by Karolane Gagné-Brault | Avr 20, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Tribunal
« Zing«
2013
Liste des pièces
Ulcère
Suck la marde pour une tuerie
S’Garette Multidimensionelle
Pop Métal
Intergooch Jean du Gooch
Métaphore pour se crosser full fort
Les Chatouilles
Pête Sacoche
Des Dragons
Saignement Nasal Agoraphobe
Fuckyoujthaijmencalicejvatetuer
Le Triangle des Merdesbrunes
PierreWelcome to F-Rossy (Fleury-Est (A-TOWN))
Je t’aime Dug en pyjama
Je t’aime Jess Corno sans pyjama
Dans mon grenier, Grenathouille l’a trouvéTest de son
NOPE Métal
Poème en blanc cassé
Entre Montréal et Bromont, au volant d’une rutilante Honda Odyssey beige, je glisse l’album rose dans le lecteur. C’est sur un rythme rappelant le ska que « Zing » démarre. Avec un bon groove, on passe rapidement de la côte ouest à la côte est américaine dans un death metal plus traditionnel. Durant « Ulcère« , on pense à des groupes comme Nile qui ont su combiner musique traditionnelle à un death metal brutal. C’est justement cet amalgame qui rend la pièce intéressante. Tribunal s’est fait connaitre auprès de la scène québécoise comme un groupe résolument post-moderne qui puise ses racines dans l’extrême, la saleté et l’absurdité. Bien que je souhaite écouter l’album en évitant de le comparer à leurs performances, les gens qui les ont connus par la scène peuvent difficilement oublier leur présence caricaturale qui porte un regard presque abject sur le metal. J’apprécie la subtilité de « Ulcère », les changements de rythmique sont maîtrisés et gardent mon intérêt tout au long de l’écoute.
S’enchaîne « Suck la marde pour une tuerie (Sauf une fois au chalet)« , pièce pivot qui déchire mes tympans par la brutalité. Commentaire qui m’a été passé par Philippe, conducteur et auditeur fortuit: le growl de Laurent est incroyablement creux… et inaudible par moments. Bon, là je le défend en disant «ouais, mais on entend rarement les paroles dans le death/grind», mais mon collègue d’écoute ne semble pas d’avis en me faisant une liste de vocalistes qui y arrivent. Bref, moi ça ne me dérange pas tant, mais en lisant les paroles dans le booklet, on voit qu’elles gagneraient à être entendues.
Ce ne sont pas toutes les chansons qui se démarquent par leur originalité; des pièces comme « Pop Metal » et « Métaphore pour se crosser full fort » sont diluées et offrent un son plutôt générique. Des interventions saugrenues arrivent tout de même à lier les pièces au reste de l’album.
Heureusement pour nous, il y a aussi des petites perles (« Ulcère« , « Des Dragons« , « Saignement Nasal Agoraphobe« ) qui sortent du lot grâce à la qualité de leur composition, à leurs progressions rythmiques et aux sonorités empruntées à plusieurs régions du globe.
Bien que les gars auraient pu s’en tenir à 10 pièces, ils ont préféré nous offrir un B-Side déraisonnable et inaudible, introduit par l’honorable « fuckyoujthaijmencalicejvatetuer« . On n’en fera peut-être pas un single, mais je mets Tribunal au défi d’en faire un clip.
Note: « Zing » n’est pas l’allié d’activités cérébrales
Karolane
by Stéphan Levesque | Avr 19, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums, Les "Elles" du Métal

Le printemps se pointe enfin le bout du nez! Cette année, l’arrivée du beau temps (ou du moins du pas pire beau temps…) ne correspond pas seulement au réveil de la nature, mais aussi à un regain d’activité impressionnant du côté des groupes à voix féminines. La quatrième galette de Delain était bien sûr fort attendue, mais laissez-moi aussi revenir en 2013 afin de vous faire découvrir Vita Nova et sa fantastique chanteuse, VK Lynne. Bonne lecture! – Steph
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Delain
« The Human Contradiction«
Napalm Records
2014
En 2006, en raison du grand nombre d’invités présents sur leur premier album, l’excellent « Lucidity« , on croyait bien que Delain était destiné à vivre uniquement en tant que projet de studio. Toutefois, le succès majeur obtenu par ce premier essai et la révélation que fut la chanteuse Charlotte Wessels ont carrément changé la donne; c’est ainsi que de fil en aiguille Delain s’est imposé comme un incontournable, autant sur scène qu’en studio. Ce ne serait donc pas exagéré de prétendre que le quatrième album des Néerlandais, « The Human Contradiction« , était l’un des disques les plus attendus de l’année par les fans de métal symphonique.
