueling, Gueling! Leur traditionalisme est d’autant plus fort que toutes les paroles sont écrites en mongol plutôt qu’en mandarin (un auditeur averti peut différencier les deux langues).

Contrairement à son homonyme régional, Tengger Cavalry, le chanteur chante d’une voix rauque certes, mais chante tout de même sur la totalité de l’album. Mise à part quelques passages, la voix du chanteur est grandement similaire à celle du groupe finnois Korpiklaani, ce qui a ses bons et mauvais côtés: malgré le fait que la voix rauque et gaillarde puisse donner de l’énergie aux chansons, la profondeur et l’émotion qui peuvent s’en dégager sont un peu atténuées par cette même voix. Pourtant, sur la chanson Nomin Dalai qui est ma préférée, on peut entendre pendant quelques secondes le vocaliste chanter d’une voix claire à manière des chanteurs de folk mongol traditionnel. La musique est quant à elle, un mélange très réussi de musique métal aux accords typiques et de musique traditionnelle folk. Au lieu de se coller l’un à l’autre, les deux se complètent.

Par leur talent, The Nines Treasures redonnent vie aux chansons traditionnelles mongoles par la magie du metal. Cependant, le manque de profondeur et de diversité des chansons peuvent nous laisser sur notre faim même si les instruments folk sont utilisés avec brio. À noter aussi le cover d’une chanson de Metallica fort bien réussi qui m’a fort surpris lors de ma première écoute. Si vous avez aimé Tengger Cavalry ou encore que le terme metal mongol vous fasse dire WTF!!!!, délectez-vous de cet album maintenant disponible au complet sur Youtube… ou encore achetez-le directement au groupe pour la somme modique de 3$ (c’est 18$ chinois).

 

Note : 74%

 

P.S. Une nouvelle chanson du groupe vient d’être mise en ligne par leur guitariste sur Youtube. Le titre est Sonsii. IT’S A KILLER!!!

 

Philippe

Critique d’Album: Catuvolcus – « Voyageurs de l’Aube »

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Catuvolcus

Voyageurs de l’Aube

2013

 

« Nous sommes en 56 av. notre ère. La guerre des vénètes vient d’être perdue. Le narrateur (l’écriture est à la première personne, une première pour Catuvolcus) ne voit aucune issue dans son entourage pillé, saccagé, non respecté. La seule issue est de quitter, s’effacer, s’enfuir loin pour oublier le fatidique avenir. C’est pour ça que j’écris : je quitte ces terres où j’ai vécu mon premier matin, vers ce havre où je connaîtrais la fin. Le narrateur n’a pas envie de revenir parce qu’il sait ce que sa terre lui réserve. »-Pierre-Alexandre Plessix (Catuvolcus)

C’est sur cette prémisse lyrique, formidablement bien décrite par l’auteur des lignes précédentes, que se fonde la toute dernière sortie de l’excellente formation québécoise de Folk/ Black Metal Catuvolcus, poursuivant son voyage musico-spatio-temporel à l’époque antique de la guerre des Gaules. Quatrième sortie en six ans d’existence pour le prolifique projet bénéficiant de l’addition récente de deux grosses pointures du Metal québécois au sein de ses rangs, soit Étienne Gallo à la batterie et Dominic « Forest » Lapointe à la basse, cet album saura’-il maintenir ou dépasser les hauts standards musicaux de ses prédécesseurs? C’est la question à laquelle votre humble serviteur tentera humblement de répondre au cours des prochaines lignes.

Tout d’abord, un bref coup d’œil à la liste des pièces contenues sur cet album permettra de constater qu’avec trois nouvelles pièces originales et une reprise du défunt groupe ontarien Woods of Ypres, l’excellente et agressive Thrill of The Struggle, pour un total d’environ trente-deux minutes de musique, permettra de constater qu’on se situe quelque part entre un EP et un LP. Le fanatique de Catuvolcus qui s’attendait à un contenu plus garni sera peut-être refroidi par un tel constat mais ses inquiétudes seront vite calmées par une première écoute. En effet, dès l’amorce des premières mesures de Voyageurs des Brumes part I, l’auditeur sera agréablement accueilli par une production impeccable au son chaud et organique qui complémente merveilleusement bien un Folk/Black Metal aux accents fortement progressifs et acoustiques. Effectivement, les trois pièces originales de l’album, notamment la superbe Ressacs de L’Âme avec ses douze minutes, constituent certainement les pièces les plus progressives et les plus élaborées composées par Catuvolcus jusqu’à maintenant. Les passages atmosphériques et acoustiques sont d’ailleurs beaucoup plus présents que par le passé et amènent une richesse magnifique au tout.

Second constat, l’apport des deux nouveaux venus au sein de la formation se fera aussi sentir immédiatement avec un jeu de basse fretless riche, élaboré et un jeu de batterie tout aussi intéressant qui évite le piège de l’excès de déclencheurs automatiques et le son plastique qui peut en résulter, pour une approche plus naturelle qui accentue merveilleusement bien ledit côté progressif des pièces. Les motifs de guitare épiques des deux protagonistes se retrouvent donc superbement rehaussés par une section rythmique hors du commun, notamment en ce qui concerne la batterie, comparativement aux deux sorties précédentes du groupe utilisant des percussions programmées. Je me dois d’ailleurs de noter les soli simples et efficaces de Maxime Côté, notamment le lead au début de Ressacs de l’Âme qui apporte une superbe atmosphère à la pièce.

En ce qui concerne le vocal, on reste en terrain Black Metal connu avec les hurlements râpeux de Pierre-Alexandre Plessix comme dominante, mais on a aussi droit à de très bons vocaux clairs, oeuvre des invités Jake Rogers (Gallowbraid) et Joel Violette (Thrawsunblast, ex-Woods of Ypres) qui viennent pimenter le tout et sont très bien mixés et intégrés au reste. De plus, la thématique lyrique mentionnée en introduction est formidablement bien illustrée avec des paroles francophones admirablement écrites qui plairont certainement aux férus d’histoire et à tous ceux qui aiment éplucher le livret en suivant les paroles. L’utilisation de la première personne du singulier permet à l’auditeur de bien entrer dans l’univers du personnage principal de l’histoire élaborée par Pierre-Alexandre Plessix avec un grand talent poétique.

En somme, Catuvolcus nous offre avec Voyageurs de l’Âme, son album le plus musicalement abouti et élaboré, le tout en seulement une trentaine de minutes de musique, et ce n’est pas peu dire compte tenu de l’excellence de ses efforts précédents. Les amateurs de Black Metal à saveur folklorique y trouveront un album riche, varié et formidablement bien composé complémenté par une production chaude, sans faille et des paroles superbes. La seule ombre au tableau sera, pour certains, la courte durée de l’album qui laissera probablement quelques auditeurs sur leur faim notamment en raison de la qualité phénoménale de la mise en bouche. Cela sera d’autant plus accentué par le fait qu’il s’agit de la dernière sortie de Catuvolcus avant un hiatus de durée indéterminée. Cet album a tout pour me faire souhaiter que cet hiatus se termine rapidement! À écouter en boucle! Gâtez-vous avec le vidéo de Voyageurs des brumes Pt I & II, réalisé par notre collaborateur Alex Deleon Cativo.

9/10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas