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Catuvolcus

Voyageurs de l’Aube

2013

 

« Nous sommes en 56 av. notre ère. La guerre des vénètes vient d’être perdue. Le narrateur (l’écriture est à la première personne, une première pour Catuvolcus) ne voit aucune issue dans son entourage pillé, saccagé, non respecté. La seule issue est de quitter, s’effacer, s’enfuir loin pour oublier le fatidique avenir. C’est pour ça que j’écris : je quitte ces terres où j’ai vécu mon premier matin, vers ce havre où je connaîtrais la fin. Le narrateur n’a pas envie de revenir parce qu’il sait ce que sa terre lui réserve. »-Pierre-Alexandre Plessix (Catuvolcus)

C’est sur cette prémisse lyrique, formidablement bien décrite par l’auteur des lignes précédentes, que se fonde la toute dernière sortie de l’excellente formation québécoise de Folk/ Black Metal Catuvolcus, poursuivant son voyage musico-spatio-temporel à l’époque antique de la guerre des Gaules. Quatrième sortie en six ans d’existence pour le prolifique projet bénéficiant de l’addition récente de deux grosses pointures du Metal québécois au sein de ses rangs, soit Étienne Gallo à la batterie et Dominic « Forest » Lapointe à la basse, cet album saura’-il maintenir ou dépasser les hauts standards musicaux de ses prédécesseurs? C’est la question à laquelle votre humble serviteur tentera humblement de répondre au cours des prochaines lignes.

Tout d’abord, un bref coup d’œil à la liste des pièces contenues sur cet album permettra de constater qu’avec trois nouvelles pièces originales et une reprise du défunt groupe ontarien Woods of Ypres, l’excellente et agressive Thrill of The Struggle, pour un total d’environ trente-deux minutes de musique, permettra de constater qu’on se situe quelque part entre un EP et un LP. Le fanatique de Catuvolcus qui s’attendait à un contenu plus garni sera peut-être refroidi par un tel constat mais ses inquiétudes seront vite calmées par une première écoute. En effet, dès l’amorce des premières mesures de Voyageurs des Brumes part I, l’auditeur sera agréablement accueilli par une production impeccable au son chaud et organique qui complémente merveilleusement bien un Folk/Black Metal aux accents fortement progressifs et acoustiques. Effectivement, les trois pièces originales de l’album, notamment la superbe Ressacs de L’Âme avec ses douze minutes, constituent certainement les pièces les plus progressives et les plus élaborées composées par Catuvolcus jusqu’à maintenant. Les passages atmosphériques et acoustiques sont d’ailleurs beaucoup plus présents que par le passé et amènent une richesse magnifique au tout.

Second constat, l’apport des deux nouveaux venus au sein de la formation se fera aussi sentir immédiatement avec un jeu de basse fretless riche, élaboré et un jeu de batterie tout aussi intéressant qui évite le piège de l’excès de déclencheurs automatiques et le son plastique qui peut en résulter, pour une approche plus naturelle qui accentue merveilleusement bien ledit côté progressif des pièces. Les motifs de guitare épiques des deux protagonistes se retrouvent donc superbement rehaussés par une section rythmique hors du commun, notamment en ce qui concerne la batterie, comparativement aux deux sorties précédentes du groupe utilisant des percussions programmées. Je me dois d’ailleurs de noter les soli simples et efficaces de Maxime Côté, notamment le lead au début de Ressacs de l’Âme qui apporte une superbe atmosphère à la pièce.

En ce qui concerne le vocal, on reste en terrain Black Metal connu avec les hurlements râpeux de Pierre-Alexandre Plessix comme dominante, mais on a aussi droit à de très bons vocaux clairs, oeuvre des invités Jake Rogers (Gallowbraid) et Joel Violette (Thrawsunblast, ex-Woods of Ypres) qui viennent pimenter le tout et sont très bien mixés et intégrés au reste. De plus, la thématique lyrique mentionnée en introduction est formidablement bien illustrée avec des paroles francophones admirablement écrites qui plairont certainement aux férus d’histoire et à tous ceux qui aiment éplucher le livret en suivant les paroles. L’utilisation de la première personne du singulier permet à l’auditeur de bien entrer dans l’univers du personnage principal de l’histoire élaborée par Pierre-Alexandre Plessix avec un grand talent poétique.

En somme, Catuvolcus nous offre avec Voyageurs de l’Âme, son album le plus musicalement abouti et élaboré, le tout en seulement une trentaine de minutes de musique, et ce n’est pas peu dire compte tenu de l’excellence de ses efforts précédents. Les amateurs de Black Metal à saveur folklorique y trouveront un album riche, varié et formidablement bien composé complémenté par une production chaude, sans faille et des paroles superbes. La seule ombre au tableau sera, pour certains, la courte durée de l’album qui laissera probablement quelques auditeurs sur leur faim notamment en raison de la qualité phénoménale de la mise en bouche. Cela sera d’autant plus accentué par le fait qu’il s’agit de la dernière sortie de Catuvolcus avant un hiatus de durée indéterminée. Cet album a tout pour me faire souhaiter que cet hiatus se termine rapidement! À écouter en boucle! Gâtez-vous avec le vidéo de Voyageurs des brumes Pt I & II, réalisé par notre collaborateur Alex Deleon Cativo.

9/10

Louis-Olivier « Winterthrone » B. Gélinas