Généralement, lorsque les attentes sont très hautes, plusieurs fans sont déçus. Bien franchement, il serait bien surprenant que ce soit le cas ici car c’est plus fort que jamais que Delain nous revient, nous offrant sans aucun doute son œuvre la plus constante. Si l’on pouvait relever une baisse de régime en milieu de parcours autant sur « April Rain » (2009) que sur « We Are the Others » (2012), on ne peut en dire de même des neuf pièces qui forment ce nouvel ensemble. Du début à la fin, le niveau d’intensité se maintient au plafond et les musiciens eux, gardent le pied fortement appuyé sur la pédale d’accélération.
La principale raison pouvant expliquer ce meilleur niveau de constance: la cohésion musicale autour d’une équipe plus stable. En effet, de nombreux musiciens ont gravité autour du noyau Martijn Westerholt/Charlotte Wessels sur les premiers albums et lors des tournées, ceci ayant inévitablement une conséquence. Cette fois, la formation présente sur « The Human Contradiction » s’avère être la même que lors de la dernière tournée du groupe, permettant ainsi aux compositions de mieux mettre en valeur les forces de chacun.
Dans cet ordre d’idée, c’est Timo Somers qui tire le mieux son épingle du jeu, son travail à la guitare se faisant impeccable, alternant à merveille entre quelques bons solos et surtout des riffs extrêmement efficaces qui amènent à la fois une lourdeur et une accessibilité qui laissent une empreinte durable sur chacun des morceaux. Le leader et claviériste Martijn Westerholt n’est bien sûr pas laissé de côté, lui qui imprègne chaque chanson de couches de claviers denses et symphoniques. Même lorsqu’il joue en délicatesse, comme lorsqu’il reproduit la mélodie d’une berceuse en sous-impression de la guitare sur les couplets de « Lullaby« , la formule fait merveille.
La musique est aussi très bien augmentée par de riches arrangements orchestraux et par l’efficace section rythmique: Sander Zoer possède une solide frappe à la batterie et Otto Schimmelpenninck van der Oije qui, outre le fait de posséder le plus impressionnant nom à rallonge du rock, supporte le jeu de ses collègues avec brio. Ajoutons à tout cela le chant entraînant, dynamique et bien mesuré de Charlotte Wessels (la dame maîtrise bien ses forces et connaît bien ses limites) et nous nous retrouvons en présence d’une machine bien huilée.
Conformément à la formule habituelle, des chanteurs invités viennent augmenter le tout. Tout d’abord, question de conforter les fans du groupe dans leurs pantoufles, Delain a fait appel à deux invités familiers, soit George Oosthoek (qui avait participé à « Lucidity« ) qui apporte son chant guttural sur « Tell Me, Mechanist« , et Marco Hietala (présent sur « Lucidity » et « April Rain« ) qui se fait entendre sur « Your Body is a Battleground » et « Sing to Me« . Finalement, afin d’apporter un vent de fraîcheur, une nouvelle venue fort appréciée effectue son entrée en la personne d’Alissa White-Gluz, nouvelle voix de Arch Enemy, dont la présence fait flèche de tout bois sur l’éblouissante finale qu’est « The Tragedy of the Commons« , pièce où l’on peut aussi reconnaître Georg Neuhauser (Serenity) si l’on s’attarde aux choeurs.
Permettez-moi au passage de vous recommander l’acquisition de la version deluxe, la qualité du deuxième disque en valant la peine (ce qui n’est pas toujours le cas) pour la différence de deux ou trois dollars. Ce CD boni contient deux chansons inédites, la jolie ballade « Scarlet« , et « Don’t Let Go« , qui n’aurait pas dévalué la valeur du premier disque. Nous sont également offertes cinq chansons en spectacle, ce qui permettra aux gens moins familiers avec Delain de découvrir comment le groupe sonne sur scène, ainsi que des versions orchestrées de « Sing to Me » et de « Your Body is a Battleground« .
En bout de ligne, si « The Human Contradiction » n’apporte pas tant de nouveauté au moulin, il réussit à offrir un condensé brillant de ce qui faisait la force des trois premiers albums du groupe, soit la puissance symphonique de « Lucidity« , le côté accrocheur « d’April Rain » et l’énergie rock plus brute de « We Are the Others« . En contrepartie, les faiblesses ont été gommées, en particulier le registre des chansons plus atmosphériques, permettant aux Néerlandais de nager dans leur zone d’aise, formée de pièces denses et intenses. N’ayons pas peur de le dire, Delain n’est plus un doué et sympathique second, il se hisse grâce à cet album magistral au rang des têtes d’affiches. Mon album de l’année? Encore trop tôt pour le dire, mais celui-là sera très difficile à déloger…
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Vita Nova
album éponyme
autoproduction
2013
Connaissez-vous VK Lynne? Non? Vous devriez. Chanteuse américaine, elle a publié son premier album solo, « Whiskey or Water« , à la fin de l’année 2009. Elle est également la fondatrice de Eve’s Apple, un ancien regroupement dont le but était de faire connaître de multiples chanteuses originaires de partout dans le monde. Femme aux nombreux projets, vous pourrez aussi l’entendre sur le deuxième album de stOrk, « Broken Pieces » (la sortie est prévue pour le 29 avril), supergroupe formé par le guitariste Shane Gibson (ex-Korn, malheureusement décédé le 15 avril de troubles sanguins à l’âge de 35 ans) et le formidable batteur Thomas Lang, et bientôt elle nous présentera son nouveau groupe, From Light Rose the Angels. Ceci dit, je m’attarderai ici sur le groupe qu’elle a formé l’an dernier, Vita Nova.
Pour ce projet, la chanteuse s’est entourée du guitariste et compositeur Federico Salerno (il tient aussi les parties de claviers), du batteur Thomas D’Alba (il fait partie du groupe Deva avec Salerno) et du bassiste Tony Corizia. Elle s’est aussi adjointe les services de sept (!) chanteurs qui viennent prêter leur voix à l’ensemble. Ces invités sont: Helen Vogt (Flowing Tears), Iliana Tsakiraki (Enemy of Reality, ex-Meden Agan), Maxi Nil (Jaded Star, ex-Visions of Atlantis), Babis Nikou (Jaded Star), Kerstin Bischof (ex-Xandria, ex-Axxis), Gogo Melone (Luna Obscura) et Grace Méridan (ex-Shield of Wings).
Malgré cette impressionnante brochette, le focus est toutefois porté sur la leader, dotée d’une voix grave et très chaleureuse. Si certaines chanteuses se démarquent par leur puissance vocale, VK mise surtout sur sa profondeur et sa grande souplesse, elle qui peut chanter dans des registres très variés. Cette versatilité vocale permet à Vita Nova d’explorer plusieurs avenues, ayant pour résultat un album qui est tout sauf monotone. En conséquence, il est bien difficile d’insérer Vita Nova dans une case musicale précise; bien que ce soit la composante composante rock symphonique qui émerge un brin de l’ensemble, le tout est parsemé de touches acoustiques et folks qui viennent ici et là agrémenter le cours des festivités.
Du côté instrumental, c’est la guitare qui se démarque, de bons solos faisant surface sur « Taking on the World » (gracieuseté de l’invité Shane Gibson), sur la pièce-titre et sur l’excellente « Scary Place« , qui met aussi en évidence d’habiles arrangements orchestraux aux claviers. Quant à « On Christmas Day« , elle nous offre deux passages à l’accordéon, bien complétés par un autre très bon solo; définitivement, Federico Salerno maîtrise bien la six cordes. Question d’ajouter davantage de variété et un peu de testostérone au tout, Babis Nikou vient prêter sa voix sur « Ephemeral« , qui par son ambiance flirte avec le rock progressif. Quant aux six invitées féminines, elles oeuvrent dans l’ombre, mais on peut très bien les identifier lorsqu’on s’attarde davantage aux back vocals.
Si l’ensemble est bien construit et extrêmement bien exécuté, on peut toutefois émettre une réserve concernant la production. En effet, la sonorité est sourde, manque de puissance et, ainsi, ne rend pas justice à la qualité des musiciens en place. Si j’ai amplement parlé de la qualité de la guitare, il ne faut pas mettre en plan la section rythmique qui s’en tire à merveille, mais qui est malheureusement un peu tirée vers le bas en raison de la production.
Au passage, on peut également se permettre de se questionner sur le choix d’inclure trois versions de la chanson « Taking on the World« . Cette dernière est très solide mais était-ce vraiment nécessaire d’ajouter sur le CD la version radio raccourcie, alors que la version «normale» et la très réussie version électro-acoustique auraient amplement fait l’affaire? Si l’on ajoute le fait que l’on nous sert « Scary Place » à deux reprises, une certaine impression de redondance peut s’installer. C’eût été une bonne idée d’offrir ces versions alternatives aux fans via certaines plate-formes de téléchargements afin de faire place à davantage de matériel original sur la version physique.
Une fois ces réserves émises, il est bien difficile de ne pas se laisser transporter par cet album contenant des mélodies accrocheuses et une musicalité surprenante dont on découvre toutes les subtilités au fil des écoutes. Par-dessus tout, il est impossible de résister à l’envoûtante voix de VK Lynne, une chanteuse qui mériterait davantage d’auditoire et de reconnaissance. Découvrez Vita Nova sur Reverbnation (lien ci-dessous) et bien sûr, si vous aimez, achetez!
by Caro Roy | Avr 17, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Tunguska Mammoth
« Tunguska Mammoth«
2013
1- Degenesis
2-Dark Age
3- Mother Earth
4- In Due Time
5- Parabellum
6- The Plan
7- Jötunn
8- March of the Titan
9- Of Beasts and Men
10- From Ashes to Dust
Financé partiellement par une campagne Indiegogo, le 1er album complet de la formation était très attendu depuis leur démo, « First Chapter« , comportant les versions démo des 3 premières pièces de l’album. Ce dernier avait suscité des attentes plutôt élevées face à Tunguska Mammoth. Le groupe de Montréal composé de Maxime Bellerose à la voix et à la guitare, Mathieu Savage à la guitare, Paolo Di Stefano à la basse et Pierre-Hugues Rondeau à la batterie ne semble pas avoir déçu les amateurs de stoner/sludge en lançant leur album au concept très original. En effet, le nouvel album du groupe comporte 10 pièces tournant autour d’un thème global qui est l’anéantissement de l’humanité par des mammouths. Créant un univers lourd et quasi apocalyptique, leur musique est un amalgame entre plusieurs styles dont le rock, le stoner, le sludge, le hardcore et le progressif. Bien qu’on ne peut passer à côté de leur influence du groupe américain Mastodon, le groupe est loin de nous servir une recette déjà employée auparavant et font leur propre assortiment. Cet album au son professionnel a d’ailleurs été masterisé par Pierre Remillard au Wild Studio. Avec les guitares et la basse très imposantes, au gros tone, attaquées d’un jeu très franc, des mélodies rassembleuses et des backs vocals qui donnent quasi l’impression de faire partie intégrante de l’histoire de la pièce, des rythmes souvent lents et bien assis, qui groovent et imposent à ton corps de bouger et une voix qui déborde de cœur au ventre, Tunguska Mammoth a été clairement une de mes révélations de 2013.
Dès la première pièce, intitulée « Degenesis« , Tunguska Mammoth nous dévoile leur sonorité lourde et leurs mélodies rassembleuses qui indiquent bien les couleurs de l’album. La pièce débute avec un cri imposant qui captive instantanément notre attention. Il est tout simplement impossible de ne pas se faire aller la tête durant les pièces et de ne pas se laisser entraîner dans l’univers du groupe. L’album est composé de plusieurs parties très répétitives, contribuant pourtant à instaurer une atmosphère précise, mature et recherchée. J’ai particulièrement accroché sur la pièce « Mother Earth« , qui débute en laissant planer une ambiance de tragédie et de suspense. Mother! Earth! Ça groove, c’est entraînant, accrocheur et ça dégage une lourdeur très rock. Je n’ai pas encore eu la chance de voir la formation en spectacle, mais vu la puissance unificatrice qui se dégage de leur pièce, c’est un show qui doit clairement démolir.
Un nom imposant, des riffs lourds et un concept d’album unique, Tunguska Mammoth prend le temps de donner à chaque note le pouvoir de raconter une histoire. Bref, ce premier opus est très convaincant et m’a donné envie d’en découvrir davantage sur ce style musical qui m’était assez peu familier auparavant. Longue vie aux Mammouths!
\m/ C@w0o0o \m/
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Avr 15, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Black Empire
«2000 AD»
Indépendant
2013
Liste des pièces
«Diabolical Invocation»
«For the Flag»
«River of Ice»
«As the World Burn»
«Son of Death»
«For Those Who Stay Alive»
«Prophecy of Chaos»
«Lucifer Rebellion»
Originaire de l’Abitibi et affichant déjà environ treize ans au compteur, la formation Black Empire nous offrait enfin en octobre dernier son tout premier album complet en carrière. Une aussi longue période de gestation peut se révéler être une arme à double tranchant pour un groupe musical qui a ainsi eu beaucoup de temps pour peaufiner son art, mais aussi pour créer des attentes démesurées chez ses fanatiques de la première heure. En effet, les quatre morts-vivants de Black Empire se sont taillés une place respectable sur la scène Black Metal québécoise au cours des dernières années en participant à de nombreux spectacles en compagnie des sommités de leur courant musical, et ce, sans même avoir produit un seul enregistrement. C’est donc avec de grandes attentes et une curiosité assoiffée que je plaçai cette offrande très attendue dans mon lecteur et que j’en débutai l’écoute.
Le premier constat que je posai lorsque s’estompait l’introduction inquiétante de « Diabolical Invocation » composée de voix d’outre-tombe superposée sur une trame de fond glauque, et que les premiers accords martiaux de ladite pièce martelaient mes oreilles, fut que le groupe optait pour une approche efficace plutôt que pour la poudre aux yeux. Dans cette optique, la production, œuvre de Emmanuel «Audeath» Audet (guitare, voix) sera le premier élément remarquable, avec une sonorité à la fois très bien calibrée, mais aussi crue et agressive. Celle-ci rappelle immédiatement le style de production habituellement affectionné par le Black Metal suédois de Marduk, Dissection, Dark Funeral par exemple en ce qu’elle présente une clarté très moderne tout en conservant assez de saleté et de froideur pour bien représenter le caractère malsain dudit courant musical. Du côté des compositions, l’efficacité est aussi le mot d’ordre avec des motifs de guitare relativement simples, mais extrêmement accrocheurs et très bien différenciés complémentés par un jeu de batterie qui se place au service des compositions. La voix de Audeath, quant à elle, excelle dans un registre moyen très râpeux et méchant à souhait, éructant des paroles sur des thématiques satanistes et guerrières.
Avec cette approche calculée et sobre, le groupe arrive donc sans grande peine à nous faire passer un solide moment de Black Metal à se dévisser les vertèbres cervicales avec des pièces toutes plus accrocheuses et efficaces les unes que les autres en s’appuyant sur un côté mélodique très assumé. Chaque pièce possède ainsi son petit élément qui nous donne le goût d’y revenir, que ce soit la cavalcade centrale de « For The Flag« , les superbes motifs de guitare épiques de « River of Ice« , la lente lourdeur de « As the World Burns« , la section centrale déjantée «Slayeresque» de « Son of Death« , la puissance violente de « For Those Who Stay Alive » et « Prophecy of Chaos » ou encore les motifs cycliques typiques et le refrain mémorable de « Lucifer Rebellion« . Le seul reproche que l’on pourra faire au groupe est le défaut de ses qualités principales, donc justement de s’être cantonné à une approche sécuritaire, calculée et efficace sans oser y ajouter un grain de folie, une touche plus aventureuse qui aurait amené « 2000 AD » a un autre niveau. Comprenons-nous bien, il s’agit d’un album accrocheur, hautement efficace et très bien composé, mais une certaine impression de retenue se dégage de l’ensemble qui aurait pu bénéficier d’une sortie de la zone de confort du groupe. Cela dit, l’album mérite largement l’attention des fanatiques de Black Metal à la scandinave.
En somme, Black Empire remporte aisément son pari avec « 2000AD« , un album accrocheur, produit de manière impeccable et privilégiant l’efficacité à la poudre aux yeux. L’unique réserve que j’aurai pu trouver à cette offrande aura été son côté peut-être un peu trop retenu et conservateur, mais je suis sûr que cela sera réglé sur le second opus du groupe auquel celui-ci travaille déjà en ce moment. Voilà donc une entrée en matière très réussie pour la troupe de Rouyn-Noranda. À écouter en se cassant le cou et en admirant la magnifique pochette de Jean-Pascal Fournier!
Pièces favorites : Diabolical Invocation, River of Ice, For Those Who Stay Alive et Lucifer Rebellion.
8/10
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas
by Chris Wheeler | Avr 15, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Cadaveria
« The Shadows’ Madame » (re-release)
Black Tears
2013
Initially, vocalist Cadaveria and drummer Marçelos Santos left to explore different artistic and musical avenues from what OPERA IX were doing at the time and the result was the very excellent, « The Shadows’ Madame« , released in 2002 via Scarlet Records. Last year marked a return to the album to «improve» the sound and look by the label Black Tears. Being out of print for some time, this reissue will allow wanton fans to enjoy a remastered version complete with new artwork!
For many, remastering an album after so many years may be seen as an attempt at correcting old mistakes or simply allowing fans to experience an album that has been out of print. DIMMU BORGIR’s, « Stormblast » was met with harsh criticism for «playing» with the formula that originally fans adored. Such «blasphemy» isn’t the case here. Album opener, « Spell« , once again is as manic and exuberant as ever with the infamous Classical intro that kicks things off with purpose and grit! Thankfully, Cadaveria’s voice hasn’t changed either and she still retains the impassioned rasp that listeners initially salivated to. Meanwhile, « In Memory of Shadows’ Madame » and « Circle of Eternal Becoming » both hold to the foreboding and sinister moods, using a hypnotic main riff and evoking a dark, determined drive.
Contrary to some, CADAVERIA don’t use the studio to pound their ideas home, but leave open spaces for the instruments to breathe and highlight key moments of brilliance. « The Magic Rebirth« , for example, features quite a «rock-inspired» solo to close the song, while « Black Glory » chugs away in headbanging bliss with soft keys hidden in the background for added aura. However, with all its breathing room, the album doesn’t seem to place much emphasis on the low end of the sound. Bass is audibly absent or so far hidden deep within the mix that it barely seems there.
Still, for fans who have never heard CADAVERIA’s premier album, « The Shadows’ Madame« , the rerelease will provide a nice gateway into the Italian’s world. However, for those with prior knowledge of their Gothic-tinged Death Metal, the remastered version will seem wholly unnecessary for those who already own it. Granted, true to the original version, the songs have kept all the elements that made the album great. Thanks be to Satan(!), someone picked it up and made it widely available again for fans to devour!
Standout Tracks: Spell, In Memory of Shadows’ Madame, Black Glory
8.5/10
Chris
by Louis Olivier Brassard Gelinas | Avr 7, 2014 | Critiques, Critiques d'Albums

Forteresse, Chasse-Galerie, Monarque et Csejthe
« Légendes«
(Double 7 pouces en format «gatefold» limité à 500 exemplaires)
Sepulchral Prods
2014
Liste des pièces :
Face A: « Wendigo » (Forteresse)
Face B: « Le Bois des Belles » (Chasse-Galerie)
Face C: « La Griffe du Diable » (Monarque)
Face D: « Murmures Nocturnes » (Csejthe)
Spécialisée dans la production et la diffusion de l’Art noir québécois, Sepulchral Prods fête son quinzième anniversaire cette année et poursuit sur sa lancée en nous offrant des sorties de qualité pour le moins constante dans des formats qui ont tout pour attirer les convoitises des vrais fanatiques de la sombre musique. Nouveau méfait dans cette série, la compilation « Légendes » regroupe quatre formations séminales du Métal noir québécois, nous présentant chacune une pièce inédite inspirée d’une légende du riche folklore de la Belle Province, œuvres exclusivement rassemblées sur deux vinyles 7 pouces dans une pochette pliable. Décortiquons maintenant le contenu de cette offrande comme il se doit.
Tout d’abord, l’auditeur est accueilli par le cri puissant du « Wendigo« , célèbre créature anthropophage de la mythologie algonquienne, dans une pièce épique et furieuse composée par Forteresse. La rythmique est implacable, les motifs de guitare sont hautement mémorables et la voix déchire nos tympans. Que demander de plus? Du côté de la production, on a droit à un son rehaussant les aspects atmosphériques de la pièce avec force réverbérations, une puissante distorsion sur la guitare et une voix aux textures résonantes et mystiques. La batterie bénéficie quant à elle d’un son très organique. L’entrée en matière est donc formidablement réussie.
Ensuite, c’est au tour de Chasse-Galerie de prendre le crachoir et on est aussitôt transporté ailleurs avec « Le Bois des Belles« , une pièce au tempo un peu plus relâché et aux motifs de guitare plus harmoniques et mélodiques que la précédente. L’auditeur y découvrira aussi une facette un peu plus folk et, disons-le, un peu moins agressive que ce à quoi Chasse-Galerie nous a habitués sur leurs autres sorties. Conséquemment, la production est aussi plus claire, plus définie et plus axée sur les basses que sur la première pièce de l’opus, ce qui met en valeur le style différent de Black Metal présenté par le groupe. Le résultat est une pièce mélancolique et très intéressante qui introduit une variation dans le flot de la compilation.
Fidèle à sa méchanceté et à sa réputation légendaire, Monarque intervient ensuite avec « La Griffe du Diable« , inspirée d’une légende du terroir où l’innommable aurait été si enragé qu’il aurait égratigné profondément la pierre. Présentée dans un format sonore typiquement cru et sombre, encore plus que le dernier album de l’artiste intitulé « Lys Noir » (2013) qui présentait un son un peu plus poli, la pièce présente une accélération puissante avec des motifs mélodiques prenants et des voix inhumaines. Présentant une section rythmique ultraviolente vers la fin, la pièce nous amène donc dans les textures les plus frigorifiques et obscures du Métal Noir, nous faisant état d’une autre déclinaison possible du genre.
Pour la quatrième et dernière pièce de cette compilation spéciale, Csejthe nous emmène encore en d’autres lieux avec une pièce plus lente et atmosphérique que les précédentes, intitulée « Murmures Nocturnes« . Superbement élaborée et arrangée, cette œuvre rend justice au catalogue de ces maîtres du mystère et de l’ambiance. Les mélodies accrochent l’oreille et la production complimente bien le style du groupe avec sa réverbération et ses textures enveloppantes. Ladite pièce termine donc le tout en beauté et laisse à l’auditeur un goût de revenez-y fort utile à la valeur de réécoute de l’ensemble.
En somme, la compilation « Légendes » est encore synonyme de succès pour Sepulchral Prods et les artistes incontournables du Métal noir qui y figurent. Bien pensée, somptueusement présentée, remarquablement variée en textures et très bien ordonnée dans une progression qu’on pourrait qualifier de logique, cette sortie dépasse le concept habituel d’une compilation et représente plutôt une sorte de testament ou de monument dédié au Métal noir québécois. À cet effet, seule l’idée de présenter des œuvres musicales des quatre fers de lance de ce courant sous une thématique commune liée aux légendes du terroir aura tout pour attirer et combler les fanatiques. Cette édition spéciale est donc fortement recommandée aux aficionados de notre obscur trésor national!
8,5/10
Louis-Olivier «Winterthrone» B. Gélinas